26/07/2010

La FORET FANTASTIQUE

Cette forêt fantastique au coeur de laquelle,

par un certain jour de l'hiver 1493,

se perdirent mes pas...

 

J'étais alors à mille lieues de soupçonner

que ce serait là le point de départ

de cette terrifiante odyssée

dont j'ai fait le récit

intitulé :

"Dans ses yeux je voyais ma mort"

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La Forêt de Lutzehardt

peinture originale de l'auteur, 2010

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étude (encre) préparatoire à La Forêt de Lutzelhardt

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étude (encre) préparatoire à La forêt de Lutzelhardt

Mais déjà les nuages s'annoncellent,

 et la forêt va incessamment changer de visage...

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La Nature  entière chante un hymne de louange à la Vie...

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Chercher à voir bien au-delà des apparences... 

Dans ce fouilli inextricable,

il me faut impérativement rechercher quelque bribe de sens...

Les quelques ébauches de mots que je parviens à grand peine à distinguer semblent être là pour m'y aider...

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Mais qu'y a-t-il donc qui se dissimule derrière tout cela ?100_1601.jpg

Quelle fantastique féerie de feuilles, de tiges, de rameaux et de branches! Tout s'épanouit et se déploie ici sous mes yeux émerveillés...

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Mais... !!!  Quelque chose ne vient-il pas de se produire...?  

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Contempler cette merveille de la création, cela suffit-il ?

Assurément non !

Chercher à décrypter le langage unique de la Nature, interprêter ses signes, et répondre à ses muettes invites...

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Les feuillages affolés sous la caresse du vent semblent vouloir me parler...

Mais qu'ont-ils donc à me révéler ?

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Dans cette clairière perdue au beau milieu de l'immensité de la forêt,je ressentis puissamment monter en moi l'appel à la Vie que me lançait la multitude des arbres qui, pourtant, m'apparaissaient comme tristement cloués  dans un sol,  immuable à jamais...

Indubitablement, leurs feuillages aux couleurs éclatantes m'embrasaient d'une ferveur nouvelle, comme s'ils tentaient de communiquer avec moi dans un même élan vers l'absolu...

"Tout est tellement éphémère, me dis-je, et pourtant se perpétue sans cesse comme une sorte d'irrésistible tension vers l'éternité..."

Mais dans quel dessein, tout cela...? 

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  Dans son ouvrage incontournable pour tout amateur de Fantastique, 

(L'Art Fantastique, réédité aux éditions Albin Michel en 1989) 

Marcel Brion évoque la forêt fantastique en ces termes:

"La selva oscura, pleine de dangers extérieurs, représente également la forêt intérieure à l'homme, le labyrinthe des passions et des vices, dans lequel il s'égare et dont il faut qu'il sorte pour atteindre la lumière.  car la lumière ne pénètre pas plus dans la forêt que dans le labyrinthe.  ...   La forêt est l'endroit où l'on se perd, matériellement, moralement.  La région qu'il faut traverser, selon les romans de chevalerie, pour atteindre le château.  Château et forêt s'opposent ainsi, l'un signifiant sécurité, ordre humain, protection ; le formel contre l'informe, l'immuable contre le perpétuel mouvant.  Le chevalier qui s'aventure dans la fprêt  -la forêt obscure des mystiques-  afin d'arriver au château  -les châteaux de l'âme, de sainte Thérèse-  est un nouveau Thésée : il affronte les minotaures et les dragons, qu'il tuera, afin que vices et passions bestiales ne fassent plus obstacle à la marche vers la lumière"

 

"Comme l'écrivait Mircea Eliade : Il y a là déjà un symbole de la mort : la forêt, la jungle, les ténèbres, symbolisent l'au-delà, les enfers.

La forêt est un monde inhumain, d'où l'homme est exclu, où il n'est admis qu'à regret.  Les êtres et les choses, les plantes et les animaux y confondent leurs formes, leurs couleurs, leurs propriétés.  C'est un monde irrationnel, où se rassemblent, féroces et tranquilles, les éléments hostiles, un monde autre, qui ne devient accueillant que dans les clairières, aux endroits où la cognée du bûcheron a ouvert un passage pour la lumière."

 

"Inchangée depuis les origines du monde, dressant dans un colossal pullulement la foule des jeunes arbres sur les débris des troncs antiques qui se décomposent en humus aux fortes odeurs, la forêt incarne les forces élémentaires et primordiales, ce qui était à l'origine, ce qui demeure des temps disparus et ce qui survivra lorsque l'humanité aura disparu de la surface de la terre.  Elle est un être, aussi, multiforme, capable de passions, habité par une âme que l'on sent palpiter dans le frisson des branches et le craquement des troncs, et dont le souffle vient au-devant du voyageur, redoutable à l'égaré."

 

"Seuls poussent jusqu'au creux de la forêt l'ermite c'est à dire l'homme qui va se combattre lui-même, vaincre son minotaure, son dragon intérieur, et le chevalier dont la vocation est de détruire les monstres..."

 

"Il y a aussi le saint-chasseur, dont la forêt triomphe par sa propre conversion au christianisme, et qui fait apparaître aux yeux émerveillés de saint-Hubert un cerf portant une croix entre ses bois ; c'est parce qu'il s'est dompté lui-même que, contrairement à ce qui se passe d'ordinaire, le cerf triomphe du chasseur : non pas en fuyant, mais en atteignant avant lui le havre du salut, la Croix."

 

Et, enfin, ce bref passage où l'auteur évoque les liens qu'entretiennent la Mort et le Fantastique :

"L'idée de la mort ajoute, à la souffrance de la séparation du corps et de l'âme, le pressentiment du châtiment qui attend l'homme dans l'au-delà s'il a manqué aux préceptes de la religion.  Le thème fantastique de la mort est ainsi lié aux deux autres grands thèmes fantastiques, celui de la Tentation, c'est à dire de l'incidieux assaut du péché, et de la damnation qui menace le pécheur, de l'enfer."

 

Une bien étrange présence...

perdu au coeur de la forêt,

vit

un humble ermite.

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La forêt, toute entière emplie du bruissement des arbres

et des conversasions des corbeaux...

Soudain,

dans l'intimité d'une chambre obscure,

jaillissent les imprécations de quelque un pauvre humain

à l'encontre de l'un de ceux-ci...

 "Que cette parole soit le signal de notre séparation,

oiseau ou démon !  -hurlai-je en me redressant.-

Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ;

ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que

ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ;

quitte ce buste au-dessus de ma porte ;

arrache ton bec de mon coeur,

et précipite ton spectre loin de ma porte.

Le corbeau dit :  "Jamais plus ! "

(extrait du poème   Le Corbeau  d'Edgar Allan Poe)

Mais que serait la forêt sans l'intrusion bouleversante

du fracas d'une puissante locomotive ?

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Dans la forêt sans heure

On abat un grand arbre.

Un vide vertical

Tremble en forme de fût

près du tronc étendu.

Cherchez, cherchez, oiseaux,

La place de vos nids

dans ce haut souvenir

Tant qu'il murmure encore.

(poème extrait du Forçat innocent

de Jules Supervielle)

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La Rivière de sang           gouache de l'auteur  

  A chacun de nos pas, alors que nous empruntions les sentes effacées qui nous rapprochaient, Adelheide et moi, du sinistre repaire de Loewenstein, je pensais en moi-même à l'insurmontable difficulté qu'il y avait à rendre témoignage de l'émouvante -autant qu'angoissante-  beauté de la Nature : l'incroyable foisonnement des ramures, l'inextricable chaos des rochers, le fugitif moutonnement  des halliers, tout ce paysage sublîme livré à la tyrannie des vents...!

Je ne pouvais m'empêcher de songer à cette peinture admirable d'Albrecht Altdorfer que j'avais découvert un beau jour à Munich  -Coin de forêt avec saint-Georges terrassant le dragon- et à la réflexion que je m'étais faite alors : ce peintre seul avait bel et bien réussi à capter l'essence même de la forêt et de la Vie jaillissante qu'elle recellait.

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Coin de forêt à Falkenstein   encre de Chine de l'auteur 

 

Comment rendre les visages infiniment changeants de la Nature, et plus particulièrement ceux de la forêt ?

 

Chaque peintre, chaque écrivain, chaque artiste apporte sa propre réponse.

 

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Toute forêt ne renferme-t-elle pas en elle le désir inavoué d'égarer et de perdre le visiteur, cet intrus ?!

 

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Le recours au noir et blanc 

-et donc le plus souvent à la gravure- 

assure un rendu et une efficacité sans pareils :

le regard, enfin libéré de toute distraction indue par le chatoiement des couleurs, acquiert cette concentration rare et pourtant tellement indispensable à la juste appréciation d'une oeuvre.

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                                   Albrecht Altdorfer           Paysage avec pin double   (gravure)

                                                           Art Institute of Chicago

 

La forêt, lieu de toutes les malédictions !

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Coin de forêt à Berwartstein          encre de Chine de l'auteur

La forêt, lieu de tous les sortilèges !

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Coin de forêt à Hohenburg

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 Coin de forêt à Windstein         encre de Chine de l'auteur 

 

"Voyez donc !    Voyez ce qui reste des rêves de ces hommes.

Les obsessions dont ils étaient prisonniers résonnent encore en ce lieu.

Hantés par les passions les plus folles,

ces hommes sont tombés dans la voie du sang.

Hommes d'hier, hommes d'aujourd'hui, rien n'a changé."

dialogue extrait du film "Le Château de l'arraignée"

d'Akira Kurosawa, 1957

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monogramme de Niklaus Manuel  dit Deutsch

La forêt, terre de toutes les convergences,

espace de toutes les fécondations,

enclos sacré où se célèbrent toutes les unions,

creuset alchimique dans lequel fusionnent tous les principes.

La forêt, haut lieu du grand oeuvre...

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Albrecht Dürer   Adam et Eve, gravure

La silhouette d'un arbre ne suffit-elle pas déjà à en deviner le tempérament, l'âme, le coeur, et même l'esprit ?

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Albrecht Altdorfer    Paysage avec un pin et un bucheron

Sonder l'âme de la forêt, et explorer ses plus intimes arcanes...

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Coin de forêt à Bingen         encre de Chine de l'auteur 

 

Le ruissellement de l'eau sous les feuilles,

 

puis son écoulement joyeux parmi les pierres.

 

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Coin de forêt à Rheinfels    encre de Chine de l'auteur

Retrouver aussi le même regard,

et s'immerger alors  totalement

au sein de

LEUR

forêt.

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Coin de forêt à Bacharach    encre de Chine de l'auteur

 Emprunter les mêmes gestes

qu'Albrecht Dürer et qu'Albrecht Altdorfer,

lorsqu'ils gravaient leurs plaques de cuivre

voici plus de 500 ans maintenant,

c'est comme inciser une écorce, 

et revivre les tourments même de l'arbre, et du graveur,

unis dans leur création

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Coin de forêt au Trifels        encre de Chine de l'auteur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/06/2010

FRESQUE FANTASTIQUE

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Peinte à la gouache sans le moindre plan ni dessin préalables, la Fresque de la Vie fait appel à la simple juxtaposition des éléments, des formes, et des couleurs, dans la spontanéité la plus totale.

Sous l'oeil d'une humanité qui va à sa perte, se déroule, indifférent au sort des êtres humains, le spectacle du Monde et de la Vie.

La fresque de la Vie, (3m80 long x 2m10 ht) je l'ai patiemment peinte de 1992 à 1996 durant mes rares heures "perdues".

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Cette oeuvre reprend, en les revisitant de mémoire, les principaux éléments de ma fresque L'Alchimie de la Vie, (exécutée vers 1966 et aujourd'hui perdue) qui se caractérisait par son foisonnement de personnages et de symboles ésotériques.

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Dans ses filatures fantastiques,

la  Vie tisse la trame de nos destinées...

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 Pratiquer le Fantastique,

c'est suivre désespérément

le fil qui nous mène jusqu'à la mort..img194.jpg     

Un rendez-vous sur la toile ?

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Suivez le fil...............................................................................

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 Comment, dans la toile de la Vie, démêler le vrai du faux ?

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ARCHITECTURES FANTASTIQUES

Tout enfant déjà, je bâtissais des châteaux féériques habités de princesses inaccessibles, et protégés de sortilèges inviolables.  L'esprit des chevaliers avait forgé en moi son imagerie fascinante qu'alimentaient mes lectures inspirées. Ainsi je me constituai un bréviaire dans lequel il ne me restait plus qu'à puiser. Adolescent, je rêvais d'architectures et d'ambiances fantastiques, comme on en trouve par exemple dans la peinture de Desiderio Monsu, dans les gravures de Piranèse, dans le Palais idéal du facteur Cheval ou dans la tour d'Eben-Ezer à Eben-Emael, conçue et réalisée par Robert Garcet. (1912-2001)

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Avec le temps, mes rêves ont peu à peu pris corps et, de simples décors pour théatre de marionnettes, au départ, se sont matérialisés en une crêche de Noël (collection  Michel Vincent) reprenant simultanément divers épisodes de la Nativité.  Puis, ce fut  la réalisation d'une mise en scène grandiose pour la fête de Pâques (collection Krippana, Manderfeld - Büllingen) qui déployait les tableaux de la Passion et de la Mort du Christ dans diverses architectures fantastiques, et recelait déjà en germes l'oeuvre qui allait lui succéder immédiatement : l'Antre du Vampire...

 

« L’Antre du Vampire » est la mise en scène de tout un décor fantastique conçu au début des années 2000 pour un public de pré-adolescents à l’occasion des premières fêtes d’Halloween qui furent célébrées en Belgique. 

 

L’Aventure débuta par un simple empilement de cageots solidarisés à l’aide de colle et de plâtre, et qui ébaucha petit à petit la silhouette massive d’un château fantastique au fur et à mesure de son agrandissement.  J’y perçai des ouvertures que je dissimulai par des tentures.  J’en garnis les murailles de hautes fenêtres murées, construisis des tours inaccessibles que je cernai de plateformes crénelées, forgeai des barreaux, et aménageai des salles.

 Il ne me restait plus qu’à peupler cette citadelle que je résolus d’entourer d’un vaste cimetière encombré de chapelles, de tombes et de croix. Lorsque je les eu façonnées dans l’argile, quelques succubes parmi les plus dévouées rejoignirent aussitôt la crypte où repose  pour l’éternité leur maître vampire, tandis que leurs compagnes se disséminèrent au coeur du cimetière, au service de leur seigneur, prêtes à séduire quiconque aurait l’imprudence de s’aventurer là…    

 La représentation pouvait commencer… !

 

02/06/2010

l' ANTRE du VAMPIRE

 

 

« L’Antre du Vampire » est la mise en scène de tout un décor fantastique conçu au début des années 2000 pour un public de pré-adolescents à l’occasion des premières fêtes d’Halloween qui furent célébrées en Belgique. 

 L’Aventure débuta par un simple empilement de cageots solidarisés à l’aide de colle et de plâtre, et qui ébaucha petit à petit la silhouette massive d’un château fantastique au fur et à mesure de son agrandissement.  J’y perçai des ouvertures que je dissimulai par des tentures.  J’en garnis les murailles de hautes fenêtres murées, construisis des tours inaccessibles que je cernai de plateformes crénelées, forgeai des barreaux, et aménageai des salles.

 Il ne me restait plus qu’à peupler cette citadelle que je résolus d’entourer d’un vaste cimetière encombré de chapelles, de tombes et de croix. Lorsque je les eu façonnées dans l’argile, quelques succubes parmi les plus dévouées rejoignirent aussitôt la crypte où repose  pour l’éternité leur maître vampire, tandis que leurs compagnes se disséminèrent au coeur du cimetière, au service de leur seigneur, prêtes à séduire quiconque aurait l’imprudence de s’aventurer là…    

 La représentation pouvait commencer… !

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...un cimetière rongé de solitude et hérissé à perte de vue de chapelles et de croix...

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...des ténèbres immobiles, mais tout infestées d'immondes succubes !
 
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... et dans leurs yeux je voyais ma mort