20/01/2018

DANS SES YEUX JE VOYAIS MA VIE

DANS  SES  YEUX

JE  VOYAIS  MA  VIE 

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"Il aimait ce moment où les dernières clartés s'éteignent, où les étoiles, l'une après l'autre, viennent briller dans l'espace et se réfléchir sur le miroir des eaux ; moment touchant et doux, où l'âme dilatée s'ouvre aux plus tendres sentiments, aux contemplations les plus sublimes."

Ann Radcliffe          Les Mystères d'Udolphe 

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Juste avant l'exil 

chanson de Gérard Manset


Juste avant l'exil,
On pose un dernier regard sur sa ville,
Les colliers de fleurs que les hommes enfilent
Et plus loin, sur le bord du quai,
Le secret que personne ne sait,
C'est qu'on est né ici
Et qu'on sait ce qu'on va laisser,
Alors on reste assis
Juste avant l'exil.
Ça semblait facile
De tout quitter.
On était le loup sans son collier,
L'arbre sans son espalier

Mais quand le sable a quitté le sablier,
Que le marbre et la pierre se sont brisés,
Que le chêne a fini quand même par retomber,

On se retrouve comme on est né
A nouveau dans un monde damnés,
A nouveau dans un monde damnés,
Sans rien ni personne pour nous aider.

Juste avant l'exil,
Juste avant l'exil,
Avant le dernier regard sur la ville,
Dans le bruit des trains qui défilent
Et là-bas, sur le bord du quai,
Comme la flamme d'un briquet,
Dans une main qui tremble,
Ce visage, on le connaît :
Il nous ressemble.
Juste avant l'exil,
Que cherche-t-il vers l'horizon ?
Le dessein dans la forme d'une maison
Ou peut-être la guérison 

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           Dominique Mertens          Ma rencontre avec Adelheide           

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"Oh ! combien il serait doux de parler longtemps du bonheur de Valancourt et d'Emilie !  de dire avec quelle joie, après avoir souffert l'oppression des méchants et le mépris des faibles, ils furent enfin rendus l'un à l'autre ; avec quel plaisir ils retrouvèrent les paysages chéris de leur patrie !  Combien il serait doux de raconter comment, rentrés dans la route qui conduit  le plus sûrement   au bonheur, tendant sans cesse à la perfection de leur intelligence, ils jouirent  des douceurs d'une société éclairée, des plaisirs d'une bienfaisance active, et comment les bosquets de La Vallée redevinrent le séjour de la sagesse et le temple de la félicité domestique ! ......"

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"..... Puisse-t-il du moins avoir été utile de démontrer que le vice peut quelquefois affliger la vertu ; mais que son pouvoir est passager, et son châtiment certain !  Tandis que la vertu froissée par l'injustice, mais appuyée sur la patience, triomphe enfin de l'infortune.

Et si la faible main qui a tracé cette histoire a pu, par ses tableaux, soulager un moment la tristesse de l'affligé, par sa morale consolante si elle a pu lui apprendre à en supporter le fardeau, ses humbles efforts n'auront pas été vains, et l'auteur aura reçu sa récompense."

(extrait de la conclusion du roman d'Ann Radcliffe, "Les Mystères d'Udolphe")

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 "Leur vie passée offrit un exemple d'épreuves bien dures et leur vie présente un modèle de vertus grandement récompensées; et ils continuèrent de mériter cette récompense.  Car leur bonheur ne se bornait pas à eux seuls, mais ils le faisaient sentir à tous les individus  qui vivaient dans la sphère de leur influence.  L'indigent et l'infortuné avaient à se louer de leur bienveillance, l'homme vertueux et éclairé, de leur amitié, et leurs enfants, d'aavoir des parents dont l'exemple imprimait dans leurs coeurs les préceptes qu'ils offraient à leur esprit."

(extrait de la conclusion du roman d'Ann Radcliffe, "Les Mystères de la forêt")

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 Lovis Corinth        Adam et Eve 

"Le comte et la comtesse Masérini, lord et lady Milverne, jouirent longtemps d'une félicité parfaite.  Ils eurent chacun plusieurs enfants qui devinrent l'ornement et le modèle de leur siècle.  Le temps semblait ajouter chaque jour quelque chose à leur bonheur, et le déclin de leur vie fut comme la fin d'un beau jour, où le soleil en se couchant, brille des rayons les plus purs, jusqu'à ce qu'il ait entièrement disparu de dessous l'horizon."

                                          Geoge Moore     L'Abbaye de Grasville

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"Ah ! jamais la solitude n'a plu à des êtres trop dissipés et frivoles ; elle ne convient qu'à des coeurs purs, seuls capables d'en goûter les charmes."

                                                             Charlotte Dacre        Zofloya, ou la Maure 

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"Ainsi, après divers incidents autant étranges que déprimants, Matilda reçut la récompense de sa persévérance, de sa force d'âme, et de sa vertueuse abnégation.  Une conscience de remplir ses nombreux devoirs assura son bonheur , aussi,  lorqu'elle écrivit la conclusion de ses aventures à sa Mère Sainte-Madeleine bien-aimée, ne dit-elle pas :  de vous, j'ai appris la résignation, et une certaine dépendance vis à vis d'un Etre qui n'abandonne jamais celui qui est vertueux.  De vous, j'ai appris à ne jamais désespérer.  De vos préceptes et de vos mises en garde, je vous suis redevable de n'avoir pris le voile, et je crois fermement que, appelée à un état supérieur, je me souviendrai toujours que les infortunés ont des suppliques à adresser aux coeurs de ceux que Dieu a bénis avec générosité, et que, grâce à vos ressources, vouées à expérimenter toutes les bénédictions de la vie, je vais ressentir comme un devoir d'étendre par des vertus vivaces, et au mieux de mes capacités, ces bénédictions à d'autres, moins chanceux que moi."

                                 Eliza Parsons          Le Château de Wolfenbach

                                                              (traduction Dominique Mertens)

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 ქრისტე აღსდგა მკვდრეთით,
სიკვდილითა სიკვდილისა დამთრგუნველი
და საფლავების შინათა
ცხოვრების მიმნიჭებელი !

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"Tu voudrais être aimée ?

Puisse donc ton cœur ne pas s’écarter

de son actuel cheminement !

Étant en tous points ce que tu es maintenant,

ne sois rien de ce que tu n’es pas.

Ainsi, pour le monde, tes nobles façons,

ta grâce, bien plus que de la beauté,

seront un thème sans fin de louange,

un simple devoir rendu à l'amour."

                                                                 Edgar Allan Poe

                                                                        poème            à  F.-S. O.

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John Simmons       Hermia et Lysander

(Songe d'une nuit d'été)

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Dominique Mertens       Adelheide, l'héroïne de mon roman

"Ils me montraient leurs arbres, et j'étais incapable de comprendre le degré d'amour avec lequel ils les regardaient : comme s'ils parlaient avec des êtres qui leur étaient semblables.  Et vous savez, je ne me tromperai pas, peut-être, si je dis qu'ils conversaient !  Oui, ils avaient trouvé leur langue, et je suis convaincu que les arbres les comprenaient.  Ainsi  regardaient-ils toute la nature  -les animaux, qui vivaient avec eux dans la concorde, ne les attaquaient pas et les aimaient, vaincus par leur amour.  Ils me montraient les étoiles et ils me parlaient d'elles à propos de quelque chose que je n'arrivais pas à comprendre, mais je suis convaincu que, d'une façon ou d'une autre, ils communiquaient avec les étoiles du ciel, et pas seulement par la pensée, non, par je ne sais quel moyen vivant.  Oh, ces gens, ils ne s'acharnaient pas à ce que je les comprenne, ils m'aimaient même sans cela, et pourtant je savais qu'eux non plus, ils ne me comprenaient jamais, et c'est pourquoi je ne leur parlais presque pas de notre terre,.  Je me contentais d'embrasser devant eux la terre sur laquelle ils vivaient et, sans paroles, je les adorais tous, et eux, ils voyaient cela et me laissaient les adorer, sans avoir honte de mon adoration, parce qu'ils étaient eux-mêmes pleins d'amour."

                        Fiodor Dostoïevski         Le Rêve d'un homme ridicule

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 John Simmons        Le Songe d'une nuit d'été

 

An die Freunde

             Ode à la Joie        

poème de Friedrich Schiller  (extrait)

 version française :

Ô amis, pas de ces accents !

Laissez-nous en entonner de plus agréables,

Et de plus joyeux !

Joie, belle étincelle divine,

Fille de l'assemblée des dieux,

Nous pénétrons, ivres de feu,

Ton sanctuaire céleste !

Tes charmes assemblent

Ce que, sévèrement, les coutumes divisent ;

Tous les humains deviennent frères,

lorsque se déploie ton aile douce.

Celui qui, d'un coup de maître,

a réussi

D'un ami d'être l'ami ;

Qui a fait sienne une femme accorte,

Qu'il mêle son allégresse à la nôtre !

Oui, et même celui qui ne peut appeler sienne

Qu'une seule âme sur la Terre !

Mais celui qui jamais ne l'a su,

Qu'en larmes il se retire, de cette union !

Tous les êtres boivent la joie

Aux seins de la nature ;

Tous les bons, tous les méchants,

Suivent sa trace parsemée de roses.

Elle nous a donné des baisers et la vigne ;

Un ami, éprouvé par la mort ;

La volupté fut donnée au vermisseau,

Et le Chérubin se tient devant Dieu.

Joyeux, comme ses soleils volant

À travers le somptueux dessein du ciel,

Hâtez-vous, frères, sur votre route,

Joyeux comme un héros vers la victoire.

Soyez enlacés, millions.

Ce baiser au monde entier !

Frères ! Au-dessus de la voûte étoilée

Doit habiter un père bien-aimé.

Vous vous effondrez, millions ?

Monde, as-tu pressenti le Créateur ?

Cherche-le par-delà le firmament !

C'est au-dessus des étoiles qu'il doit habiter.

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John simmons      Le Songe d'une nuit d'été

version allemande :

Freude, schöner Götterfunken

Tochter aus Elysium,

Wir betreten feuertrunken,

Himmlische, dein Heiligtum !

Deine Zauber binden wieder

Was die Mode streng geteilt ;

Alle Menschen werden Brüder

Wo dein sanfter Flügel weilt.

Wem der große Wurf gelungen,

Eines Freundes Freund zu sein ;

Wer ein holdes Weib errungen,

Mische seinen Jubel ein !

Ja, wer auch nur eine Seele

Sein nennt auf dem Erdenrund!

Und wer's nie gekonnt, der stehle

Weinend sich aus diesem Bund !

Freude trinken alle Wesen

An den Brüsten der Natur ;

Alle Guten, alle Bösen

Folgen ihrer Rosenspur.

Küsse gab sie uns und Reben,

Einen Freund, geprüft im Tod ;

Wollust ward dem Wurm gegeben,

und der Cherub steht vor Gott.

Froh, wie seine Sonnen fliegen

Durch des Himmels prächt'gen Plan,

Laufet, Brüder, eure Bahn,

Freudig, wie ein Held zum Siegen.

Seid umschlungen, Millionen !

Diesen Kuß der ganzen Welt !

Brüder, über'm Sternenzelt

Muß ein lieber Vater wohnen.

Ihr stürzt nieder, Millionen ?

Ahnest du den Schöpfer, Welt ?

Such' ihn über'm Sternenzelt !

Über Sternen muß er wohnen.

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John Simmons        There lies Titania

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John Simmons        Titania lying on a leaf

 

ADELHEIDE

(mélodie de Ludwig von Beethoven,

paroles de Friedrich Mathisson, 1795)

Ton ami erre seul dans le jardin nimbé de lumière

par le tamis tremblant de ses branches fleuries, Adelaide !

 

Dans le jet d'eau étincelant sur la neige des Alpes,

Dans les nuages d'or du crépuscule,

Dans le champ des étoiles,

Ton image brille, Adelheide !

 

Les feuilles tendres chuchotent dans la brise du soir,

Les cloches argentées du muguet sont le carillon de Mai,

Les vagues murmurent et les rossignols sifflent, Adelheide !

 

Un jour, ô merveille, sur ma tombe poussera 

Une fleur des cendres de mon coeur,

Et de chaque fleur pourpre brillera ton nom, Adelheide !

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John Simmons       Titania

"Il ne sut pas comment cela se passa, mais il se sentit soulevé par une force inconnue et jeté aux pieds de Sonia. Il pleurait et il étreignait ses genoux. Au premier moment, elle s’effraya terriblement et son visage devint mortellement pâle. Elle bondit et, toute tremblante, elle se mit à le regarder. Mais – 774 – immédiatement, à l’instant même, elle comprit tout. Un bonheur infini brilla dans ses yeux ; elle avait compris, elle n’avait plus de doute maintenant, il l’aimait, il l’aimait d’un amour sans limite et son heure était enfin venue… Ils voulaient parler, mais ils ne le pouvaient pas. Les larmes inondaient leurs yeux. Ils étaient hâves tous les deux ; mais ces visages maladifs et pâles s’auréolaient déjà du renouveau futur, de la résurrection totale à une vie nouvelle. L’amour les avait ressuscités ; le cœur de l’un contenait des sources intarissables de vie pour l’autre."

                                                  Fiodor Dostoïevski        Crime et châtiment

"Fiodor Dostoïevski, un talent cruel"

                                                                         Mikhailovski, critique

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Franck Pauwels   (connu sous le nom italianisé de Paolo Fiammingo) 

   Amori reciproco amore

"Ce que je sais, c'est que nous vivons, nous souffrons et nous mourons bêtes, sans savoir ni pourquoi ni comment.  Je sais encore que notre plus grande erreur est de trop désirer le bonheur, tandis que la vie reste indifférente à nos désirs : si nous sommes heureux, c'est par hasard ; et si nous sommes malheureux, c'est encore par hasard.  Dans cette mer pleine d'écueils qu'est la vie, notre barque est à la merci des vents, et notre adresse  ne peut éviter  que peu de choses.  Et c'est inutile d'accuser quelqu'un, ou d'accrocher son espoir à quelque chose : on est destiné au bonheur ou au malheur avant de sortir du ventre de sa mère.  Heureux est celui qui sent le moins ou qui ne sent rien, et malheureux est celui qui sent et qui veut : il n'a jamais assez."

                 Panaït Istrati       oncle Anghel - les récits d'Adrien Zograffi

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Franck Pauwels        Amori amore letheo

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Dominique Mertens       La source de la Vie (encre) 

 

Hymne à la Vie

un poème de Mère Térésa

 La vie est beauté, admire-la.

La vie est félicité, profites-en.

La vie est un rêve, réalise-le.

La vie est un défi, relève-le.

La vie est un devoir, fais-le.

La vie est un jeu, joue-le.

La vie est précieuse, soigne-la bien.

La vie est richesse, conserve-la.

La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, pénètre-le.

La vie est une promesse, tiens-la.

La vie est tristesse, dépasse-la.

La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, accepte-le.

La vie est une tragédie, lutte avec elle.

La vie est une aventure, ose-la

La vie est bonheur, mérite-le.

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Mère Térésa 

 "Premier jour dans la forêt. J’étais joyeux et las, toutes les bêtes s’approchaient de moi et me considéraient, sur les arbres à feuilles étaient posés des coléoptères et des « scarabées onctueux » se traînaient sur le chemin. Soyez les bienvenus, pensais-je. L’atmosphère de la forêt allait et venait à travers mes sens, je pleurais de tendresse et j’en étais absolument joyeux, j’étais éperdu d’actions de grâce. Toi, bonne forêt, mon foyer, paix de Dieu, je dois te dire du fond de mon cœur... Je m’arrête, me tourne dans toutes les directions et nomme en pleurant les oiseaux, les arbres, les pierres, l’herbe et les marais par leur nom, je regarde autour de moi et je les nomme en litanies. Je lève les yeux vers les montagnes et pense : Oui, me voilà ! comme si je répondais à un appel."

                                                           Knut Hamsun        Pan 

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John Simmons       Titania se reposant

"Ne t'estimes heureux que le jour

où toutes tes joies naîtront de toi-même."

                                                                                                               Sénèque       Lettres à Lucillius 

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"Tiens, on dirait que le ciel s'assombrit !"

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Angellore        Errances pochette cd

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Ivan Aivazovsky        Jésus marchant sur l'eau

"Il y a mille ans, un moine, vêtu de noir, cheminait dans le désert, en Syrie ou en Arabie. 20 À quelques mètres de l’endroit où il passait, des pêcheurs virent un autre moine qui marchait lentement sur l’eau d’un lac. Le second moine était un mirage. Perdez de vue maintenant toutes les lois de l’optique que la légende, semble-t-il, ignore, et écoutez ce qui suit. De ce mirage en naquit un second, du second un troisième, en sorte que l’image du moine noir se transmit à l’infini d’une couche de l’atmosphère dans l’autre. On la voyait tantôt en Afrique, tantôt en Espagne, tantôt aux Indes, tantôt dans l’extrême Nord... Elle sortit enfin des limites de l’atmosphère terrestre, et, maintenant elle erre dans l’univers entier, sans pouvoir se trouver jamais dans des conditions où elle pourrait disparaître."

                                                          Anton Tchékhov      Le Moine noir

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"Une jeune fille à l'imagination malade entendit une nuit, dans un jardin, des sons mystérieux, si beaux et si étranges, qu'elle dut les regarder comme une harmonie sacrée, incompréhensible pour nous, mortels, et qui, pour cette raison, s'en retourne aux cieux."

                                                                                  Anton Tchékhov        Le Moine noir

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aimer  la  vie,  c'est  …

 aimer  la MUSIQUE  AFRICAINE,

pure source de bonheur

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Rokia Traoré

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Sona Jobarteh

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Toumani Sibiti Diabaté

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Habib Koité

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la case aux fétiches

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Solo et Indré, une magnifique fusion de deux cultures 

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Dominique Mertens        Fétiche (encre, crayon)

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"Ils songent, tête basse… Dans la paix automnale, lorsqu’un froid et morne brouillard s’élève de terre, et se glisse dans l’âme, lorsqu’il reste planté devant les yeux comme un mur de prison et atteste à l’homme la limite de sa volonté, il est doux de penser aux larges fleuves rapides, aux rives plantureuses et abruptes, aux forêts infranchissables, aux steppes illimitées. Lentement, paisiblement, l’imagination vous retrace comment, le matin, à l’aube, alors que le carmin de l’aurore n’a pas encore quitté le ciel, un homme, pareil à une petite tache, avance sur la rive escarpée et déserte. Les sapins séculaires qui étagent leurs masses sur les deux côtés du torrent, regardent maussadement cet homme libre, et grondent sévèrement. Des racines, d’énormes pierres, des fourrés épineux lui barrent le chemin ; mais, robuste de corps, l’esprit alerte, il ne s’effraie ni des sapins, ni des pierres, ni de sa solitude, ni de l’écho bruyant qui répercute chacun de ses pas. Les centeniers se dessinent les tableaux d’une vie libre qu’ils n’ont jamais vécue. Ils se remémorent confusément les images de ce qui leur a été raconté il y a longtemps, ou, peut- être, Dieu le sait, cette représentation d’une vie libre leur est-elle venue avec la chair et le sang de leurs libres aïeux !"  

                                       Anton Tchékov       Rêves (extrait)

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aimer  la  vie,  c'est  …

aimer la musique traditionnelle Géorgienne, (ex URSS)

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la musique polyphonique Géorgienne (ex URSS) tout un monde fascinant à découvrir sur You Tube

https://youtu.be/yYF_MHTfMeo

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Envie de découvrir mon roman  ?

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le tome 1 de mon roman est disponible aux Editions des Tourments

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le tome 2 de mon roman est disponible aux Editions des Tourments

 editionsdestourments.fr

 

 aimer  la  vie,  c'est…  

aimer DASHIELL  HEDAYAT, 

figure emblématique des années '70/'80

et de la révolution sexuelle

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Daniel Théron, plus connu sous les pseudonymes de Dashiell Hedayat et de Jack-Alain Léger, est un chanteur et romancier  français, né à Toulon le 05 juin 1947 et mort à Paris le 17 juillet 2013.

À la fin des années 1960, il enregistre deux albums, dont le premier, "Obsolète", qui contient la fameuse chanson  "Chrysler rose", album qui lui valu le grand prix de l'Académie Charles-Cros.  Il se consacra ensuite à l'écriture.

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un album incontournable à découvrir sur You Tube

https://youtu.be/JDimqdooGXE

Chrysler ! Chrysler rose
Elle repose sur ses jantes, abandonnée
Deux roues sont voilées
Et sa capote est déchirée
On voit le ciel à travers
Tant elle est usée
Une Chrysler, une Chrysler rose
Une Chrysler que j’ai au fond de la cour
Une Chrysler rouillée

J’ai une Chrysler tout au fond de la cour
Elle ne peut plus rouler mais c’est là
Que je fais l’amour

Il y pousse de la mousse
Des glycines mauves sur le volant
D’un doigt malhabile dans la poussière
Sur la portière
Les enfants ont écrit que Dashiell est un con…
Oui, Chrysler!
Chrysler rose, elle ne peut plus rouler
Mais quand les ressorts grincent
Quand les ressorts grincent
Les enfants de l’immeuble
Aussitôt cessent de jouer
Pour venir regarder…

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aimer  la  vie,c'est  …

aimer ce qui nous dépasse,

et accepter ce qui doit arriver.

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Henry Ossawa Tanner        L'Annonciation

"Ce fut un moment grand et bien faisant.  L'amour versa au coeur du mari sa joie et son courage.  Il voyait un avenir où sa femme et lui, toujours unis dans la tendresse, feraient de leur humble foyer un paradis qui pourrait servir d'exemple à toute la paroisse."

Selma Lagerlöf       Anna Svärd

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 Antonello da Messina       L'Annonciation

"Non, vivre très modestement, libéré d'une foule de besoins, élevé au-dessus du vain et mesquin désir d'éclabousser ses semblables, voilà le chemin du bonheur dans ce monde et de la béatitude dans l'autre."

Selma Lagerlöf       Anna Svärd

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 Sandro Botticelli       la madone du magnificat

"Partout la méditation et l'étude sont nécessaires au bonheur ; à la campagne, elles préviennent les langueurs d'une existence apathique et enseignent à comprendre le grand spectacle de la nature ; à la ville, elles dispensent de ces vaines distractions qui ouvrent la porte à tant de dangers."

Ann Radcliffe       Les mystères d'Udolphe

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 aimer  la  vie,  c'est  …

aimer les hommes et les femmes 

tels qu'ils sont, tant pour leurs qualités,

que pour leurs défauts. 

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Andrea Mantegna       Etude de Christ

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 Sandro Botticelli       Portrait de femme

aimer  la  vie,  c'est  …

garder l'espoir

quelles que soient les circonstances

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" Magnificat anima mea Dominum, et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo"

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

 Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

 Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

 Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères,

en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais .

Magnificat       Cantique de la Vierge Marie

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Le Caravage       L'Annonciation

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 la violoniste    (auteur présumé : blackrosedu59 )

"Quelle joie doit éprouver un mari en introduisant sa jeune femme dans une maison confortable et riche. Passer de pièce en pièce et entendre ses exclamations admiratives, la précéder de quelques pas pour ouvrir les portes de la pièce suivante et dire : « Voici qui n’est pas trop mal, je crois. » La voir voltiger comme un papillon, jouer quelques mesures au piano, courir vers un tableau, jeter ensuite un coup d’œil dans un miroir, afin de savoir s’il reflétait d’elle une image favorable, ou se précipiter à une fenêtre pour admirer l’admirable paysage. "

Selma Lagerlöf        Charlotte Löwensköld

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"'Qui redoute ou qui évite l'amour, n'est pas libre."

Anton Tchékov       Ma vie

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Léon Bonnat       Idylle

"Je m'habillai et passai dans mon atelier.  Tessie était là, assise près de la fenêtre, mais en me voyant arriver elle se leva et passa ses bras autour de mon cou pour un innocent baiser.  Elle était si fraîche et charmante que je l'embrassai à nouveau avant d'aller m'asseoir à mon chevalet.

"Hé ! Où est passée cette étude que j'avais commencée hier ?" demandai-je.

 Tessie me regarda sans rien répndre.  Je commençai à fouiller parmi mes toiles et lui dis :

"Dépêche-toi de te préparer, Tessie, il faut profiter de la lumière matinale."

Quand enfin j'abandonnai mes recherches parmi les autres toiles et décidai de regarder le reste de la pièce, je vis que Tessie était debout près du paravent, toujours habillée.

"Que se passe-'t-il , lui demandai-je.Tu ne te sens pas bien ?

- Si.

- Alors dépêche-toi.

- Vous voulez que je pose comme... comme je le faisais habituellement ?"

Alors je compris.  C'était encore une complication.  J'avais bien sûr  perdu le meilleur modèle nu que j'aie jamais vue.  Je regardai Tessie.  Son visage était écarlate.  Hélas ! Hélas ! Nous avions mangé le fruit de l'arbre de la connaissance et l'Eden et l'innocence originelle étaient perdus pour nous - je veux dire pour elle.

Robert W. Chambers        Le Signe jaune

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Dominique Mertens       L'Artiste et son modèle (encre et crayon)

"Le spectre du Passé n'irait pas plus loin.

"S'il est vrai, soupirait-elle, que tu vois en moi une amie, alors revenons en arrière ensemble.  Tu oublieras, ici, sous le soleil de l'été."

Je la pris dans mes bras, suppliant, caressant ; je la saisis, pâle de colère, mais elle résistait toujours.

"S'il est vrai, soupirait-elle, que tu vois en moi une amie, alors revenons en arrière ensemble." 

Le Spectre du Passé n'irait pas plus loin."

Robert W. Chambers       Le Roi en jaune

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Karoly Ferenczy       Le Peintre et son modèle

"_ Ainsi, dit-elle, vous êtes marié ?  Mais ne vous inquiétez pas, je n'en ferai pas  une maladie et je saurai vous arracher de mon coeur.  Il est triste seulement et amer que vous soyez  le même rien qui vaille que tous les autres hommes, que vous n'ayez besoin chez la femme ni d'esprit, ni d'intelligence et seulement d'un corps, et de beauté et de jeunesse ! ... Vous avez besoin de pureté : Reinheit ! Reinheit ! ... Elle se renversa sur le dossier du fauteuil en riant : Reinheit !

Quand elle eut fini de rire, ses yeux étaient humides de larmes."

Anton Tchékov         Trois ans

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Jules Joseph Lefèbvre       La Vérité

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Jean Hélion       Le Peintre piétiné par son modèle

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René Magritte       Les Amants

"Mais mon compagnon m’avait déjà laissé seul et, tout à coup, ― sans savoir comment, je me trouvai sur cette nouvelle terre, baigné de la lumière d’une journée paradisiaque. J’avais pris pied, me semble-t-il bien, sur l’une des îles de l’archipel grec ou sur une côte voisine. Oh ! que tout était bien terrestre, mais comme tout brillait d’une lumière de fête ! Une mer caressante, d’une couleur smaragdine, frôlait la plage, qu’elle semblait baiser avec un amour presque conscient. De grands arbres innombrables, fleuris et parés de belles feuilles brillantes, me félicitaient, j’en suis sûr, de mon arrivée, tant leur frisselis faisait une tendre musique. L’herbe était diaprée de fleurs embaumées. Dans l’air, des oiseaux volaient par troupes, et beaucoup d’entre eux, sans montrer la moindre frayeur, venaient se poser sur mes mains, sur mes épaules en battant gentiment des ailes. Bientôt les hommes de cette terre heureuse vinrent à moi, ils m’entourèrent joyeusement et m’embrassèrent. Comme ces enfants d’un autre soleil étaient beaux ! Sur mon ancienne terre, pareille beauté était introuvable. C’est à peine si chez nos plus petits enfants on pourrait découvrir un faible reflet de cette beauté. Les yeux de ces êtres heureux brillaient d’un doux éclat. Leurs visages exprimaient la sagesse et une conscience sereine, une gaîté charmante. Leurs voix étaient pures et joyeuses comme des voix d’enfants. Dès le premier regard, je compris tout. J’étais sur une terre qui n’avait pas encore été profanée par le péché. L’humanité vivait comme la légende veut qu’aient vécu nos premiers ancêtres, dans un paradis terrestre. Et ces hommes étaient si bons que, lorsqu’ils m’emmenèrent vers leurs demeures, ils s’efforçaient, par tous les moyens, de chasser de mon être le plus léger soupçon de tristesse. Ils ne m’interrogeaient pas, mais ils semblaient savoir tout ce qui me concernait, et leur plus grand souci était de me voir redevenir vraiment heureux."

Fiodor Dostoïevski       Journal d'un écrivain

Le Rêve d'un drôle d'homme (récit fantastique)

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Dominique Mertens       Peintre et modèle (encre et crayon)

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 ..à suivre .....

 

08/12/2017

LUMIERES GOTHIQUES

Lumières  gothiques

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Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN

(1776-1822)

brillant fantastiqueur 

et grand admirateur du peintre  baroque

Salvator  ROSA

(1615-1673)

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dont nous pouvons déchiffrer la devise ci-dessus :

« aut tace aut loquere meliora silentio » 

« Tais-toi,

à moins que ce que tu as à dire

vaille mieux que le silence »

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Salvator Rosa        la tentation de Saint-Antoine

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Salvator Rosa       autoportrait

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Salvator Rosa       sorcière

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Salvator Rosa        bandits au détours d'une rivière

"Lorsque la réputation de Salvator  (Rosa) se fut répandue à Naples, à Rome, dans la Toscane et même par toute l’Italie, lorsque les peintres qui voulaient plaire devaient tâcher d’imiter le style étrange de son pinceau, à cette époque même de méchants envieux faisaient naître des bruits fâcheux qui devaient obscurcir la gloire divine de l’artiste. On prétendait qu’à une époque antérieure de sa vie Salvator avait fait partie d’une bande de brigands, et que c’était dans cette société maudite qu’il avait pris les originaux de 77 toutes ces figures féroces, fières, si fantastiquement costumées, qu’il plaça plus tard dans ses tableaux. On disait que les déserts sombres et affreux ! les selve selvage, comme les nomme le Dante, où il s’était tenu caché, étaient fidèlement reproduits dans ses paysages. Mais ce qu’il y avait de pire, c’est qu’on soutenait qu’il avait été entraîné dans la terrible et sanguinaire conspiration tramée à Naples par le fameux Mas’Aniello, et l’on en racontait les particularités avec les plus petits détails.

Aniello Falcone, le peintre de batailles – c’était ainsi qu’on racontait la chose, – s’enflamma de fureur et de vengeance, lorsque les soldats espagnols eurent tué, dans une mêlée, un de ses parents. Il rassembla aussitôt une bande de jeunes gens audacieux, artistes pour la plupart, leur donna des armes, et les appela la Compagnie de la Mort. En effet, cette troupe répondit parfaitement à sa fatale dénomination. Ces jeunes gens parcouraient par bandes la ville de Naples, et poignardaient sans pitié tout Espagnol qu’ils rencontraient. – Ils pénétraient dans les asiles sacrés, et là ils tuaient sans miséricorde le 78 malheureux qui s’était réfugié dans ces lieux. La nuit ils se rendaient auprès de leur chef, le sanguinaire et frénétique Mas’Aniello, qu’ils peignaient à la lueur de flambeaux allumés, de sorte que bientôt ces portraits se répandirent par milliers dans Naples et dans les environs. On disait donc que Salvator faisait partie de cette bande meurtrière ; le jour il égorgeait, et la nuit il peignait assidûment. Un critique célèbre, Taillasson, je crois, a remarqué avec justesse que ses tableaux portent le caractère d’une fierté féroce, d’une énergie bizarre et d’une exécution sauvage. La nature ne se révèle pas à lui dans les charmes riants des vertes prairies, des champs fleuris, des bois odorants, des sources murmurantes, mais dans la terreur des rochers gigantesquement entassés, des arides rivages de la mer, des forêts désertes et inhospitalières. Ce n’est point l’haleine des vents du soir, ni le doux frémissement des feuilles ; c’est le mugissement de l’ouragan, le fracas de la cataracte, qui seuls se sont fait entendre à son oreille. En contemplant dans ses tableaux ces déserts, et les hommes d’un extérieur étrange et sauvage qui se glissent çà et 79 là, tantôt seuls, tantôt en troupe, les pensées sinistres se présentent d’elles-mêmes. On se dit : Ici se commit un meurtre ; là le cadavre sanglant fut jeté dans le précipice."

                         Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann       extrait de la nouvelle intitulée Salvator Rosa"

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Salvator Rosa        autoportrait

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Salvator Rosa        Lucrèce en poétesse

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"L'événement le plus marquant de ces courses hardies de Salvator Rosa dans ces montagnes, (les Abbruzes) est sa captivité parmi les bandits qui en étaient les seuls habitants, et son association temporaire (et même, dit-on, volontaire) avec ces hommes terribles.  On ne peut douter qu'il n'ait vécu quelque temps avec les brigands pittoresques dont il a multiplié les portraits à l'infini."

                                                     Lady Morgan (pseudonyme pour Sydney Owenson)

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   "Astre brillant de mon amour, ne t'es-tu donc levé que pour disparaître aussitôt, et me laisser dans une nuit profonde !"

                                Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann        L'Homme au sable

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James Arthur o'Connor        Paysage au clair de lune

"La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu'une courtisane l'est dans ses dédains ; mais plus fidèle, elle n'a jamais trompé personne."

                                                   Honoré de Balzac       L'Elixir de longue vie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

... car le sang est un précieux adjuvant de la volupté... 

c'est le vin de l'amour."

                                       Octave Mirbeau       Le Jardin des supplices

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Le thème du double, thème fantastique par excellence,  illustré par un maître  :

"Couché sur un lit de camp, j’entendais que les soldats s’entretenaient d’un inconnu arrêté comme moi et dont la voix avait retenti dans la même salle. Par un singulier effet de vibration, il me semblait que cette voix résonnait dans ma poitrine et que mon âme se dédoublait pour ainsi dire, — distinctement partagée entre la vision et la réalité. Un instant, j’eus l’idée de me retourner avec effort vers celui dont il était question, puis je frémis en me rappelant une tradition bien connue en Allemagne, qui dit que chaque homme a un double, et que, lorsqu’il le voit, la mort est proche. — Je fermai les yeux et j’entrai dans un état d’esprit confus où les figures fantasques ou réelles qui m’entouraient se brisaient en mille apparences fugitives. Un instant, je vis près de moi deux de mes amis qui me réclamaient, les soldats me désignèrent ; puis la porte s’ouvrit et quelqu’un de ma taille, dont je ne voyais pas la figure, sortit avec mes amis que je rappelais en vain. — Mais on se trompe ! m’écriais-je, c’est moi qu’ils sont venus chercher et c’est un autre qui sort ! Je fis tant de bruit que l’on me mit au cachot."

                                                              Gérard de Nerval       Aurelia (extrait)

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dante_gabriel_rosetti       double

  « Mais la vengeance céleste, poursuivit Estevan après une pause assez solennelle ; mais l’infaillible justice de Dieu n’avait pas perdu ses droits. À peine le sommeil eut commencé à dissiper les vapeurs qui obscurcissaient la raison de Ghismondo, qu’il vit Inès entrer dans sa chambre à pas mesurés, non pas belle, frémissant d’amour et de volupté, et vêtue comme autrefois d’un tissu léger qui allait tomber ; mais pâle, ensanglantée, traînant le long habit des morts, et déployant vers lui une main flamboyante qu’elle vint imposer lourdement sur son cœur, à l’endroit même qu’elle avait inutilement pressé quelques heures auparavant. Lié par une puissance irrésistible, Ghismondo tenta en vain de se soustraire à l’effroyable apparition. Ses efforts et sa douleur ne purent se manifester que par quelques gémissements sourds et confus. L’implacable main restait clouée à sa place, et le cœur de Ghismondo brûlait, et il brûla ainsi jusqu’au lever du soleil, où disparut le fantôme. Ses complices reçurent la même visite et subirent le même supplice."

                                                Charles Nodier       Inès de la sierras    (extrait)

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"Il n’est rien sur la terre qui élève plus

l’homme dans sa plus intime pensée que l’amour ; c’est

l’amour dont l’influence immense et mystérieuse éclaire

notre coeur et y porte à la fois le bonheur et la confusion.

Peut-on s’étonner que don Juan ait espéré d’apaiser par

l’amour les désirs qui déchirent son sein, et que là le

démon ait tendu son piège ? C’est lui qui inspira à don

Juan la pensée que par l’amour, par la jouissance des

femmes, on peut déjà accomplir sur la terre les promesses

célestes que nous portons écrites au fond de notre âme,

désir infini qui nous apparente, dès notre premier jour,

avec le ciel. Volant sans relâche de beauté en beauté,

jouissant de leurs charmes jusqu’à satiété, jusqu’à l’ivresse

la plus accablante ; se croyant sans cesse trompé dans

son choix, espérant atteindre l’idéal qu’il poursuivait, don

Juan se trouva enfin écrasé par les plaisirs de la vie réelle ;

et méprisant surtout les hommes, il dut surtout s’irriter

contre ces fantômes de volupté qu’il avait si longtemps

regardés comme le bien suprême, et qui l’avaient si

amèrement trompé. Chaque femme dont il abusait, n’était

plus pour lui une joie des sens, mais une insulte   

audacieuse à la nature humaine et à son créateur. Un

profond mépris pour la manière vulgaire d’envisager la vie,

au-dessus de laquelle il se sentait élevé ; la gaieté ironique

et intarissable qu’il éprouvait à la vue du bonheur, selon les

idées bourgeoises ; le dédain que lui inspiraient le calme

et la paix de ceux en qui le besoin de remplir les hautes

destinées de notre nature divine ne s’est pas fait sentir, le

portaient à se faire un jeu cruel de ces créatures douces,

humbles et plaintives, à les faire servir de but à son humeur

blasée. Chaque fois qu’il enlevait une fiancée chérie, qu’il

troublait le repos d’une famille unie, c’était un triomphe

remporté sur la nature et sur son Dieu. L’enlèvement

d’Anna, avec les circonstances qui l’accompagnent, est la

plus haute victoire de ce genre à laquelle il puisse

prétendre. Dona Anna est placée en opposition à don

Juan, par les hautes perfections qu’elle a également

reçues. Comme à don Juan, la beauté du corps et de l’âme

lui a été départie ; mais elle a conservé la pureté idéale, et

l’enfer ne peut la perdre que sur la terre. Dès que ce mal

est accompli, la vengeance doit arriver."

                                              Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN       don Juan (extrait)

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Comme à Ostende
chanson musique et paroles de Léo Ferré
On voyait les chevaux de la mer
Qui fonçaient, la tête la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert...
La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comme l'hiver
Au lieu d'me noyer dans un verre
Je me  suis baladé dans le printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comme partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on se demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut le coup
Si ça vaut le coup
De vivre sa vie !...
Je suis parti vers ma destinée
Mais voilà qu'une odeur de bière
De frites et de moules marinières
M'attire dans un estaminet...
Là y'avait des types qui buvaient
Des rigolos, des tout rougeauds
Qui s'esclaffaient, qui parlaient haut
Et la bière, on vous la servait
Bien avant

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Dominique Mertens       Phare dans le Maelstrom (encre)

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 "Tout d'abord, quand ils ont quittés les contrées habitées pour ne plus rencontrer que de rares paysans ou ermites hébétés, vivant déjà en-deçà du langage, n'est-ce pas la possibilité de communiquer qui s'est refermée derrière eux ? Puis le monde s'est progressivement clos : les tempêtes, les orages, les forêts ont été autant de murailles de feu, d'eau, de ténèbres conjuguant leurs pouvoirs pour les prendre au piège d'un mécanisme de plus en plus rapide. Une fois le seuil du château franchi rien ne change : la topographie intérieure est calquée sur celle de la forêt. L'enchevêtrement des souterrains égare comme l'enchevêtrement végétal, l'apparition du moindre flambeau déchire la nuit et inquiète avec la même fulgurance que les orages du dehors... Seulement, à l'intérieur, tout devient insupportablement concentré et ostentatoire."

                                                                Annie Lebrun       Les châteaux de la subversion

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LÉNORE   poème d' Edgar Allan Poe

Ah ! brisée est la coupe d’or ! l’esprit à jamais envolé ! Que sonne le glas ! — une âme sanctifiée flotte sur le fleuve Stygien ; et toi, Guy de Vere, n’as-tu de larmes ? pleure maintenant ou jamais plus ! Vois ! sur cette morne et rigide bière gît ton amour, Lénore ! Allons ! que l’office mortuaire se lise, le chant funèbre se chante ! Une antienne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune, — une psalmodie pour elle, morte deux fois parce qu’elle est morte si jeune !

« Misérables ! vous l’aimiez pour sa richesse et la haïssiez pour son orgueil, et quand sa santé chancela vous la bénissiez — parce qu’elle mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu ? — le Requiem, chanté — par vous, — par toi, l’œil mauvais, par toi, la langue infamante, qui avez causé la mort de l’innocence qui est morte si jeune ? »

« — Peccavimus ; mais ne délire pas de la sorte ! et qu’un chant du sabbat monte à Dieu si solennellement qua la morte ne sente de mal ! La suave Lénore a “pris les devants” avec l’espoir qui volait à côté, te laissant dans l’égarement à cause de cette chère enfant qui aurait été ton épousée, — elle la belle et de grand air qui maintenant gît si profondément, la vie sur la blonde chevelure, mais pas dans les yeux, — la vie là encore, sur la chevelure, — la mort aux yeux. »

« Arrière ! ce soir j’ai le cœur léger. Je n’entonnerai de chant mortuaire, mais soutiendrai, dans son vol, l’ange par un Péan des vieux jours ! Que ne tinte de glas ! — de peur que son âme suave, parmi sa religieuse allégresse, n’en saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite. Vers les amis d’en haut, aux démons d’en bas le fantôme indigné s’arrache — à l’Enfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux, — aux pleurs et aux plaintes, vers un trône d’or à côté du Roi des Cieux. »

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Edgar Allan Poe, le Maître dont l'oeuvre traverse les siècles 

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Virginia Clemm, sa cousine germaine qui devint  son épouse en 1836, avant de  décéder en 1847

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Edouard Manet illustration pour le poème Le Corbeau

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la tour de l'Université de Forham qui serait l'inspiratrice de son poème intitulé "Les Cloches"

LES CLOCHES        poème de Edgar Allan Poe

"Entendez les traîneaux à cloches — cloches d’argent ! Quel monde d’amusement annonce leur mélodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit ! tandis que les astres qui étincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline délice, de l’œil : allant, elle, d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches), du cliquetis et du tintement des cloches.

Entendez les mûres cloches nuptiales, cloches d’or ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! à travers l’air de nuit embaumé, comme elles sonnent partout leur délice ! Hors des notes d’or fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui écoute tandis qu’elle couve de son amour la lune ! Oh ! des sonores cellules quel jaillissement d’euphonie sourd bruyamment ! qu’il s’enfle, qu’il demeure parmi le Futur ! qu’il dit le ravissement qui porte au branle et à la sonnerie des cloches (cloches, cloches — des cloches, cloches, cloches, cloches), au rythme et au carillon des cloches !

Entendez les bruyantes cloches d’alarme — cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans l’oreille saisie de la nuit comme elles crient leur effroi ! Trop terrifiées pour parler, elles peuvent seulement s’écrier hors de ton, dans une clameur d’appel à la merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frénétique bondissant plus haut (plus haut, plus haut), avec un désespéré désir ou une recherche résolue, maintenant, de maintenant siéger, ou jamais, aux côtés de la lune à la face pâle. Oh ! les cloches (cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur — de Désespoir ! Qu’elles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de l’air palpitant ! encore l’ouïe sait-elle, pleinement par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et s’épanche le danger ; encore l’ouïe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment s’abat ou s’enfle le danger, à l’abattement ou à l’enflure dans la colère des cloches, dans la clameur et l’éclat des cloches !

Entendez le glas des cloches — cloches de fer ! Quel monde de pensée solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frémissons de l’effroi ! à la mélancolique menace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge — est un gémissement. Et le peuple — le peuple — ceux qui demeurent haut dans le clocher, tous seuls, qui sonnant (sonnant, sonnant) dans cette mélancolie voilée, sentent une gloire à ainsi rouler sur le cœur humain une pierre — ils ne sont ni homme ni femme — ils ne sont ni brute ni humain — ils sont des Goules : et leur roi, ce l’est, qui sonne ; et il roule (roule — roule), roule un Péan hors des cloches ! Et son sein content se gonfle de ce Péan des cloches ! et il danse, et il danse, et il hurle : allant d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches — (des cloches, cloches, cloches) avec le sanglot des cloches ; allant d’accord (d’accord, d’accord) dans le glas (le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches — (des cloches, cloches, cloches) avec la sonnerie des cloches — (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches — cloches, cloches, cloches) — le geignement et le gémissement des cloches."

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lodovico Carracci       Apparition de la Vierge à Saint-Hyacinth (détail)

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"Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.

Il y eut un homme envoyé de Dieu: son nom était Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu."                         

                                                                                                         Saint-Jean apôtre salvator rosa,peinture baroque,littératurre fantastique,gothique,gérard de nerval,octave mirbeau,charles nodier,ernst theodor hexperos,wilhelm hoffmann

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« Où ai-je donc lu, pensait Raskolnikoff en s’éloignant, 

ce propos qu’on prête à un condamné à mort une heure avant l’exécution ? 

S’il lui fallait vivre

 sur une cime escarpée, sur un rocher perdu au milieu de l’océan

 et où il n’aurait que juste la place pour poser ses pieds ; 

s’il devait passer ainsi toute  son existence, mille ans, 

l’éternité, debout sur un espace d’un pied carré,

 dans la solitude, dans les ténèbres, 

exposé à toutes les intempéries de l’air,

 il préférerait encore cette vie-là à la mort ! 

Vivre n’importe comment, mais vivre !"

                                             Fiodor Dostoïevski          Crime et châtiment

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 Fiodor Dostoïevski

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pages dessinées et calligraphiées par Fiodor Dostoïevski

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 "Il existe un assez grand nombre de gens de la même espèce que Harry ; beaucoup d'artistes notamment appartiennent à cette catégorie.  Ces hommes ont tous en eux deux âmes, deux essences ; le divin et le diabolique, le sang maternel et le sang paternel, le don du bonheur et le génie de la souffrance coexistent et interexistent en eux aussi haineusement et désordonnément que le loup et l'homme en Harry."

                                                                Hermann Hesse       Le Loup des steppes

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 "Par malheur, je ne suis ni philosophe ni théologien. Je sais très bien que je ne vivrai pas plus de six mois ; il semblerait donc que les questions des ténèbres funèbres et des visions qui hanteront mon sommeil sépulcral devraient m'occuper avant tout. Mais, je ne sais pourquoi, mon âme ne veut pas s'occuper de ces questions-là, bien que mon esprit en reconnaisse toute l'importance. Maintenant, en face de la mort, comme il y a vingt ou trente ans, la science seule m'intéresse. En rendant le dernier soupir, je continuerai à croire que la science est ce qu'il y a d'essentiel, de plus beau et de plus nécessaire dans la vie de l'homme, qu'elle a toujours été et sera la plus haute manifestation d'amour, et que, par elle seule, l'homme vaincra la nature et lui-même. Cette foi est peut- être naïve et mal fondée, mais est-ce ma faute si je crois ainsi et non autrement? Je ne puis vaincre en moi cette foi."

Anton Tchékov       Une banale histoire (extrait)

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Giovanni Baglione        autoportrait et nature morte 

"Ce sommeil fut troublé par des rêves effrayants, et lorsqu’elle se réveilla, son front était couvert d’une sueur froide. Elle soulève ses paupières appesanties et promène ses regards sur la sombre muraille, où la lueur mourante de sa lampe lutte à peine contre les premières clartés du jour. Un bruit léger se fait entendre auprès d’elle ; elle prête l’oreille, et elle croit distinguer les pas lents d’une personne foulant avec précaution la paille de son cachot. Saisie d’effroi, elle jette les yeux sur la porte qui est exactement fermée. L’épaisseur des voûtes et des murs, et l’étroitesse de la lucarne défendue par deux barreaux de fer, ne permettent pas de supposer qu’une créature humaine ait pu s’introduire dans ce lieu. Et pourtant, à peu de distance de son oreille, une voix forte et éclatante prononce ces mots : Malheureuse victime ! — Ciel ! s’écrie Victoria, en recommandant son âme à Dieu, que me présage ce cri terrible ? — La torture… la mort ! répond la voix dont l’accent exprimait la dérision plutôt que la pitié. Et ces effroyables mots, plusieurs fois répétés, sont suivis d’un éclat de rire satanique. L’infortunée, plus morte que vive, se cache la tête dans ses mains, comme pour se dérober à quelque effroyable vision ; aussitôt un sifflement se fait entendre, auquel répond un cri aigu ; un choc violent renverse la lampe ; puis tout se tait ; l’ombre et le silence règnent seuls dans le souterrain. Quand le grand jour permit à l’orpheline d’examiner l’intérieur de son cachot, elle put se convaincre plus fermement que jamais, que nul effort, nul moyen imaginable n’avait pu en ouvrir l’accès à quelque personne que ce fût ; et, cependant, plus elle y songeait, plus elle se rappelait que ce qu’elle avait entendu ne pouvait être l’effet d’une hallucination." 

Catherine Cuthbertson  (1775?-1842?)     Romance des Pyrénées     (ou)

Les Visions du château des Pyrénées

(ce roman serait douteusement attribué à Ann Radcliffe)

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         Johann Heinrich Füssli

 "Je suis loin d'être brave, repartit la jeune fille ; mais pourquoi aurais-je peur des morts ?  Je n'ai pas à craindre que l'âme d'aucun d'eux vienne me reprocher d'avoir troublé ou détruit sa vie."

Catherine Cuthbertson         La Romance des Pyrénées     (ou)

Les Visions du château des Pyrénées

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..... à  suivre.....

 

23/04/2016

EVOCATION D'UNE ENTITE

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 "Plongée dans cette rêverie à laquelle elle trouvait des charmes, elle n'avait pas entendu l'horloge du château sonner une heure.  Elle fut réveillée par le cri funèbre d'un oiseau de nuit qui vint se poser au milieu de quelques cyprès plantés à peu de distance de ses fenêtres.  Ce cri rauque et déchirant la fit tressaillir.  Elle ferma la croisée.  Sa lumière qui était près de finir ne jetait plus que par intervalles une faible lueur qui donnait à tous les objets une forme sombre et vacillante.  Célestine, émue, la souffla, acheva de se déshabiller, et se mit au lit."

louis_françois_marie_ bellin_de_la_liborlière      

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duel         encre de l'auteur

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 "Que s'embrase la Salamandre !

Et que l'Ondine ondule !

Que s'efface le Sylphe

Et qu'œuvre le Cobolt !"

 "Fonds en flammes, Salamandre !

Que fusionnent les flots, bruissante Ondine !

Que le Sylphe luise en un beau météore !

Incube !  Incube !  Apporte l'aide domestique !

Apparais et parachève !

 S'est-on, compère,

Sauvé de l'Enfer ?

Voici le signe alors

Devant moi se prosternent

Les cohortes noires.

 Etre réprouvé

Peux-tu déchiffrer

Le non-engendré

Et l'inexprimé

Par les cieux forgés

Par crime transpercé ?"

 

 

"Il n'y avait qu'un moment qu'elle était endormie, lorsqu'elle fut réveillée par un léger bruit qu'elle crut entendre dans sa chambre.  Son premier mouvement fut de crier, mais comme ce bruit n'avait rien d'alarmant, elle se retint et écouta.  A la faible agitation qui l'avait frappée d'abord, succéda un craquement comme celui d'os qui se disloquent.  Une clarté pâle et tremblante commença à se répandre dans l'appartement.  elle vit errer sur ses rideaux une espèce d'ombre qui tournoyait lentement, et elle entendit pousser un long soupir  à peu de distance de son lit." 

louis_françois_marie_bellin_de_la-liborlière  

                                                   célestine_ou_les_époux_sans_l'_être 

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"Elle se crut encore endormie.  Elle se leva sur son séant, se frotta les yeux.  Un second soupir plus plaintif encore que le premier lui prouva qu'elle avait parfaitement l'usage de ses sens.  Elle ouvrit vivement son rideau, et aperçut vis-à-vis d'elle un fantôme d'une taille gigantesque.  Une longue simarre couleur de sang le couvrait de la tête aux pieds.  Son visage, d'une pâleur effrayante, était livide et décharné.  Ses yeux creux et enfoncés avaient une expression terrible.  Des cheveux noirs et hérissés retombaient sur son front.  Un poignard étincelait dans sa main, et sa tête était chargée d'un énorme casque d'où sortait cette lumière bleuâtre qui ne le faisait distinguer à demi que pour le rendre plus effroyable."

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franz_simm       

(illustration colorisée du Faust de Goethe)

(Nom de l’esprit),

Où que tu sois,
Je fais appel à toi
Sur les ailes de ces mots qui se déplacent,
Quelle que soit la distance,
Traverse le temps et l’espace
Et apparais en ma présence."

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gog_et_magog s'affrontent

 "Toi qui vécut hier,

Je t’appelle d’esprit à esprit,


Reviens de l’ombre ou de la lumière


Et manifeste-toi ici."

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"Dieu et Déesse, Esprits Anciens,
Forces des éléments des quatre points,
Dans ce cercle sacré ne laissez entrer que le bien,
De ce cercle sacré ne laissez sortir que le bien,
Protégez-le par votre puissance,
Avec parfait amour et en parfaite confiance."

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 "Dieu et Déesse, Esprits Anciens,

Forces des éléments des quatre points,
Dans ce cercle sacré ne laissez entrer que le bien,
De ce cercle sacré ne laissez sortir que le bien,
Protégez-le par votre puissance,
Avec parfait amour et en parfaite confiance."
.

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"Lilith, Je suis homme et ton humble demandeur.

Je te prie de me faire don de ta sagesse et ton amour.

 Amen, amen, amen."

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"Le crime… et une justice éternelle !

Le crime… et un Dieu qui peut tout !

Dieu que je ne puis concevoir !

Dieu dont la puissance et les œuvres confondent

mes idées et révoltent ma raison. 

Toi à qui je n'ai pas demandé le don funeste de la Vie.

Toi qui dus prévoir mon affreuse destinée,

et qui cependant me rejetteras sur la terre.

Toi qui m'as plongé dans l'abîme où je suis,

anéantis du moins en moi le sentiment de mon existence.

Reprends-moi la pensée ; elle irrite mes maux,

elle aigrit ma fureur, et n'inspire à mon âme

 qu'un doute sacrilège et d'horribles blasphèmes."

jacques_marie_boutet_dit_monvel         les_victimes_cloîtrées

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"Lorsque la mélodie fut achevée,

les fantômes crièrent de nouveau trois fois : 

 "Justice !  Vengeance !"

et traversant silencieusement des passages étroits et obliques,

ils retournèrent dans les fosses d'où ils étaient sortis.

 Les pierres s'abattirent avec grand bruit.  

Une image de la Vierge sur laquelle Mr Dabaud avait les yeux fixés

pencha la tête et  s'agita avec violence ;

les cierges s'éteignirent et une voix sépulcrale prononça :

"Souvenez-vous en !"

bellin_de_la_liborlière       la_nuit_anglaise

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"Per Adonai Eloim, Adonai Jehova, Adonai Sabaoth, Metraton Ou Agla Methon, berbum pythonicum mysterium salamandrae, conventus sylvorum, antra gnomorum, daemonia Coeli God, Almonsin, Gibor, Jehosua, Evam, Zariathnatmik, Veni, veni, veni."

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"Elle se crut encore endormie. 

Elle se leva sur son séant, se frotta les yeux. 

Un second soupir plus plaintif encore que le premier

lui prouva qu'elle avait parfaitement l'usage de ses sens. 

Elle ouvrit vivement son rideau,

et aperçut vis-à-vis d'elle un fantôme d'une taille gigantesque. 

Une longue simarre couleur de sang

le couvrait de la tête aux pieds. 

Son visage, d'une pâleur effrayante, était livide et décharné. 

Ses yeux creux et enfoncés avaient une expression terrible. 

Des cheveux noirs et hérissés retombaient sur son front. 

Un poignard étincelait dans sa main,

et sa tête était chargée d'un énorme casque

d'où sortait cette lumière bleuâtre  

qui ne le faisait distinguer à demi

que pour le rendre plus effroyable."

louis_françois_marie_ bellin_de_la_liborlière      

célestine_ou_les_époux_sans_l'_être

 

"C'est toi, (nom de la personne à envoûter)

fils de (ou fille de) Adonay Tsebaoth,

le Seigneur des armées du ciel et de la terre,

c'est toi qui es ici présent,(e)

c'est toi que je touche"

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"Je vous le dis encore une fois : n'invoquez aucun esprit que vous ne puissiez dominer, j'entends aucun esprit qui, à son tour, puisse invoquer quelque chose contre vous par quoi vos stratagèmes les plus puissants seraient réduits à néant.

Adressez-vous aux petits, de crainte que les grands ne veuillent pas vous répondre et ordonnent à votre place."

Howard Phillips Lovecraft          L'Affaire Charles Dexter Ward

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"Dies mies jeschet boene doesef douvema enitemaus"

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Lindenschmidt,   un des personnages centraux de mon roman

encre de l'auteur

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Y'AING'NGAH     AI'F     YOG-SOTHOTH

H'EE-L'GEB     SOTHOTH     F'AITHRODOG

AI'Y     UAAAH

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 U

OG'THROD     GEB'L-EE'H     YOG-'NGAH'NG

                          ZHRO                                                   

                                                                                                                      

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21/09/2014

Le CHAOS GOTHIQUE

CHAOS  GOTHIQUE

              Quand tout s'effondre autour de nous...                    chaos_1.jpg

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... comment ne pas perdre pied ?

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salvator-rosa       gravure

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"Mon nom étoit écrit dans la page la plus noire et la plus funeste du livre des destinées ; il étoit accompagné d'une multitude d'arrêts terribles que j'étois condamné à subir successivement."

abbé-prévost        le_philosophe_anglais,  ou  histoire_de_mr._cleveland 

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Peut-on vraiment se raccrocher à ce que nous enseigne la vie ? 

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salvator_rosa      autoportrait

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se frayer un chemin au travers du chaos ?

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ils se consument pour l'éternité...

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       felice_ficherelli        le viol de Lucrèce      

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 "Les cheveux hérissez, j'entre en des resveries

De contes, de sorciers, de sabaths, de furies ;

J'erre dans les enfers, je raude dans les cieux ;

L'âme de mon ayeul se présente à mes yeux ;

Ce fantôme léger, coiffé d'un vieux suaire,

Et tristement vestu d'un long drap mortuaire,

A pas affreux et lents s'approche de mon lit ;

Mon sang en est glacé, mon visage en paslit,

De frayeur mon bonnet sur mes cheveux se dresse,

Je sens sur l'estomach un fardeau qui m'oppresse.

Je voudrais bien crier, mais je l'essaye en vain :

Il me ferme la bouche avec sa froide main." 

marc_antoine_de_gérard,  sieur_de_saint_amant         les_visions

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   "Julia tremblait en y entrant ; mais son émotion fut bien plus grande lorsqu'elle aperçut à quelque distance et à travers les arbres, un édifice ruiné : elle n'en voyait qu'une partie ; mais à mesure qu'elle en approchait, les différents corps du bâtiment se développèrent à ses yeux, et la frappèrent d'une frayeur qu'elle n'avait jamais éprouvée.  Les créneaux brisés sur lesquels serpentait le lierre, attestaient  l'ancienne splendeur de l'édifice ; mais les fenêtres dégradées, et la hauteur du gazon dans les cours, semblaient dire que depuis longtemps personne n'y avait mis le pied.  Ce lieu ne paraissait propre qu'à la violence et à la destruction, et les infortunées captives s'y crurent dévouées quand elles furent arrivées à la porte de cet affreux séjour."

Anne Radcliffe        Julia, ou Les Souterrains du château de Mazzini

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errer...

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"Le château qui se dressait à ma vue, constituait un objet aussi effrayant que pittoresque.  Ses murs lourds, teintés de clair de lune d'un éclat solennel , ses vieilles tours partiellement en ruines, se dressant au milieu des nuages, donnant l'impression de jeter un regard menaçant sur les plaines alentour, ses remparts altiers envahis par le lierre, et ses portails à deux vantaux, déployés en l'honneur de son habitant imaginaire, tout cela me donne le sentiment d'une horreur pleine de tristesse révérencieuse."

                                                 mathew_gregory_lewis       the_castle-spectre

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"Alors il enfila le premier un passage long et étroit qui se trouvait sur la gauche.  Au bout était un escalier de quatre ou cinq marches qui descendait dans un assez vaste corridor, le long duquel on voyait plusieurs portes placées à des distances égales."

Anne Radcliffe        Julia, ou Les Souterrains du château de Mazzini

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évoluer vers quelle ultime forme de sagesse ?

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"Ce lieu rempli de broussailles, de pierres, de décombres, de pièces de bois, semblait presque impraticable.  Une obscurité affreuse y régnait.  Il fallait cependant la traverser."

anne_radcliffe        julia_ou_les_souterrains_du_château_de_mazzini   (a_sicilian_romance)

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"Le profond silence du lieu était seulement ponctué par l'écho de leurs pas qui parcouraient le morne abîme des souterrains.  ils s'arrêtaient souvent pour tendre l'oreille et souvent leurs peurs leur renvoyaient les bruits lointains de leur progression.  Abandonnant les souterrains, ils pénétrèrent dans une allée qui s'étendait sur une longueur considérable, et de laquelle partaient plusieurs passages percés dans le roc.  L'un d'entre eux était barré par une porte basse  et relativement proche s'ouvrant sur une volée d'escaliers et conduisant à un passage menant sous les douves du château."

ann_radcliffe      les_châteaux_d'_athlin_et-de-dunbayne

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heinrich_aldegrever          le_viol_de_lucrèce   (détails)

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 violent_game       encre de l'auteur

 

Trouver sa propre voie,

en évitant de s'enliser dans

le chaos des sentiments... 

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                       au fond des plus obscurs souterrains,  à l'abri des regards...                                

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 ces lieux innommables,

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au plus profond des entrailles de la terre...

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 l'escalier_de_la_mort_du_camp_d'extermination_nazi_de_mauthausen

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  la mort,  fruit  de  la  cruauté  des  hommes

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 pris au piège  du chaos

qu' ils ont eux-mêmes créé

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 "... un souterrain vaste et profond consacré aux sépultures de la Trappe ; deux ailes du cloître, fort longues et à perte de vue, y viennent aboutir ; on y descend par deux escaliers de pierres grossièrement taillées et d'une vingtaine de degrés.  Il n'est éclairé que d'une lampe.  Au fond s'élève une grande croix, telle qu'on en voit dans nos cimetières, au bas de laquelle est adossé un sépulchre peu élevé, et formé de pierres brutes ; plusieurs têtes de mort amoncelées lient ce monument avec la croix ; c'est le tombeau du célèbre abbé de Rancé, fondateur de la Trappe.  plus avant, du côté gauche, est une tombe qui paraît nouvellement creusée, sur les bords de laquelle sont une pioche, une pelle, etc...  Au devant de la scène, dans un des côtés à droite, est une autre fosse.  Sur les ailes du souterrain, se distinguent de distance en distance, et à peu de hautede terre, une infinité de petites croix qui désignent les sépultures des religieux."

bacular_d'arnaud      le_comte_de_comminges_ou_les_amants_malheureux

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la Terre à feu et à sang... 

qu'en restera-t-il pour nos enfants ?

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 "Apparais... !!!"

 

 "...et  sauve-nous  

de cet inextricable  chaos

engendré par la cupidité des hommes !!!"

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 naître_au_gothique      red version encre de l'auteur

 

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"M'importe seul le temporel

D'éternel ne me soucie point

Tant est vrai que je viens du singe."

sébastien_brant       la_nef_des_fous

du_mépris_des_joies_éternelles

 (version colorisée)

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 Quand nous ressaisirons-nous enfin ?!

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Lorsqu'il sera trop tard ?

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luca_signorelli_dante_et_virgile_aux_portes_de_l'enfer  

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"Lorsque je fus un peu revenue de mon désespoir, je désirai  quitter  ce monde qui ne m'avait offert que de vaines apparences de bonheur, et m'éloigner des lieux où je ne trouvais que des souvenirs propres à perpétuer mon infortune."

ann_radcliffe_julia,-ou_les_souterrains_du_château_de_mazzini

 

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10/08/2013

La FORET GOTHIQUE

La Forêt gothique

"Oh ! Ciel !  La forêt est pleine de sang

et nos mains en sont toutes couvertes"

extrait de "Klosterheim"

roman de Thomas de Qincey

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L'Homme qui vendit son âme au diable        encre de Chine de l'auteur

"Pe-tit frère... Pe-tit frère... m'as-tu re-con-nu... re-con-nu ?  

Ou-ou-vre-moi, nous irons dans la forêt... dans la forêt..."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"Cette vaste forêt, célèbre par les voleurs et les précipices qui s'y rencontraient, semblait encore être l'objet du courroux céleste.

Ses arbres, hauts et touffus, étaient à tout moment frappés par la foudre : on y entendait sans cesse le sifflement des vents déchaînés.  Tout, dans ce lieu sinistre, inspirait  l'horreur et l'effroi."

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forêt gothique

william_gilpin      exécution  (peinture)

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Ma silhouette fantomatique hante les forêts enneigées     

encre de Chine de l'auteur (version claire)

 

"Nul ne s'évade jamais tout entier du pays au-delà de la forêt..."

Fançoise-Sylvie Pauly        L'Invitée de Dracula

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"Alors, dans cette sombre forêt, des images de ma vie m'apparurent."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"D'ailleurs, monsieur, la forêt par elle-même est si joyeuse et si animée que je ne m'y sens jamais seul.  Comme je connais chaque place et chaque arbre, il me semble que chacun des arbres qui a grandi sous mes yeux et dont la cime vivante et resplendissante s'élève maintenant dans les airs me connaît et m'aime, parce que je lui ai accordé mon attention et donné mes soins.  Oui, dans le murmure et le bruissement merveilleux de la forêt, je crois réellement entendre des voix qui me parlent, des voix tout à fait particulières, et j'ai l'impression que ce langage est la louange véritable de Dieu et de sa toute-puissance, en même temps qu'une prière que la parole humaine ne pourrait jamais arriver à exprimer."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

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"Il ne m'est pas possible de dire avec précision combien de temps dura ma fuite, à travers la sombre forêt, toujours poursuivi par mon double ; il me semble que cela dura des mois, sans que je prisse ni aliments ni boisson.  je ne me rappelle avec netteté qu'un seul moment, après lequel je tombai complètement inanimé.  Je venais précisément de réussir à me débarrasser de mon double, lorsqu'un clair rayon de soleil traversa la forêt, suivi d'un son charmant et gracieux.  Je distinguai une cloche de couvent qui sonnait matines.  

"tu as assassiné Aurélie."  Cette pensée me saisit, comme avec les bras glacés de la mort, et je tombai sur le sol, évanoui."

E.T.A.  Hoffmann        Les Elixirs du diable

 

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Amour de la forêt        encre de Chine de l'auteur

 

forêt gothique

 La  forêt,  lieu  de  transmutation  des  amours...

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Amour sylvestre        encre de Chine de l'auteur

 Ne dis point qu'ici-bas le bonheur est mensonge

Mais ensemble voguons sur les eaux bleues du songe.

 Je frémis cependant car amour criminel

 Ne peut que m'attirer châtiment éternel."

 charles_robert_maturin       fatale_vengeance

 forêt gothique

  La  forêt,  lieu  de  transmutation  alchimique...

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"Il poursuivit la route qu'il avait devant lui, elle le conduisit à la partie de la forêt la plus obscure qu'il eût encore rencontrée et aboutit à un sombre réduit, cintré par une haute futaie, dont les rameaux entremêlés offraient une barrière impénétrable aux rayons du soleil et n'admettaient qu'une espèce de crépuscule mystérieux."

Ann Radcliffe       Les Mystères de la forêt

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la  forêt,  lieu de transmutation  des  amours  alchimiques...

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Ses yeux dans la forêt gothique...

 

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Evariste Vital Luminais     Le Pâtre de Kerlaz

"Alors on aperçut des milliers de follets dansant en rond, voire même en procession autour des murs du châtel, et aussi à la lueur d'un éclair on entrevit les huarts avec leur grande bouche fendue, leurs dents vertes et leurs ailes de souris chauves voltiger autour du gisant, et insulter par leurs rires cruels et des huées bizarres à sa défaite malencontreuse.

Alors sortit du bois voisin berger maigre et hideux, caché dans un manteau rouge, et qui conduisait un troupeau de loups.."

ferdinand_langlé

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le berger        encre de Chine de l'auteur

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moritz_ von_schwind

"Mais aujourd'hui, hélas, où sommes-nous égarés ?  Où la marée de la civilisation nous a-elle-portés ?  Elle s'est installée sur une terre qui n'était pas prêté pour elle et, après son passage, a laissé une nudité désolée.  Nous avons perdu nos forêts mais avons conservé leurs maraudeurs ; nous avons détruit tout ce qui était beau, mais ce qui révoltait de barbarie, nous l'avons gardé. "

Sheridan Le Fanu        Le destin de Sir robert Ardagh

 

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abandonnée en forêt        encre de Chine de l'auteur 

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"Au milieu du feuillage obscur,

J'ai découvert un beau fruit mûr.

Je tends vers lui mes doigts graciles.

Las, mes efforts sont inutiles !

 

J'eusse tenu pour grand plaisir

Humer son parfum à loisir

Et presser sur ma joue fiévreuse

Sa peau à la douceur soyeuse.

 

A sa fraîcheur de jouvenceau,

J'offrirais, si j'étais oiseau,

La tiède caresse d'une aile,

Et, de mes chansons, la plus belle.

 

Si j'étais la brise du soir,

Sans doute aurais-je ardent vouloir

D'effleurer sa rondeur vermeille

En murmurant mainte merveille.

 

Mais voici qu'un hideux serpent

S'approche de lui en rampant.

J'observe, effrayée, le perfide

Qui darde une langue biffide.

 

Et dans la chair du fruit, soudain,

Plongent les crochets à venin.

Depuis, sa pulpe est desséchée,

Sa peau fendillée et tachée."

Charles-Robert Maturin       Fatale vengeance

                                                                          (traduction Bernard Tissier)

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Daubigny        Forêt du Morvan 

"Ecoute, c'est la cloche du couvent .  Suspends le récit de ton histoire.  Ce son, que le vent amène des murs redoutables de mon château, réveille en moi l'idée chérie de ma famille.  

.....

Il n'existe pas de forêt dont l'ombrage soit assez épais pour nous cacher."

charles_robert_maturin       bertram,_ou_le_château-d'_aldobrand

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SOUDAIN, une présence... 

forêt gothique

"Je ne me connaissais pas  La nuit dernière...  Oh !  La nuit dernière révéla un mystère terrible ...  La lune descendit, ses rayons obscurcis cachèrent le départ d'un homme qui n'est malheureusement que trop aimé !  Alors je me sentis comme anéantie ; mes yeux s'éteignirent et se désséchèrent.  N'ayant plus rien pour m'aimer, et n'aimant plus rien, je me trouvai comme seule sur la terre.  Je restai tout étonnée de ma désolation, car j'avais dédaigné le monde pour lui, et à peine pouvais-je obtenir de sa pitié un peu d'intérêt que mes devoirs m'ordonnaient de repousser !"

 

"C'était la beauté dormant au sein de l'horreur."

ann_radcliffe_les_mystères_d'_udolphe

forêt gothique

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 forêt gothique

 

01/11/2011

AUX SOURCES DU GOTHIQUE

Ann RADCLIFFE

aux sources du gothique

Ann WARD naquit à londres en 1764 dans une famille de commerçants estimés.  Elle y reçut une éducation anglicane stricte.  Toute jeune encore, elle aurait connu l'écrivaine Sophia Lee, auteure du roman pré-gothique "Le Souterrain, ou Mathilde", (1785) laquelle dirigeait une école pour jeunes filles de bonnes familles, et sa soeur, Harriet Lee, elle aussi écrivaine.  Ce serait ce roman dont tout le monde parlait alors, qui l'aurait influencée dans l'écriture de ses trois principaux romans que sont La Romance de la forêt, (1791) Les Mystères d'Udolphe, (1794) et L'Italien, ou le Confessionnal des Pénitents Noirs. 1797)

C'est dans le respect de la tradition bourgeoise et conservatrice que grandit Ann.  A l'âge de 23 ans, elle épousa William Radcliffe, un juriste propriétaire de la gazette The English Chronicle.  Ensemble, ils voyagèrent en Allemagne où ils sillonnèrent la vallée du Rhin, admirant au passage les anciennes forteresses qui émaillent son cours.

Restée sans enfants, Ann consacra son temps libre à l'écriture de ses cinq romans, de 1789 à 1797, après quoi elle mit un terme définitif à sa carrière littéraire.  A l'époque où elle les écrivit, Horace Walpole connaissait la célébrité pour son roman Le Château d'Otrante, (1764) et la vogue du gothique était en plein essor. Hélas, d'insistantes rumeurs ne tardèrent pas à circuler au sujet de l'état mental de la romancière, rumeurs qui finirent par provoquer l'exaspération de son mari au point pour celui-ci de se voir dans l'obligation d'exhiber un certificat médical attestant du parfait équilibre mental de son épouse.  

Ann Radcliffe décédera en 1823 à l'âge de 59 ans.  Son succès littéraire fut tel qu'il suscita un engouement sans précédent, engouement qui se traduisit par un florilège d'imitations souvent plus insignifiantes les unes que les autres.  

...

Reportons-nous à présent à l'érudite approche du roman Les Mystères d'Udolphe, telle que nous la livre Maurice Lévy dans sa préface du dit roman, non sans rappeler au préalable que ce dernier en a revu et corrigé la traduction originellement établie par la comtesse Louise Marie Victorine de Chastenay de Lanty en 1797.

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Hans Burgmaier        Amants surpris par la mort

"Il faut retenir de ces premiers romans l'essentiel de ce qu'ils ont en commun : une intrigue plus complexe à mesure que l'art de la romancière se confirme, mais toujours centrée sur des aventures qui ne font sens que lorsqu'elles sont vécues dans le cadre d'architectures médiévales : des châteaux ou des abbayes sui, en Ecosse, en Sicile ou en France sont un même décor et illustrent un symptomatique rêve labyrinthique.  Poursuites effénées, rencontres terrifiantes, découvertes macabres et autres aventures au sens propre déroutantes disent la perte d'une difficile orientation dans des sites nocturnes, toujours tragiquement traversés."

...

"L'espace narratif a toujours des murailles pour limites, comme pour enfermer ensemble héroïne et lecteur dans un univers où n'ont plus cours les codes de la vie ordinaire."

...

"Toutes les héroïnes d'ann Radcliffe font à un moment ou un autre l'expérience de l'angoisse du seuil : Emilie n'échappe pas à la règle.  Quand elle franchit le portail de la forteresse, son coeur se serre et lui viennent à l'esprit des pensées de longues souffrances et de meurtres.  Pressentiment qui se vérifie sans tarder : il y a dans une salle d'Udolphe un fauteuil de fer fixé au sol, dont les pieds et les bras sont garnis de barres et de chaînes, et au-dessus duquel pend un effrayant collier d'acier.  A toutes fins utiles et pour qu'on ne croie pas que ces instruments sont purement décoratifs, un corps ensanglanté gît dans un recoin de la pièce.  Les souffrances infligées par Montoni à sa femme, sa séquestration dans une tour du château et sa mort sont une autre preuve, s'il en était besoin, des tourments associés à l'image du château.  tout se passe comme si l'effrayante demeure était la matérialisation dans l'espace de la volonté de puissance de son infâme propriétaire... et bien sûr pèse sur des centaines de pages l'horreur incertaine de la scène initiale (ou faut-il dire primitive ?) tue par la romancière, orientant l'imaginaire vers d'innombrables supplices : qu'a bien pu voir Emilie derrière le sinistre voile noir ?  Udolphe, aperçu de l'extérieur, paraît suspendu entre deux abîmes : ses remparts prolongent la paroi abrupte du roc et ses tours donnent sur le vide qui s'ouvre à son pied. La verticalité du château continue celle de la montagne.  Des dangers analogues y guettent l'explorateur, liés à la nature du site : danger du vertige, crainte de la chute.  Chute physique et déchéance morale : l'une est souvent dans l'écriture gothique une représentation figurée de l'autre."

...

"Lourde d'un sens pudiquement tu est cette porte sans verrou intérieur qui donne sur les noirs abysses du château, sur l'en dessous des choses, du monde et de la ceinture.  Lieu de tous les dangers, c'est une chambre à coucher, où l'intimité risque à chaque instant l'outrage."

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Charles-marie Bouton        Moine en prières dans une église gothique en ruines

"Il y a beaucoup de non-dit dans le discours d'Ann radcliffe, des opacités, une violence le plus souvent contenue mais qui parfois éclate en descriptions sanglantes, en corps mutilés, en duels meurtriers, en séquestrations et tortures.  Troubles, textuellement parlant, sont les imaginations d'une romancière réputée pour sa pudibonderie : le texte est plein d'appétits inassouvis.  Il s'écrit simultanément sur deux faces : à l'endroit, il y a beaucoup de dignité, de decorum, de décence et d'honnêtes sentiments : rien que de très avouable.  Un côté vertu, dont on pourrait même dire que la romancière l'exhibe avec quelque ostentation.  A l'envers, il y a du désir.  Il y aurait certes quelque ridicule à faire d'Ann Radcliffe une émule ou une rivale du marquis embastillé  -elle qui, lorsqu'elle prévoit une intrusion masculine dans la chambre de son héroïne, la fait providentiellement aller au lit toute habillée... Mais il y a aussi en elle des zones d'ombre, du ténébreux, des choses tues ou qu'il faut lire entre les lignes : de l'inter-dit.  Le XVIIIè siècle voulait que le gothique empruntât à la forêt sa pénombre, en même temps que l'ogive de ses voûtes naturelles et la verticalité de ses troncs."

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"Métaphorique obscurité : le château cache aussi bien les desseins du maître des lieux.  On ne sait jamais très exactement ce qui se passe à Udolphe : décisions floues et contradictoires concernant Emilie, allées et venues de soldats à figure patibulaire, arrivée de femmes dont le comportement dit avec une tacite véhémence la profession.  Mais que veut donc Montoni ?  Qu'attend-il exactement de celle qui est, depuis qu'il a épousé sa tante, sous sa tutelle légale ?"

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"En fait, le seigneur d'Udolphe se comporte plus en geôlier jaloux qu'en tuteur légal.  Ou plus exactement, il se dresse, au seuil de son redoutable repaire, tel l'un de ces pères des origines écartant, l'arme à la main, la horde primitive des fils conquérants."

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"On a souvent désigné le mystère de la chambre close imaginé par Ann Radcliffe comme étant à l'origine de maintes situations analogues du roman policier contemporain : mais a-t-on suffisamment fait remarquer que ces lieux clos sont surtout des appartements interdits ?  Mieux : des chambres à coucher qui ont un passé et une histoire, avec un lit pour principal mobilier ?"

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"Les déambulations nocturnes de la jeune fille à la recherche de sa tante (image d'une mère de substitution, si peu digne que Mme Montoni soit de l'être) dans les entrailles d'Udolphe peuvent s'interpréter classiquement comme l'exploration du corps maternel, en quête d'une problématique origine.  N'est-il pas significatif que les demeures dont Emilie ne se lasse pas de parcourir nuitamment les couloirs et les appartements, soient toutes deux encore très fortement habitées, hantées par le souvenir des femmes à qui elles ont jadis appartenu ?"

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"Le message est clair : toute tentative d'affranchissement ou d'émancipation conduit au crime, à la folie et au désespoir."

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"Mais la romancière ne se contente pas de donner de ses toiles favorites des reproductions sans relief ou des chromos de mauvais goût : son art se situe bien plus haut.  Tout se passe comme si les scènes qu'elle transpose, loin d'être passivement incorporées à l'intrigue, agissaient sur le discours narratif, l'activaient, et d'une certaine manière, l'orientaient.  Les images, devenues texte, colorent et contrôlent l'écriture.  Chaque nouvelle vignette crée l'événement, impose au récit un nouveau régime.  A mesure que l'intrigue se noue et se développe, le texte se plie aux exigences de nouvelles images qui se pressent, s'enchaînent ou se superposent."

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"Le gothique, de par sa nature, exclut la lumière."

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"Tout l'art d'Ann Radcliffe tient dans cette écriture nocturne et dissimulatrice, qu'éclairent seules de l'intérieur, des compositions picturales qui sont des pauses, des intervalles, de brefs instants de répit."

Maurice Lévy

(extraits de la préface des Mystères d'Udolphe, éditions Gallimard)

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Les Mystères d'Udolphe

roman gothique de Ann Radcliffe

 

Quelle oeuvre colossale !  Pensez donc : en édition de poche, (Gallimard, collection Folio classique) ce roman ne totalise pas moins de 800 pages d'une rare densité !  Pour une oeuvre qui fut écrite en 1794, cela représente quand même un certain exploit compte tenu de l'indéniable qualité littéraire de celle-ci.  Ann Radcliffe s'y montre sous le jour d'une écrivaine scrupuleuse, soucieuse de vraisemblance, minutieuse dans ses descriptions, fidèle dans l'étude psychologique de ses personnages, sensible, novatrice et, ce qui ne gâte rien, passionnante à lire, même si son écriture élégante date évidemment d'un autre âge et peut donc nous  sembler parfois quelque peu désuète.

Féréol de bonnemaison  Jeune femme surprise par un orage (détail)  couverture de l'édition Gallimard des Mystères d'Udolphe.jpg

Féréol de Bonnemaison     jeune femme surprise par un orage

En guiser d'introduction à ce grand roman gothique, voici un échantillon typique du style de son auteur. Vous remarquerez au passage l'usage particulier qu'elle fait de la ponctuation...

"Sa femme était retirée dans son appartement ; la langueur et l'abattement qui l'avaient accablée, et que l'arrivée des étrangers avait comme suspendue, la saisirent de nouveau, mais avec des symptômes plus fâcheux.  Le lendemain, la fièvre se déclara ; le médecin y reconnut les mêmes caractères qu'à celle dont Saint-Aubert venait d'échapper ; elle en avait reçu le poison en soignant son époux ; sa complexion trop faible n'avait pu y résister ; le mal s'était répandu dans ses veines, et l'avait jetée dans la langueur."

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Dès le début du roman  -dont le déroulement s'avère extrêmement lent- nos esprits cartésiens sont quelque peu étonnés par la caractérisation souvent fantaisiste des paysages que traversent les héros : la Garonne y sert de liaison expresse entre la Guyenne et le Languedoc-Roussillon, la notion des distances semblant réduite à son minimum pour les besoins de l'action.  Qu'il suffise de se reporter à la description du Voyage en Espagne de Théophile Gautier pour se représenter les incroyables difficultés que comportait ce genre d'entreprise...

Mais poursuivons nos observations au fil du récit qui s'ouvre sous nos yeux : Ann Radcliffe ne craint pas de s'engager au devant de sa propre part de ténèbres, fascinée qu'elle est sans doute par l'insondable mystère du masochisme féminin.  Dans sa quête, elle apportera sa sensibilité et ses hautes exigences morales, qualités qu'elle ne manquera pas de répandre dans toute son oeuvre comme un parfum quelque peu entêtant. En voici un témoignage tout à fait exemplaire :

"Le monde, disait-il en suivant sa pensée, le monde ridiculise une passion qu'il connaît à peine ; ses mouvements, ses intérêts distraient l'esprit, dépravent les goûts, corrompent le coeur ; et l'amour ne peut exister dans un coeur quand il n'a plus la douce dignité de l'innocence.  La vertu et le goût sont presque la même chose ; la vertu, c'est le goût mis en action, et les plus délicates affections de deux coeurs forment ensemble le véritable amour.  Comment pourrait-on chercher l'amour au sein des grandes villes ?  La frivolité, l'intérêt, la dissipation, la fausseté y remplacent continuellement la simplicité, la tendresse et la franchise."

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"Ma soeur, ajouta-t-elle gravement ; et prenant de sa main froide et humide une des mains d'Emilie, que cet attouchement fit frémir : ma soeur, prenez bien garde au premier mouvement des passions !  prenez garde au premier !  si l'on n'arrête leur course, elle est rapide ; leur force ne connaît aucun frein ; elles nous entraînent aveuglément ; elles nous mènent à des crimes que des années de prières et de pénitence n'effacent pas.  Tel est l'empire d'une passion !  Elle domine toutes les autres, elle s'empare de tous les chemins du coeur ; c'est une furie qui nous possède, et qui nous fait agir en furie, qui nous rend insensible à la pitié, à la conscience ; et quand son but est rempli, furie toujours plus impitoyable, elle nous livre, pour notre tourment, à tous ces sentiments qu'elle avait suspendus, qu'elle n'avait point étouffés, aux supplices de la compassion, du remords, du désespoir.  Nous nous éveillons comme dans un songe : un nouveau monde nous entoure, nous sommes étonnés, épouvantés, mais le forfait est commis.  les pouvoirs réunis du ciel et de la terre ne sauraient plus l'anéantir, les fantômes nous poursuivent.  Que sont les richesses, la grandeur, la santé même, auprès de l'inestimable avantage d'une conscience pure, auprès de la santé de l'âme ?  Que sont les chagrins de la pauvreté, du mépris, de la misère, près des angoisses d'une conscience affligée ?  Oh ! quel temps s'est écoulé depuis que j'ai perdu cette richesse de l'innocence !  je croyais avoir épuisé l'excès des maux, l'amour, la jalousie, le désespoir : ces peines étaient des jouissances, auprès des tourments de ma conscience.  J'ai goûté ce qu'on appelait les douceurs de la vengeance : mais qu'elles sont passagères !  Elles expirent avec leur objet.  Souvenez-vous-en, ma soeur : les passions sont le germe du vice aussi bien que de la vertu !  Tous deux en peuvent sortir, selon qu'on les gouverne.  Malheur à ceux qui n'ont jamais appris l'art si nécessaire de les régler."

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Singulier roman que celui-là, disséminant au fil des pages des principes moraux bien arrêtés, et considérant par ailleurs d'un oeil critique les choses de la religion :

"Qui donc a pu inventer les couvents ? se disait-elle.  Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent ?  L'hommage d'un coeur reconnaissant est celui que Dieu nous demande ; et quand on voit sa gloire, n'est-on pas bien reconnaissant ?  je n'ai jamais senti tant de dévotion pendant les heures d'ennui que j'ai passées au couvent, que pendant le peu de minutes que j'ai passées ici : je regarde autour de moi, et j'adore Dieu du fond de mon coeur."

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Terminons ce  bref hommage à Ann Radcliffe par ces quelques mots de Joseph Méry écrits en 1840 :

"Chaque page semble tourner avec accompagnement de ferailles ; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe ; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur.  un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux ; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."

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 La   Cloche   de   minuit  

(the midnight bell) 

                                           roman gothique (extraits)

                                                   de

                                          Francis LATHOM   

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 "A peine avait-il fait quelques pas, que le son  éloigné d’une cloche frappa son oreille.  Il regretta beaucoup d’avoir été obligé de partir plus tard qu’il ne l’avait projeté, mais toujours résolu de poursuivre son entreprise, il accéléra le pas.

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Albrecht Dürer     château de Trient (aquarelle)

 Arrivé sous les murs du château, et favorisé par la lumière de la lune, il en fit le tour en cherchant des yeux la poterne.  Un instant, il crut apercevoir une lumière dans une des croisées du second étage.  Il s’arrêta, mais la lumière n’ayant pas reparu, il passa outre, persuadé que son imagination l’avait trompé.

 Il arriva enfin à la poterne ; elle était fermée !  Il la poussa d’un bras vigoureux.  Elle céda  sous ses efforts.  Il entra, fit quelques pas, tendit l’oreille et regarda tout  autour de lui ; il n’entendit que le silence, et ne vit que les ténèbres.

Il retourna alors sur ses pas, et franchit à nouveau la porte.  Là, ayant allumé sa lanterne qu’il a soin de tenir de manière à pouvoir la cacher promptement sous son large manteau, il rentra dans le château, et ferma sur lui la porte, juste comme il l’avait trouvée. 

 Il s’avança le long d’un passage voûté à l’extrémité duquel, en tournant à gauche, il trouva une porte ; il la franchit, et entra dans la grande cour du château.  Il fit encore quelques pas, puis leva sa lanterne afin de mieux voir les objets qui l’environnaient.  Tout autour de la cour, il aperçut de nombreuses colonnes de marbre, et à l’extrémité, une grande porte de fer.  En face se trouvaient quelques marches  bordées d’une rampe aux côtés de laquelle il y avait deux portes hautes et étroites.  C’est par l’une de ces portes que le comte était entré dans la cour.

 Il monta les marches.  Une longue galerie s’étendait sur la droite et sur la gauche.   Levant à nouveau sa lanterne, il porta d’abord son regard vers l’extrémité de la galerie, à droite.  Il aperçut des portes de chacun des côtés.  Cette galerie se terminait par un mur blanc.  Il obliqua à gauche.  Cette seconde galerie était plus étendue que la première.  Pendant qu’il l’examinait, il crut voir passer rapidement une silhouette cernée d’ombre.

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Il avança lentement.  Au bout de la galerie de droite se trouvait un corridor  qui conduisait en descendant à une autre galerie fort semblable à celle qu’il venait de quitter.  Au fond de cette galerie, il découvrit soudain une porte entrouverte.  Cachant sa lanterne, il regarda au travers de cette porte.  Tout était enténébré.  Il tira sa lanterne de dessous son manteau, et entra dans une chambre magnifiquement meublée.  Rien n’indiquait qu’elle eût été récemment habitée.  Ne trouvant pas d’autre issue, il retourna dans la galerie.  Le bruit d’une porte à peu de distance attira son attention.  Il ne put pas déterminer de façon précise de quelle partie du château provenait le bruit, mais il conjectura qu’il était parti de la galerie située à droite des escaliers qui l’avaient conduit de la cour au château.  Il suivit le son.  Cette galerie se terminait elle aussi par quelques escaliers donnant sur un corridor de même longueur.

 Après avoir réfléchi un instant sur la marche à suivre, il descendit les escaliers.  Au bas de ceux-ci se trouvait une porte, comme de l’autre côté.  Il remit sa lanterne sous son manteau, et il se disposait déjà à tenter de forcer la porte, quand il entendit un long gémissement qui lui parut poussé par une personne proche de lui.  Il tourna la tête, mais n’aperçut rien.  Il commençait à croire que ses sens l’avaient trompé, et il était sur le point de poser la main sur la porte, quand il en fut empêché par un cri étouffé en provenance de l’appartement auquel menait cette porte.  Il écouta.  Par deux fois encore le même bruit se fit entendre.  Il ne douta plus qu’il ne vint de l’appartement fermé par la porte devant laquelle il se trouvait.  Le silence se fit à nouveau.  Pour la troisième fois, il se disposait à entrer quand plusieurs voix parlant ensemble et d’un ton suppliant, se firent entendre.  Son étonnement fut à son comble.  Tout à coup, les voix se modifièrent et entonnèrent un chant solennel.  Le comte reconnut un chant religieux.  Toujours inébranlable dans son dessein, il cacha à nouveau sa lanterne, ouvrit la porte, et entra.

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En face de la porte par laquelle il était entré, il y avait une autre porte, plus petite, et voûtée, d’où s’échappait une faible lumière.  En regardant autour de lui, il remarqua qu’il se trouvait dans une petite sacristie située juste derrière l’autel d’une chapelle à laquelle aboutissait la porte voûtée.  Il marcha avec précaution vers un endroit à partir duquel il put découvrir tout l’intérieur de la chapelle.  A faible distance des marches de l’autel, une figure pâle et décharnée était agenouillée auprès d’un cercueil, une croix dans la main gauche, et une discipline dans la main droite.

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Albrecht Dürer      le pénitent 

Trois moines étaient agenouillés de l’autre côté du cercueil.  C’étaient leurs voix qu’avait entendues le comte.  Ils poursuivaient leur chant.  Lorsqu’ils en eurent fini, tout trois se signèrent du signe de la croix, et commencèrent une prière dans laquelle 

ils  imploraient la miséricorde divine en faveur du pénitent.  En même temps, la figure dont l’ample vêtement noir ne permettait pas de distinguer le sexe, se leva et se fustigea les épaules avec la discipline qu’elle tenait dans la main droite.  La douleur lui arracha bientôt de sourds gémissements, comme ceux que le comte avait entendus.  Bientôt les moines firent une autre prière à laquelle se joignit le pénitent.  Après cela, ils quittèrent ensemble la chapelle par la porte faisant face à l’autel.  L’un des moines portait une lampe qui, durant leurs dévotions, était placée sur le cercueil devant lequel ils s’étaient agenouillés. 

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Francisco Zurbaran    Saint Sérapion (détail)

 A la vue de cette scène, la ferme résolution du comte Byroff de débrouiller enfin le mystère qui enveloppait ce château, s’était évanouie.  La psalmodie résolument religieuse des moines, la douleur de la personne pour le salut de laquelle ceux-ci imploraient le ciel, ne l’autorisèrent pas à troubler l’impressionnante et terrible cérémonie, et quand celle-ci fut terminée, il sentit une répugnance insurmontable à se présenter devant des hommes qui auraient le droit de lui reprocher son intrusion furtive dans le château, et qui refuseraient probablement ses excuses. 

 Il perdit quelques instants à réfléchir sur le parti à prendre. Il entendit des pas dans la galerie, mais le bruit expira sur le  champs. Il ne douta pas, d’après ce que Jacques lui avait dit, que ce bruit ne fût fait par les moines en se retirant.  Le bruit d’une porte qui retentit dans tout le château le confirma dans son opinion.

 

Il se détermina à entrer dans la chapelle, et chercha à découvrir ce qu’était devenue l’apparition qu’il avait entrevue, car il croyait fermement, sans trop cependant savoir pourquoi, que celle-ci n’avait pas quitté le château.  Il ne doutait plus que cette personne ne fût, ou le comte Frédéric, ou la comtesse Anna.  Naturellement, il inclinait à croire que c’était le premier.  Cependant, les propos d’Alphonse semblaient indiquer que c’était cette dernière. 

Arrivé au fond de la chapelle, il trouva que la porte par laquelle étaient passés les moines, était fermée.  Il voulut l’ouvrir, mais elle résista à ses efforts.  A ce moment-là, une lumière frappa ses yeux.  Il cacha aussitôt sa lanterne.  La lumière s’avança, et lui permit d’apercevoir une autre porte de fer, laquelle menait à un long et étroit passage à l’extrémité duquel parut presque simultanément, portant une lampe, la silhouette qu’il avait vue dans la chapelle.  Elle ouvrit une porte en face de celle où était le comte, et la referma sur elle.  L’obscurité revint. 

Il reprit sa lanterne à la main, mais la porte par laquelle la personne était entrée, était trop éloignée  pour qu’il put en discerner  les traits à la faible lueur que procurait sa lanterne.  Il résolut néanmoins de la poursuivre, et s’il parvenait jamais à la rattraper, de s’adresser à elle. 

Après avoir traversé successivement plusieurs passages, une suite d’appartements le conduisit à une chambre et à un petit cabinet attenant.  Au fond de ce cabinet, il aperçut un escalier dérobé du pied duquel  partait la galerie à l’extrémité de laquelle s’ouvrait la porte de la chapelle.  Il se précipita de ce côté dans l’espoir d’y retrouver la porte par laquelle avait disparu l’obscure silhouette.  La muraille était de forme semi-circulaire.  Il en conclut qu’il se trouvait à présent dans une des tours qui enserrait les quatre coins du château ; mais toutes ses recherches ne purent lui faire découvrir la moindre porte en cet endroit du château.

Posant sa lanterne à même le sol, il passa et repassa la main sur toutes les parties de la muraille.  Finalement, il crut sentir une légère proéminence qui, au toucher, lui parut être un gond.  Il reprit sa lanterne afin de s’en assurer.  A son grand désespoir, il vit que la mèche de sa lampe était sur le point de se consumer.  Il se hâta donc de retourner à la galerie tant qu’il lui restait quelque lumière.  Il craignait, si elle venait à s’éteindre, qu’en cherchant son chemin dans l’obscurité, son absence ne se prolongeât jusqu’au moment où il fût impossible de la dissimuler à Lauretta dont le courage n’arriverait certes pas à surmonter cette nouvelle épreuve.  A pas précipités, il suivit le couloir qui l’avait mené à la chapelle, mais à peine arrivé dans la galerie, sa lampe expira. 

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Heureusement, le jour commençait à poindre.  Il descendit sans peine jusqu’à la cour.  Il se remémora bien le chemin qu’il avait suivi, et gagna la poterne.  Mais quelle fut sa surprise en la trouvant fermée !

Il se reprocha de n’être pas sorti du château avant les moines, d’autant plus qu’il savait par le récit de Jacques que ceux-ci fermaient la porte lorsqu’ils quittaient les lieux.  Il retourna dans la cour, et essaya d’ouvrir la grande porte.  Ses efforts furent vains ! 

« Mais comment, se disait-il à lui-même, Alphonse a-t-il pu sortir d’ici après le départ des moines ? »

Cette idée lui redonna espoir de trouver une autre issue.  Après de longues et pénibles recherches, force lui fut de renoncer.  Il s’inquiétait que Lauretta ne découvrît son absence et n’en soupçonnât le motif.

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 Après avoir passé ainsi deux heures en recherches stériles et en vaines lamentations, il crut entendre le bruit d’une clef tourner dans la serrure de la poterne.  Il s’arrêta pour mieux écouter et n’entendit plus rien.  Il s’imagina alors qu’il s’était trompé.  Néanmoins, il voulut s’assurer de la vérité, et courut à la porte.  Elle était ouverte !!!  Il tressaillit de joie et, franchissant le seuil de la poterne, il s’éloigna rapidement du château sans plus chercher à savoir par qui et pour quelle cause la porte avait été ouverte."

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à suivre...