06/05/2011

SORCIERES JETEUSES DE SORTS

disee

        behis

                artares

                           arbora

                                     bergonote

                                                      etenobre

                                                                     briegrase

                                                                                    irtrasi

                                                                                              hebeesid

un carré magique au pouvoir terrifiant...carré magique.jpg

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 les Lavandières de la Nuit 

crayonné de l'auteur

...et ce que j'en fis...!!!

 

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les Lavandières de la Nuit     

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

 

 

03/07/2010

Une HISTOIRE DE SORCELLERIE FANTASTIQUE

                                                                                                                                 

la basilique d'Avioth  par Viollet- Le-Duc

 

J'étais bien loin de me douter où allait me mener

une banale conversation 

 100_1203

au départ d'une singulière pierre taillée

recueillie par un cultivateur du hameau

de Buzin, et dont la récente découverte

m'avait été rapportée par un de ses

proches voisins, je me lançai sur la piste d'une église

aujourd'hui totalement disparue...

   pierre 2 

pierre 1

 Un soupirail pour s'échapper ?

                                                                                                                                        soupirail

Cette cave d'une très ancienne demeure du hameau de Buzin (Condroz, Wallonie, Belgique) livrera-t-elle un jour ses terribles secrets ?   la cave 

cave de Buzin 00011

Cet âtre va-t-il enfin nous révéler tout ce dont il a été témoin ?

                      âtre Buzin 11

 

A force de sonder le passé, de fouiller les archives, d'explorer les lieux dits, j'ai été amené à m'intéresser au procès de Marie Orban, cette femme de 60 ans qui fut accusée de sorcellerie,  et exécutée en 1652 à Buzin, hameau de l'ancienne commune de Failon.  (région du Condroz, en terre wallonne, Belgique)

 

La lecture du compte-rendu de son procès (Annales de la Société archéologique de Namur, tome 11, 1870-1871, pages 393 à 462)  est à cet égard tout à fait édifiante ! 

 

Marie Orban, fille de Lambert Pirsoul (natif de Libois) et de Marie Damode (originaire du ban de Foirsé) était la veuve de Freson Orban, (dont la mère était déjà réputée sorcière) et habitait le lieu dit de La Foulerie, petit hameau retiré au cœur de la forêt en bordure du ruisseau de  la Somme, situé en contrebas et à environ 1 km du village de Failon.  La transcription de son procès nous apprend aussi incidemment que ses parents étaient réputés avoir été bannis et exilés du pays de Liège et du comté de Looz.  Les faits rapportés  s'inscrivent dans un contexte d'instabilité, puisqu'il est fait mention du passage de soldats dans des endroits tout proches : le village de Somal et le château de Chantraine. (étymologiquement : le lieu où chante le corbeau)

 

Marie Orban fut accusée de sorcellerie par la Haute Cour de Justice de Buzin-Failon, présidée par Lambert d'Anthisnes, officier représentant Messire Gérard de Luxembourg, Seigneur de Hollogne, Buzin et Failon.  L'accusation visait également Jeanne, la sœur de Marie Orban, et épouse de Jean Lowys, ainsi que Marie, épouse d'Ambroise Delvaux.

 

L'acte d'accusation entendait « obvier aux maux et châtier les délinquants, signament toutes personnes s'abusant de la loi divine et humaine, exerçant journalièrement exhanterie, sortilège, morts de personnes, bêtes, ravagement et gastement des fruits de la terre, s'adonnant au diable, et par tels enchantements travaillent à la ruine entière des bonnes personnes... »

 

Cet acte est énoncé en 30 articles au nombre desquels on relève des questions relatives à des allées et venues nocturnes et suspectes, des participations répétées à des danses avec le diable, la disparition inexplicable de l'hostie consacrée lors de la communion au cours de la messe dominicale, le fait d'avoir inexplicablement devancé d'autres paroissiennes en se rendant à la messe à Buzin, le prononcement de paroles-sortilèges à l'encontre d'une femme qui barattait son beurre, le fait d'avoir jeté des sorts et d'avoir rendus ainsi soudainement malades de tierces personnes, le fait d'avoir renversé une charrée de fumier, le fait d'avoir prononcé des maléfices et exercé tous autres sortilèges afin de faire mourir en plusieurs occasions quelque bétail, le fait d'être réputées sorcières, d'être réputées voleuses...

 

Attardons-nous un instant sur cette singulière anecdote de la sainte hostie perdue, et référons-nous au témoignage écrit qui nous en est donné :

 

« une fois estante présentée au banc de la sainte communion, Marie Orban, et lui étant présentée la sainte hostie consacrée  par le curé, et venue jusqu'à ses lèvres, fut perdue et évanouie, et étant regardé par le dit curé si elle était en sa bouche ou alentour d'elle, ne la sut voir ni apercevoir en sa dite bouche ni aux environs, et la dite sainte hostie perdue au grand étonnement du révérend prêtre et des personnes présentes au banc de communion... »

 

Le procès commence le 1er février 1652 par l'audition des 12 témoins suivants, dont l'identification se fait tantôt par leurs patronymes, tantôt par leur lieu d'habitation, voire même leur lieu de naissance  :  Marie de Sausoy, Toussaint de Ramezée, Pierre Wathelet, Wathieux Delvaux, Lambert de Pesesse, Hubert Donis, (de Maffe) Elisabeth Sienguin, François Jalet, Catherine Dosogne, (de Failon)  Marie Donis, (de Maffe) Pierre Sienguin, le curé de Buzin et de Failon, et Jean Thomas.

 

Il est à noter que c'est Elisabeth Sienguin, nièce du curé Pierre Sienguin, âgée de 17/18 ans, qui chargera le plus l'accusée Marie Orban, puisqu'elle l'accusera de pacte avec le diable et rapportera même avoir entendu la fille de Marie Orban, Catherine, déclarer qu'elle était fille de sorcière.

 

L'audition des témoins terminée en présence du mayeur (bourgmestre) de Failon, le rapport est envoyé aux échevins de Liège, lesquels ordonnent à la Cour de Justice de Buzin de « s'assurer des personnes » incriminées et de les soumettre à examen.  S'en suit une visite au domicile d'Ambroise et de Marie Delvaux, avec établissement de l'inventaire des « meubles, bestiaux et hardes »  de ceux-ci.  Puis, « par le son de la cloche, des manants de Failon sont convoqués pour saisir Marie Delvaux et Marie Orban. » 

 

Vingt deux manants répondent à l'appel.  De longs et pénibles interrogatoires peuvent à présent commencer.  Nous sommes le 11 février 1652.

 

Marie Delvaux s'en tire à bon compte en déclarant succinctement qu'elle « n'a

 

voulu rien dire ni déclarer, sinon qu'elle dit ne pas être telle que ce qu'on lui impose. »  De toute évidence, les charges qui pesaient sur elle étaient bien faibles... Quant à Marie Orban, retenue prisonnière dans les caves de la maison du Seigneur de Buzin, Messire Gérard de Luxembourg, elle confia ingénument avoir rencontré un homme  -le diable, confirme-t-elle-  qui lui fit des propositions et affirma pouvoir lui ôter toute tristesse qu'elle avait accumulé en son cœur.  La malheureuse aggrava son cas en ajoutant avoir participé aux danses (le sabbat) nocturnes à Verlée, et à Maffe, avoir été transportée dans les airs par le diable, s'être ointe d'un onguent fourni par celui-ci, et vu Marie Delvaux en compagnie de nombreux sorciers et sorcières. 

 

Mal lui en prit : après lecture de sa déposition, Marie Orban persista inexplicablement dans ses déclarations. Les interrogatoires se poursuivirent donc les 12 et 14 février 1652.

 

Marie Orban évoque alors sa mésentente avec son gendre, lequel la traitait mal, et la profonde tristesse qu'elle en éprouve.  Elle parle de la visite de cet homme vêtu de rouge, alors qu'elle filait sa quenouille au coin du feu. 

 

« Si elle voulait et croire et s'adonner à lui, qu'elle ne serait plus triste et qu'il lui donnerait de l'argent.  A quoi elle dit qu'elle ne voulut consentir et qu'elle fit le signe de la croix, et que le dit homme s'évanouit par une fenêtre. »

 

En outre, Marie Orban reconnut qu'elle consentit à son coulant (son amant)  d'aller le soir aux danses par crainte d'être battue.  Elle rapporta « que sur le soir, étant couchée à son lit, il entra comme elle croit en forme d'un chat par une fenêtre et se changea en un homme vêtu de rouge » un diable aux pieds fendus. 

 

Elle aggrava définitivement son cas en confirmant que son amant lui avait conseillé à plusieurs reprises de faire mourir des personnes. (son beau-fils, la femme de celui-ci et leurs enfants) Enfin, elle avoua qu'après les danses, elle faisait « des fosses en terre desquelles sortaient des souris en quantité... afin de gâter les grains. »

 

Manifestement éprouvée par sa détention, et par le régime qui lui était infligé, l'infortunée Marie Orban confirmera puis infirmera tour à tour ses aveux.

 

Il fut alors décidé que l'accusée serait examinée  par un docteur en médecine.  Devant les résultats de l'expertise de ce dernier, (« icelle est ven bon sens et jugement, reconnaissant y avoir en icelle plus de malice que de sotise ») la Cour décida de lui appliquer la « torture modérée », laquelle consistait en une « gêne », l'accusée étant placée durant un certain temps debout devant un feu, sans avoir ni mangé ni bu.

 

La torture produisit son effet, puisque l'accusée se rétracta sur plusieurs points, en donnant des « réponses incohérentes et ses divagations attestent de l'influence de la peur sur un cerveau déjà malade. »

 

La Cour fut dès lors confrontée au problème de la charge financière que représentait le recours au maître des œuvres, et « autre forte nécessaire pour l'extirpation des personnes sy pernicieuse que j'ai fait saisir... »

 

La torture modérée fut une nouvelle fois requise à l'encontre de la malheureuse.  Ceci se passait le 26 mars 1652. 

 

Une fois encore, hélas, « après lecture, Marie Orban persiste. »  Elle confirme en outre que le diable l'appelait Droumguine, et qu'elle appelait son amant Pruser.  Tant de familiarités ne pouvaient plus que lui être fatales...

 

Marie Orban devait perdre définitivement pied en avouant ce qui suit : 

 

« interrogée si elle n'a eu copulation charnelle avec le diable, et combien de fois et en quels lieux, elle dit que la première fois qu'elle eut trouvé le diable étant retournée à son logis et étant dans son étable, le diable s'approcha d'elle sur le soir, avec lequel elle eut copulation et recepti semen eius frigidum sicut glacies... »  Gageons que les cheveux des membres de la Haute Cour durent s'hérisser de stupeur et d'effroi, ce qu'atteste ces derniers mots de la citation, expressément énoncés en latin ! 

 

Finalement, Marie Orban capitula totalement en reconnaissant qu'à la fin, « elle renonça à Dieu, la glorieuse Vierge, sa foi, et son baptême... »  ce qui acheva de la condamner irrémédiablement à mourir étranglée puis brûlée et réduite en cendres.  L'exécuteur des hautes œuvres était un dénommé Jacques. 

 

Le curé de Buzin attesta avoir confessé la condamnée et « avoir en elle reconnu une vraie contrition et repentance. »

 

L'exécution eut lieu entre Buzin et Failon, au lieu où il existait un ancien tilleul, (Tillou, en wallon) lieu qui fut à jamais maudit.

 

Quels enseignements tirer de cette sinistre affaire ? 

 

Affirmer que tout ceci n'appartient plus qu'à un passé définitivement révolu, revient à commettre une grossière erreur.  L'histoire de l'humanité ne nous démontre-t-elle pas que l'être humain demeure ce qu'il a toujours été : une créature prompte à s'aveugler au gré de ses intérêts du moment... ! 

 

Voilà qui devait être rappelé !

 

Pour ceux qui veulent approfondir la question, je leur conseille de se référer aux chroniques du procès des sorcières de Sugny, telles que les a rapportées le docteur Delogne de Bouillon. 

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la prisonnière        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens   

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 les abords de la chapelle de Verlée

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le tillou de Buzin

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la chapelle de verlée

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la campagne de Failon

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la campagne de Chantraine

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la campagne de Buzin

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la Foulerie, Failon