12/11/2017

LUMIERES GOTHIQUES

Lumières  gothiques

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Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN

(1776-1822)

brillant fantastiqueur 

et grand admirateur du peintre  baroque

Salvator  ROSA

(1615-1673)

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dont nous pouvons déchiffrer la devise ci-dessus :

« aut tace aut loquere meliora silentio » 

« Tais-toi,

à moins que ce que tu as à dire

vaille mieux que le silence »

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Salvator Rosa        la tentation de Saint-Antoine

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Salvator Rosa       autoportrait

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Salvator Rosa       sorcière

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Salvator Rosa        bandits au détours d'une rivière

"Lorsque la réputation de Salvator  (Rosa) se fut répandue à Naples, à Rome, dans la Toscane et même par toute l’Italie, lorsque les peintres qui voulaient plaire devaient tâcher d’imiter le style étrange de son pinceau, à cette époque même de méchants envieux faisaient naître des bruits fâcheux qui devaient obscurcir la gloire divine de l’artiste. On prétendait qu’à une époque antérieure de sa vie Salvator avait fait partie d’une bande de brigands, et que c’était dans cette société maudite qu’il avait pris les originaux de 77 toutes ces figures féroces, fières, si fantastiquement costumées, qu’il plaça plus tard dans ses tableaux. On disait que les déserts sombres et affreux ! les selve selvage, comme les nomme le Dante, où il s’était tenu caché, étaient fidèlement reproduits dans ses paysages. Mais ce qu’il y avait de pire, c’est qu’on soutenait qu’il avait été entraîné dans la terrible et sanguinaire conspiration tramée à Naples par le fameux Mas’Aniello, et l’on en racontait les particularités avec les plus petits détails.

Aniello Falcone, le peintre de batailles – c’était ainsi qu’on racontait la chose, – s’enflamma de fureur et de vengeance, lorsque les soldats espagnols eurent tué, dans une mêlée, un de ses parents. Il rassembla aussitôt une bande de jeunes gens audacieux, artistes pour la plupart, leur donna des armes, et les appela la Compagnie de la Mort. En effet, cette troupe répondit parfaitement à sa fatale dénomination. Ces jeunes gens parcouraient par bandes la ville de Naples, et poignardaient sans pitié tout Espagnol qu’ils rencontraient. – Ils pénétraient dans les asiles sacrés, et là ils tuaient sans miséricorde le 78 malheureux qui s’était réfugié dans ces lieux. La nuit ils se rendaient auprès de leur chef, le sanguinaire et frénétique Mas’Aniello, qu’ils peignaient à la lueur de flambeaux allumés, de sorte que bientôt ces portraits se répandirent par milliers dans Naples et dans les environs. On disait donc que Salvator faisait partie de cette bande meurtrière ; le jour il égorgeait, et la nuit il peignait assidûment. Un critique célèbre, Taillasson, je crois, a remarqué avec justesse que ses tableaux portent le caractère d’une fierté féroce, d’une énergie bizarre et d’une exécution sauvage. La nature ne se révèle pas à lui dans les charmes riants des vertes prairies, des champs fleuris, des bois odorants, des sources murmurantes, mais dans la terreur des rochers gigantesquement entassés, des arides rivages de la mer, des forêts désertes et inhospitalières. Ce n’est point l’haleine des vents du soir, ni le doux frémissement des feuilles ; c’est le mugissement de l’ouragan, le fracas de la cataracte, qui seuls se sont fait entendre à son oreille. En contemplant dans ses tableaux ces déserts, et les hommes d’un extérieur étrange et sauvage qui se glissent çà et 79 là, tantôt seuls, tantôt en troupe, les pensées sinistres se présentent d’elles-mêmes. On se dit : Ici se commit un meurtre ; là le cadavre sanglant fut jeté dans le précipice."

                         Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann       extrait de la nouvelle intitulée Salvator Rosa"

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Salvator Rosa        autoportrait

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Salvator Rosa        Lucrèce en poétesse

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"L'événement le plus marquant de ces courses hardies de Salvator Rosa dans ces montagnes, (les Abbruzes) est sa captivité parmi les bandits qui en étaient les seuls habitants, et son association temporaire (et même, dit-on, volontaire) avec ces hommes terribles.  On ne peut douter qu'il n'ait vécu quelque temps avec les brigands pittoresques dont il a multiplié les portraits à l'infini."

                                                     Lady Morgan (pseudonyme pour Sydney Owenson)

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   "Astre brillant de mon amour, ne t'es-tu donc levé que pour disparaître aussitôt, et me laisser dans une nuit profonde !"

                                Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann        L'Homme au sable

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James Arthur o'Connor        Paysage au clair de lune

"La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu'une courtisane l'est dans ses dédains ; mais plus fidèle, elle n'a jamais trompé personne."

                                                   Honoré de Balzac       L'Elixir de longue vie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

... car le sang est un précieux adjuvant de la volupté... 

c'est le vin de l'amour."

                                       Octave Mirbeau       Le Jardin des supplices

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Le thème du double, thème fantastique par excellence,  illustré par un maître  :

"Couché sur un lit de camp, j’entendais que les soldats s’entretenaient d’un inconnu arrêté comme moi et dont la voix avait retenti dans la même salle. Par un singulier effet de vibration, il me semblait que cette voix résonnait dans ma poitrine et que mon âme se dédoublait pour ainsi dire, — distinctement partagée entre la vision et la réalité. Un instant, j’eus l’idée de me retourner avec effort vers celui dont il était question, puis je frémis en me rappelant une tradition bien connue en Allemagne, qui dit que chaque homme a un double, et que, lorsqu’il le voit, la mort est proche. — Je fermai les yeux et j’entrai dans un état d’esprit confus où les figures fantasques ou réelles qui m’entouraient se brisaient en mille apparences fugitives. Un instant, je vis près de moi deux de mes amis qui me réclamaient, les soldats me désignèrent ; puis la porte s’ouvrit et quelqu’un de ma taille, dont je ne voyais pas la figure, sortit avec mes amis que je rappelais en vain. — Mais on se trompe ! m’écriais-je, c’est moi qu’ils sont venus chercher et c’est un autre qui sort ! Je fis tant de bruit que l’on me mit au cachot."

                                                              Gérard de Nerval       Aurelia (extrait)

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dante_gabriel_rosetti       double

  « Mais la vengeance céleste, poursuivit Estevan après une pause assez solennelle ; mais l’infaillible justice de Dieu n’avait pas perdu ses droits. À peine le sommeil eut commencé à dissiper les vapeurs qui obscurcissaient la raison de Ghismondo, qu’il vit Inès entrer dans sa chambre à pas mesurés, non pas belle, frémissant d’amour et de volupté, et vêtue comme autrefois d’un tissu léger qui allait tomber ; mais pâle, ensanglantée, traînant le long habit des morts, et déployant vers lui une main flamboyante qu’elle vint imposer lourdement sur son cœur, à l’endroit même qu’elle avait inutilement pressé quelques heures auparavant. Lié par une puissance irrésistible, Ghismondo tenta en vain de se soustraire à l’effroyable apparition. Ses efforts et sa douleur ne purent se manifester que par quelques gémissements sourds et confus. L’implacable main restait clouée à sa place, et le cœur de Ghismondo brûlait, et il brûla ainsi jusqu’au lever du soleil, où disparut le fantôme. Ses complices reçurent la même visite et subirent le même supplice."

                                                Charles Nodier       Inès de la sierras    (extrait)

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"Il n’est rien sur la terre qui élève plus

l’homme dans sa plus intime pensée que l’amour ; c’est

l’amour dont l’influence immense et mystérieuse éclaire

notre coeur et y porte à la fois le bonheur et la confusion.

Peut-on s’étonner que don Juan ait espéré d’apaiser par

l’amour les désirs qui déchirent son sein, et que là le

démon ait tendu son piège ? C’est lui qui inspira à don

Juan la pensée que par l’amour, par la jouissance des

femmes, on peut déjà accomplir sur la terre les promesses

célestes que nous portons écrites au fond de notre âme,

désir infini qui nous apparente, dès notre premier jour,

avec le ciel. Volant sans relâche de beauté en beauté,

jouissant de leurs charmes jusqu’à satiété, jusqu’à l’ivresse

la plus accablante ; se croyant sans cesse trompé dans

son choix, espérant atteindre l’idéal qu’il poursuivait, don

Juan se trouva enfin écrasé par les plaisirs de la vie réelle ;

et méprisant surtout les hommes, il dut surtout s’irriter

contre ces fantômes de volupté qu’il avait si longtemps

regardés comme le bien suprême, et qui l’avaient si

amèrement trompé. Chaque femme dont il abusait, n’était

plus pour lui une joie des sens, mais une insulte   

audacieuse à la nature humaine et à son créateur. Un

profond mépris pour la manière vulgaire d’envisager la vie,

au-dessus de laquelle il se sentait élevé ; la gaieté ironique

et intarissable qu’il éprouvait à la vue du bonheur, selon les

idées bourgeoises ; le dédain que lui inspiraient le calme

et la paix de ceux en qui le besoin de remplir les hautes

destinées de notre nature divine ne s’est pas fait sentir, le

portaient à se faire un jeu cruel de ces créatures douces,

humbles et plaintives, à les faire servir de but à son humeur

blasée. Chaque fois qu’il enlevait une fiancée chérie, qu’il

troublait le repos d’une famille unie, c’était un triomphe

remporté sur la nature et sur son Dieu. L’enlèvement

d’Anna, avec les circonstances qui l’accompagnent, est la

plus haute victoire de ce genre à laquelle il puisse

prétendre. Dona Anna est placée en opposition à don

Juan, par les hautes perfections qu’elle a également

reçues. Comme à don Juan, la beauté du corps et de l’âme

lui a été départie ; mais elle a conservé la pureté idéale, et

l’enfer ne peut la perdre que sur la terre. Dès que ce mal

est accompli, la vengeance doit arriver."

                                              Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN       don Juan (extrait)

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Comme à Ostende
chanson musique et paroles de Léo Ferré
On voyait les chevaux de la mer
Qui fonçaient, la tête la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert...
La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comme l'hiver
Au lieu d'me noyer dans un verre
Je me  suis baladé dans le printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comme partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on se demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut le coup
Si ça vaut le coup
De vivre sa vie !...
Je suis parti vers ma destinée
Mais voilà qu'une odeur de bière
De frites et de moules marinières
M'attire dans un estaminet...
Là y'avait des types qui buvaient
Des rigolos, des tout rougeauds
Qui s'esclaffaient, qui parlaient haut
Et la bière, on vous la servait
Bien avant

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Dominique Mertens       Phare dans le Maelstrom (encre)

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 "Tout d'abord, quand ils ont quittés les contrées habitées pour ne plus rencontrer que de rares paysans ou ermites hébétés, vivant déjà en-deçà du langage, n'est-ce pas la possibilité de communiquer qui s'est refermée derrière eux ? Puis le monde s'est progressivement clos : les tempêtes, les orages, les forêts ont été autant de murailles de feu, d'eau, de ténèbres conjuguant leurs pouvoirs pour les prendre au piège d'un mécanisme de plus en plus rapide. Une fois le seuil du château franchi rien ne change : la topographie intérieure est calquée sur celle de la forêt. L'enchevêtrement des souterrains égare comme l'enchevêtrement végétal, l'apparition du moindre flambeau déchire la nuit et inquiète avec la même fulgurance que les orages du dehors... Seulement, à l'intérieur, tout devient insupportablement concentré et ostentatoire."

                                                                Annie Lebrun       Les châteaux de la subversion

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LÉNORE   poème d' Edgar Allan Poe

Ah ! brisée est la coupe d’or ! l’esprit à jamais envolé ! Que sonne le glas ! — une âme sanctifiée flotte sur le fleuve Stygien ; et toi, Guy de Vere, n’as-tu de larmes ? pleure maintenant ou jamais plus ! Vois ! sur cette morne et rigide bière gît ton amour, Lénore ! Allons ! que l’office mortuaire se lise, le chant funèbre se chante ! Une antienne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune, — une psalmodie pour elle, morte deux fois parce qu’elle est morte si jeune !

« Misérables ! vous l’aimiez pour sa richesse et la haïssiez pour son orgueil, et quand sa santé chancela vous la bénissiez — parce qu’elle mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu ? — le Requiem, chanté — par vous, — par toi, l’œil mauvais, par toi, la langue infamante, qui avez causé la mort de l’innocence qui est morte si jeune ? »

« — Peccavimus ; mais ne délire pas de la sorte ! et qu’un chant du sabbat monte à Dieu si solennellement qua la morte ne sente de mal ! La suave Lénore a “pris les devants” avec l’espoir qui volait à côté, te laissant dans l’égarement à cause de cette chère enfant qui aurait été ton épousée, — elle la belle et de grand air qui maintenant gît si profondément, la vie sur la blonde chevelure, mais pas dans les yeux, — la vie là encore, sur la chevelure, — la mort aux yeux. »

« Arrière ! ce soir j’ai le cœur léger. Je n’entonnerai de chant mortuaire, mais soutiendrai, dans son vol, l’ange par un Péan des vieux jours ! Que ne tinte de glas ! — de peur que son âme suave, parmi sa religieuse allégresse, n’en saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite. Vers les amis d’en haut, aux démons d’en bas le fantôme indigné s’arrache — à l’Enfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux, — aux pleurs et aux plaintes, vers un trône d’or à côté du Roi des Cieux. »

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Edgar Allan Poe, le Maître dont l'oeuvre traverse les siècles 

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Virginia Clemm, sa cousine germaine qui devint  son épouse en 1836, avant de  décéder en 1847

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Edouard Manet illustration pour le poème Le Corbeau

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la tour de l'Université de Forham qui serait l'inspiratrice de son poème intitulé "Les Cloches"

LES CLOCHES        poème de Edgar Allan Poe

"Entendez les traîneaux à cloches — cloches d’argent ! Quel monde d’amusement annonce leur mélodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit ! tandis que les astres qui étincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline délice, de l’œil : allant, elle, d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches), du cliquetis et du tintement des cloches.

Entendez les mûres cloches nuptiales, cloches d’or ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! à travers l’air de nuit embaumé, comme elles sonnent partout leur délice ! Hors des notes d’or fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui écoute tandis qu’elle couve de son amour la lune ! Oh ! des sonores cellules quel jaillissement d’euphonie sourd bruyamment ! qu’il s’enfle, qu’il demeure parmi le Futur ! qu’il dit le ravissement qui porte au branle et à la sonnerie des cloches (cloches, cloches — des cloches, cloches, cloches, cloches), au rythme et au carillon des cloches !

Entendez les bruyantes cloches d’alarme — cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans l’oreille saisie de la nuit comme elles crient leur effroi ! Trop terrifiées pour parler, elles peuvent seulement s’écrier hors de ton, dans une clameur d’appel à la merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frénétique bondissant plus haut (plus haut, plus haut), avec un désespéré désir ou une recherche résolue, maintenant, de maintenant siéger, ou jamais, aux côtés de la lune à la face pâle. Oh ! les cloches (cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur — de Désespoir ! Qu’elles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de l’air palpitant ! encore l’ouïe sait-elle, pleinement par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et s’épanche le danger ; encore l’ouïe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment s’abat ou s’enfle le danger, à l’abattement ou à l’enflure dans la colère des cloches, dans la clameur et l’éclat des cloches !

Entendez le glas des cloches — cloches de fer ! Quel monde de pensée solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frémissons de l’effroi ! à la mélancolique menace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge — est un gémissement. Et le peuple — le peuple — ceux qui demeurent haut dans le clocher, tous seuls, qui sonnant (sonnant, sonnant) dans cette mélancolie voilée, sentent une gloire à ainsi rouler sur le cœur humain une pierre — ils ne sont ni homme ni femme — ils ne sont ni brute ni humain — ils sont des Goules : et leur roi, ce l’est, qui sonne ; et il roule (roule — roule), roule un Péan hors des cloches ! Et son sein content se gonfle de ce Péan des cloches ! et il danse, et il danse, et il hurle : allant d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches — (des cloches, cloches, cloches) avec le sanglot des cloches ; allant d’accord (d’accord, d’accord) dans le glas (le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches — (des cloches, cloches, cloches) avec la sonnerie des cloches — (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches — cloches, cloches, cloches) — le geignement et le gémissement des cloches."

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lodovico Carracci       Apparition de la Vierge à Saint-Hyacinth (détail)

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"Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.

Il y eut un homme envoyé de Dieu: son nom était Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu."                         

                                                                                                         Saint-Jean apôtre salvator rosa,peinture baroque,littératurre fantastique,gothique,gérard de nerval,octave mirbeau,charles nodier,ernst theodor hexperos,wilhelm hoffmann

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« Où ai-je donc lu, pensait Raskolnikoff en s’éloignant, 

ce propos qu’on prête à un condamné à mort une heure avant l’exécution ? 

S’il lui fallait vivre

 sur une cime escarpée, sur un rocher perdu au milieu de l’océan

 et où il n’aurait que juste la place pour poser ses pieds ; 

s’il devait passer ainsi toute  son existence, mille ans, 

l’éternité, debout sur un espace d’un pied carré,

 dans la solitude, dans les ténèbres, 

exposé à toutes les intempéries de l’air,

 il préférerait encore cette vie-là à la mort ! 

Vivre n’importe comment, mais vivre !"

                                             Fiodor Dostoïevski          Crime et châtiment

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 Fiodor Dostoïevski

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pages dessinées et calligraphiées par Fiodor Dostoïevski

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 "Il existe un assez grand nombre de gens de la même espèce que Harry ; beaucoup d'artistes notamment appartiennent à cette catégorie.  Ces hommes ont tous en eux deux âmes, deux essences ; le divin et le diabolique, le sang maternel et le sang paternel, le don du bonheur et le génie de la souffrance coexistent et interexistent en eux aussi haineusement et désordonnément que le loup et l'homme en Harry."

                                                                Hermann Hesse       Le Loup des steppes

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 "Par malheur, je ne suis ni philosophe ni théologien. Je sais très bien que je ne vivrai pas plus de six mois ; il semblerait donc que les questions des ténèbres funèbres et des visions qui hanteront mon sommeil sépulcral devraient m'occuper avant tout. Mais, je ne sais pourquoi, mon âme ne veut pas s'occuper de ces questions-là, bien que mon esprit en reconnaisse toute l'importance. Maintenant, en face de la mort, comme il y a vingt ou trente ans, la science seule m'intéresse. En rendant le dernier soupir, je continuerai à croire que la science est ce qu'il y a d'essentiel, de plus beau et de plus nécessaire dans la vie de l'homme, qu'elle a toujours été et sera la plus haute manifestation d'amour, et que, par elle seule, l'homme vaincra la nature et lui-même. Cette foi est peut- être naïve et mal fondée, mais est-ce ma faute si je crois ainsi et non autrement? Je ne puis vaincre en moi cette foi."

Anton Tchékov       Une banale histoire (extrait)

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Giovanni Baglione        autoportrait et nature morte 

 

.....à  suivre.....

 

20/03/2016

EXORCISME D'UN GOTHIQUE

"-Ils sont nombreux les hypocrites sur terre !

- Ils sont nombreux les masques

sous lesquels nous les croisons !

- Souvent, à notre insu,

ils sont assis à nos côtés !"

friedrich_w._murnau       herr_tartüff

raspoutine_in_yellow.jpg

raspoutine_en_jaune.jpg

"Il faut qu'un homme soit caché

pour qu'on puisse l'aimer ;

dès qu'il montre son visage,

l'amour disparaît."

                             fiodor dostoïevski       les_frères_karamazov

                                                            

désespoir_1.jpg

"Dans ses yeux il y avait du désespoir ; je n'oublierai jamais ce terrible regard.  La frayeur me saisit, moi aussi ; je vis que c'était maintenant seulement qu'elle sentait pleinement toute l'horreur de son acte."

                                                                 fiodor_dostoïevski       humiliés_et_offensés

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"Elle était offensée, sa blessure ne pouvait se cicatriser, et elle s'efforçait de la rouvrir par ces agissements secrets, par cette défiance envers nous tous ; elle se délectait de cette douleur, de cet égoïsme de la souffrance..."

                                        fiodor_dostoïevski       humiliés_et_offensés

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"- Il y a des moments où l'homme aime le crime,

proféra Aliocha d'un air pensif.

- Oui, oui, vous avez exprimé mon idée ;

 on l'aime, tous l'aiment, toujours, et non par moments.

 Savez-vous, il y a eu comme une convention générale

de mensonge à cet égard, tous mentent depuis lors.

 Ils prétendent haïr le mal et tous l'aiment en eux-mêmes."

                                    fiodor_dostoïevski        les_frères_karamazov

Grandes Chroniques de France, Bucher de Templiers.jpg

               - "Je pense qu'on doit aimer la vie par dessus tout.

               - Aimer la vie, plutôt que le sens de la vie ?

               - Certainement.   L'aimer avant de raisonner,

                 sans logique, comme tu dis ;

                 alors seulement on en comprendra le sens."                                                  fiodor_dostoïevski  les_frères_karamazov

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"Car le fantastique me tourmente comme toi-même, aussi j'aime le réalisme terrestre.  Chez vous, tout est défini, il y a des formules, de la géométrie ; chez nous, ce n'est qu'équations indéterminées" 

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le chanteur d'opéra fiodor_chaliapine dans le rôle de boris_godounov

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"Pour chercher la vérité, il faut être seul

et rompre avec tous ceux qui ne l'aiment pas assez."

                          boris_pasternak          le_docteur_jivago 

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"Tolstoï  dit que, plus l'homme se donne à la beauté,

plus il s'éloigne du bien."

Boris  Pasternak     Le Docteur Jivago

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Dirk Bouts        La Chute des damnés  (détail)

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Dirk Bouts      La Chute des damnés (détail)

Même en plein exorcisme, il faut éviter de léviter  !!

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extirper le mal

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Vade  retro  Satanas !!

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 "Très bien, très bien.  Mais s'il vient, couvert d'un masque hypocrite, arracher une larme à son père, et par ses douloureuses caresses obtenir son pardon, et qu'il aille aussitôt se moquer de sa faiblesse dans les bras de ses filles de joie ?"

                                                               Friedrich Schiller      Les Brigands

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Arrière, Satan !! 

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18/02/2010

GEORGE SAND ET LE GOTHIQUE

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"George Sand n’est pas un penseur, mais elle est de ces sibylles qui ont discerné dans le futur une humanité plus heureuse. Et si, toute sa vie, elle proclame la possibilité, pour l’humanité, d’atteindre à l’Idéal, c’est qu’elle-même était armée pour y atteindre."

Fiodor Dostoïevski       Journal d'un écrivain (1876)

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ci-dessous, quelques extraits du roman de Geoge Sand, "Spiridion" (1842) qui ne sont pas sans rappeler ce chef-d'oeuvre du Gothique qu'est  le roman de Matthew Gregory Lewis, "Le Moine", (1796)  

rares parties aux accents gothiques dans une oeuvre davantage tournée vers la spéculation spirituelle.

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"Spiridion a été écrit en grande partie, et terminé dans la Chartreuse de Valdemosa, aux gémissements de la bise dans les cloîtres en ruines. Certes, ce lieu romantique eût mieux inspiré un plus grand poète. Heureusement le plaisir d'écrire ne se mesure pas au mérite de l'œuvre, mais à l'émotion de l'artiste; sans des préoccupations souvent douloureuses, j'aurais été bien satisfaite de cette cellule de moine dans un site sublime, où le hasard, ou plutôt la nécessité résultant de l'absence de tout autre asile, m'avait conduite et mise précisément dans le milieu qui convenait au sujet de ce livre commencé à Nohant." GEORGE SAND. Nohant, 25 août 1855.

- «Misérable pécheur ! Ame basse et perverse !

Vous savez bien que vous me cachez un secret formidable,

et que votre conscience est  un abîme d'iniquité.

Mais vous ne tromperez pas l'oeil de Dieu,

vous  n'échapperez point à sa justice. Allez, retirez-vous de moi ;

je ne  veux plus entendre vos plaintes hypocrites.

Jusqu'à ce que la contrition ait touché votre coeur,

et que vous ayez lavé par une pénitence sincère

les souillures de votre esprit,

je vous défends d'approcher du tribunal de la pénitence.

— Ô mon père! mon père! m'écriai-je,

ne me repoussez pas ainsi, ne me réduisez pas au désespoir,

ne me faites pas douter de la bonté de Dieu

et de la sagesse de vos jugements.

Je suis innocent devant le Seigneur ; ayez pitié de mes souffrances....

— Reptile audacieux ! s'écria-t-il d'une voix tonnante,

glorifie-toi de ton parjure et invoque le nom du Seigneur

pour appuyer tes faux serments ;

mais laisse-moi, ôte-toi de devant mes yeux,

ton endurcissement me fait horreur ! »     ........

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Albrecht Altdorfer    Vierge Marie

"Cependant je ne pouvais m'y décider encore,

car j'éprouvais un bien-être inouï, et j'écoutais

dans une sorte d'aberration paisible les bruits de ce souffle d'été

qui se glissait furtivement par la fente d'une persienne.

Alors il me sembla entendre une voix qui partait du fond

de la sacristie, et qui parlait si bas que je ne distinguais pas

les paroles. Je restai immobile et prêtai toute mon attention.

La voix paraissait faire une de ces prières entrecoupées

que nous appelons oraisons jaculatoires.

Enfin je saisis distinctement ces mots :

Esprit de vérité, relève les victimes de l'ignorance

et de l'imposture."          ……….

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"C'était  peut-être au nom du malin esprit

qu'il m'avait imposé les mains.

Peut-être avais-je fait alliance avec les esprits de ténèbres

en recevant les caresses et les consolations

de ce moine suspect. Je fus troublé, agité ;

je ne pus fermer l'oeil de la nuit."       ..........

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              alessandro magnasco     la prière des moines pénitents

"Quand un homme a entendu l'esprit l'appeler,

ne fût-ce qu'une fois et faiblement, il doit tout quitter

pour le suivre, et rester là où il l'a conduit,

quelque mal qu'il s'y trouve.

Retourner en arrière n'est plus en son pouvoir,

et quiconque a méprisé une seule fois la chair pour l'esprit,

ne peut plus revenir aux plaisirs de la chair ;

car la chair révoltée se venge et veut chasser l'esprit à son tour.

Alors le coeur de l'homme est le théâtre d'une lutte terrible

où la chair et l'esprit se dévorent l'un l'autre ;

l'homme succombe et meurt sans avoir vécu.

Je m'avançai pour m'agenouiller devant cette image sacrée ;

mais il me sembla encore qu'on me suivait pas à pas,

et je me retournai encore sans voir personne.

En ce moment mes yeux se portèrent sur le tableau

qui faisait face à celui de saint Benoît ;

et quelle fut ma surprise en retrouvant les mêmes traits

avec une expression douce et grave, et la belle chevelure

ondoyante que j'avais cru voir en réalité !

Ce personnage était bien plus identique que l'autre

avec ma vision. Il était debout et dans l'attitude où

il m'était apparu. Il portait exactement le même costume,

le même manteau, la même ceinture, les mêmes bottines.

Ses grands yeux bleus, un peu enfoncés

sous l'arcade régulière de ses sourcils,

s'abaissaient doucement avec une expression méditative

et pénétrante."        ..........

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                                      alessandro magnasco      évêque

 «Il est facile de bien vivre, dit-il ; plus facile que de bien mourir !

Il n'est pas bon de tant cultiver la science dans le cloître.

L'esprit s'exalte, l'orgueil s'empare souvent des meilleures têtes,

et l'ennui fait aussi qu'on se lasse de croire toujours aux mêmes  

vérités. On veut en découvrir de nouvelles ; on s'égare.

Le démon fait son profit de cela et vous suscite parfois,

sous les formes d'une belle philosophie

et sous les apparences d'une céleste inspiration,

de monstrueuses erreurs, bien malaisées à abjurer

quand l'heure de rendre compte vous surprend.

J'ai ouï dire tout bas, par des gens bien informés,

que l'abbé Spiridion, sur la fin de sa carrière,

quoique menant une

vie austère et sainte, ayant lu beaucoup de mauvais livres,

sous prétexte de les réfuter à loisir,

s'était laissé infecter peu à peu, et à son insu,

par le poison de l'erreur. Il conserva toujours l'extérieur

d'un bon religieux ; mais il paraît que secrètement il était tombé

dans des hérésies plus monstrueuses encore

que celles de sa jeunesse."      .........

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  "Le soir, comme il s'assoupissait doucement

et que j'achevais ma prière à côté de son lit,

la porte s'ouvrit brusquement, et une figure épouvantable

vint se placer en face de moi. Je demeurai terrifié

au point de ne pouvoir articuler un son ni faire un mouvement.

Mes cheveux se dressaient sur ma tête

et mes yeux restaient attachés sur cette horrible apparition

comme ceux de l'oiseau fasciné par un serpent.

Mon maître ne s'éveillait point, et l'odieuse chose était immobile

au pied de son lit. Je fermai les yeux pour ne plus la voir

et pour chercher ma raison et ma force au fond de moi-même.

Je rouvris les yeux, elle était toujours là.

Alors je fis un grand effort pour crier et,

un râlement sourd sortant de ma poitrine,

mon maître s'éveilla. Il vit cela devant lui et ,

au lieu de témoigner de l'horreur ou de l'effroi,

il dit seulement du ton d'un homme un peu étonné :

«Ah ! ah !

— Me voici, car tu m'as appelé, dit le fantôme.

— Mon maître haussa les épaules, et se tournant vers moi :

— Tu as peur ? me dit-il ; tu prends cela pour un esprit, pour le

diable, n'est-ce pas ? Non, non ; les esprits ne revêtent pas cette

forme, et, s'il en était d'aussi sottement laids,

ils n'auraient pas le pouvoir de se montrer aux hommes.

La raison humaine est sous la garde de l'esprit de sagesse.

Ceci n'est point une vision, ajouta-t-il en se levant

et en s'approchant du fantôme ; ceci est un homme de chair

et d'os. Allons, ôtez ce masque, dit-il en saisissant le spectre à

la gorge, et ne pensez pas que cette crapuleuse mascarade puisse

m'épouvanter."

Alors, secouant ce fantôme avec une main de fer, il le fit tomber

sur les genoux et, Alexis lui arrachant son masque,

je reconnus le frère convers qui m'avait chassé de l'église,

et qui avait nom  Dominique."       .........

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 "Alexis marchait toujours à grands pas, traînant son prisonnier.

De temps en temps celui-ci faisait des efforts pour se dégager

de sa main formidable ; mais le père, s'arrêtant, lui imprimait un

mouvement de strangulation, et le faisait rouler sur les degrés.

Les ongles d'Alexis étaient imprégnés de sang, et les yeux du

Dominique sortaient de leurs orbites. Je les suivais toujours, et

ainsi nous arrivâmesau bas du grand escalier

qui donnait sur le cloître. Là était suspendue la grosse cloche

que l'on ne sonnait qu'à l'agonie des religieux,

et que l'on appelait l'articulo mortis.

Tenant toujours d'une main son démon terrassé,

Alexis se mit à sonner de l'autre avec une telle vigueur

que tout le monastère en fut ébranlé.

Bientôt nous entendîmes ouvrir précipitamment les portes

des cellules, et tous les escaliers se remplirent de bruit.

Les moines, les novices, les serviteurs,

toute la maison accourait, et bientôt le cloître fut plein de

monde. Toutes ces figures effarées et en désordre,

éclairées seulement par la lueur tremblante de ma lampe,

offraient l'aspect des habitants de la vallée de Josaphat

s'éveillant du sommeil de la mort au son de la trompette du

jugement. Le père sonnait toujours, et en vain on l'accablait de

questions, en vain on voulait arracher de ses mains

le malheureux Dominique : il était animé d'une force surnaturelle ;

il faisait face à cette foule, et la dominant du bruit de son tocsin

et de sa voix de tonnerre :

«Il me manque quelqu'un, disait-il ; quand il sera ici,

je parlerai, je me soumettrai, mais je ne cesserai de sonner

qu'il ne soit descendu comme les autres. »

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 alessandro magnasco    scène d'intérieur aux moines

 « Fulgence tourna ses yeux humides vers le sablier.

Il ne restait plus que quelques grains dans le récipient.

Emporté par un mouvement de douleur inexprimable,

il serra convulsivement les deux mains de son maître,

qui étaient enlacées aux siennes, et qu'il sentait se refroidir rapidement. L'abbé lui rendit son étreinte avec force,

et sourit en lui disant : «Voici l'heure! »

En cet instant, Fulgence sentit une main pleine de chaleur

se poser sur sa tête. Il se retourna brusquement, et vit debout derrière lui un homme en tout semblable à l'abbé,

qui le regardait d'un air grave et paternel.

Il reporta ses regards sur le mourant ;

ses mains s'étaient étendues, ses yeux étaient fermés.

Il avait cessé de vivre de la vie des hommes.

Fulgence n'osa se retourner. Partagé entre la terreur

et le désespoir, il colla son visage au bord du lit,

et perdit connaissance pendant quelques instants.

Mais bientôt, se rappelant le devoir qu'il avait à remplir,

il reprit courage, et acheva d'ensevelir son maître bien-aimé

dans le linceul. Il arrangea le manuscrit avec le plus grand

soin, mit le crucifix dessus, suivant l'usage,

et croisa les bras du cadavre sur la poitrine. À peine y furent-ils

placés, qu'ils se roidirent comme l'acier, et il sembla à Fulgence

que nul pouvoir humain n'eût pu arracher le livre

à ce corps privé de vie.

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«Le jour des obsèques de Fulgence, cette dalle fut levée,

et nous descendîmes l'escalier du caveau,

car une place avait été conservée pour l'ami de Spiridion

à côté de celle même où il reposait.

Telle avait été la dernière volonté du maître.

Le cercueil de chêne que nous portions était fort lourd ;

l'escalier roide et glissant ; les frères qui m'aidaient,

des adolescents débiles, troublés peut-être par la lugubre

solennité qu'ils accomplissaient.

La torche tremblait dans la main du moine

qui marchait en avant. Le pied manqua à un des porteurs ;

il roula en laissant échapper un cri,

auquel les cris de ses compagnons répondirent.

La torche tomba des mains du guide et, à demi éteinte,

ne répandit plus sur les objets qu'une lumière incertaine,

de plus en plus sinistre. L'horreur de cet instant fut extrême

pour des jeunes gens timides, élevés dans les superstitions

d'une foi grossière, et prévenus contre la mémoire de l'abbé

par les imputations absurdes qui circulaient encore

contre lui dans le cloître.

Ils croyaient sans doute que le spectre de Spiridion

allait se dresser devant eux, ou que l'esprit malin,

réveillé par ces saintes ablutions,

allait s'exhaler en flammes livides de la fosse ténébreuse."

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                         Alessandro Magnasco     Intérieur de synagogue

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                                                    George Sand âgée                  peinture 

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ci-dessous, quelques extraits du roman de George Sand, "Consuelo"

et de sa suite dans le roman "La Comtesse de Rudolstadt". 

 "Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains, pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son œuvre savante. Mais la lectrice esprit fort que nous avons charge de divertir ne prendrait peut-être pas aussi bien, au temps où nous sommes, l’innocent stratagème du romancier."

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"Ces bizarres propos ramenèrent Consuelo au sentiment de terreur superstitieuse qu’elle avait éprouvé en entrant dans la demeure des Rudolstadt. La subite pâleur d’Amélie, le silence solennel de ces vieux valets à culottes rouges, à figures cramoisies, toutes semblables, toutes larges et carrées, avec ces yeux sans regards et sans vie que donnent l’amour et l’éternité de la servitude ; la profondeur de cette salle, boisée de chêne noir, où la clarté d’un lustre chargé de bougies ne suffisait pas à dissiper l’obscurité ; les cris de l’effraie qui recommençait sa chasse après l’orage autour du château ; les grands portraits de famille, les énormes têtes de cerf et de sanglier sculptées en relief sur la boiserie, tout, jusqu’aux moindres circonstances, réveillait en elle les sinistres émotions qui venaient à peine de se dissiper. Les réflexions de la jeune baronne n’étaient pas de nature à la rassurer beaucoup."

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 "Après bien des détours et des retours dans les inextricables sentiers de cette forêt jetée sur un terrain montueux et tourmenté, Consuelo se trouva sur une élévation semée de roches et de ruines qu’il était assez difficile de distinguer les unes des autres, tant la main de l’homme, jalouse de celle du temps, y avait été destructive. Ce n’était plus qu’une montagne de débris, où jadis un village avait été brûlé par l’ordre du redoutable aveugle, le célèbre chef calixtin Jean Ziska, dont Albert croyait descendre, et dont il descendait peut-être en effet."         ..........

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"Cette pièce avait dans ses ornements

 et dans sa disposition tout le caractère

 d’un lieu destiné aux opérations magiques.

 Mais je n’eus pas le loisir de l’examiner beaucoup ;

mon attention était absorbée par un personnage

assis devant une table. Il était seul et cachait

 sa figure dans ses mains, comme s’il eût été plongé

dans une profonde méditation.

 Je ne pouvais donc voir ses traits,

 et sa taille était déguisée par un costume

que je n’ai encore vu à personne.

 Autant que je pus le remarquer, c’était une robe,

ou un manteau de satin blanc doublé de pourpre,

et agrafé sur la poitrine par des bijoux hiéroglyphiques

 en or où je distinguai une rose,

une croix, un triangle, une

tête de mort, et plusieurs riches cordons

de diverses couleurs. "      ...........

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à suivre.....