10/12/2017

TRESORS MECONNUS DU GOTHIQUE

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Charlotte Dacre, dite Rosa Matilda

(1771?-1825)

Charlotte Dacre (1771 ou 1772 – 7 novembre 1825) est une femme de lettres anglaise, auteur de romans gothiques.

La plupart des référence que l'on fait aujourd'hui à elle le sont sous le nom de Charlotte Dacre, mais elle écrit tout d'abord sous le pseudonyme de Rosa Matilda, pour adopter ensuite ensuite un second pseudonyme afin de  désorienter ses critiques. Charlotte Dacre reçoit à sa naissance le nom de Charlotte King, et devient plus tard Mrs Byrne, après son mariage avec Nicholas Byrne.

Ses principales oeuvres sont :

  • Hours of Solitude (poèmes, 1805)
  • Confessions of the Nun of St. Omer (1805)
  • Zofloya (1806)
  • The Libertine (1807)
  • The Passions (1811)
  • George the Fourth, a Poem (1822)                  (d'après Wikipedia)

 Charlotte Dacre réunit dans son roman tous les ingrédients du genre gothique : jalousie, vengeance, désir, corruption, perversion, cachot, visions nocturnes, victimes innocentes, meurtre, poison, bandits...

Si Zofloya dérange la critique de 1806, c’est en partie parce que son auteure y présente une femme nouvelle, en opposition avec les codes rigides de l’époque. Elle y renverse ou inverse les règles et modèles du genre (elle les dépasse peut-être même) et met pour la toute première fois en scène un personnage féminin fort et mauvais, qui exprime et assume ses désirs sexuels.

                                                                      (d'après Wikipedia)

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 "Les plans d'Adolphe, toujours bien combinés, manquaient rarement de réussir.  Enivrée par ses séductions, Laurina cherchait à bannir tout souvenir chagrinant, et, telle qu'un misérable attaqué d'une maladie néphrétique, court en désespéré après le secours de l'opium, elle se sauvait des remords de sa conscience , en regardant sans cesse celui qui l'avait souillée.  Autrement eut-elle pu endurer l'idée horrible de son crime ?!  Eut-elle oublié qu'elle s'était élancée du lit de mort de son époux où le sang coulait encore, pour se jeter dans  les bras de son assassin ?!  Qu'elle avait trahi son voeu solemnet, que l'âme du comte s'était arrêtée dans son vol pour l'entendre ?!  Pouvait-elle, même à l'aide des sophismes, trouver la moindre palliation à sa conduite ?"

                                                                                      (extrait 1 du roman "Zofloya...")

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charles desains         femme asphyxiée 

- "Comment, vous hésitez, traître ?  c'est donc  Thérèse que vous aimez ?  Allez, fuyez pour jamais ma présence.

-   Eh ! quoi, Mathilde, rien ne peut-il vous appaiser ?

-  C'en est assez ... Il l'aime, je le vois, dit d'une voix sombre la Strozzi.

-  Oh !  Non, non par le ciel, je ne l'aime pas, je vous jure.

- prouvez-le moi donc, en plongeant ce poignard dans son indigne coeur, car rien autre chose ne m'appaisera, ni ne me persuadera de votre amour."      ........

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Eugène Delacroix      Roméo et Juliette devant le tombeau des Capulets 

 "Stimulé de nouveau par ses caresses, et le poignard en main, le malheureux, perdu de sens, courut plonger l'arme dans le coeur d'un homme qui ne lui avait jamais fait demal... qu'il n'avait jamais vu !...

Telle  était l'influence qu'une femme avait obtenue, par ses artifices, sur les sens embrasés d'un jeune adolescent sans expérience ! et l'événement prouva que si l'amour peut conduire aux grandes actions, elle entraîne aussi quelque fois dans les crimes les plus aveugles."   ........

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"Les idées les plus affreuses prirent alors possession de son esprit : les extrémités de l'horreur du crime ne lui étaient rien en comparaison de n'être point aimée d'Henriquez.  Le voir prodiguer à Lilla les marques du plus tendre attachement, lui donnait une fureur qu'elle pouvait à peine contenir ; c'était alors qu'elle sentait bien n'avoir jamais aimé le comte de Bérenza, et que le circonstances seules et la situation du moment l'avaient portée à fuir pour l'aller trouver, comme l'unique protecteur qu'elle eut à espérer."      ........

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Johannes Sadeler      illustration pour  l'Ecclésiaste  (détail) 

"Ce soir-là Victoria alla se coucher, pleine de sensations délicieuses, et toutes ayant trait au malheur des autres.  Bien loin d'éprouver ce désir permis de partager le bonheur de ses semblables, elle n'en voulait voir à personne.  En nuisant à autrui, elle goûtait le plaisir féroce d'un tyran, qui, condamnant ses sujets à la torture, rit de leur agonie.  C'était la lueur brillante d'un volcan, terrible dans sa beauté, et ne menaçant que ruine."      .......

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 "La nature, madame, étend ses droits sur tout ce qui est destiné à ses jouissances ; et ce sont nos intentions qu'elle nous ordonne de suivre.  Eh ! que deviendrait ce privilège tant vanté de l'homme sur le reste de la création, s'il cédait constamment son bonheur aux chétives représentations des pédants d'école ?  Que deviendrait-il  s'il écoutait leurs définitions verbeuses sur ce qui est bien ou mal ?  Plus des trois-quarts du genre humain a décidé la question : tout est bien, lorsqu'il s'agit de nous rendre heureux, et le mal ne consiste que dans ce qui s'y oppose.  Il faut donc détruire l'un pour jouir de l'autre ; autrement la vie n'est qu'un supplice."      ........

 

 "Elle porta ses pas vers le plus épais de la forêt, où le sombre cyprès, le plus haut pin et le peuplier élancé mêlaient leur ombrage.  au-delà, des rochers amoncelés les uns sur les autres, des montagnes inaccessibles, perçaient à travers les clairières que laissait le feuillage.  Sur le sommet de ces montagnes,  on voyait encore par-ci par-là de vieux chênes que le temps avait noircis, et qui, examinés de loin, ressemblaient à des arbrisseaux manqués par la nature.  il y avait au-dessous de ces masses colossales, des précipices dans lesquels tombaient des torrents qui gémissant continuellement dans un abîme qu'on ne pouvait voir, remplissaient la solitude environnante d'un murmure aussi triste que mystérieux.

Victoria s'arrêta un moment pour regarder autour d'elle.  L'horreur sauvage du lieu lui sembla en conformité avec son âme.  Elle se laissa aller à un enchaînement de pensées qui lui causèrent une oppression violente.  Son coeur, livré à l'anarchie, ne respirait que crime.  Elle souffrait d'avoir laissé jusqu'à ce jour une barrière entre elle et ses désirs.   _ Avec le secours du poignard, s'écriait-elle, j'aurais déjà tout fini.  Je déteste ma folle d'avoir écouté si longtemps les craintes misérables qui ont retenu ma main.-  S'excitant ainsi dans la frénésie de ses passions, elle ne réfléchissait pas que le danger menace quiconque commet ouvertement le crime.  La raison ni la prudence ne pouvaient plus se faire entendre, et l'ardeur des des pratiques du mal conduisait seule cette créature féroce."      .......

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-  "Eh bien soit !  Oh ! la plus admirable des femme,  dit quelqu'un dont l'organe valait les meilleurs chants, car c'était celui du maure, qui se trouva tout à côté de Victoria. 

- Etre étonnant !  Je ne vous ai point entendu ; d'où venez-vous donc ?

-  Me voici, Signora, cela ne vous suffit-il pas ?

-  Comment avez-vous deviné que j'avais besoin de vous ?

_  Par sympathie, aimable dame.  Toutes vos pensées ont le pouvoir de m'attirer.  Celles qui vous occupaient en ce moment m'auraient amené du bout de l'univers.

-  Elles sont vives et hardies ; elles me prouvent que votre génie a du rapport avec le mien, et que vous méritez véritablement mes services. cette assurance est faite pour me plaire.

-  Mais, qui vous donne ce pouvoir de lire dans mes pensées ?

Zofloya se mit à rire, en la regardant d'un oeil perçant.  

-  Je les lis toutes, belle Victoria ; et ces joues colorées, ce regard errant, font preuve de ce que je dis."     ........

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 -  " O maure !  Combien je te remercie ! dit Victoria en prenant sa main d'ébène et la pressant contre son coeur.

Le maure la regarda avec encore plus de feu  : ses yeux brillaient d'un éclat surnaturel.  

-  Ce coeur n'est-il pas à moi, dit-il comme transporté.  

-  il vous est attaché par la reconnaissance, bon Zofloya, lui répondit-elle, d'un air décontenancé.

-  Je dis, à moi, Victoria : puis il ajouta en riant, ne craignez rien, car je ne suis pas jaloux de votre passion pour un autre."

 Victoria était interdite ; elle leva les yeux sur le maure, mais pour les rabaisser aussitôt d'après la fierté des siens... elle voulait parler, et ne pouvait concevoir ce conflit d'émotions qui paralysaient sa langue.  La hardiesse de  Zofloya l'étonnait, mais ayant besoin de lui, elle n'osait la réprimer : victoria s'était mise en son pouvoir, et son âme abjecte et criminelle tremblait devant... un esclave !"       ........

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 "il n'était pas plutôt parti , que le calme apparent dont elle avait joui, laissait renaître mille horreurs qui la rendaient folle.  Une passion emportée à l'excès, une haine des plus fortes, et la soif ardente du sang, envers ceux qui s'opposaient à ses desseins, voilà ce qui remplissait le coeur de Victoria. "      ........

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 "Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

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"Maîtresse incomparable et adorable, dit-il en posant un genou en terre, et la main sur le coeur, veuillez informer le plus soumis de vos esclaves, de ce que vous désirez de lui ; et croyez que son bonheur sera d'accomplir vos souhaits, avec toute la promptitude d'un être qui vous est entièrement dévoué."

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Ary Scheffer     Faust et Marguerite au jardin

-  "Eh bien, eh bien, la petite Lilla ne mourra point ; mais elle sera à votre disposition, et vous pourrez lui infliger telle punition qu'il vous plaira.

-  Une punition !  dites des tourments..., les tourments les plus horribles, pour tout ce qu'elle m'a fait souffrir, prononça Victoria, l'oeil en furie, et le geste menaçant.  Mais quand, et comment me la livrerez-vous, Zofloya ?"       ........

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 Jan Gossaert         Adam et Eve

"Les étoiles avaient toutes disparu.  On eut dit qu'elles avaient honte de briller devant une femme si criminelle : à leur place s'élevaient des nuages qui couvraient la face du ciel.  Le vent soufflait avec violence à travers les arbres de la forêt, et un murmure sourd partant des cavités du rocher , se répétait d'échos en échos.  Si ce spectacle était fait pour inspirer une sorte de crainte religieuse à l'âme qui se serait trouvée en contemplation pieuse de la nature, il devait, par un effet contraire, agiter et frapper d'un sombre désespoir celle qui ne cherchant que le crime, s'enfonçait dans toutes ses horreurs."      .......

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"Victoria regarda le maure en face, pour voir si ce qu'il disait ne tenait pas de la plaisanterie, et elle fut contente de reconnaître dans ses yeux étincelants la cruauté et l'ardeur du mal dont elle-même était remplie."      ........

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Gustave Doré       illustration (détail) pour Le Roland furieux, roman de l'Arioste  

"Un grand coup de tonnerre coupa cette phrase, et les échos des rochers répétèrent ce bruit terrible.  La foudre étincelait en flammes longues et tremblantes.  Victoria, tout esprit fort qu'elle était, ne put s'empêcher de frémir, car jamais elle n'avait été témoin des phénomènes de la nature, dans un orage au milieu des Alpes.  Elle se serra plus près du maure, qui, passant ses bras autour de son corps, la pressa contre son coeur."

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"Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

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"Victoria, dit l'esprit d'une voix ferme et douce, je suis ton bon génie.  Je viens t'avertir de ton danger en ce moment, parce que c'est le premier où ton âme criminelle éprouve une étincelle de repentir.  Dieu tout puissant, qui ne veut que le salut de ses créatures, me permet d'apparaître devant toi.  Ecoute-moi bien... si tu consens, dans l'abîme horrible où tu t'es plongée ; si tu consens, dis-je, à changer de conduite, en faisant une sévère pénitence de tes crimes, tu peux encore espérer miséricorde ! mais surtout, fuis Zofloya, car il te trompe... il n'est pas ce qu'il paraît."      ........

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"M'as-tu bien examiné, femme orgueilleuse ? demanda-t-il de sa voix de tonnerre ; sais-tu maintenant qui je suis ?  Je suis, non l'homme charmant, divin, qui avait captivé ton imagination, allumé le feu de tes sens, mais l'ennemi de toute la création..."

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"Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

 "Lecteur, ne regarde pas ceci comme un simple et futile roman ; les hommes ne sauraient trop  se défier de leurs passions et de leurs faiblesses ; les progrès du vice sont graduels, imperceptibles, et l'ennemi rusé du genre humain est toujours prêt à profiter des fautes de l'espèce humaine, dont la destruction est sa gloire.  Il n'y a pas de doute que ses séductions ne l'emportent souvent ; autrement, comment rendre compte de ces crimes auxquels les hommes se laissent entraîner, et qui sont la honte de la nature ?  Ou nous devons supposer que le mal est né avec nous, (ce qui serait une insulte à la divinité) ou nous devons l'attribuer, (comme plus d'accord avec la raison) aux suggestions de l'influence infernale."

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à suivre.....

 

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Eliza  Parsons  

(1739-1811)

Eliza Parsons est une écrivaine anglaise auteure de romans gothiques dont :

- Le Château de Wolfenbach (1793)

    - Le Mystérieux avertissement (1795)

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ci-dessous, quelques extraits 

traduction : Dominique Mertens

"Cela, la bonne femme le lui promit et, lui souhaitant un doux sommeil, elle retourna à la cuisine. 

-  Que Dieu bénisse la pauvre dame, dit-elle.  Mais pourquoi est-elle aussi faible qu'un enfant ?  Je suis sûre que vous devez provenir d'une excellente maison. 

-  Oui, répondit Albert. (c'était le nom du domestique) C'est cela, en effet, et ma pauvre Dame est usée par le chagrin et la fatigue ; j'ai bien peur qu'elle ne doive se reposer quelque temps avant qu'elle ne puisse poursuivre son voyage.

-  Bien, dit Berthe.  Elle peut rester ici aussi longtemps qu'elle le désire ; personne ne viendra la déranger durant la journée, j'en suis sûre."  .......

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-  "Et qu'est-ce qui pourrait la perturber durant la nuit ? demanda Albert.

-  O mon bon ami, répondit-elle, personne ne dormira dans les chambres du haut.  Les personnes convenables qui y séjournèrent dernièrement ne purent se reposer tant elles entendirent d'étranger bruits, de gémissements, de cris, et de choses terribles.  Ensuite, à l'autre bout de la maison, les chambres ne sont jamais ouvertes ; on dit qu'une oeuvre sanglante y a été exécutée.  

-  Mais alors, comment se fait-il que vous et votre mari ayez le courage de vivre ici ? "   .......

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-  "Mon cher, répliqua-t-elle, c'est pourquoi les fantômes ne descendant jamais les escaliers, et je prends bien garde de ne jamais y monter la nuit, de sorte que si Madame  reste ici, je crains fort qu'elle ne doive dormir durant la journée, ou bien avoir une chambre au rez-de-chaussée afin qu'ils ne puissent jamais y aller.  Certains d'entre eux provenaient de votre haut lignage, je vous le garantis, du genre à ne jamais mettre les pieds en cuisine.  

Albert sourit à cette idée mais, reprenant son entretien, il demanda à la femme à qui appartenait le château ? 

-  Au grand Baron, dit-elle, mais j'ai oublié son nom."     .........

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 -  "Elle s'extirpa du lit et, revêtant une robe légère, prit sa chandelle et, ouvrant la porte de l'a pièce suivante, alla jusqu'au lit.  Elle vit qu'il était enseveli sous le couchage.

-  Albert, dit-elle, n'aies pas peur, c'est ta maîtresse avec une lumière .

Il se risqua alors à se lever, et songea, mais avec tristesse, qu'elle ne pouvait s'empêcher de sourire de l'effroi dans lequel il était plongé : des gouttes de sueur coulaient de son visage.  Ses yeux vacillaient,  et il fut un moment incapable de parler. 

-  Je vous prie, Albert, dit la dame, n'avez-vous entendu aucun bruit particulier ?  

-  Des bruits ? répéta-t-il.  O mon Dieu !  Tous les fantômes se sont rassemblés ici pour me terroriser !  

-  Ici ?  Où ?  demanda-t-elle.

-  Dans cette pièce, je le crois bien, répondit-elle."       .........

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-  "Je suis sûr qu'ils étaient dans cette salle ou dans la suivante.  il y eut une succession de  bruits de chaînes, puis vinrent des gémissements et des cris.  Mais je vous en prie, Madame,  laissez la chandelle un instant à la porte ; je vais retirer mes vêtements et descendre à la cuisine, et ne jamais plus revenir dans ces escaliers.  

-  Bien, mais, Albert, ajouta-t-elle, il me faut rester dans ma chambre.  Avez-vous plus de raisons que moi d'avoir peur ?  

-  Non, Madame, Dieu merci, jamais je n'ai fait de mal ni à un homme, ni à une femme, ni à un enfant !

-  Alors, prenez courage, Albert.  J'ai allumé la bougie et je serai  dans la pièce voisine, et laisserai ma porte ouverte.  Vous pouvez m'appeler ou descendre les escaliers si vous êtes une seconde fois alarmé.  

C'est avec quelque réticence qu'il obéit, et insista à plusieurs reprises pour que les portes restassent ouvertes."      .........

 

 à suivre .....

 

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Karl Friedrich Kahlert

(ca 1775 - ?)  

dit aussi 

Ludwig Flammenberg   (pseudonyme)

et

Peter Teuthold (  pseudonyme connu en tant que traducteur)

auteur du roman     "Le Nécromancien, conte de la Forêt Noire"

 (à ce jour, aucun renseignement biographique n'est disponible)

 

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ci-dessous, quelques extraits du "Nécromancien, conte de la forêt Noire" :

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"L'ouragan qui hurlait, les grêlons qui frappaient des fenêtres, le croassement rauque du corbeau aui faisait ses adieux à l'automne, et le grincement lugubre de la girouette, se joignaient au chant funèbre du hibou solitaire."      ........

"Au cours de son voyage de retour chez lui, il discourut sans suite des endroits les plus charmants de l'Allemagne ; pourtant, il recherchait en vain le plaisir, coupé comme il l'était ducher compagnon de ses jeunes années.  A la longue, il trouva dans le cercle familial ce qu'il cherchait vainement à l'étranger.  Le plaisir que ses vieux parents ressentaient à contempler à nouveau la descendance de leur mutuel amour calmait l'inquiétude de son esprit.  La joie qui pétillait dans leurs yeux à la vue de celui qui  soutenait leurs années de déclin, teintait ses joues du rose du contentement, et remplissait son âme d'un intime.  Après dix années d'un délicieux bonheur, son vieux père mourut au cours de sa soixante deuxième année, clôturant une vie bien dépensée.  L'ange gardien de la vertu porta son âme intacte  à l'heureux foyer de la paix éternelle.  Le doux sourire d'une bonne conscience se posa encore sur ses lèvres lorsque son esprit sanctifié arriva au ciel, salué par des millions de saints anges."

                                                                                traduction : Dominique Mertens 

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 "La vie de Wolfe sera épargnée en raison de sa loyale confession et de l'importante aide qu'il a apportée à ses juges en mettant un terme définitif aux déprédations commises durant bon nombre d'années aux environs de la Forêt Noire.  Il fut confié à vie à la maison de correction où il aura eu toute liberté de réfléchir à sa conduite passée, et de se préparer à rencontrer ce Juge éternel qui, tôt ou tard, rattrape les méchants dans leurs viles occupations.  J'ai dès lors exécuté ma tâche aussi bien qu'il était en mon pouvoir, et je crois avec confiance que vous daignerez négliger avec bienveillance les défauts de mon récit, et garderez toujours foi en ma plus grande sincérité."

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Ivan TOURGUENIEV  (1818-1883)

 auteur de plusieurs nouvelles fantastiques ou gothiques,

dont  "Clara Militch"  (voir extrait ci-dessous)

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 Le Gothique  est l'héritier  du

Siècle des Lumières  ;

il est né dans les soubresauts de la 

Révolution  Française  

et dans les affres de 

la Terreur...

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Petrus BOREL   (1809-1859)      

                           Gottfried Wolfgang  (extrait de la nouvelle)

 "Je me trouvais depuis quelque temps à Boulogne, et comme le jour de mon départ approchait, un matin, mon hôte m’aborde gracieusement et me présentant un rouleau de paperasses assez volumineux :

— Tenez, me dit-il, permettez-moi. Monsieur, vous offrir ceci, vous en pourrez sans doute tirer un meilleur parti que moi. Un jeune Anglais fort taciturne et fort bizarre logeait ici : il y a bien de cela deux ans… Un soir, il sortit ; on le vit se diriger vers la jetée, et depuis je n’ai plus eu de lui ni trace ni nouvelles. Ces papiers sont restés en ma possession, ainsi que tout son bagage, assez mince du reste, fort mince même… Hélas ! il passait toutes ses journées et toutes ses nuits à penser ou à écrire, le pauvre jeune homme !…

La fin si cruelle de ce jeune étranger qui comme tant d’autres avait rêvé sans doute une mort bien douce après une carrière pleine de gloire et de félicité… cette douleur si isolée, si obscure, que les flots de la mer où elle était allée s’éteindre en connaissaient seuls le secret, m’avaient touché vivement ; j’étais dans une émotion pénible ; je m’enfermai dans ma chambre, et je me pris à parcourir avec avidité, l’âme remplie de découragement, les papiers qui venaient de m’être confiés, tristes et derniers vestiges d’une intelligence qui avait succombé dans la lutter ! — perdue sans retour, anéantie !… Je me disais : au moins, s’il était possible de sauver de l’oubli quelqu’une de ces pages, ce serait une consolation pour l’ombre de cet infortuné jeune homme, qui sans doute est là errante autour de moi, me trouvant bien hardi de porter la main sur ses dépouilles !…

Au milieu d’un monceau de poésies à peine ébauchées, parmi des fragments de toute sorte, sans liaison et sans suite, mais toujours empreints d’un certain caractère de grandeur et de superstition, je ne tardai pas à découvrir un petit cahier sans date ni titre, sur lequel était écrit d’une façon presque illisible l’étrange récit qui va suivre.

Cette bizarre composition fut-elle l’ouvrage de ce pauvre inconnu ? N’était-ce simplement qu’une imitation ou une traduction qu’il avait faite de quelque morceau fantasmagorique éclos dans le cerveau vaporeux d’un Allemand, ou venu de France, et qui avait séduit son esprit malade ? Je ne sais… le hasard me l’a mis entre les mains ; comme le hasard me l’a donné, je le donne. — Que l’insensé à qui cela pourrait appartenir, le déclare ! — Et sur le champ il lui sera fait réparation.

C’était au temps de la Révolution française. Par une nuit d’orage, à cette heure qu’on est convenu communément d’appeler indue, un jeune Allemand traversait le vieux Paris et regagnait silencieusement sa demeure. Les éclairs éblouissaient ses yeux, le bruit du tonnerre, les éclats de la foudre retentissaient et trouvaient de l’écho dans les rues tortueuses de la cité décrépite… Mais souffrez, avant tout, que je vous dise quelque chose de mon jeune Saxon.

 

Gottfried Wolfgang était un jeune homme de bonne famille. Il avait étudié quelques temps à Gœttingue ; mais visionnaire et enthousiaste, il s’était livré à ces doctrines spéculatives qui ont égaré si souvent la jeunesse d’Allemagne. La vie retirée qu’il menait, son application constante et la singulière nature de ses études avaient affecté peu à peu toutes ses facultés morales et physiques. Sa santé était altérée, son imagination malade. Il avait poussé si loin ses rêveries abstraites sur les essences spirituelles, qu’il avait fini par se former, comme Svedenborg, un monde idéal gravitant autour de lui ; et il s’était persuadé, dans son égarement, qu’une influence maligne, un esprit malfaisant, planait sans cesse au-dessus de sa tête, cherchant l’occasion de le perdre. Une idée si extravagante, agissant sur son idiosyncrasie déjà très mélancolique, avait produit les plus déplorables effets. Devenu farouche et tombé dans le plus morne découragement, la maladie mentale à laquelle il était en proie, n’avait pas tardé à se trahir ; et comme le changement de lieu avait pu devoir être le remède le plus efficace dans sa cruelle situation, il avait été envoyé pour finir ses études, au milieu des splendeurs et du tourbillon de Paris.

Au moment où Wolfgang arrivait dans la capitale, les premiers troubles révolutionnaires éclataient. D’abord son esprit exalté, captivé par les théories politiques et philosophiques du temps, avait payé son tribut au délire populaire. Mais les scènes sanglantes qui avaient suivi, ayant blessé sa nature sensible, dégoûté de la société et du monde, et rendu bientôt à ses habitudes monastiques, il s’était retiré dans un petit logement solitaire, choisi dans une rue obscure, non loin de la vieille Sorbonne, au centre du quartier des étudiants. Là Wolfgang avait donné de nouveau libre cours à ses spéculations favorites. S’il quittait quelquefois sa chère cellule, c’était seulement pour aller s’enfermer pendant des journées entières, dans les grands dépôts de livres de Paris, ces catacombes des auteurs en deliquium, ces Rome souterraines de la pensée, où il fouillait avec ardeur, en quête de nourriture pour satisfaire son esprit maladif, les bouquins les plus poudreux, les grimoires les plus surannés. Notre étudiant était en quelque sorte (passez-moi cette légère absence de goût) une manière de vampire littéraire s’engraissant au charnier de la science morte et de la littérature en dissolution.

Malgré son penchant pour la retraite, Gottfried était d’un tempérament ardent et voluptueux, qui d’ordinaire n’agissait guère que sur son esprit. Il était trop réservé et trop neuf pour s’avancer avec le sexe ; mais en même temps il s’avouait admirateur passionné de la beauté. Souvent il se perdait dans des rêves infinis sur des figures ou des formes qu’il avait vues, et son imagination lui créait des idoles qu’elle ornait de perfections surpassant de beaucoup toute réalité.

Dans le temps que son esprit se trouvait dans cet état de surexcitation, il eut un songe qui l’affecta d’une manière extraordinaire. La vision lui avait représenté une femme d’une beauté transcendante, et l’impression que cette image avait faite sur lui avait été si forte, qu’il la voyait sans cesse, à toute heure, en tout lieu ; le jour, la nuit, son cerveau en était plein. Enfin il s’était passionné tellement pour cette vapeur, et cette extravagance avait duré si longtemps, qu’elle s’était changée en une de ces idées fixes que l’on confond quelquefois, chez les hommes mélancoliques, avec la folie.

Reprenons le récit que nous avons interrompu plus haut, et suivons notre jeune Allemand dans sa course nocturne. Comme il traversait la place de Grève, soudain il se trouva près de la g… Non, jamais ma plume ne saura écrire ce mot hideux… Il recula avec effroi… C’était au fort de la Terreur. Alors cet horrible instrument était en permanence et le sang le plus pur et le plus innocent ruisselait continuellement sur l’échafaud. Il avait été ce jour même employé à l’œuvre de carnage et présentait encore, dans l’attente de nouvelles victimes, à la cité endormie, son appareil lugubre et menaçant.

Wolfgang se sentait défaillir, et il se détournait en frémissant, quand il aperçut tout à coup un personnage mystérieux accroupi, pour ainsi dire, au pied de l’échafaud. Une suite de vifs éclairs rendit bientôt sa forme plus distincte aux yeux de l’étudiant : c’était une femme habillée tout de noir, paraissant appartenir à la classe supérieure. Plus d’une belle tête habituée aux douceurs de l’oreiller de duvet se posait sur la pierre dans ces temps d’affreuses vicissitudes. Elle était assise sur le plus bas degré, le corps penché en avant et la figure cachée dans son giron. Ses longues tresses épaisses pendaient jusques à terre, égouttant comme un toit de chaume, la pluie qui tombait par torrents. Devant ce monument solitaire du malheur, Wolfgang s’arrêta court : — Peut-être, se dit-il, que du rivage de l’existence où cette infortunée gît le cœur brisé, l’effroyable couteau a lancé dans l’éternité tout ce qui lui était cher au monde !… Poussé par une puissance irrésistible, il s’avance alors dans un timide embarras, et adresse à celle qui lui inspirait à la fois tant de pitié et d’intérêt quelques paroles de sympathie. Elle lève la tête et le fixe du regard d’un air égaré. Mais quel est l’étonnement de Wolfgang en reconnaissant à la lueur brillante des éclairs, la réalité dont l’ombre subjuguait depuis longtemps toutes ses facultés. La figure de l’inconnue, quoique couverte en ce moment d’une pâleur mortelle, et portant l’empreinte profonde du désespoir, était d’une ravissante beauté.

Les émotions les plus violentes et les plus diverses agitaient le cœur passionné de Wolfgang. Tremblant, il lui adresse de nouveau la parole. Il s’étonne de la voir ainsi exposée seule à une pareille heure, dans un tel lieu, en butte à la furie de l’orage, et finit par lui offrir gracieusement de la conduire en sûreté à sa famille ou à ses amis. Mais elle, avec un geste épouvantablement significatif, et d’une voix qui impressionna singulièrement son interlocuteur, répondit

— Je n’ai point d’amis sur la terre.

— Mais vous avez peut-être un asile ?

— Oui, dans la tombe !

L’âme de l’étudiant était déchirée.

— Si un simple bachelier, reprit-il avec une modeste hésitation, pouvait, sans crainte d’être mal compris, offrir son humble demeure pour abri et son bras pour protection… Je suis étranger au sol de la France et aussi bien que vous sans amis dans cette ville ; mais si ma vie peut vous être de quelque service, elle est à votre disposition et serait sacrifiée avant qu’aucun mal ou que le plus léger affront vous atteignit !

Il y avait dans la manière du jeune homme un honnête empressement qui produisit son effet. Le véritable enthousiasme possède une élégance particulière à laquelle on ne peut se méprendre. La femme de l’échafaud se confia implicitement à la protection de Gottfried.

L’orage avait perdu de son intensité, le tonnerre ne grondait plus que dans l’éloignement. Tout Paris était encore dans le repos, le grand volcan des passions humaines sommeillait pour quelques instants, afin de rassembler de nouvelles forces pour l’éruption du lendemain.

 

Nos deux héros marchèrent ensemble pendant plus d’une heure : Gottfried soutenait les pas chancelants de sa compagne, et tous deux gardaient un religieux silence. Enfin, après avoir longé les murs sombres de la Sorbonne, ils arrivèrent au bout de leur course à l’étroite et antique masure, demeure de l’étudiant. — Wolfgang l’anachorète, dans la compagnie d’une femme ! À ce spectacle extraordinaire, le vieux concierge qui s’était levé pour ouvrir resta dans un étonnement indicible.

Comme il entrait dans son logement, notre jeune Allemand rougit pour la première fois à la pensée de sa misérable apparence. Il n’avait qu’une seule chambre, assez grande à la vérité, mais encombrée de l’arsenal ordinaire de l’étudiant ; le lit occupait un réduit profond à l’une des extrémités de la pièce.

Gottfried pouvait alors contempler à loisir sa compagne. Il se sentit plus que jamais enivré de sa beauté. Son teint, d’une blancheur éblouissante, était comme relevé par une profusion de cheveux noirs comme du jais, qui flottaient négligemment sur l’ivoire de ses épaules. Ses yeux étaient grands et pleins d’éclat ; mais on remarquait dans leur expression quelque chose de hagard. Sa taille, autant que son vêtement noir permettait d’en juger, était d’une forme parfaite. L’ensemble de son extérieur était extrêmement noble et distingué, en dépit de la simplicité de sa mise. La seule chose qu’elle portât, ayant quelque apparence de luxe ou de parure, était une large bande de velours noir, une sorte de cravate, agrafée avec des diamants.

Cependant l’étudiant se trouvait quelque peu embarrassé sur le moyen d’exercer convenablement l’hospitalité avec l’être infortuné qu’il avait pris sous sa protection. Il avait bien pensé à lui abandonner sa chambre et à aller chercher pour lui-même un autre abri ; mais il était tellement fasciné ; mais son esprit et ses sens étaient sous l’empire d’un charme si puissant, qu’il ne pouvait s’arracher à sa présence. D’un autre côté, la conduite de l’inconnue contribuait à le retenir. Elle paraissait avoir oublié sa douleur et les effroyables circonstances auxquelles Wolfgang devait sa rencontre. Les attentions du jeune homme, après avoir gagné sa confiance, avaient apparemment aussi gagné son cœur.

Dans l’ivresse du moment, Wolfgang lui déclara sa passion. Il lui raconta ses rêves mystérieux ; il lui dit comment elle avait possédé son cœur avant qu’il l’eût jamais vue. Étrangement agitée à mesure qu’il parlait, elle avoua à son tour qu’elle s’était sentie portée vers lui par une impulsion tout aussi surnaturelle.

— Alors, pourquoi nous séparerions-nous ? s’écria Wolfgang au comble du délire, nos cœurs sont unis par une puissance sympathique ; aux yeux de la raison et de l’honneur ; nous ne faisons plus qu’un… Est-il besoin de formules vulgaires pour lier deux grandes âmes !…

La femme au collier noir écoutait attentivement et avec une attention toujours croissante.

— Vous n’avez ni toit ni famille, continua Wolfgang, eh bien que je sois tout pour vous, ou plutôt soyons tout l’un pour l’autre ! Voici ma main, je m’engage à vous pour toujours.

— Pour toujours ? dit-elle solennellement.

— Pour toujours, affirma Wolfgang.

L’étrangère saisit la main qu’il lui présentait.

— Donc, je suis à vous, à jamais, murmura-t-elle.

En prononçant ces derniers mots, elle laissait tomber sur son amant un long regard, plein de mélancolie et de tendresse.

 

Le lendemain matin, Gottfried sortit de bonne heure pour chercher un appartement plus spacieux et plus convenable après le changement qui venait de s’opérer dans sa condition. Il avait laissé sa fiancée paisiblement endormie. À son retour, il la trouva encore plongée dans un profond sommeil, mais sa tête pendait hors du vaste fauteuil sur lequel elle avait voulu passer la nuit, enveloppée pudiquement dans son manteau. Un de ses bras était jeté sur son front d’une façon étrange. Il lui parle, mais ne reçoit point de réponse. Il s’avance pour l’éveiller et lui faire quitter cette position incommode et dangereuse ; mais sa main était froide ; mais son pouls était nul, mais son visage était livide et contracté…   Elle était morte !!!

Éperdu, épouvanté, Gottfried pousse des cris aigus. Tout le voisinage accourt ; — la scène était déchirante…

Requis par le concierge, enfin un officier de police se présente ; mais en pénétrant dans la chambre, à la vue du cadavre il recule d’effroi…

- Grand Dieu, s’écrie-t-il, comment cette femme est-elle ici ?

— La connaissez-vous donc ? demande vivement le pauvre Gottfried.

— Si je la connaissais !… reprend l’officier. Moi !… cette femme !… Hier elle est morte sur l’échafaud !

À ces mots, plus prompt que la foudre, Wolfgang s’avance et détache la bande noire qui entourait le col si beau de son amie.

Et aussitôt se découvre à son regard la trace horrible et sanglante du fatal couteau !!!

— Horreur ! Horreur !… s’écrie-t-il, dans un accès enrayant de délire. Oh, je le vois bien, le mauvais génie a pris possession de moi, je suis perdu pour toujours. Mon ennemi a ranimé ce cadavre pour me tendre le piège cruel dans lequel je suis tombé. Affreuse déception…"

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 Camille Bodin  (1792-1851)

(pseudonyme : Jenny BASTIDE) 

"Le Monstre"

des extraits paraîtront prochainement ici même...

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 Théophile Dinocourt  (Pierre Théophile, 1791-1862)

"L'Homme des ruines"   

 

 "Les Fantômes nocturnes, ou les Terreurs des coupables, théâtre de forfaits offrant, par nouvelles historiques, des visions infernales de monstres fantastiques, d’images funestes, de lutins homicides, de spectres et d’échafauds sanglants, supplices précurseurs des scélérats"

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William Henry Ireland (1775-1835)

"L'Abbesse"

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"Les yeux du  Comte demeurèrent rivés sur elle ; elle s'en aperçut, rougit et baissa les yeux.  Il désirait beaucoup connaître son nom et sa famille.  Pour y parvenir, il résolut de le demander à l'un des religieux qui était près de lui . Son empressement fut bientôt repoussé : à ses côtés, un moine à la figure pâle et décharnée, enveloppée d'un capuchon,  fixait les yeux  sur lui avec attention.  Ce  visage hideux lui fit horreur.  Il détourna les yeux et contempla à nouveau Maddalena Rosa.   Leurs regards se rencontrèrent à nouveau ; elle baissa aussitôt les yeux, confuse."

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Diego Velasquez        Abbesse Jeronima de la Fuente

 "Je meurs, victime de la trahison ; une main cruelle et sanguinaire a tranché le fil de mes jours.  Mon meurtrier se croit en sécurité, mais le Temps qui progresse à pas lents, emporte avec lui la vengeance."

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 John Joseph Barker        Churchyard scene in the moonlight

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 CATHERINE  CUTHBERTSON  (1775? - 1842?)  est une romancière anglaise dont on sait peu de choses, si ce n'est qu'elle aurait publié certaines de ses oeuvres sous le nom de Kitty Cuthbertson.

Parmi les œuvres qu'elle nous a léguées, La Romance des Pyrénées (1803), La Forêt de Montalbano (1810), et Adélaïde ont connu un certain succès, en dépit d'un style conventionnel, et d'intrigues en tous points excessives, essentiellement basées sur des trames historiques. L'attribution à Ann Radcliffe de son roman La Vision du Château des Pyrénées  (titre alternatif de La Romance des Pyrénées)s'avère dénuée de tout fondement, les deux auteures se distinguant nettement l'une de l'autre par la richesse de leur imagination et par celle de leur écriture.

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Les Mystères d'Udolphe (Ann Radcliffe) publiés  en feuilleton

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Ann Radcliffe (aquatinte)

 

 

 

 

à suivre.....

 

 

15/05/2016

NAITRE AU GOTHIQUE

 

naître  au gothique

c'est naître à la vie

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       Dominique Mertens          L'Oeil de Dieu donne vie aux spermatozoïdes    

(détail de La Fresque de la Vie)     

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Dominique Mertens          L'Oeil-de-Dieu        

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     Dominique Mertns           La Migration des spermatozoïdes        

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Dominique Mertens           In utero        

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Dominique Mertens           In utero       

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Dominique Mertens           In utero    

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Dominique Mertens          Le sablier-uterus        

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 Parcourons le journal d'une gothique,

extrait du chef-d'oeuvre  de Charles-Robert Maturin,

"Fatale vengeance", publié aux éditions José Corti,

notre fournisseur attitré de Gothique.

jose-corti.fr

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  "Ce 1er avril"

"Il est minuit... tout se tait autour de moi... pas un souffle de vent, pas un murmure.  Et moi, au sein de ce repos de la nature, comment suis-je ,  Que suis-je ? ... Quel est ce trouble de mon âme que semble encore accentuer la paix qui m'entoure ?  Qui ai-je vu ?  Je n'en sais rien ; je ne veux pas prononcer son nom ; je ne veux pas penser à ce qu'il est.  Je ressens un tel bonheur !  Il n'y a place pour rien d'autre.  Mes sentiments m'appartiennent ; ils sont mon trésor secret.  La joie que je sens en moi est suave et caressante comme une belle journée de printemps.  Il n'y a personne d'aussi heureux que moi cette nuit... Sauf lui peut-être ?  Il est si beau ! ... Comment peut-on être à la fois bercée par une douce quiétude et secouée par la tempête ?  Mes esprits sont agités, mais mon âme est paisible..."                                                                                     (suite ci-dessous)

Charles-Robert Maturin        Fatale vengeance

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Dominique Mertens          Naissance au gothique    

  

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Dominique Mertens           Naissance au gothique      

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 Dominique Mertens          La dame sans espoir de retour        

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Dominique Mertens           La Femme est née de l'eau          

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Viens...!!!

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Viens...!!!

 

Et  prends-moi...!

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naître au gothique

c'est naître à la mort   

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et

remonter le courant

de

 la Vie, cette vierge blanche

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 Dominique Mertens          Vierge blanche        

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  et  de

 la Mort, cette vierge noire

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Dominique Mertens          Vierge noire          

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        "Que j'aime à voir la décadence

de ces vieux chasteaux ruinez                                   

                    """""""""""""""                         

Contre qui les ans mutinez

Ont déployé leur insolence !

Les sorciers y ont leur sabat ;

Les démons follets s'y retirent,

Qui d'un malicieux ébat

Trompent nos sens et nous martirent ;

Là se nichent en mille trou,

Les couleuvres et les hyboux.

L'orfraye, avec ses cris funèbres,

Mortels augures des destins,

Fait rire et danser les lutins,

Dans ces leix remplis de ténèbres.

Sous un chevron de bois maudit

Y branle le squelette horrible

D'un pauvre amant qui se pendit

Pour une bergère insensible ..."

marc-antoine-de-gérard-de-saint-amant         la-solitude

du sieur de Saint-Amant

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"Les cheveux hérissez, j'entre en des resveries

De contes de sorciers, de sabaths, de furies ;

J'erre dans les enfers, je raude dans les cieux ;

L'âme de mon ayeul se présente à mes yeux ;

Ce fantôme léger, coiffé d'un vieux suaire,

Et tristement vestu d'un long drap mortuaire,

A pas affreux et lents, s'approche de mon lit ;

Mon sang en est glacé, mon visage en paslit,

De frayeur mon bonnet sur mes cheveux se dresse,

Je sens sur l'estomach un fardeau qui m'oppresse.

Je voudrais bien crier, mais je l'essaye en vain :

il me ferme la bouche avec sa froide main..."

 marc antoine de gérard de saint amant      les visions

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"... Au travers  de ce feu puant, bleuastre et sombre,

J'entrevoy cheminer la figure d'une ombre,

J'entends passer dans l'air certains gémissements,

J'avise, en me tournant, un spectre d'ossements,

Lors, jettant un grand cry qui jusqu'au ciel transperce,

Sans poux et sans couleur, je tombe à la renverse."

marc antoine de gérard de saint amant      les visions

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malédiction !!!

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Claudine

Guérin de Tencin 

 une des innombrables précurseures du genre littéraire gothique

 dont voici un extrait de l'adaptation de son roman  "Mémoires du Comte de Comminge " au théâtre par Baculard d'Arnaud 

sous le titre "Les Amants malheureux, ou Le Comte de Comminge" :

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 "un souterrain vaste et profond consacré aux sépultures de la trappe ; deux ailes du cloître, fort longues et à perte de vue, y viennent aboutir ; on y descend par deux escaliers de pierres grossièrement taillées et d'une vingtaine de degrés.  il n'est éclairé que d'une lampe.  au fond s'élève une grande croix, telle qu'on en voit dans nos cimetières, au bas de laquelle est adossé un sépulchre peu élevé, et formé de pierres brutes ; plusieurs têtes de mort amoncelées lient ce monument avec la croix ; c'est le tombeau du célèbre abbé de Rancé, fondateur de la Trappe.  Plus avant, du côté gauche, est une tombe qui paraît nouvellement creusée, sur les bords de laquelle sont une pioche, une pelle, etc.  Au devant  de la scène, dans un des côtés à droite, est une autre fosse.  Sur les ailes du souterrain, se distinguent de distance en distance, et à peu de hauteur de terre, une infinité de petites croix qui désignent les sépultures des religieux."

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 malédiction !!!

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illustration de l'ouvrage de Baculard d'Arnaud,

" Le Comte de Comminges ou Les Amants malheureux"

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"En disant ces derniers mots, le marquis sortit avec fureur de son cabinet.  Julia avait succombé à l'effroi de cette sorte de malédiction.  Ses jambes ayant cessé de la soutenir, elle était tombée à la renverse sur le parquet.  Seule et sans secours, ce ne fut qu'au bout de quelques heures qu'elle revint de son évanouissement.  Alors elle essaya de sortir de ce funeste cabinet, en s'appuyant tantôt contre un meuble, tantôt contre le mur."

anne_radcliffe       julia_ou_les_souterrains_du_château_de_mazzini

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malédiction !!!

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 "Je m'avance, égaré, dans des plaines désertes :

De la destruction elles étaient couvertes,

Du fonds de noirs tombeaux, antiques monuments

J'entendais s'échapper de longs gémissements ;

Dans les débris épars de ces vieux mausollées,

Je voyais se traîner des ombres désollées ;

D'un lamentable écho ces champs retentissaient ;

Des monceaux de cercueils jusqu'aux cieux s'entassaient..."

Baculard d'Arnaud    

  Le Comte de Comminges ou Les Amants malheureux

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 Dominique Mertens          détail de la fresque de la Vie 

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illustration pour le roman de "emmeline_ou_l'_orpheline_du_château" 

de charlotte_turner_smith

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Dominique Mertens           détail de la fresque de la Vie

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illustration pour le roman "emmeline_ou_l'_orpheline_du_château" de charlotte_turner_smith

                   

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Et maintenant,

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      que se déchaîne

           le souffle de l'esprit...          

"Ida Munster, sorcière accusée de meurtre et de haute trahison,  apparais !  

Nous, les secrets vengeurs de l'Eternel,

nous te citons à comparaître devant le tribunal de Dieu

endéans les trois jours !"

christiane_bénédicte-naubert        herman_of_unna    

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illustration pour"le_spectre_du_château", pièce de théâtre de matthew_gregory_lewis

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david_teniers       scène de sabbath_des_sorcières

 

 

accoucher !  accoucher au plus vite !!

 

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"Apparais...!!!"

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               " Apparais...!!! "                        

                   

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"Apparais !!!" 

                                                                                                                                                                                    

                                           

 

22/10/2014

Une VIE GOTHIQUE

 UNE  VIE  GOTHIQUE

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"Oui, je ris de l'humanité et du mensonge perpétuel qu'elle commet en parlant de son coeur.

Je ris des passions humaines, du vice et de la vertu, de la religion et de l'impiété, car ce n'est autre chose que le résultat des conventions locales et des situations artificielles.    (.....)

Misérables humains !  Comédiens de bonne foi, d'un ridicule amer, débitant de grands mots, et n'éprouvant rien de profond !"

charles_robert_maturin      melmoth_l'_homme_errant

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 mon  roman  

est  en  vente  

à  la  librairie  des

éditions des tourments

librairiedestourments.fr/livre/dans-ses-yeux-je-voyais-ma-mort/

et

editionsdestourments.fr

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     Dominique Mertens           L'Axe de l'Univers       

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 " Qui donc est parmi nous, s'écria enfin le moine ?

Là où il mange, la nourriture devient poison ;

là où il marche, l'herbe se sèche.  Son oeil est un éclair.

Qui est-il ? "        (.....)

" Qui l'a amené ici , qui le connaît ? répétait le moine. 

Et comme personne ne lui répondait, Olavida s'adressa personnellement à chacun d'eux et chacun d'eux lui fit un signe négatif.

 Alors moi seul puis le connaître, s'écria-t-il, et je sens déjà ses marques sur moi."  (.....)

" Sa voix s'éteignit un instant, puis reprenant avec effort : 

 Je le connais et je lui ordonne de sortir, car il s'appelle le ... "

charles_robert_maturin       melmoth,_l'_homme_errant

   

 

Pourquoi teinter ainsi d'hypocrisie

nos relations humaines ?

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"Non, je ne connais pas cet homme !"

gerrit_van_honthorst        le_reniement_de_saint_pierre 

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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?  

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

(chanson de Léo Ferré - extrait)

Tout est affaire de décor

Changer de lit changer de corps

A quoi bon puisque c´est encore

Moi qui moi-même me trahis

Moi qui me traîne et m´éparpille

Et mon ombre se déshabille

Dans les bras semblables des filles

Où j´ai cru trouver un pays.

Cœur léger cœur changeant cœur lourd

Le temps de rêver est bien court

Que faut-il faire de mes jours

Que faut-il faire de mes nuits ?

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                     Dominique Mertens          Wolfram Manteufel    

Deviens  un  autre !!!

DEVIENS  AUTRE !!!

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       charles_robert_maturin

Charles Robert Maturin (1782-1824)  est issu d'une famille de la bourgeoisie irlandaise protestante.  Il mena toute sa vie durant une carrière d'ecclésiastique à la paroisse de Saint-Peter de Dublin.  Il fut constamment en proie à de grandes difficultés financières, ce qui le poussa à développer sa production littéraire, laquelle fut taxée d'athéisme.

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"Il en est ainsi de la curiosité et de l'amour, qui sont certes les deux plus grands moteurs du monde, et qui colorent tous les faits, toutes les erreurs, d'une sorte de grandeur romanesque, en donnant naissance à de grandes dépenses d'énergie pour obtenir la possession d'êtres ou de choses bien souvent fort misérables, hélas !"

charles_robert-maturin       melmoth,_l'homme_errant

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 les âmes anéanties pleurent sur le misérable orgueil des hommes 

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 "Seigneur, prends pitié !"

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Requiem  pour  l'espèce  humaine...

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"Et comme si, à cet instant même, dans mes yeux qui ressemblaient aux yeux de ma mère, il eût deviné toute une destinée de souffrance, il m'étreignit avec force contre sa poitrine et fondit en larmes."

octave_mirbeau        le_calvaire

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Dominique Mertens          L'Enfer m'étreint        

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"D'ailleurs, signor, je vous le répète : n'allez pas vous mêler des affaires

qui peuvent intéresser les Frères Noirs ou tout autre habitant de la forêt sombre ;

on ne peut jamais avoir qu'à s'en repentir !"

étienne_léon_de_lamothe_langon        le_monastère_des_frères-noirs

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 "Parce que les malheureux aiment à avoir des compagnons d'infortune.  Les oiseaux en cage désirent voir enfermer les autres oiseaux.  Il est possible que ce soit le désir d'une âmes corrompue, mais il est très naturel."

charles_robert_maturin       melmoth,_l'_homme_errant

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"C'était la beauté dormant au sein de l'horreur."

ann_radcliffe        les_mystères_d'_udolphe

 

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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"Puis tout à coup ma vision s'obscurcit et une tempête éclata dans tout mon être.  Je me redressai sous l'influence d'un pouvoir plus fort que la raison, la nature reprenait son empire, ma jeunesse me criait : tu peux encore changer les rôles dans cette atroce comédie, et de victime sacrificateur.  Je puis faire rougir ma mère devant moi ; mon père demeurera confondu.  A mon tour, je puis jeter le désespoir dans l'âme de ceux qui m'entourent et leur rendre souffrance pour souffrance."

charles_robert_maturin       melmoth_l'_homme_errant

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? 

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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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"Et comme si, à cet instant même, dans mes yeux qui ressemblaient aux yeux de ma mère, il eût deviné toute une destinée de souffrane, il m'étreignit avec force contre sa poitrine et fondit en larmes."

octave_mirbeau      le_calvaire

 

 

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Dominique Mertens             Crime odieux

 Tout, tout, tout au nom du seul ARGENT  !!!!

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L'argent, ce sang impur qui vicie les pensées et les actes  des êtres humains...

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un chaos de sentiments et d'actes frelatés, 

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que le feu seul parviendrait éventuellement à purifier... en les anéantissant !

  médaille décernée par le gouvernement russe aux liquidateurs (décédés)

 de la centrale nucléaire de Tchernobyl

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"Quel dommage que tant de riches qui pourraient se procurer à volonté un soleil brillant laissent flétrir leurs jours dans les brouillards de l'égoïsme!"

ann_radcliffe_les_mystères_d'_udolphe

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ASSEZ  de ces  financiers

et autres spéculateurs!!!

 Ils  dénaturent  la  Vie

et transforment toutes choses,

et  jusqu'aux sentiments-mêmes,

en viles marchandises.

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La Vie n'est ni un spectacle, ni une marchandise...

(lire à ce sujet "La Société du spectacle", ouvrage fondamental de Guy Debord)

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      Dominique Mertens          Enchaînée et dénaturée       

 

Dénaturer, c'est déjà détruire...

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  La mer n'est pas la mer

(extrait de la chanson de  Félix Leclerc)

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La mer n'est pas la mer,

C'est un gouffre sans fond       

Qui avale les garçons

Par les matins trop clairs...

L'amour n'est pas l'amour...

C'est un faux carrefour

Où les filles entrent en chantant

En ressortent en pleurant...

La vie n'est pas la vie...

Mais triste comédie

Qu'il faut vite quitter

Avant que d'y goûter...

Moi je sais un pays

Qui est bien loin d'ici

Où la mer et la vie

Et l'amour sont unis...

...Où la mer et la vie

 Et l'amour sont unis

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Sur les traces de l'infâme Montorio...

( héros du roman "fatale_vengeance",  de charles_robert_maturin ) et du tout aussi sinistre montoni... (héros du roman "les_mystères_d'_udolphe", de ann_radcliffe)

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... qui  va  jusqu'à  faire  de  l'amour  une  simple  marchandise...

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éviter les mauvaises rencontres

 en s'enfouissant au plus profond de soi-même

 

"  - Tu es parfois d'une naïveté incroyable !

-  Qu'est-ce qui te fait croire qu'il a des

sentiments pour moi ?

-  Il ne te touche jamais ! "

dialogue extrait du film le_village,  de m_night-shyamalan

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"L'idée de s'ensevelir dans des caves profondes et de se mettre à la merci des esprits infernaux, loin de la lumière du jour, et pour ainsi dire dans les entrailles de la terre, glaça les domestiques d'une terreur si forte que tous se refusèrent à obéir à l'ordre de leur maître."

ann_radcliffe_julia_ou_les_souterrains_du_château_de_mazzini

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"Mon geolier me conduisit, les yeux bandés, à travers une multitude de passages, jusqu'à ce qu'enfin nous arrivâmes à une salle de la partie méridionale du château."

julia_ou_les_souterrains_du_château_de_mazzini       ann_radcliffe

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et  chercher  inlassablement  la  lumière

  afin d'accueillir l'énergie

 

 

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Dominique Mertens          Attachée à la vie par de simples ronces         

 car l'amour

est

transformation

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"Le Monde tourne grâce à l'Amour.  

Chacun s'incline respectueusement devant lui."

dialogue extrait du film le_village, de m_night_shyamalan

 

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amphitheatrum_sapientiae_aeternae

  "Pour arriver à tout savoir, veillez à ne posséder quoi que ce soit.  (...)  Pour arriver à être tout, veillez à n'être rien de rien,  (...)  car  pour venir du tout au tout, il faut renoncer à soi du tout au tout."

jean_de_la_croix   citant maître_eckart   ("Du détachement")

  Voici que l'été est passé

(poème d'Arseni Tarkovski , fils d'Andréi Tarkovski,  extrait du film  Stalker)

Voici que l'été est passé,

Autant dire un mirage !

Au soleil il fait bon

Mais on en voudrait davantage.

Tout ce qui devait arriver

Comme une feuille échancrée

Est tombé sur ma page,

Mais j'en voudrais davantage.

Ni le mal, ni le bien,

Rien ne s'est perdu en vain.

Tout à fait flamme claire et sage,

Mais j'en voudrais davantage.

La vie m'a accueilli sous son aile

Pour me garder et me sauver,

Et c'est vrai que j'ai évité le naufrage,

Mais j'en voudrais davantage.

Pas de feuilles brûlées,

Pas de branches brisées,

Un jour propre comme le vitrage,

 Mais j'en voudrais davantage !

 

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"Qu'ai-je à craindre ?  dit-elle ;

si les âmes de ceux que nous chérissons reviennent,

ce ne peut être que par bonté."

 ann_radcliffe      les_mystères-d'_udolphe

 

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philip_galle       le_triomphe_du_temps     

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philip_galle       le_triomphe_de_la_mort

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les roues du Temps, les roues de la Mort

sont-elles bien les seules à nous broyer, 

nous, pauvres humains... ?

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"Quand son esprit fut remis de ce premier choc, elle comprit le danger de céder à l'indolence ; et pensant qu'une activité soutenue pourrait seule lui donner de la force, elle s'attacha scrupuleusement à bien employer toutes ses heures.  C'est bien alors qu'elle connut le prix de l'éducation qu'elle avait reçue.  En cultivant son esprit, Saint-Aubert lui avait assuré un refuge contre l'ennui et l'oisiveté, la dissipation, les brillants amusements, les distractions de la société dont sa position la séparait, ne lui étaient point nécessaires.  Mais en même temps, Saint-Aubert avait développé les touchantes qualités de son âme ; elle répandait sa bienveillance autour d'elle, et les maux qu'elle ne pouvait écarter par ses secours, elle les adoucissait par la compassion et la bonté ; en un mot, elle savait compatir aux douleurs de tous les êtres qui souffraient."

ann_radcliffe       les-mystères_d'_udolphe

 

Enfin libre !!

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 Oui, mais libre de quoi ?

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Enfin seul(e) !!

Oui, mais seul(e) avec qui ?

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amour_désarmé

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 Sur les pas d'une héroïne gothique exemplaire,

en feuilletant le roman d'Ann Radcliffe

"Julia, ou les souterrains du château de Mazzini"

("a sicilian romance")

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 "Près de cette porte que l'on referma, le marquis fit découvrir une trappe que des broussailles et des pierres détachées de l'escalier masquaient en quelque sorte.  Le terrain étant déblayé, il ordonna encore au valet le plus proche de lever cette trappe, qui nécessairement devait conduire à quelques souterrains.  L'idée de s'ensevelir dans des caves profondes et de se mettre à la merci des esprits infernaux loin de la lumière du jour et pour ainsi dire dans les entrailles de la terre glaça les domestiques d'une terreur si forte que tous se refusèrent d'obéir à l'ordre de leur maître."

.....

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Sur les pas d'une héroïne gothique...

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 Dominique Mertens          C'est ici que le chemin s'efface        

..... "Il n'en fallut pas davantage pour décider Julia à fuir à travers l'espace ténébreux qu'elle avait à parcourir.  Après avoir couru longtemps sans trouver le terme de cette vaste enceinte, elle s'arrêta pour respirer.  Tout était calme en ce moment, et comme elle regardait autour d'elle, la sombre obscurité du lieu porta dans son imagination les images les plus effrayantes.  Elle fut étonnée de la profondeur de cet abîme, dont elle ne découvrait qu'imparfaitement l'étendue.  Cet asile ne semblait propre qu'à servir de repaire aux brigands."

.....

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photo extraite du film "der_turm_ des_schweigens"  de johannes_guter

..... "L'escalier, arrivé à la plus déplorable vétusté, était composé de marches rompues et de pierres toutes disjointes.  Le mur même contre lequel il était appuyé, était entamé à plusieurs endroits.  Tout donnait à craindre que le moindre poids ou la plus légère secousse n'entraînât l'escalier et le mur.  Il y avait donc au moins de l'imprudence à se hasarder au milieu de ces effrayantes ruines.   Mais le désir de fixer ses idées et d'arriver à un résultat quelconque, l'emporta sur l'imminence du péril.  Ferdinand hasarda le pied sur la première marche de l'escalier, et passant de pierre en pierre, toujours en évitant les points dégradés, il arriva à la seizième marche.   Il espère aller plus loin, mais par suite de l'ébranlement qu'il vient de donner à cet amas de pierres disjointes, les marches inférieures se rompent subitement, et il reste suspendu sur le point où il se trouve, à dix ou douze pieds de terre, ayant au-dessous de lui un monceau de pierres et de décombres qui le briseront infailliblement s'il tombe de la hauteur où il est en quelque sorte suspendu."

.....

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..... "Au risque de périr, il se saisit d'une solive placée le long des marches de l'escalier ; il espère qu'elle pourra supporter le poids de son corps, et qu'en se laissant glisser tout au long, il lui sera possible de parvenir sans accident au pied des degrés.  Mais à l'instant où il avance la main pour la porter sur la pièce de bois, sa lampe lui échappe, elle s'éteint et tombe au milieu des décombres."

.....

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 ..... "Le ciel était couvert de nuages, la lune ne devait pas paraître, ainsi la nuit était extrêmement obscure.  En vain essaya-t'-il d'ouvrir la petite fenêtre qui lui donnait un peu d'air et de jour.  Elle était scellée, cadenassée et garnie en dehors d'énormes barreaux."

.....

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"Des rochers semi-circulaires s'élevaient en groupe, et dans leurs formes fantastiques présentaient les attitudes de la nature les plus frappantes et les plus hardies : sa vaste magnificence élevait ici l'âme du spectateur jusqu'à l'enthousiasme  ; l'imagination ravie exerçait encore son empire sur les objets ; elle ajoutait à l'obscurité du bas, à l'horreur des cavernes, à l'aspect effrayant des rochers, au murmure des vents."

.....

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 "Elle marcha quelque temps en tâtonnant ; elle fut encore arrêtée par une autre porte qu'elle essaya également d'ouvrir.  Le désespoir doublait ses forces.  Après une assez longue résistance, la porte céda, et Julia vit un très petit appartement, éclairé par une petite fenêtre pratiquée dans la voûte.  Au milieu, dans une espèce de fauteuil à bras, était une femme pâle, défigurée, les yeux à moitié fermés."

 .....

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Dominique Mertens          Tout près d'Eux       

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"Si la compassion n'est pas un sentiment voluptueux, comment se fait-il que rien ne nous bouleverse autant que la beauté souffrante ?"

christophe_martin_wieland          histoire_de_agathon

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 "Je ne peux vivre  plus longtemps dans cette confusion, cette incohérence...  L'amour profane m'est interdit.  Le Très-haut est ma seule nourriture, ma seule consolation.  Vers Lui j'élève mes regards.  Vers Lui montent mes prières.  Je ne puis aimer nul autre que Lui...  Mon sang  bouillonne...  Que m'arrive-t'-il ?  Je ne sais pas, je ne sais plus.  Oh !  vers où porter mes pas ?  Les journées me sont une torture.  Je voudrais trouver refuge dans les bras de Celui que j'ai offensé... Une voix résonne à mes oreilles : "Tu vis dans le péché."  Est-ce donc péché que d'aimer ?"

charles_robert-maturin        fatale_vengeance

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"Est-ce moi cette créature tombée en faute, est-ce moi cette créature échevelée, hagarde, qui s'enfonce dans des terres stériles à la poursuite d'un objet insaisissable, et qui se retournant soudain découvre avec horreur qu'elle est perdue ?"

idem

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 "Je ne peux plus nier l'évidence.  Oui, j'aime d'amour.  J'étais ballottée de-ci de-là dans la nuit sombre.  Un courant m'emportait sans que j'en eusse conscience.   Quand le jour a paru, je flottais à la dérive sur le vaste océan : seule, frissonnante, désemparée.  Si autrefois j'avais entendu raconter une histoire semblable à la mienne, je n'aurais pas eu de mots assez durs pour condamner les illusions et les mensonges dont se serait bercée la triste héroïne.  Moi aussi je me targuais d'une vertu qui n'avait pas encore été mise à l'épreuve.  Moi aussi je me croyais au-dessus des tentations alors que j'ignorais tout de leur puissance.  Moi aussi j'étais pure, j'étais fière.  Aujourd'hui je suis une brebis égarée dans le désert.  La servante du Seigneur s'est détournée de l'amour divin, du Guide de sa jeunesse, et s'attache aux pas d'un inconnu."

idem

 

"Il est venu à ma rencontre souriant comme un ange, brillant des mille feux de l'aurore.  L'allégresse, la beauté, la splendeur, tous les attraits et ornements de la vie, tout ce qui est capable de captiver les sens, lui faisaient cortège.  Je regardai, écoutai et succombai.  Il me tendit la coupe que j'approchai de mes lèvres tremblantes.  Je bus.  Oh !  le doux, le délicieux breuvage !  C'est ainsi qu'Amour prit possession de moi."

idem

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       Dominique Mertens         Confrontation des lumières       

 

"Lumières"

chanson de Gérard Manset

Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Peut-être étions-nous trop fiers
Pour baisser la tête.
Le monde a tourné sans nous,
Sans nous attendre.
Les ténèbres sont partout
Couvertes de cendres.

Mais souviens-toi
Que l'on s'aimait quand même.
Nous étions si jeunes, si fiers
Et, comment le dire,
Nous avons perdu la lumière,
L'étoile qui caressait nos paupières.
Tout m'est égal.

Et quand même
On se souvient,
On se rappelle
De quelque chose
Qu'on pose près du lit,
D'une lumière
Qui brillait la nuit.

Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Devenus statues de pierre,
Qu'avons nous fait ?
Les instants, comme des clous de fer
Qu'on enfonce
Et rien que le bruit de la mer
Pour seule réponse.

Souviens-toi, c'était hier,
Mais aujourd'hui,
Le lion secoue sa crinière.
Peur de la nuit,
Gratte le fond de la rivière
Où il venait boire.
Nous avons perdu la lumière.
Nous sommes dans le noir.

Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Le lion secoue sa crinière
A chaque coup de fouet
Derrière les barreaux de fer,
Sans illusion.
Derrière les barreaux de fer,
De sa prison

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"Est-ce ainsi que les hommes meurent ?"

chanson de Gérard Manset

                                      Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé d'écrire,
Cesser de lever les yeux,
Cessé de relire.
Dans le parc, devant la grille,
Les hommes arrivent
Et juste une trace de pas
Le long des rives,
Juste une trace de pas
Le long des rives.

Depuis bien lontemps,
Je ne dirige plus les musiciens.
Depuis bien lontemps,
Laissé pendu l'habit de magicien
Dans le parc, devant la mer.
Les robes blanches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure.

Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé de vivre,
De toucher du bout des doigts
La tranche des livres.
Dans le parc, devant la rive,
Des bruits étranges,
Bruissements d'ailes, lumières,
Cheveux des anges,
Le bruissements des ailes, les lumières,
Les cheveux des anges...

Depuis bien lontemps déjà,
Le seul souvenir
D'une miette de vie encore
Que je respire,
Dans le parc devant l'allée,
Le vide immense.
Bruits des pas sur le gravier,
De mon enfance,
Les bruit des pas sur le gravier,
Les ombres dansent...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure,
Et leur parfum, au loin, demeure.

 

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"Samuel Hall"

chanson d'Alain Bashung

J'suis parti à 15 heures trente

J'étais fatigué j'avais mal
Tu es fatigué c'est tout
Dit-elle

Acheté une livre et demie de viande hachée
Haricots en boîte plus chips
Quel besoin avais-tu d'acheter tout ca
Dit-elle

Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche mon garçon
Dit-elle
Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche

Allez continue comme ça
Continue comme ça

Ohé ohé

Avale me disais-je
Allez avale

Allez au diable je m'appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous
Allez au diable je m'appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous

Mon estomac s'est contracté oh de la mortadelle ou Dieu sait quoi
Oh Seigneur j'ai dit Oh
Tu ferais mieux de revoir tes vieux amis
Dit-elle
Tu ferais mieux de revoir tes vieux amis

Glissé le carbone plus papier dans la machine et au travail
C'est ça oui c'est ça
Dit-elle

Avale me disais-je
Allez avale

Allez au diable je m'appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous
Allez au diable je m'appelle Samuel Hall
Je vous déteste tous

Allez continue comme ça
Continue comme ça

Ohé ohé

Continue comme ça ...

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"Toi à qui m'enchaîne une passion fatale, approche et regarde ce que tu as fait de moi.  Non, ne viens pas !  Je ne veux pas que tu me voies vautrée dans le péché.  Je ne veux pas d'un soupir   de compassion devant des souffrances qui me procurent d'atroces volupés."

idem

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"Rien ne sert de lutter contre un sort misérable.  Renoncer à ma faute serait renoncer à la vie.  Je ne le puis ; je m'y refuse.  Mon malheur m'est cher.  De l'amour j'ai goûté les fruits amers, la solitude, les larmes.  Si cela est souffrance, alors je veux souffrir encore."

idem

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      Dominique Mertens          L'angelus  ou  le combat pour la vie         

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          Dominique Mertens            Le rond de sorcière           

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 fonthill_abbey

 

"Ses yeux se posent sur moi et semblent demander : "Est-ce que tu gémis ?" Et monte à ses lèvres un sourire enchanteur et caressant qui ranime mes forces défaillantes.  Lorsque la lune, déchirant la sombre masse d'un ciel d'orage, répand sur les flots tumultueux des gerbes de douce lumière, l'infortuné navigateur relève la tête et bénit l'apparition de l'astre nocturne.  C'est ainsi qu'il illumine mes ténèbres de son éclat et de sa splendeur."

idem

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dossier complet 

à  découvrir sur le site

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           Dominique Mertens          Prière à la vierge             

"Je suis ébranlée par le flux et le reflux de sentiments discordants que seuls connaissent ceux qui aiment.  En société, j'ai peur à tout instant qu'un geste inconsidéré ne trahisse mon agitation au regard d'autrui.  Je reste impassible quand j'entends son nom  - mais appliqué à un autre membre de sa famille.  A l'inverse, quand il est prononcé  -serait-ce de manière négligente-  pour le désigner, lui, tout mon corps se met à trembler, mes yeux s'embuent, mon esprit ébauche un sourire triste et coupable."

idem

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amour, quand tu nous tiens...!

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photos des  "amants_de_teruel "

  

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          Dominique Mertens          Meurtre dans la forêt         

 

"Si encore je me cantonnais dans une prudente expectative !  Mais non !  Je ne me fie pas au hasard.  Toutes les ruses me sont bonnes, les plus grossières comme les plus subtiles, pour imprimer à la conversation un cours qui tôt ou tard amènera son nom sur les lèvres d'un des convives.  Et quand j'y réussis, quand il est fait mention de lui, alors mon coeur se dilate.  se peut-il que jamais oeil inquisiteur n'ait lu dans mon jeu... ?"

idem

 les 12 coups de minuit sonnent,

le Gothique est sur le point de naître...

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 le Gothique est né du feu...

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le grand incendie de Londres en 1666, peinture anonyme

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colonne commémorative du grand incendie de Londres en 1666

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le Gothique s'est répandu avec la révolution française, cet événement majeur qui mit le feu aux inégalités sociales

issues du Moyen Age

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c'est en 1764 qu'Horace Walpole publia son premier

roman gothique, "Le Château d'Otrante"...

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tandis qu'Ann Radcliffe publia ses "Mystères d'Udolphe" en 1794

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scène de rue à Paris en 1789

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 Tu viens d'incendier la Bibliothèque ? 

- Oui. J'ai mis le feu là.
       - Mais c'est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler !


 victor_hugo    extrait du recueil "L'année terrible",  

dialogue intitulé "à qui la faute ?"

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le Gothique met le feu...

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 la prise de la Bastille, prélude à la révolution, et espoir de justice sociale 

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à  propos  du  Tribunal  des Terres  Rouges ..... 

(voir  dans mon roman)

Le Tribunal secret ou la Sainte-Vehme.

(d'après la notice rédigée par Jean-Nicolas-Etienne de Bock accompagnant le drame historique intitulé "Le Tribunal secret", 1791)

 

L'origine des francs-comtes et des francs-juges remonte au règne de Charlemagne.  Ils prétendaient avoir été substitués aux commissaires impériaux qui allaient tous les ans, et même plus souvent, faire leur tournée dans l'empire.  Chacun pouvait leur porter ses plaintes contre les gouverneurs de provinces et autres principaux officiers, ainsi que plaider par devant eux les causes dont la décision était réservée exclusivement à l'empereur.

Ces commissaires jugeaient souverainement presque toutes les affaires et ils avaient seuls le droit d'infliger, au nom de l'empereur, des peines corporelles.  Comme ces commissaires ne pouvaient pas demeurer longtemps dans le même lieu, l'instruction des procès se faisait sommairement et de la manière suivante : on choisissait dans chaque district deux personnes d'une probité reconnue, et quelques fois davantage ; on les prenait à serment, puis on les chargeait d'examiner les crimes de ceux qui étaient accusés, et d'après leur rapport on rendait un jugement définitif.  

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Les francs-comtes et les francs-juges de Westphalie, que leur puissance et leur constitution rendirent, vers le commencement du XVè siècle, si célèbres et si redoutables qu'il s'en fallut de peu qu'on ne sévît contre eux avec la même rigueur que contre les templiers, sont aujourd'hui tellement oubliés qu'à peine l'histoire en conserve quelques traces. 

 La nature de cette commission exigeait deux sortes de procédures : l'une publique et l'autre secrète. La sorcellerie, la magie et les vols commis dans les églises, étant rangés dans la classe des crimes irrémissibles, il fallait nécessairement faire à ce sujet des informations secrètes ; de là on peut induire que si les premières séances de ce tribunal se tenaient publiquement, il y en avait ensuite d'autres où personne n'était admis.

Comme ces commissaires ne pouvaient pas demeurer longtemps dans le même lieu, l'instruction des procès se faisait sommairement et de la manière suivante : on choisissait dans chaque district deux personnes d'une probité reconnue, et quelques fois davantage ; on les prenait à serment, puis on les chargeait d'examiner les crimes de ceux qui étaient accusés, et d'après leur rapport on rendait un jugement définitif.  Nous observons qu'on avait grand soin de cacher au peuple le nom de ces jurés, afin qu'il ne s'en méfiât point.

On tenait des séances publiques en plein air, et il y avait d'autres secrètes où se traitaient les principales affaires, d'où lui est venu le nom de tribunal secret. (heimliche Acht) Le peuple ne connaissait pas les francs-juges, et ceux-ci s'étaient engagés par le serment le plus terrible à livrer père, mère, frère, sœur, ami ou parent sans exception, s'ils avaient commis quelque crime qui fût dans le cas d'être dénoncé au tribunal secret.  Les francs-juges étaient alors obligés de lui faire part de ce qu'ils avaient appris relativement à l'affaire dont il s'agissait, d'aller citer les coupables et, si la sentence l'ordonnait, de les pendre partout où ils les trouvaient. 

Les membres de ce tribunal maintenaient par là l'autorité de l'empereur, en qualité de commissaires impériaux, dans toute l'étendue de l'empire, sans s'embarrasser des droits des états chez lesquels ils exerçaient.

Les tribunaux secrets restèrent longtemps dans cet état, mais, vers la fin du XIVè siècle, on les vit tout à coup s'élever à un degré de puissance si formidable que l'Allemagne entière en fut épouvantée.  

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Lorsqu'en Bavière, en Autriche, en franconie et en Souabe, quelqu'un refusait de comparaître devant ses juges naturels, on avait aussitôt recours à un des francs-tribunaux de Westphalie où l'on rendait une sentence qui, dès qu'elle était connue de l'ordre des francs-juges, mettait en mouvement cent mille assassins qui avaient juré de n'épargner ni leurs parents, ni leurs meilleurs amis. 

Il n'y avait aucune objection à faire contre les sentences de ce trribunal.  Il fallait les exécuter sur le champ avec la dernière ponctualité et la plus parfaite obéissance.

Cela engagea presque tous ceux qui avaient de la naissance ou de la fortune à se faire agréger à cet ordre.  Chaque prince avait quelques francs-juges dans son conseil ; il en était de même parmi les magistrats des villes impériales.

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Il était très rare qu'on pût se soustraire aux procédures de ce tribunal, car les francs-juges n'étant pas connus, épiaient le moment où un prince sortait de son palais, un gentilhomme de son château, ou un bourgeois de sa ville, pour aller pendant la nuit afficher à sa porte l'assignation qu'on lui donnait de comparaître devant le tribunal.  Si, après avoir renouvelé cette formalité par 3 fois, il ne se présentait pas, il était condamné, mais avant que de faire exécuter la sentence, on le citait encore une dernière fois, après quoi on l'abandonnait à la vengeance de cette armée invisible de francs-juges qui le poursuivaient jusqu'à ce qu'il fût mis à mort.

Le plus profond mystère accompagnait toutes leurs opérations, et l'on ignore à l'aide de quels signes les sages (c'était le nom qu'on leur donnait) se reconnaissaient entre eux. 

Quoique l'empereur fût sensé être le chef suprême de cet ordre, il était défendu de lui révéler ce qu'il s'y passait. 

L'empereur seul  avait le droit de donner une sauve-garde à ceux qui avaient été condamnés par le tribunal secret. 

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peinture d'un artiste inconnu (johann_heinrich_füssli ?)

illustrant le thème de la malédiction cher à m_g_lewis, auteur du roman  "le_moine"

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la persécution, un thème abondement mis en scène dans la littérature gothique...

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 la "boîte aux lettres" aux servant aux dénonciations dans la Venise de la Renaissance 

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paru aux

editionsdestourments.fr 

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alfred_rethel_nemesis

une version plus que sombre glanée sur le web

 

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 "Entrez, entrez, beau monde !

Choisissez votre tombe,

Dans le cimetière des arlequins !

Entrez, entrez, braves gens,

Recherchez le tourment

Dans le cimetière des arlequins !

(extrait de la chanson "le cimetière des arlequins"

du groupe Ange,  paroles de christian_decamps)

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"Cesse de pleurer celui qui a disparu  !" 

dante_alighieri      la_divine_comédie

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 "Je te mènerai à la cité des tourmentés.

Je te mènerai à l'éternelle douleur.

 Je te montrerai l'infernal séjour !"

                                                      

            

 






 

10/08/2013

La FORET GOTHIQUE

La Forêt gothique

"Oh ! Ciel !  La forêt est pleine de sang

et nos mains en sont toutes couvertes"

extrait de "Klosterheim"

roman de Thomas de Qincey

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L'Homme qui vendit son âme au diable        encre de Chine de l'auteur

"Pe-tit frère... Pe-tit frère... m'as-tu re-con-nu... re-con-nu ?  

Ou-ou-vre-moi, nous irons dans la forêt... dans la forêt..."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"Cette vaste forêt, célèbre par les voleurs et les précipices qui s'y rencontraient, semblait encore être l'objet du courroux céleste.

Ses arbres, hauts et touffus, étaient à tout moment frappés par la foudre : on y entendait sans cesse le sifflement des vents déchaînés.  Tout, dans ce lieu sinistre, inspirait  l'horreur et l'effroi."

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forêt gothique

william_gilpin      exécution  (peinture)

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Ma silhouette fantomatique hante les forêts enneigées     

encre de Chine de l'auteur (version claire)

 

"Nul ne s'évade jamais tout entier du pays au-delà de la forêt..."

Fançoise-Sylvie Pauly        L'Invitée de Dracula

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"Alors, dans cette sombre forêt, des images de ma vie m'apparurent."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"D'ailleurs, monsieur, la forêt par elle-même est si joyeuse et si animée que je ne m'y sens jamais seul.  Comme je connais chaque place et chaque arbre, il me semble que chacun des arbres qui a grandi sous mes yeux et dont la cime vivante et resplendissante s'élève maintenant dans les airs me connaît et m'aime, parce que je lui ai accordé mon attention et donné mes soins.  Oui, dans le murmure et le bruissement merveilleux de la forêt, je crois réellement entendre des voix qui me parlent, des voix tout à fait particulières, et j'ai l'impression que ce langage est la louange véritable de Dieu et de sa toute-puissance, en même temps qu'une prière que la parole humaine ne pourrait jamais arriver à exprimer."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"Il ne m'est pas possible de dire avec précision combien de temps dura ma fuite, à travers la sombre forêt, toujours poursuivi par mon double ; il me semble que cela dura des mois, sans que je prisse ni aliments ni boisson.  je ne me rappelle avec netteté qu'un seul moment, après lequel je tombai complètement inanimé.  Je venais précisément de réussir à me débarrasser de mon double, lorsqu'un clair rayon de soleil traversa la forêt, suivi d'un son charmant et gracieux.  Je distinguai une cloche de couvent qui sonnait matines.  

"tu as assassiné Aurélie."  Cette pensée me saisit, comme avec les bras glacés de la mort, et je tombai sur le sol, évanoui."

E.T.A.  Hoffmann        Les Elixirs du diable

 

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Amour de la forêt        encre de Chine de l'auteur

 

forêt gothique

 La  forêt,  lieu  de  transmutation  des  amours...

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Amour sylvestre        encre de Chine de l'auteur

 Ne dis point qu'ici-bas le bonheur est mensonge

Mais ensemble voguons sur les eaux bleues du songe.

 Je frémis cependant car amour criminel

 Ne peut que m'attirer châtiment éternel."

 charles_robert_maturin       fatale_vengeance

 forêt gothique

  La  forêt,  lieu  de  transmutation  alchimique...

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"Il poursuivit la route qu'il avait devant lui, elle le conduisit à la partie de la forêt la plus obscure qu'il eût encore rencontrée et aboutit à un sombre réduit, cintré par une haute futaie, dont les rameaux entremêlés offraient une barrière impénétrable aux rayons du soleil et n'admettaient qu'une espèce de crépuscule mystérieux."

Ann Radcliffe       Les Mystères de la forêt

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la  forêt,  lieu de transmutation  des  amours  alchimiques...

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Ses yeux dans la forêt gothique...

 

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Evariste Vital Luminais     Le Pâtre de Kerlaz

"Alors on aperçut des milliers de follets dansant en rond, voire même en procession autour des murs du châtel, et aussi à la lueur d'un éclair on entrevit les huarts avec leur grande bouche fendue, leurs dents vertes et leurs ailes de souris chauves voltiger autour du gisant, et insulter par leurs rires cruels et des huées bizarres à sa défaite malencontreuse.

Alors sortit du bois voisin berger maigre et hideux, caché dans un manteau rouge, et qui conduisait un troupeau de loups.."

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le berger        encre de Chine de l'auteur

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moritz_ von_schwind

"Mais aujourd'hui, hélas, où sommes-nous égarés ?  Où la marée de la civilisation nous a-elle-portés ?  Elle s'est installée sur une terre qui n'était pas prêté pour elle et, après son passage, a laissé une nudité désolée.  Nous avons perdu nos forêts mais avons conservé leurs maraudeurs ; nous avons détruit tout ce qui était beau, mais ce qui révoltait de barbarie, nous l'avons gardé. "

Sheridan Le Fanu        Le destin de Sir robert Ardagh

 

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abandonnée en forêt        encre de Chine de l'auteur 

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"Au milieu du feuillage obscur,

J'ai découvert un beau fruit mûr.

Je tends vers lui mes doigts graciles.

Las, mes efforts sont inutiles !

 

J'eusse tenu pour grand plaisir

Humer son parfum à loisir

Et presser sur ma joue fiévreuse

Sa peau à la douceur soyeuse.

 

A sa fraîcheur de jouvenceau,

J'offrirais, si j'étais oiseau,

La tiède caresse d'une aile,

Et, de mes chansons, la plus belle.

 

Si j'étais la brise du soir,

Sans doute aurais-je ardent vouloir

D'effleurer sa rondeur vermeille

En murmurant mainte merveille.

 

Mais voici qu'un hideux serpent

S'approche de lui en rampant.

J'observe, effrayée, le perfide

Qui darde une langue biffide.

 

Et dans la chair du fruit, soudain,

Plongent les crochets à venin.

Depuis, sa pulpe est desséchée,

Sa peau fendillée et tachée."

Charles-Robert Maturin       Fatale vengeance

                                                                          (traduction Bernard Tissier)

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Daubigny        Forêt du Morvan 

"Ecoute, c'est la cloche du couvent .  Suspends le récit de ton histoire.  Ce son, que le vent amène des murs redoutables de mon château, réveille en moi l'idée chérie de ma famille.  

.....

Il n'existe pas de forêt dont l'ombrage soit assez épais pour nous cacher."

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SOUDAIN, une présence... 

forêt gothique

"Je ne me connaissais pas  La nuit dernière...  Oh !  La nuit dernière révéla un mystère terrible ...  La lune descendit, ses rayons obscurcis cachèrent le départ d'un homme qui n'est malheureusement que trop aimé !  Alors je me sentis comme anéantie ; mes yeux s'éteignirent et se désséchèrent.  N'ayant plus rien pour m'aimer, et n'aimant plus rien, je me trouvai comme seule sur la terre.  Je restai tout étonnée de ma désolation, car j'avais dédaigné le monde pour lui, et à peine pouvais-je obtenir de sa pitié un peu d'intérêt que mes devoirs m'ordonnaient de repousser !"

 

"C'était la beauté dormant au sein de l'horreur."

ann_radcliffe_les_mystères_d'_udolphe

forêt gothique

attachée_à_la_vie_par_de_simples_ronces        encre de l'auteur

 forêt gothique

 

18/04/2012

Le JARDIN DES SEVICES

Entrez,

entrez sans crainte

au Jardin des sévices...

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Giovanni Biliverti    Apollon et Daphné

La   Belle   est   au   jardin   d'amour

(chanson populaire française)

La Belle est au jardin d’amour
Elle y a passé la semaine
Son père l chercahe partout

Et son amant qu’en est en peine
Faut demander à ce berger
S’il l’a pas vu dedans la plaine
Berger, berger n’as-tu point vu
Passer ici la beauté même?

Comment est-elle donc vêtue
Est-ce de soie ou bien de laine?
Elle est vêtue de satin blanc
Dont la doublure est de futaine
Elle est là-bas dans ce vallon
Assise au bord d’une fontaine
Entre ses mains elle tient un oiseau
La Belle lui conte ses peines

Petit oiseau que t’es heureux
D’être entre les mains de ma Belle
Et moi qui suis son amoureux
Je ne puis pas m’approcher d’elle

Faut-il être auprès du ruisseau
Sans pouvoir boire à la fontaine?
Buvez mon cher amant buvez
Car cette eau-là est souveraine
Faut-il être auprès du rosier
Sans en pouvoir cueillir la rose?
Cueillez mon cher amant cueillez
Car c’est pour vous qu’elle est éclose

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Le Jardin des délices

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Dominique Mertens           Agression

Le Jardin des sévices

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Sorcières au bucher

Gentil coquelicot  

(chanson poupulaire pour enfants)

J'ai descendu dans mon jardin (bis)

Pour y cuieillir du romarin

Gentil coquelicot Mesdames, (refrain)

Gentil coquelicot nouveau.

Un rossignol vint sur ma main (bis)

Il me dit trois mots en latin.

Que les hommes ne valent rien (bis)

Et les garçons encore bien moins.

Des dames il ne me dit rien (bis)

Des demoiselles beaucoup de bien.

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Le Tintoret        Tarquin et Lucrèce

"L'Impression que je crus avoir faite sur la belle me mit tout juste dans l'état qu'elle voulait : je perdis la tête et je la suivis dès lors avec mille peines, à la faveur de l'ombre et du crépuscule, partout où je pouvais.  Toute ma vanité était de la rendre vaine de moi, et je ne parvenais pas, avec la meilleure volonté, à chasser de mon cerveau cette ivresse pour la faire pénétrer dans mon coeur."

Adelbert von Chamisso 

"L'étrange histoire de Peter Schlemihl"

 

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Dominique Mertens           Ecrit sur la pierre

"Brièvement, il posa un baiser sur le front de son épouse et s'en fut, happé par cette insatiable nuit qui n'avait semble-t-il d'autre but que de dévorer le peu d'espoir qui nous restait encore."

Françoise-Sylvie Pauly    L'Invitée de Dracula

   

"Les images que je jetais en son âme devaient, sans qu'elle s'en rendît compte, prendre un développement merveilleux, devenir plus brillantes et plus étincelantes ; apparaissant alors dans leur véritable signification, elles devaient la remplir de l'idée de jouissances inconnues, jusqu'à ce que, martyrisée et déchirée par un désir indicible, elle se jetât d'elle-même dans mes bras."

E.TA Hoffmann      Les Elixirs du Diable

 

Anna Nurmi, ex chanteuse du groupe Two Witches

"Elle aimait en femme,

faisant le sacrifice d'elle-même,

s'oubliant, se dévouant sans réserve,

occupée seulement de celui qui était sa vie

et ne se souciant pas de savoir

si elle n'allait pas elle-même à sa perte..."

Adelbert von Chamisso  

"L'étrange histoire de peter Schlemihl"

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L'Enlèvement d'une licorne         gravure d'Albrecht Dürer

"Impossible de décrire le changement qui s'opéra alors en moi, la soif dévorante des joies du monde que j'éprouvai, le sentiment qui me faisait voir le vice sous les formes les plus séduisantes et comme le summum du bonheur qu'on puisse goûter sur terre."

E.T.A. Hoffmann     Les elixirs du Diable

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Hans Sebald Beham    Haust du mich, so stich ich dich

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Orphée battu par les Bacchantes        gravure d'Albrecht Dürer

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    Dominique Mertens            Amour éconduit        

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Prison d'Amour

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Jardin d'Amour gothique,  jardin de cauchemar ?

 

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Le couple en noir... et blanc

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Dominique Mertens           Amoureux  gothiques         

"Au moment où la malheureuse croyait étourdiment pouvoir se jouer des enchaînements périlleux de la vie, elle était livrée au hasard, ou mieux à la destinée maligne qui conduisait ma main.  Car c'était uniquement ma force enflammée par des puissances mystérieuses qui la contraignait à prendre pour ami et allié l'homme qui ne se couvrait des apparences de l'amitié que pour la tenir prisonnière comme une ennemie et la conduire à sa perte."

E.T.A. Hoffmann       Les Elixirs du Diable

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Tintioret        La Mort de Lucrèce (détail)

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Fête au Jardin d'Amour

"Car il est des jardins  -plantés par des monarques

qui un moment s'y délassèrent

avec de jeunes femmes qui à la musique

étrange  de leur rire mêlaient des fleurs.

Elles animaient ces parcs las ;

murmuraient comme souffles en les buissons,

étincelaient dans leurs fourrures et peluches,

et les ruches soyeuses de leurs robes matinales

comme un ruisseau bruissaient sur le gravier."

Rainer Maria Rilke

Le Livre de la pauvreté et de la mort

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Dominique Mertens           Amour fait perdre la tête et rendre l'âme

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Gustave Doré   gravure pour  La divine comédie  de Dante

 

 

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Dominique Mertens          Au jardin d'Amour

      

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Dominique Mertens            Amour craint  dévoiement      

 

 

Amour gothique...

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... au Jardin des Délices

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Dominique Mertens          Fruit de l'Amour cueilli au Jardin des délices      

 

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Daniel Hopfer    scène tirée des Proverbes

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Aristote et Phyllis     le Maître du Housebook 

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Daniel Hopfer    Gib Frid  (Trois vieilles femmes battant à mort un diable) 

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Dominique Mertens           A quelques pas de là...        

 

 

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"L'Amour sacré,

l'amour virginal,

l'amour plus fort que le tombeau

ne cherche que le dévouement

et fuit, éperdu, devant l'égoïsme du désir."

Eliphas Lévi

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"Vous qui par malheur dans ce lieu solitaire,

Peut-être fûtes amenés,

Sachez qu'il est des mortels sur la terre

Autant que vous infortunés."

Ann Radcliffe

Les Mystères de la forêt

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"Je fus rappelée de cette mort momentanée par le soin d'une voix qui me fit désirer qu'elle eût été éternelle.  C'était la voix terrible de Williams.  De quelle horreur mon âme fut à l'instant frappée !  Quelles affreuses images s'offrirent à mes yeux, que j'ouvrais à peine !  J'osai enfin jeter en tremblant quelques regards autour de moi.  Je vis que l'on m'avait transportée dans le grand appartement du souterrain.  Ce lieu, consacré jadis  à l'innocence et à la piété, n'était plus qu'une caverne de brigands, peut-être, hélas, de meurtriers.  Ils étaient une bande nombreuse, et paraissaient prêts à exécuter au premier signal les ordres de leur féroce commandant.  Williams contemplait avec une joie maligne deux malheureuses victimes que le ciel semblait livrer à sa vengeance.  Je me crus perdue sans ressource, aussi bien que Lord Leicester qui, désarmé, et demeurant à mes côtés, les regardait d'un oeil intrépide, et recueillait son âmes en silence.  J'aperçus autour de nous divers ustensiles qui m'étaient inconnus ; je crus voir autant d'instruments de torture et de mort.  

"Dieu tout puissant, dis-je en moi-même, épargne-nous les tortures, si la mort est inévitable !"

Sophia Lee

Le Souterrain

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 "Je me trouvai dans une petite chambre carrée dont une table à moitié brisée, une chaise et un matelas composaient tout l'ameublement.  Les murailles qui avaient été revêtués de plâtre, étaient dégradées en quelques endroits, et dans d'autres, recouvertes d'une croûte verte qui me confirma dans l'opinion où j'étais de l'humidité de cette prison, car en y entrant, j'avais été saisi de froid."

 Francis Lathom     La Cloche de minuit

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Dominique Mertens          La Prisonnière          

"Il n'est pas nécessaire de croire en une source surnaturelle du mal.  Les hommes sont, par eux-mêmes, capables de toutes les méchancetés." 

Joseph Conrad

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Dominique Mertens           Je t'en supplie !        

"Fais ce que tu voudras, pauvre insensée !  Je remplis mon devoir.  Si tu te crois intéressée à protéger ton suborneur, à ne pas corriger un méchant par des épreuves, à ne pas le garantir de sa perte par les châtiments, suis ton inclination ; tu le peux sans obstacle.  Mais si tu veux écouter le conseil de la vieillesse et de l'expérience, fuis ce monstre qui se fait un jeu des lois les plus sacrées.  Sa conscience est chargée de l'opprobe de toutes les femmes qu'il a déshonorées, son âme est souillée de sang."

Christian Heinrich Spiess        Le Petit Pierre

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 Rembrandt van Rijn         Le Philosophe

"J'exige, dit-il enfin avec emportement, j'exige une confession simple et pure de ton crime ; c'est le seul moyen de te sauver !  Cet aveu, s'il est sincère, peut seul amortir dans mon coeur la soif de vengeance."

Christian Heinrich Spiess     Le Petit Pierre

 

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illustration de Sc. Huyot pour "Quentin Durward" de Walter Scott

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Emile Friant       La Douleur

"Et de cette ombre incertaine surgit peu à peu  une silhouette qui paraissait tourner le dos à la dormeuse.  C'était celle d'une femme qui, dans le plus profond silence, exprimait, autant que le pouvait son langage gestuel, la souffrance la plus extrême, en se tordant les mains, en jetant sa tête de part et d'autre, à la manière de quelqu'un que l'ultime affliction a mené à l'épuisement et qui n'en peut plus de souffrir."

Sheridan Le Fanu      Le Destin de Sir Robert Ardagh

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le massacre de la Saint-Barthélémy

"Dois-je comprendre que vous avez commis un de ces actes terribles qui sont les stigmates de notre société civilisée ?  Exerçant une implacable vengeance, auriez-vous banni de ce monde l'un de vos semblables qui, à son insu peut-être, vous aurait offensé ?  L'auriez-vous envoyé devant son souverain juge avant que son temps fût accompli, sa tâche achevée, son âme absoute, son salut assuré ?  Si vous êtes l'auteur d'un crime que la société pardonne mais que la conscience réprouve, il n'y a oas lieu de perdre espoir.  Et si la justice humaine vous poursuit, alors fuyons !

Charles-Robert Maturin      Fatale vengeance

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Barthélémy Vieillevoye       Caïen

"Femme !  Femme !  A la fois fragile et téméraire.  Vous vous évanouissez en entendant parler de sang, et l'instant d'après vous m'incitez à le verser."

Charles-Robert Maturin      Fatale vengeance

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Le Titien       Le viol de Lucrèce

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Werner Peiners      Europa und der Stier

(ce tableau trônait dans la chambre à coucher du sinistre officier nazi Herman Göring)

"Dans le jardin de l'amour, ses mains cueillaient tous les fruits empoisonnés et elle les dégustait en riant..."

Hanns Heinz Ewers      Mandragore

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 "L'horreur du spectacle, l'ignorance de tout ce qui  concernait la façon dont ce malheur était arrivé,  et surtout le caractère extraordinaire du phénomène, avaient rendu le Prince complètement muet."

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 "Il ne manque souvent à la cruauté, à la vengeance et au libertinage, pour commettre les plus grands crimes, que les faveurs de la fortune ; si vous voulez connaître jusqu'où ces passions peuvent aller, mettez-les dans le coeur d'un homme puissant."

sénèque       lettres_ à_ lucilius

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abraham_bosse       homme_menaçant_sa_femme

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(détail)

  ...au  nom  du  seul...  

" Tu  es  à  moi  ! "

 

 à suivre...

15/03/2012

CAUCHEMARS FANTASTIQUES

CAUCHEMARS  FANTASTIQUES

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John Martin     Pandemonium

"Je ne puis appeler cela un cauchemar, car j'avais pleinement conscience d'être endormie.  Mais j'avais également conscience de me trouver dans ma chambre, couchée dans mon lit, comme je m'y trouvais en réalité.  Je voyais, ou croyais voir, la pièce et ses meubles tels que je les avais vus avant de fermer les yeux, à cette exception près qu'il faisait très sombre.  dans cette obscurité j'aperçus une forme vague qui contournait le pied du lit.  tout d'abord je ne pus la distinguer nettement, mais je finis par me rendre compte que c'était un animal noir comme la suie, semblable à un chat monstrueux.  il me parut avoir quatre ou cinq pieds de long, car, lorsqu'il passa sur le devant du foyer, il en couvrit toute la longueur.  il ne cessait pas d'aller et de venir avec l'agitation sinistre et souple d'un fauve en cage.  Malgré la terreur que j'éprouvais, (comme vous pouvez l'imaginer) j'étais incapable de crier.  L'horrible bête précipita son allure tandis que les ténèbres croissaient dans la chambre.  Finalement, il fit si noir que je ne distinguai plus que les yeux de l'animal.  Je le sentis bondir légèrement sur mon lit.  Les deux yeux énormes vinrent tout près de mon visage, et, soudain, j'éprouvai une très vive douleur, comme si deux aiguilles, à quelques centimètres l'une de l'autre, s'enfonçaient profondément dans ma gorge.  Je m'éveillai en hurlant.  La chambre était éclairée par la bougie qui brûlait toute la nuit, et je vis une forme féminine, debout au pied du lit, un peu sur la droite.  Elle portait une ample robe de couleur sombre, et ses cheveux dénoués recouvraient ses épaules.  Un bloc de pierre n'eût pas été plus immobile.  Je ne pouvais déceler le moindre mouvement de respiration.  Tandis que je la regardais fixement, la silhouette me parut avoir changé de place : elle se trouvait maintenant plus près de la porte.  Bientôt, elle fut tout contre ; la porte s'ouvrit, l'apparition disparut."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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La Chasse sauvage       F.W. Heine

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"On eût dit que l'âme avait quitté ce corps sans combattre pour y demeurer."

Sheridan Le Fanu       Le Destin de Sir Robert Ardagh

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La succube Ostärdtenschtein                                      figurine créée par l'auteur dans le cadre 

de sa mise en scène fantastique  

"L'Antre du Vampire"

"Ce soir-là, cependant, on eût dit que, du fond des ténèbres, la comtesse Véra s'efforçait adorablement de revenir dans cette chambre tout embaumée d'elle !  Elle y avait laissé tant de sa personne !  Tout ce qui avait constitué son existence l'y attirait.  Son charme y flottait ; les longues violences faites par la volonté passionnée de son époux y devaient avoir desserré les vagues liens de l'Invisible autour d'elle !...

Elle y était nécessitée.   Tout ce qu'elle aimait, c'était là.

Elle devait avoir envie de venir se sourire encore en cette glace mystérieuse où elle avait tant de fois admiré son lilial visage !  La douce morte, là-bas, avait tressailli, certes, dans ses violettes, sous les lampes éteintes ; la divine morte avait frémi, dans le caveau, toute seule, en regardant la clé d'argent jetée sur les dalles.  Elle voulait s'en venir vers lui, aussi !  Et sa volonté se perdait dans l'idée de l'encens et de l'isolement.  La Mort n'est une circonstance définitive que pour ceux qui espèrent des cieux ; mais la Mort, et les Cieux, et la Vie, pour elle, n'était-ce pas leur embrassement ?  Et le baiser solitaire de son époux attirait ses lèvres, dans l'ombre.  Et le son passé des mélodies, les paroles enivrées de jadis, les étoffes qui couvraient son corps et en gardaient le parfum, ces pierreries magiques qui la voulaient, dans leur obscure sympathie,  -et surtout l'immense et absolue impression de sa présence, opinion partagée à la fin par les choses elles-mêmes, tout l'appelait là, l'attirait là depuis si longtemps, et si insensiblement, que, guérie enfin de la dormante Mort, il ne manquait plus qu' Elle seule !"

Auguste de Villiers de l'Isle-Adam       Véra

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 "Tout à coup je crus apercevoir une figure qui sortait du mur à l'une des extrémités du couloir puis s'approchait d'un pas lent et mal assuré. Sous les vêtements aux plis lâches devait se cacher une forme humaine, mais l'obscurité ne permettait pas d'en rien distinguer."

Charles-Robert Maturin

"Il me semble que je rêve, et je cherche vainement à donner une forme

et une réalité aux ombres qui planent autour de moi."

Charles-Robert Maturin         Fatale vengeance

 

"Le soleil ne pénétrait jamais dans notre demeure ; nous avions besoin d'être éclairés continuellement par la lumière d'une bougie (...)  Ce lieu ténébreux est appelé Rummey Hole par les habitants du pays ; les environs sont déserts ; on en trouve l'ouverture dans le fonds d'une vallée si étroite qu'elle est remplie presque entièrement par un ruisseau qui sort du pied de la montagne à côté de l'entrée de la caverne. (...)  Le roc qui sert de voûte naturelle s'abaisse quelques fois si près de la terre, et les bords du ruisseau sont si escarpés dans ces endroits, qu'on ne saurait pénétrer plus avant sans s'exposer à un péril manifeste.  Mais le souterrain est si vaste et si exhaussé à droite et à gauche qu'on ne cesse point d'admirer la nature qui a formé, l'on ne sait pour quel usage, des salles immenses qu'on se lasse de parcourir.  La caverne se rétrécit néanmoins en certains lieux.  On y trouve des espèces de salons et de cabinets, les uns servent de communication à d'autres salles de la grandeur des premières, d'autres n'ont point de deuxième ouverture après leur entrée."

abbé_prévost     le_philosophe_anglais_ou-histoire_de_monsieur_cleveland

 

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25/12/2011

AU COEUR DES TENEBRES GOTHIQUES

au  coeur  des  ténèbres 

gothiques

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ô  choeur  des  ténèbres 

gothiques

"C'est une drôle de chose que la vie,

 ce mystérieux arrangement d'une logique sans merci

pour un dessein futile.

Le plus qu'on puisse en espérer

c'est quelque connaissance de soi-même 

-qui vient trop tard-

une moisson de regrets inextinguibles."

joseph-conrad

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"Au coeur des ténèbres gothiques

tournent les ailes du vieux moulin"

(chanson populaire gothique)

de l'art de broyer du noir....

 

"Accablé de regrets, Rodolphe revint sur ses pas. Il traversa le pays sans projet ; mais bientôt, trompé par une nouvelle illusion, il s'enfonça dans la forêt de Spessart.  Il y avait entendu une voix qui criait et l'appelait par son nom.  Cette voix le détourna de sa route et l'attira dans un endroit sauvage.  "Tu te crois malheureux ; Agnès se croit sans secours, criait la voix du sommet d'un rocher.  Regarde-moi et juge lequel de nous est le plus abandonné, le plus misérable !"  Rodolphe leva les yeux et vit le Petit Pierre enchaîné dans les airs au-dessus du rocher escarpé."

Christian Heinrich Spiess        Le Petit Pierre

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haut coeur des ténèbres

gothiques

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"Tout crime exige sa punition, tout péché sa pénitence.  Fais ton examen, tu verras qu'il est utile pour toi, qu'il est indispensable de t'imposer un châtiment volontaire.  Le sang, le sang de l'innocence crie vengeance sur toi, il demande expiation !  Le crime souille ta conscience, il faut qu'elle soit purifiée."

Christian Heinrich Spiess       Le Petit Pierre

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édouard-dantan       phrosine-et-mélidore (d'après Prudhon)

"Mon coeur est mort à l'amour ; je ne veux plus lui rendre hommage.  J'ai senti tous ses plaisirs ; mais ses peines les ont tellement surpassées, qu'ils ne peuvent plus me séduire."

Christian Heinrich Spiess         Le Petit Pierre

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"What did you see there ?"

I traveled far and wide through many

different times
What did you see there?
I saw all knowledge destroyed

I traveled far and wide to prisons
of the cross
What did you see there?
The power and glory of sin
What did you see there?
The blood of Christ on their skins
I traveled far and wide through many 
different times

I traveled far and wide where
unknown martyrs died
I saw the one-sided trials
What did you see there?
I saw the tears as they cried
They had tears in their eyes!
Tears in their eyes! 

(paroles de la chanson "Wilderness" de joy-division)

 

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"Debout derrière la porte dont l'entrebâillement me permettait d'observer la chambre, je fis le guet jusqu'à une heure du matin environ.  alors, je vis une forme noire aux contours mal définis gravir le pied du lit et s'étendre rapidement jusqu'à la gorge de ma pauvre fille, où elle s'enfla rapidement en un instant pour devenir une grosse masse palpitante."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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Après avoir répondu par un signe de tête au sourire particulièrement séduisant qu'elle m'adressa, je m'apprêtais à me lever pour lui parler lorsque le général saisit soudain la hache du bûcheron et se précipita en avant.  a sa vue, les traits de mon amie subirent une altération brutale et prirent une expression horrible, tandis qu'elle faisait un pas en arrière, dans l'attitude d'un animal apeuré.  Avant que j'eusse pu pousser un cri, le vieux soldat abattit son arme de toutes ses forces ; mais elle esquiva le coup, et saisit dans sa main minuscule le poignet de son agresseur.  L'espace d'un moment, il lutta pour se libérer ; mais enfin, ses doigts s'ouvrirent, la hache tomba sur le sol, et Carmilla disparut."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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"J'étais dans un vaste caveau faiblement éclairé par une ampoule.  Un homme au masque noir, probablement le même qui m'avait conduit là, était à côté de moi et, tout autour, sur des bancs peu élevés, étaient assis des moines dominicains.  Le rêve épouvantable que j'avais fait autrefois, dans la prison, me revint à l'esprit ; je tins pour certain que j'allais mourir au milieu des tortures ; mais je restai ferme et je priai avec ferveur dans le silence de mon être, non pour être délivré, mais pour faire une fin chrétienne.  Après quelques minutes d'un silence plein de pressentiments, l'un des moines vint à moi et me dit d'une voix sourde :

"Nous avons jugé un frère de votre ordre, Médard ; la sentence doit maintenant être exécutée.  Il attend de vous, qui êtes un saint homme, l'absolution et la suprême assistance, avant de mourir.  Allez et faites votre devoir."

L'homme masqué, qui se tenait à côté de moi, me prit sous le bras et me conduisit encore par un étroit couloir dans un petit caveau.  Là dans un coin, sur une couche de paille, était étendu un squelette blème, décharné et couvert de haillons.  L'homme masqué mit la lampte qu'il avait apportée sur la table de pierre se trouvant au milieu du caveau et il s'éloigna."

E.T.A. Hoffmann      Les Elixirs du diable

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francisco-zurbaran       saint-sérapion

"La Terre des ténèbres, enseigne Mani, est coupée de gouffres profonds, d'abîmes, de fosses, de fondrières, de digues, de marécages, d'étangs, de langues de terre divisées et ramifiées en longs espaces pleins d'épaisses forêts, de sources d'où, de pays en pays et de digue en digue, s'exhale une fumée ; d'où, au loin, de région en région, s'élèvent du feu et des ténèbres.  L'une de ces parties est plus haute que l'autre, l'autre plus basse.  La fumée qui en sort est le poison de la Mort.  Elle monte d'une source dont le fond est de vase trouble, recouverte de poussière, réceptacle des éléments du Feu, des lourds et sombres éléments du Vent, des éléments de l'Eau épaisse."

Ibn an Nadim     Fihrist

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 L'Enfer (détail)  tel qu'il apparaît dans le hortus-deliciarum

de herrade-de-landsberg (dit aussi herrade-de-hohenbourg)

 

et pourtant, 

tout cela reste sans commune mesure avec l'enfer

que certains hommes ont construit...

 

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un enfer qui a pour nom : auschwitz

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un enfer qui a pour nom : Treblinka

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puissions-nous nous souvenir chaque jour

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des innombrables victimes de ces innommables atrocités

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et continuer à exiger réparation... 

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(photos du film d'Andreï Tarkovski   "Stalker")

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à suivre... 

18/12/2011

GOTHIQUE FLAMBOYANT

GOTHIQUE  FLAMBOYANT

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"Mit dem Feuer,

von Leben zum Tod gericht"

(formule médiévale usuelle  de condamnation au bûcher)

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enflammé

enflammé

enflammé

enflammé

enflammé

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"... liée sur l'échelle, elle sera pincée deux fois avec une tenaille incandescente, puis par le feu brûlée de vie à trépas jusqu'à cendre et poudre.

A la demande de l'accusateur, ses biens seront remis

à l'autorité et selon la coutûme confisqués. 

Après la proclamation de cette sentence, l'accusateur lui a accordé la faveur d'être d'abord étranglée

puis pincée et brûlée."

jugement de Catherine Heydler , Tribunal des maléfices, Bergheim, 17.05.1627

(document cité dans l'exposition permanente de la

Maison des Sorcières de Bergheim, Alsace)

 sans trêve,

durant le jour,

durant la nuit...

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"La douleur a ses feux

et l'amour a ses flammes."

alfred-de-vigny :    "satan"

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"Lass dich den Teufel bei einem Haare fassen,

und du bist auf ewig sein."

proverbe allemand

"Laisse le diable te saisir par un cheveu,

et tu es à lui pour toujours."

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"Le plaisir des sens ne vaut pas celui d'une union intime avec une belle âme.  Cet empire qu'on prend sur elle quand on la subjugue et qu'on s'en empare, voilà principalement ce qui m'attire, ce qui me fera rôder désormais sans trêve autour de vous."

 baron-lamothe-langon  :  "Le diable"

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"La source de la vie et du mouvement, c'est la flamme, et que suis-je sinon le roi des flammes ?   C'est donc moi qui règne sur la vie.  Vois les êtres qu'on appelle les hommes : leur amour extrême, ils le sentent par le feu, leurs grandes douleurs, c'est encore par le feu, tout leur être ne peut sortir du cercle enflammé que j'ai tracé."

Alfred de Vigny  :  "Satan"

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 "Les fenêtres du donjon et celles des tours paraissaient éclairées de lumières bleues, et tant brillantes qu'effaçaient l'éclat de la lune ; en plus, les meurtrières pratiquées dans l'épaisseur des murs reflétaient feux rougeâtres si vifs et éblouissants, qu'on eût dit les crevasses d'une forge à couler le fer."

Ferdinand Langlé

La Dame sans merci

 800px-Lübecker_Salzspeicher  le grenier à sel  à Lübeck  en feu.jpg

"je me suis trop enflé, j'ai heurté trop violemment les barrières éternelles de ce monde, et après le désir inaccompli d'aller jusqu'en haut, il ne m'en reste qu'un c'est d'aller jusqu'au fond."

Gérard de Nerval        Fragments de Nicolas Flamel

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"Tibi dabo potestatem 

hanc universam et gloriam illorum"

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"Approche-toi, ne réfléchis pas, étreins moi jusqu'à mourir, tandis que l'obscurité nous favorise ; ta femme te demande cette dernière preuve de ton amour.  Aucun gémissement ne sortira de ce coeur, s'il peut rentrer innocent dans la poussière dont il est sorti."

sophia-lee        le-souterrain

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"Prends garde, jeune homme !  Prends garde, jeune fille !  

C'est pour vous instruire que je dérobe cette histoire aux vers qui la rongeaient depuis longtemps.  

Il est facile de s'écarter du droit chemin, il est difficile de le reprendre."

Christian Heinrich Spiess       Le petit Pierre

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"Le coeur demande le plaisir d'abord,

Et puis une dispense de la douleur,

Et puis ces petits apaisements

Qui calment la souffrance,

Et puis il demande de dormir,

Et puis, si c'est la volonté de son tourmenteur,

Le privilèger de mourir.

émily-dickinson

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"Le souffle chlorotique de la fin de la jeunesse

s'abattit sur moi et m'emporta."

joseph-conrad

la-ligne-d'-ombre

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 "Je meurs contente, puisque je t'ai revu ! ... Oh !  Puisse mon image !... l'image de mon agonie ne jamais s'effacer de devant tes yeux !  Puisse-t-elle te rappeler sans cesse le pouvoir de la mort !  Puisses-tu aussi te repentir des péchés que tu as commis en ce monde... afin qu'un jour... un jour, nous nous retrouvions encore !  

Donne-moi ta main !  Adieu Rodolphe !  Pense à ta mort !  Réconcilie-toi avec Dieu.  Rends quelques honneurs à mes restes... et souviens-toi topujours de ma dernière heure !"

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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"Mais un parjure déshonore, mais un parjure est un horrible péché !  Il entraîne avec soi sa punition dans ce monde et peut-être la damnation éternelle dans l'autre ! "

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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"Un seul pas hors du droit sentier le conduisit d'égarement en égarement, de précipice en précipice, jusqu'aux bords de l'abîme qui finit par l'engloutir."

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"Demeure !  Oh !  Demeure !  Je te pardonne tout... Je voudrais te voir plus coupable encore pour pouvoir te pardonner davantage.  Le pardon est un aliment du véritable amour.  Je ne te quitte pas, je ne me détache point de toi."

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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 M U S  P E L L H E I M,

le royaume du  feu

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torrent  de  feu,

fleuve de révolte

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 "Les cieux sont-ils en colère qu'ils nous châtient ainsi ?"

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 à  suivre...

 

01/11/2011

AUX SOURCES DU GOTHIQUE

Ann RADCLIFFE

aux sources du gothique

Ann WARD naquit à londres en 1764 dans une famille de commerçants estimés.  Elle y reçut une éducation anglicane stricte.  Toute jeune encore, elle aurait connu l'écrivaine Sophia Lee, auteure du roman pré-gothique "Le Souterrain, ou Mathilde", (1785) laquelle dirigeait une école pour jeunes filles de bonnes familles, et sa soeur, Harriet Lee, elle aussi écrivaine.  Ce serait ce roman dont tout le monde parlait alors, qui l'aurait influencée dans l'écriture de ses trois principaux romans que sont La Romance de la forêt, (1791) Les Mystères d'Udolphe, (1794) et L'Italien, ou le Confessionnal des Pénitents Noirs. 1797)

C'est dans le respect de la tradition bourgeoise et conservatrice que grandit Ann.  A l'âge de 23 ans, elle épousa William Radcliffe, un juriste propriétaire de la gazette The English Chronicle.  Ensemble, ils voyagèrent en Allemagne où ils sillonnèrent la vallée du Rhin, admirant au passage les anciennes forteresses qui émaillent son cours.

Restée sans enfants, Ann consacra son temps libre à l'écriture de ses cinq romans, de 1789 à 1797, après quoi elle mit un terme définitif à sa carrière littéraire.  A l'époque où elle les écrivit, Horace Walpole connaissait la célébrité pour son roman Le Château d'Otrante, (1764) et la vogue du gothique était en plein essor. Hélas, d'insistantes rumeurs ne tardèrent pas à circuler au sujet de l'état mental de la romancière, rumeurs qui finirent par provoquer l'exaspération de son mari au point pour celui-ci de se voir dans l'obligation d'exhiber un certificat médical attestant du parfait équilibre mental de son épouse.  

Ann Radcliffe décédera en 1823 à l'âge de 59 ans.  Son succès littéraire fut tel qu'il suscita un engouement sans précédent, engouement qui se traduisit par un florilège d'imitations souvent plus insignifiantes les unes que les autres.  

...

Reportons-nous à présent à l'érudite approche du roman Les Mystères d'Udolphe, telle que nous la livre Maurice Lévy dans sa préface du dit roman, non sans rappeler au préalable que ce dernier en a revu et corrigé la traduction originellement établie par la comtesse Louise Marie Victorine de Chastenay de Lanty en 1797.

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Hans Burgmaier        Amants surpris par la mort

"Il faut retenir de ces premiers romans l'essentiel de ce qu'ils ont en commun : une intrigue plus complexe à mesure que l'art de la romancière se confirme, mais toujours centrée sur des aventures qui ne font sens que lorsqu'elles sont vécues dans le cadre d'architectures médiévales : des châteaux ou des abbayes sui, en Ecosse, en Sicile ou en France sont un même décor et illustrent un symptomatique rêve labyrinthique.  Poursuites effénées, rencontres terrifiantes, découvertes macabres et autres aventures au sens propre déroutantes disent la perte d'une difficile orientation dans des sites nocturnes, toujours tragiquement traversés."

...

"L'espace narratif a toujours des murailles pour limites, comme pour enfermer ensemble héroïne et lecteur dans un univers où n'ont plus cours les codes de la vie ordinaire."

...

"Toutes les héroïnes d'ann Radcliffe font à un moment ou un autre l'expérience de l'angoisse du seuil : Emilie n'échappe pas à la règle.  Quand elle franchit le portail de la forteresse, son coeur se serre et lui viennent à l'esprit des pensées de longues souffrances et de meurtres.  Pressentiment qui se vérifie sans tarder : il y a dans une salle d'Udolphe un fauteuil de fer fixé au sol, dont les pieds et les bras sont garnis de barres et de chaînes, et au-dessus duquel pend un effrayant collier d'acier.  A toutes fins utiles et pour qu'on ne croie pas que ces instruments sont purement décoratifs, un corps ensanglanté gît dans un recoin de la pièce.  Les souffrances infligées par Montoni à sa femme, sa séquestration dans une tour du château et sa mort sont une autre preuve, s'il en était besoin, des tourments associés à l'image du château.  tout se passe comme si l'effrayante demeure était la matérialisation dans l'espace de la volonté de puissance de son infâme propriétaire... et bien sûr pèse sur des centaines de pages l'horreur incertaine de la scène initiale (ou faut-il dire primitive ?) tue par la romancière, orientant l'imaginaire vers d'innombrables supplices : qu'a bien pu voir Emilie derrière le sinistre voile noir ?  Udolphe, aperçu de l'extérieur, paraît suspendu entre deux abîmes : ses remparts prolongent la paroi abrupte du roc et ses tours donnent sur le vide qui s'ouvre à son pied. La verticalité du château continue celle de la montagne.  Des dangers analogues y guettent l'explorateur, liés à la nature du site : danger du vertige, crainte de la chute.  Chute physique et déchéance morale : l'une est souvent dans l'écriture gothique une représentation figurée de l'autre."

...

"Lourde d'un sens pudiquement tu est cette porte sans verrou intérieur qui donne sur les noirs abysses du château, sur l'en dessous des choses, du monde et de la ceinture.  Lieu de tous les dangers, c'est une chambre à coucher, où l'intimité risque à chaque instant l'outrage."

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Charles-marie Bouton        Moine en prières dans une église gothique en ruines

"Il y a beaucoup de non-dit dans le discours d'Ann radcliffe, des opacités, une violence le plus souvent contenue mais qui parfois éclate en descriptions sanglantes, en corps mutilés, en duels meurtriers, en séquestrations et tortures.  Troubles, textuellement parlant, sont les imaginations d'une romancière réputée pour sa pudibonderie : le texte est plein d'appétits inassouvis.  Il s'écrit simultanément sur deux faces : à l'endroit, il y a beaucoup de dignité, de decorum, de décence et d'honnêtes sentiments : rien que de très avouable.  Un côté vertu, dont on pourrait même dire que la romancière l'exhibe avec quelque ostentation.  A l'envers, il y a du désir.  Il y aurait certes quelque ridicule à faire d'Ann Radcliffe une émule ou une rivale du marquis embastillé  -elle qui, lorsqu'elle prévoit une intrusion masculine dans la chambre de son héroïne, la fait providentiellement aller au lit toute habillée... Mais il y a aussi en elle des zones d'ombre, du ténébreux, des choses tues ou qu'il faut lire entre les lignes : de l'inter-dit.  Le XVIIIè siècle voulait que le gothique empruntât à la forêt sa pénombre, en même temps que l'ogive de ses voûtes naturelles et la verticalité de ses troncs."

...

"Métaphorique obscurité : le château cache aussi bien les desseins du maître des lieux.  On ne sait jamais très exactement ce qui se passe à Udolphe : décisions floues et contradictoires concernant Emilie, allées et venues de soldats à figure patibulaire, arrivée de femmes dont le comportement dit avec une tacite véhémence la profession.  Mais que veut donc Montoni ?  Qu'attend-il exactement de celle qui est, depuis qu'il a épousé sa tante, sous sa tutelle légale ?"

...

"En fait, le seigneur d'Udolphe se comporte plus en geôlier jaloux qu'en tuteur légal.  Ou plus exactement, il se dresse, au seuil de son redoutable repaire, tel l'un de ces pères des origines écartant, l'arme à la main, la horde primitive des fils conquérants."

...

"On a souvent désigné le mystère de la chambre close imaginé par Ann Radcliffe comme étant à l'origine de maintes situations analogues du roman policier contemporain : mais a-t-on suffisamment fait remarquer que ces lieux clos sont surtout des appartements interdits ?  Mieux : des chambres à coucher qui ont un passé et une histoire, avec un lit pour principal mobilier ?"

...

"Les déambulations nocturnes de la jeune fille à la recherche de sa tante (image d'une mère de substitution, si peu digne que Mme Montoni soit de l'être) dans les entrailles d'Udolphe peuvent s'interpréter classiquement comme l'exploration du corps maternel, en quête d'une problématique origine.  N'est-il pas significatif que les demeures dont Emilie ne se lasse pas de parcourir nuitamment les couloirs et les appartements, soient toutes deux encore très fortement habitées, hantées par le souvenir des femmes à qui elles ont jadis appartenu ?"

...

"Le message est clair : toute tentative d'affranchissement ou d'émancipation conduit au crime, à la folie et au désespoir."

...

"Mais la romancière ne se contente pas de donner de ses toiles favorites des reproductions sans relief ou des chromos de mauvais goût : son art se situe bien plus haut.  Tout se passe comme si les scènes qu'elle transpose, loin d'être passivement incorporées à l'intrigue, agissaient sur le discours narratif, l'activaient, et d'une certaine manière, l'orientaient.  Les images, devenues texte, colorent et contrôlent l'écriture.  Chaque nouvelle vignette crée l'événement, impose au récit un nouveau régime.  A mesure que l'intrigue se noue et se développe, le texte se plie aux exigences de nouvelles images qui se pressent, s'enchaînent ou se superposent."

...

"Le gothique, de par sa nature, exclut la lumière."

...

"Tout l'art d'Ann Radcliffe tient dans cette écriture nocturne et dissimulatrice, qu'éclairent seules de l'intérieur, des compositions picturales qui sont des pauses, des intervalles, de brefs instants de répit."

Maurice Lévy

(extraits de la préface des Mystères d'Udolphe, éditions Gallimard)

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Les Mystères d'Udolphe

roman gothique de Ann Radcliffe

 

Quelle oeuvre colossale !  Pensez donc : en édition de poche, (Gallimard, collection Folio classique) ce roman ne totalise pas moins de 800 pages d'une rare densité !  Pour une oeuvre qui fut écrite en 1794, cela représente quand même un certain exploit compte tenu de l'indéniable qualité littéraire de celle-ci.  Ann Radcliffe s'y montre sous le jour d'une écrivaine scrupuleuse, soucieuse de vraisemblance, minutieuse dans ses descriptions, fidèle dans l'étude psychologique de ses personnages, sensible, novatrice et, ce qui ne gâte rien, passionnante à lire, même si son écriture élégante date évidemment d'un autre âge et peut donc nous  sembler parfois quelque peu désuète.

Féréol de bonnemaison  Jeune femme surprise par un orage (détail)  couverture de l'édition Gallimard des Mystères d'Udolphe.jpg

Féréol de Bonnemaison     jeune femme surprise par un orage

En guiser d'introduction à ce grand roman gothique, voici un échantillon typique du style de son auteur. Vous remarquerez au passage l'usage particulier qu'elle fait de la ponctuation...

"Sa femme était retirée dans son appartement ; la langueur et l'abattement qui l'avaient accablée, et que l'arrivée des étrangers avait comme suspendue, la saisirent de nouveau, mais avec des symptômes plus fâcheux.  Le lendemain, la fièvre se déclara ; le médecin y reconnut les mêmes caractères qu'à celle dont Saint-Aubert venait d'échapper ; elle en avait reçu le poison en soignant son époux ; sa complexion trop faible n'avait pu y résister ; le mal s'était répandu dans ses veines, et l'avait jetée dans la langueur."

...

Dès le début du roman  -dont le déroulement s'avère extrêmement lent- nos esprits cartésiens sont quelque peu étonnés par la caractérisation souvent fantaisiste des paysages que traversent les héros : la Garonne y sert de liaison expresse entre la Guyenne et le Languedoc-Roussillon, la notion des distances semblant réduite à son minimum pour les besoins de l'action.  Qu'il suffise de se reporter à la description du Voyage en Espagne de Théophile Gautier pour se représenter les incroyables difficultés que comportait ce genre d'entreprise...

Mais poursuivons nos observations au fil du récit qui s'ouvre sous nos yeux : Ann Radcliffe ne craint pas de s'engager au devant de sa propre part de ténèbres, fascinée qu'elle est sans doute par l'insondable mystère du masochisme féminin.  Dans sa quête, elle apportera sa sensibilité et ses hautes exigences morales, qualités qu'elle ne manquera pas de répandre dans toute son oeuvre comme un parfum quelque peu entêtant. En voici un témoignage tout à fait exemplaire :

"Le monde, disait-il en suivant sa pensée, le monde ridiculise une passion qu'il connaît à peine ; ses mouvements, ses intérêts distraient l'esprit, dépravent les goûts, corrompent le coeur ; et l'amour ne peut exister dans un coeur quand il n'a plus la douce dignité de l'innocence.  La vertu et le goût sont presque la même chose ; la vertu, c'est le goût mis en action, et les plus délicates affections de deux coeurs forment ensemble le véritable amour.  Comment pourrait-on chercher l'amour au sein des grandes villes ?  La frivolité, l'intérêt, la dissipation, la fausseté y remplacent continuellement la simplicité, la tendresse et la franchise."

...

"Ma soeur, ajouta-t-elle gravement ; et prenant de sa main froide et humide une des mains d'Emilie, que cet attouchement fit frémir : ma soeur, prenez bien garde au premier mouvement des passions !  prenez garde au premier !  si l'on n'arrête leur course, elle est rapide ; leur force ne connaît aucun frein ; elles nous entraînent aveuglément ; elles nous mènent à des crimes que des années de prières et de pénitence n'effacent pas.  Tel est l'empire d'une passion !  Elle domine toutes les autres, elle s'empare de tous les chemins du coeur ; c'est une furie qui nous possède, et qui nous fait agir en furie, qui nous rend insensible à la pitié, à la conscience ; et quand son but est rempli, furie toujours plus impitoyable, elle nous livre, pour notre tourment, à tous ces sentiments qu'elle avait suspendus, qu'elle n'avait point étouffés, aux supplices de la compassion, du remords, du désespoir.  Nous nous éveillons comme dans un songe : un nouveau monde nous entoure, nous sommes étonnés, épouvantés, mais le forfait est commis.  les pouvoirs réunis du ciel et de la terre ne sauraient plus l'anéantir, les fantômes nous poursuivent.  Que sont les richesses, la grandeur, la santé même, auprès de l'inestimable avantage d'une conscience pure, auprès de la santé de l'âme ?  Que sont les chagrins de la pauvreté, du mépris, de la misère, près des angoisses d'une conscience affligée ?  Oh ! quel temps s'est écoulé depuis que j'ai perdu cette richesse de l'innocence !  je croyais avoir épuisé l'excès des maux, l'amour, la jalousie, le désespoir : ces peines étaient des jouissances, auprès des tourments de ma conscience.  J'ai goûté ce qu'on appelait les douceurs de la vengeance : mais qu'elles sont passagères !  Elles expirent avec leur objet.  Souvenez-vous-en, ma soeur : les passions sont le germe du vice aussi bien que de la vertu !  Tous deux en peuvent sortir, selon qu'on les gouverne.  Malheur à ceux qui n'ont jamais appris l'art si nécessaire de les régler."

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Singulier roman que celui-là, disséminant au fil des pages des principes moraux bien arrêtés, et considérant par ailleurs d'un oeil critique les choses de la religion :

"Qui donc a pu inventer les couvents ? se disait-elle.  Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent ?  L'hommage d'un coeur reconnaissant est celui que Dieu nous demande ; et quand on voit sa gloire, n'est-on pas bien reconnaissant ?  je n'ai jamais senti tant de dévotion pendant les heures d'ennui que j'ai passées au couvent, que pendant le peu de minutes que j'ai passées ici : je regarde autour de moi, et j'adore Dieu du fond de mon coeur."

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Terminons ce  bref hommage à Ann Radcliffe par ces quelques mots de Joseph Méry écrits en 1840 :

"Chaque page semble tourner avec accompagnement de ferailles ; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe ; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur.  un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux ; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."

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 La   Cloche   de   minuit  

(the midnight bell) 

                                           roman gothique (extraits)

                                                   de

                                          Francis LATHOM   

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 "A peine avait-il fait quelques pas, que le son  éloigné d’une cloche frappa son oreille.  Il regretta beaucoup d’avoir été obligé de partir plus tard qu’il ne l’avait projeté, mais toujours résolu de poursuivre son entreprise, il accéléra le pas.

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Albrecht Dürer     château de Trient (aquarelle)

 Arrivé sous les murs du château, et favorisé par la lumière de la lune, il en fit le tour en cherchant des yeux la poterne.  Un instant, il crut apercevoir une lumière dans une des croisées du second étage.  Il s’arrêta, mais la lumière n’ayant pas reparu, il passa outre, persuadé que son imagination l’avait trompé.

 Il arriva enfin à la poterne ; elle était fermée !  Il la poussa d’un bras vigoureux.  Elle céda  sous ses efforts.  Il entra, fit quelques pas, tendit l’oreille et regarda tout  autour de lui ; il n’entendit que le silence, et ne vit que les ténèbres.

Il retourna alors sur ses pas, et franchit à nouveau la porte.  Là, ayant allumé sa lanterne qu’il a soin de tenir de manière à pouvoir la cacher promptement sous son large manteau, il rentra dans le château, et ferma sur lui la porte, juste comme il l’avait trouvée. 

 Il s’avança le long d’un passage voûté à l’extrémité duquel, en tournant à gauche, il trouva une porte ; il la franchit, et entra dans la grande cour du château.  Il fit encore quelques pas, puis leva sa lanterne afin de mieux voir les objets qui l’environnaient.  Tout autour de la cour, il aperçut de nombreuses colonnes de marbre, et à l’extrémité, une grande porte de fer.  En face se trouvaient quelques marches  bordées d’une rampe aux côtés de laquelle il y avait deux portes hautes et étroites.  C’est par l’une de ces portes que le comte était entré dans la cour.

 Il monta les marches.  Une longue galerie s’étendait sur la droite et sur la gauche.   Levant à nouveau sa lanterne, il porta d’abord son regard vers l’extrémité de la galerie, à droite.  Il aperçut des portes de chacun des côtés.  Cette galerie se terminait par un mur blanc.  Il obliqua à gauche.  Cette seconde galerie était plus étendue que la première.  Pendant qu’il l’examinait, il crut voir passer rapidement une silhouette cernée d’ombre.

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Il avança lentement.  Au bout de la galerie de droite se trouvait un corridor  qui conduisait en descendant à une autre galerie fort semblable à celle qu’il venait de quitter.  Au fond de cette galerie, il découvrit soudain une porte entrouverte.  Cachant sa lanterne, il regarda au travers de cette porte.  Tout était enténébré.  Il tira sa lanterne de dessous son manteau, et entra dans une chambre magnifiquement meublée.  Rien n’indiquait qu’elle eût été récemment habitée.  Ne trouvant pas d’autre issue, il retourna dans la galerie.  Le bruit d’une porte à peu de distance attira son attention.  Il ne put pas déterminer de façon précise de quelle partie du château provenait le bruit, mais il conjectura qu’il était parti de la galerie située à droite des escaliers qui l’avaient conduit de la cour au château.  Il suivit le son.  Cette galerie se terminait elle aussi par quelques escaliers donnant sur un corridor de même longueur.

 Après avoir réfléchi un instant sur la marche à suivre, il descendit les escaliers.  Au bas de ceux-ci se trouvait une porte, comme de l’autre côté.  Il remit sa lanterne sous son manteau, et il se disposait déjà à tenter de forcer la porte, quand il entendit un long gémissement qui lui parut poussé par une personne proche de lui.  Il tourna la tête, mais n’aperçut rien.  Il commençait à croire que ses sens l’avaient trompé, et il était sur le point de poser la main sur la porte, quand il en fut empêché par un cri étouffé en provenance de l’appartement auquel menait cette porte.  Il écouta.  Par deux fois encore le même bruit se fit entendre.  Il ne douta plus qu’il ne vint de l’appartement fermé par la porte devant laquelle il se trouvait.  Le silence se fit à nouveau.  Pour la troisième fois, il se disposait à entrer quand plusieurs voix parlant ensemble et d’un ton suppliant, se firent entendre.  Son étonnement fut à son comble.  Tout à coup, les voix se modifièrent et entonnèrent un chant solennel.  Le comte reconnut un chant religieux.  Toujours inébranlable dans son dessein, il cacha à nouveau sa lanterne, ouvrit la porte, et entra.

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En face de la porte par laquelle il était entré, il y avait une autre porte, plus petite, et voûtée, d’où s’échappait une faible lumière.  En regardant autour de lui, il remarqua qu’il se trouvait dans une petite sacristie située juste derrière l’autel d’une chapelle à laquelle aboutissait la porte voûtée.  Il marcha avec précaution vers un endroit à partir duquel il put découvrir tout l’intérieur de la chapelle.  A faible distance des marches de l’autel, une figure pâle et décharnée était agenouillée auprès d’un cercueil, une croix dans la main gauche, et une discipline dans la main droite.

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Albrecht Dürer      le pénitent 

Trois moines étaient agenouillés de l’autre côté du cercueil.  C’étaient leurs voix qu’avait entendues le comte.  Ils poursuivaient leur chant.  Lorsqu’ils en eurent fini, tout trois se signèrent du signe de la croix, et commencèrent une prière dans laquelle 

ils  imploraient la miséricorde divine en faveur du pénitent.  En même temps, la figure dont l’ample vêtement noir ne permettait pas de distinguer le sexe, se leva et se fustigea les épaules avec la discipline qu’elle tenait dans la main droite.  La douleur lui arracha bientôt de sourds gémissements, comme ceux que le comte avait entendus.  Bientôt les moines firent une autre prière à laquelle se joignit le pénitent.  Après cela, ils quittèrent ensemble la chapelle par la porte faisant face à l’autel.  L’un des moines portait une lampe qui, durant leurs dévotions, était placée sur le cercueil devant lequel ils s’étaient agenouillés. 

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Francisco Zurbaran    Saint Sérapion (détail)

 A la vue de cette scène, la ferme résolution du comte Byroff de débrouiller enfin le mystère qui enveloppait ce château, s’était évanouie.  La psalmodie résolument religieuse des moines, la douleur de la personne pour le salut de laquelle ceux-ci imploraient le ciel, ne l’autorisèrent pas à troubler l’impressionnante et terrible cérémonie, et quand celle-ci fut terminée, il sentit une répugnance insurmontable à se présenter devant des hommes qui auraient le droit de lui reprocher son intrusion furtive dans le château, et qui refuseraient probablement ses excuses. 

 Il perdit quelques instants à réfléchir sur le parti à prendre. Il entendit des pas dans la galerie, mais le bruit expira sur le  champs. Il ne douta pas, d’après ce que Jacques lui avait dit, que ce bruit ne fût fait par les moines en se retirant.  Le bruit d’une porte qui retentit dans tout le château le confirma dans son opinion.

 

Il se détermina à entrer dans la chapelle, et chercha à découvrir ce qu’était devenue l’apparition qu’il avait entrevue, car il croyait fermement, sans trop cependant savoir pourquoi, que celle-ci n’avait pas quitté le château.  Il ne doutait plus que cette personne ne fût, ou le comte Frédéric, ou la comtesse Anna.  Naturellement, il inclinait à croire que c’était le premier.  Cependant, les propos d’Alphonse semblaient indiquer que c’était cette dernière. 

Arrivé au fond de la chapelle, il trouva que la porte par laquelle étaient passés les moines, était fermée.  Il voulut l’ouvrir, mais elle résista à ses efforts.  A ce moment-là, une lumière frappa ses yeux.  Il cacha aussitôt sa lanterne.  La lumière s’avança, et lui permit d’apercevoir une autre porte de fer, laquelle menait à un long et étroit passage à l’extrémité duquel parut presque simultanément, portant une lampe, la silhouette qu’il avait vue dans la chapelle.  Elle ouvrit une porte en face de celle où était le comte, et la referma sur elle.  L’obscurité revint. 

Il reprit sa lanterne à la main, mais la porte par laquelle la personne était entrée, était trop éloignée  pour qu’il put en discerner  les traits à la faible lueur que procurait sa lanterne.  Il résolut néanmoins de la poursuivre, et s’il parvenait jamais à la rattraper, de s’adresser à elle. 

Après avoir traversé successivement plusieurs passages, une suite d’appartements le conduisit à une chambre et à un petit cabinet attenant.  Au fond de ce cabinet, il aperçut un escalier dérobé du pied duquel  partait la galerie à l’extrémité de laquelle s’ouvrait la porte de la chapelle.  Il se précipita de ce côté dans l’espoir d’y retrouver la porte par laquelle avait disparu l’obscure silhouette.  La muraille était de forme semi-circulaire.  Il en conclut qu’il se trouvait à présent dans une des tours qui enserrait les quatre coins du château ; mais toutes ses recherches ne purent lui faire découvrir la moindre porte en cet endroit du château.

Posant sa lanterne à même le sol, il passa et repassa la main sur toutes les parties de la muraille.  Finalement, il crut sentir une légère proéminence qui, au toucher, lui parut être un gond.  Il reprit sa lanterne afin de s’en assurer.  A son grand désespoir, il vit que la mèche de sa lampe était sur le point de se consumer.  Il se hâta donc de retourner à la galerie tant qu’il lui restait quelque lumière.  Il craignait, si elle venait à s’éteindre, qu’en cherchant son chemin dans l’obscurité, son absence ne se prolongeât jusqu’au moment où il fût impossible de la dissimuler à Lauretta dont le courage n’arriverait certes pas à surmonter cette nouvelle épreuve.  A pas précipités, il suivit le couloir qui l’avait mené à la chapelle, mais à peine arrivé dans la galerie, sa lampe expira. 

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Heureusement, le jour commençait à poindre.  Il descendit sans peine jusqu’à la cour.  Il se remémora bien le chemin qu’il avait suivi, et gagna la poterne.  Mais quelle fut sa surprise en la trouvant fermée !

Il se reprocha de n’être pas sorti du château avant les moines, d’autant plus qu’il savait par le récit de Jacques que ceux-ci fermaient la porte lorsqu’ils quittaient les lieux.  Il retourna dans la cour, et essaya d’ouvrir la grande porte.  Ses efforts furent vains ! 

« Mais comment, se disait-il à lui-même, Alphonse a-t-il pu sortir d’ici après le départ des moines ? »

Cette idée lui redonna espoir de trouver une autre issue.  Après de longues et pénibles recherches, force lui fut de renoncer.  Il s’inquiétait que Lauretta ne découvrît son absence et n’en soupçonnât le motif.

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 Après avoir passé ainsi deux heures en recherches stériles et en vaines lamentations, il crut entendre le bruit d’une clef tourner dans la serrure de la poterne.  Il s’arrêta pour mieux écouter et n’entendit plus rien.  Il s’imagina alors qu’il s’était trompé.  Néanmoins, il voulut s’assurer de la vérité, et courut à la porte.  Elle était ouverte !!!  Il tressaillit de joie et, franchissant le seuil de la poterne, il s’éloigna rapidement du château sans plus chercher à savoir par qui et pour quelle cause la porte avait été ouverte."

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à suivre... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/06/2010

SOURCES FANTASTIQUES

 

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Gethsémani ou La mort de Julia  (extrait)

 Je fus dès la mamelle un homme de douleur ;

Mon cœur, au lieu de sang, ne roule que des larmes ;

ou plutôt de ces pleurs Dieu m’a ravi les charmes,

Il a pétrifié les larmes dans mon cœur.

L’amertume est mon miel, la tristesse est ma joie ;

Un instinct fraternel m’attache à tout cercueil ;

Nul chemin ne m’arrête, à moins que je n’y voie

           Quelque ruine ou quelque deuil !

 

Si je vois des champs verts qu’un ciel pur entretienne,

De doux vallons s’ouvrant pour embrasser la mer,

Je passe, et je me dis avec un rire amer :

Place pour le bonheur, hélas ! Et non la mienne !

Mon esprit n’a d’écho qu’où l’on entend gémir ;

Partout où l’on pleura mon âme a sa patrie :

Une terre de cendre et de larmes pétrie

           Est le lit où j’aime à dormir.

 

Demandez-vous pourquoi ? Je ne pourrais le dire :

De cet abîme amer je remuais les flots,

Ma bouche pour parler n’aurait que des sanglots.

Mais déchirez ce cœur, si vous voulez y lire !

La mort dans chaque fibre a plongé le couteau ;

Ses battements ne sont que lentes agonies,

Il n’est plein que de morts comme des gémonies ;

           Toute mon âme est un tombeau !

                                                                                                                                                                    Alphonse de Lamartine

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Hippolyte Sebron      Intérieur d'une abbaye en ruine

Enfant, je fus longtemps impressionné par cette aquarelle peinte par mon père, (une oeuvre de jeunesse ?) et qui était accrochée dans la chambre à coucher de mes parents.

cimetière 2

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31/10/2009

Au-delà du Gothique et du Fantastique

Au-delà  du  Gothique

 

“Il y a dans le coeur d'une femme qui commence à aimer

un immense besoin de souffrir."

                                                                                Charles Nodier        Smarra

la voie de la moindre résistance…

 

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"La souffrance est l'unique cause

 de la conscience" 

                                                                                    Fiodor Dostoïevski

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"Il fait nuit ! ... et l'enfer va se rouvrir !"

                                                      Charles Nodier       Smarra

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"Tous avaient écouté en silence le récit d'Anne Savichena, surtout les dames.  Beaucoup d'entre elles en secret voulaient du bien à Doubrovski, (un brigand notoire) voyant en lui un type de héros romanesque, principalement Marie Kirilovna, à cause de son imagination ardente nourrie des horreurs mystérieuses de (Anne) Radcliffe." 

                                                               Alexandre Pouchkine       Doubrovski

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"Sa souffrance faisait peine à voir.  C'était le tourment d'un esprit consciencieux, indicible, torturé par une responsabilité incompréhensible concernant des vies humaines."

                                                                        Charles Dickens       Le signaleur

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« Hé ! Vous, là-bas ! Attention ! Attention ! Pour l'amour du ciel, écartez-vous ! »

                                          Charles Dickens       Le signaleur

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"Je repris ma descente et parvins au niveau de la ligne de chemin de fer ; je m'avançai alors vers lui et, en m'approchant, je constatai que c'était un homme au teint jaunâtre et qu'il avait une barbe noire et des sourcils épais. Son poste était situé dans l'un des endroits les plus solitaires et les plus lugubres que j'eusse jamais vus. De chaque côté une paroi ruisselante de pierre tailladée qui, pour tout paysage, ne laissait voir qu'une étroite bande de ciel ; la perspective à une extrémité n'était qu'une prolongation tortueuse de ce vaste cachot ; dans l'autre direction la perspective était moins étendue ; elle se terminait par un morne signal rouge et par l'entrée, plus morne encore, d'un tunnel noir dont l'architecture massive avait un aspect primitif, rébarbatif et accablant. Le soleil avait tant de peine à se glisser jusqu'à ce lieu qu'il y flottait une odeur mortelle de terre humide ; d'autre part un vent froid y soufflait si vigoureusement que je me sentis glacé tout à coup, comme si je venais de quitter le monde des vivants."

                                            Charles Dickens              Le signaleur

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"Et alors s'écroulera la puissance factice de ceux qui ne sont forts que de leur avidité, la terre se dérobera sous leurs pas, ils ne sauront plus sur quoi s'appuyer."

                                                                                                                     Maxime Gorki       La Mère

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 "Pour être heureux jusqu'à un certain point, il faut que nous ayons souffert  jusqu'au même point"

                                                                                                             Edgar Allan Poe

Friedrich Nietsche a dit :

"Vivre, c'est souffrir,

 et survivre, c'est trouver un sens

 à la souffrance"

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Lovis Corinth     la déposition du corps du Christ

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"Depuis longtemps réprouvé, il  (un ange déchu) errait dans les solitudes du monde sans trouver un asile. Et cependant les siècles succédaient aux siècles, les instants aux instants. Lui, dominant le misérable genre humain, semait le mal sans plaisir et nulle part ne rencontrait de résistance à ses habiles séductions. Aussi le mal l’ennuyait…"

                                                   Lermontov       Le Démon (extrait)

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"Et le démon la vit !… Et à l’instant même il ressentit dans tout son être une agitation étrange. Une bienfaisante harmonie vibra dans la solitude de son âme muette, et de nouveau il put comprendre cette divine merveille d’amour de douceur et d’incomparable beauté. Longtemps il admira cette tendre image et les rêves d’un bonheur évanoui se déroulèrent encore devant lui, comme une longue chaîne ou comme les groupes d’étoiles au firmament. Cloué par une force invisible, il fit connaissance avec une nouvelle tristesse et soudain le sentiment fit résonner en lui sa puissante voix d’autrefois. Était-ce un symptôme de régénération ? au fond de son âme, il ne pouvait trouver des paroles de perfide séduction. Devait-il oublier ? Mais Dieu lui refusa l’oubli et du reste, il ne l’eût point accepté !"

                                                                    Lermontov       Le Démon (extrait)

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"La pauvre Tamara s’est jetée sur sa couche en sanglotant, ses larmes coulent avec abondance, et son sein gonflé se soulève péniblement !… tout à coup au-dessus d’elle une voix surnaturelle se fait entendre : « Ne pleure pas enfant, ne pleure pas en vain ; tes larmes ne peuvent tomber sur ce cadavre muet comme une rosée vivifiante ; les larmes ne peuvent que ternir le regard limpide des jeunes filles et creuser leurs joues. Il est bien loin déjà ; il ne connaîtra point ta douleur et ne pourra l’apprécier ; la lumière céleste réjouit maintenant ses yeux qui n’ont plus rien de ce monde et il n’entend plus que les concerts du paradis. Que sont les rêves insignifiants de la vie, et les gémissements et les larmes d’une pauvre fille, pour un hôte des cieux ? Rien. Non ! le sort d’une créature mortelle, crois-moi, mon ange terrestre, ne vaut pas un seul instant de ta chère tristesse. À travers les océans éthérés sans gouvernail et sans voiles, les chœurs des astres brillants voguent doucement au milieu des vapeurs ; dans les espaces infinis des cieux, les groupes floconneux des nuages impalpables passent sans laisser de trace ; l’heure de la séparation, l’heure du retour, n’ont pour eux ni joie ni tristesse ; pour eux l’avenir est vide de désirs et le passé sans regret. En ce jour d’affreux malheurs souviens-toi d’eux, bannis toute pensée terrestre, et comme eux, écarte de toi tout souci : dès que la nuit enveloppera de son ombre les sommets du Caucase ; dès que sous la puissance d’une voix magique, le monde charmé se taira ; dès que la brise du soir agitera sur les rochers l’herbe fanée, que les petits oiseaux cachés sous elle sautilleront plus gaiement dans l’ombre, et que sous les branches de la vigne la fleur des nuits s’épanouira pour boire avide- -ment la rosée céleste ; dès que la lune argentée montera lentement derrière la montagne et jettera sur toi ses regards indiscrets, je volerai aussitôt vers toi, je serai ton hôte jusqu’au jour et sur tes paupières aux cils soyeux je ferai éclore des songes d’or. » 

                                                                             Lermontov       Le démon (extrait)

     

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« O Père ! O Père ! cesse tes reproches ; ne gronde pas ta Tamara. Tu vois ses larmes ? Hélas ! ce ne sont pas les premières ! Je ne serai la femme de personne !... Dis à ceux qui demandent ma main, que mon époux repose dans la terre humide et que je ne puis donner mon cœur ! Depuis le jour où nous ensevelîmes son cadavre sanglant dans la montagne, un esprit perfide me poursuit avec une vision que je ne puis écarter et au milieu du calme des nuits, des songes tristes et étranges viennent jeter le trouble en moi. Mes pensées et mes paroles s’égarent confusément ; une flamme emplit tout mon sang ; je me dessèche et me flétris de jour en jour. O mon père ! Mon âme souffre ! Aie pitié de moi ! Livre au saint lieu ta fille déraisonnable ; là, je serai sous la protection du Sauveur et à ses pieds j’épancherai ma douleur. Ici-bas, il n’y a déjà plus de joie pour moi..... Que bientôt à l’ombre paisible des autels, une sombre cellule se referme sur moi, comme une tombe. »

                                                                        Lermontov       Le démon (extrait)

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Giuseppe Molteni       La Signora di Monza

"Le brouillard du soir a déjà couvert de ses vapeurs légères les collines de la Géorgie, et fidèle à sa douce habitude, le démon a dirigé son vol vers le couvent. Mais bien longtemps il n’osa violer ce paisible asile de la vertu. Il y eut même un moment où il parut prêt à abandonner ses affreux projets. Il errait mélancoliquement autour des murs élevés et ses pas, plus légers que le vent, faisaient doucement frissonner les feuilles dans l’ombre. Puis il levait les yeux vers cette fenêtre, qu’illuminait l’éclat de la lampe. C’est là qu’elle attendait depuis si longtemps. Soudain, au milieu de ce silence universel, une harpe harmonieuse vibra et des chants sonores résonnèrent ; ces sons semblaient se suivre avec mesure comme coulent des pleurs. C’était une mélodie si tendre, qu’elle paraissait avoir été composée au ciel pour la terre. On aurait dit un ange descendu ici-bas mystérieusement, qui venait en visiter un autre oublié et qui lui parlait du passé, afin d’adoucir sa souffrance ! Et le démon comprit alors pour la première fois les douleurs et les agitations de l’amour. Effrayé, il veut s’éloigner ; mais ses ailes restent immobiles ! et ô prodige ! une larme roule lentement de ses yeux obscurcis !… On voit encore près de cette cellule une pierre que cette larme brûlante a traversée comme une flamme et ce n’était point une larme humaine !"

                                                                  Lermontov       Le démon (extrait)

 

 « Disparais, esprit de doute et de ténèbres ; répondit le messager des cieux : tu as assez longtemps triomphé ; mais l’heure du jugement est venue, et que la sentence divine soit bénie ! Les jours de la tentation sont passés ; en quittant son enveloppe terrestre et périssable elle a secoué à jamais les chaînes du mal. Sache-le ! Depuis longtemps nous l’attendions ! Son âme était de celles dont la vie se compose d’un court instant  de souffrances intolérables et de délices qu’on ne peut comprendre. Le Créateur les a tissées avec les cordes vivantes d’un meilleur monde ; elles ne sont point créées pour la terre et la terre n’est pas faite pour elles ; elle a expié ses doutes par d’atroces douleurs ; elle a souffert et aimé et le paradis lui est ouvert pour cet amour !"

                                                  Lermontov       Le Démon

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à  suivre...