25/12/2011

AU COEUR DES TENEBRES GOTHIQUES

au  coeur  des  ténèbres 

gothiques

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ô  choeur  des  ténèbres 

gothiques

"C'est une drôle de chose que la vie,

 ce mystérieux arrangement d'une logique sans merci

pour un dessein futile.

Le plus qu'on puisse en espérer

c'est quelque connaissance de soi-même 

-qui vient trop tard-

une moisson de regrets inextinguibles."

joseph-conrad

au-coeur-des-ténèbres

 

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"Au coeur des ténèbres gothiques

tournent les ailes du vieux moulin"

(chanson populaire gothique)

de l'art de broyer du noir....

 

"Accablé de regrets, Rodolphe revint sur ses pas. Il traversa le pays sans projet ; mais bientôt, trompé par une nouvelle illusion, il s'enfonça dans la forêt de Spessart.  Il y avait entendu une voix qui criait et l'appelait par son nom.  Cette voix le détourna de sa route et l'attira dans un endroit sauvage.  "Tu te crois malheureux ; Agnès se croit sans secours, criait la voix du sommet d'un rocher.  Regarde-moi et juge lequel de nous est le plus abandonné, le plus misérable !"  Rodolphe leva les yeux et vit le Petit Pierre enchaîné dans les airs au-dessus du rocher escarpé."

Christian Heinrich Spiess        Le Petit Pierre

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haut coeur des ténèbres

gothiques

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"Tout crime exige sa punition, tout péché sa pénitence.  Fais ton examen, tu verras qu'il est utile pour toi, qu'il est indispensable de t'imposer un châtiment volontaire.  Le sang, le sang de l'innocence crie vengeance sur toi, il demande expiation !  Le crime souille ta conscience, il faut qu'elle soit purifiée."

Christian Heinrich Spiess       Le Petit Pierre

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édouard-dantan       phrosine-et-mélidore (d'après Prudhon)

"Mon coeur est mort à l'amour ; je ne veux plus lui rendre hommage.  J'ai senti tous ses plaisirs ; mais ses peines les ont tellement surpassées, qu'ils ne peuvent plus me séduire."

Christian Heinrich Spiess         Le Petit Pierre

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"What did you see there ?"

I traveled far and wide through many

different times
What did you see there?
I saw all knowledge destroyed

I traveled far and wide to prisons
of the cross
What did you see there?
The power and glory of sin
What did you see there?
The blood of Christ on their skins
I traveled far and wide through many 
different times

I traveled far and wide where
unknown martyrs died
I saw the one-sided trials
What did you see there?
I saw the tears as they cried
They had tears in their eyes!
Tears in their eyes! 

(paroles de la chanson "Wilderness" de joy-division)

 

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"Debout derrière la porte dont l'entrebâillement me permettait d'observer la chambre, je fis le guet jusqu'à une heure du matin environ.  alors, je vis une forme noire aux contours mal définis gravir le pied du lit et s'étendre rapidement jusqu'à la gorge de ma pauvre fille, où elle s'enfla rapidement en un instant pour devenir une grosse masse palpitante."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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Après avoir répondu par un signe de tête au sourire particulièrement séduisant qu'elle m'adressa, je m'apprêtais à me lever pour lui parler lorsque le général saisit soudain la hache du bûcheron et se précipita en avant.  a sa vue, les traits de mon amie subirent une altération brutale et prirent une expression horrible, tandis qu'elle faisait un pas en arrière, dans l'attitude d'un animal apeuré.  Avant que j'eusse pu pousser un cri, le vieux soldat abattit son arme de toutes ses forces ; mais elle esquiva le coup, et saisit dans sa main minuscule le poignet de son agresseur.  L'espace d'un moment, il lutta pour se libérer ; mais enfin, ses doigts s'ouvrirent, la hache tomba sur le sol, et Carmilla disparut."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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"J'étais dans un vaste caveau faiblement éclairé par une ampoule.  Un homme au masque noir, probablement le même qui m'avait conduit là, était à côté de moi et, tout autour, sur des bancs peu élevés, étaient assis des moines dominicains.  Le rêve épouvantable que j'avais fait autrefois, dans la prison, me revint à l'esprit ; je tins pour certain que j'allais mourir au milieu des tortures ; mais je restai ferme et je priai avec ferveur dans le silence de mon être, non pour être délivré, mais pour faire une fin chrétienne.  Après quelques minutes d'un silence plein de pressentiments, l'un des moines vint à moi et me dit d'une voix sourde :

"Nous avons jugé un frère de votre ordre, Médard ; la sentence doit maintenant être exécutée.  Il attend de vous, qui êtes un saint homme, l'absolution et la suprême assistance, avant de mourir.  Allez et faites votre devoir."

L'homme masqué, qui se tenait à côté de moi, me prit sous le bras et me conduisit encore par un étroit couloir dans un petit caveau.  Là dans un coin, sur une couche de paille, était étendu un squelette blème, décharné et couvert de haillons.  L'homme masqué mit la lampte qu'il avait apportée sur la table de pierre se trouvant au milieu du caveau et il s'éloigna."

E.T.A. Hoffmann      Les Elixirs du diable

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francisco-zurbaran       saint-sérapion

"La Terre des ténèbres, enseigne Mani, est coupée de gouffres profonds, d'abîmes, de fosses, de fondrières, de digues, de marécages, d'étangs, de langues de terre divisées et ramifiées en longs espaces pleins d'épaisses forêts, de sources d'où, de pays en pays et de digue en digue, s'exhale une fumée ; d'où, au loin, de région en région, s'élèvent du feu et des ténèbres.  L'une de ces parties est plus haute que l'autre, l'autre plus basse.  La fumée qui en sort est le poison de la Mort.  Elle monte d'une source dont le fond est de vase trouble, recouverte de poussière, réceptacle des éléments du Feu, des lourds et sombres éléments du Vent, des éléments de l'Eau épaisse."

Ibn an Nadim     Fihrist

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 L'Enfer (détail)  tel qu'il apparaît dans le hortus-deliciarum

de herrade-de-landsberg (dit aussi herrade-de-hohenbourg)

 

et pourtant, 

tout cela reste sans commune mesure avec l'enfer

que certains hommes ont construit...

 

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un enfer qui a pour nom : auschwitz

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un enfer qui a pour nom : Treblinka

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puissions-nous nous souvenir chaque jour

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des innombrables victimes de ces innommables atrocités

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et continuer à exiger réparation... 

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(photos du film d'Andreï Tarkovski   "Stalker")

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à suivre... 

24/12/2011

APOCALYPSE GOTHIQUE

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"Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver bientôt et qu'il a fait connaître, en l'envoyant par son ange, à Jean, son serviteur,  qui a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ en tout ce qu'il a vu.

Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de cette prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche !  

Jean aux sept Eglises qui sont en Asie: grâce et paix vous soient données de la part de Celui qui est, qui était et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, et de la part de Jésus-Christ;  c'est le Témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts et le Prince des rois de la terre.  A celui qui nous a aimés, qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui nous a faits rois et prêtres de Dieu, son Père, à lui la gloire et la puissance des siècles des siècles ! Amen !  

Le voici qui vient sur les nuées. Tout oeil le verra, et ceux même qui l'ont percé ; et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant. Oui. Amen!  "Je suis l'alpha et l'oméga " , dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

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"Moi Jean, votre frère, qui participe avec vous, à l'affliction, à la royauté et à la patience en Jésus-Christ, j'étais dans l'île appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.

Je fus ravi en esprit le jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme une trompette, qui disait:

"Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises qui sont en Asie: à Ephèse, à Smyrne, à Pergames, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée."

Alors je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait; et quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d'or,

et, au milieu des chandeliers, quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme; il était vêtu d'une longue robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d'or  ;  sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu ; ses pieds étaient semblables à de l'airain qu'on aurait embrasé dans une fournaise, et sa voix était comme la voix des grandes eaux.  Il tenait dans sa main droite sept étoiles; de sa bouche sortait un glaive aigu, à deux tranchants, et son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force.

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort; et il posa sur moi sa main droite, en disant :  " Ne crains point; je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant; j'ai été mort, et voici que je suis vivant aux siècles des siècles ; je tiens les clefs de la mort et de l'enfer. Ecris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver ensuite, le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et les sept chandeliers d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Eglises, et les sept chandeliers sont sept Églises. "

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Pierre Henry, compositeur de l'Apocalypse de Jean

(musique électro-acoustique)

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l'oeuvre magistrale de Pierre Henry, disponible sur You Tube

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l'Apocalypse, une vertigineuse suite de gravures signées de la main d'Albrecht Dürer

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Ecris à l'ange de l'Eglise d'Ephèse Voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, Celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or.   .....  

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises! A celui qui vaincra, je lui donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de  Dieu.   .....

Écris encore à l'ange de l'Église de Thyatire :  voici ce que dit le Fils de Dieu, Celui qui a les yeux comme une flamme de feu, et dont les pieds sont semblables à l'airain.  

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 Après cela, je vis, et voici qu'une porte était ouverte dans le ciel, et la première voix que j'avais entendue, comme le son d'une trompette qui me parlait, dit "Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arriver dans la suite.    Aussitôt je fus ravi en esprit; et voici qu'un trône était dressé dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis.  Celui qui était assis avait un aspect semblable à la pierre de jaspe et de sardoine; et ce trône était entouré d'un arc-en-ciel, d'une apparence semblable à l'émeraude.    Autour du trône étaient vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, avec des couronnes d'or sur leurs têtes.  Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres; et sept lampes ardentes brûlent devant le trône: ce sont les sept Esprits de Dieu.  En face du trône, il y a comme une mer de verre semblable à du cristal; et devant le trône et autour du trône, quatre animaux remplis d'yeux devant et derrière.

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 "Des villages, des villes, des peuples entiers étaient infectés et succombaient à la folie. Tous étaient dans l’inquiétude et ne se comprenaient plus entre eux ; chacun pensait que lui seul était porteur de la vérité et chacun se tourmentait à la vue de l’erreur des autres, se frappait la poitrine, versait des larmes et se tordait les bras. On ne savait plus comment juger ; on ne pouvait plus s’entendre sur le point de savoir où était le mal et où était le bien. On ne savait plus qui accuser ni qui justifier. Les gens s’entretuaient, en proie à une haine mutuelle inexplicable. Ils se rassemblaient en armées entières ; mais à peine en campagne, ces armées se disloquaient, les rangs se rompaient, les guerriers se jetaient les uns sur les autres, se taillaient en pièces, se pourfendaient, se mordaient et se dévoraient. Le tocsin sonnait sans interruption dans les villes ; on appelait, mais personne ne savait qui appelait et pour quelle raison, et tous étaient dans une grande inquiétude. Les métiers les plus ordinaires furent abandonnés parce que chacun offrait ses idées, ses réformes et que l’on ne parvenait pas à s’entendre ; l’agriculture fut délaissée. Par endroits, les gens se rassemblaient en groupes, convenaient quelque chose tous ensemble, juraient de ne pas se séparer mais immédiatement après, ils entreprenaient de faire autre chose que ce qu’ils s’étaient proposé de faire, ils se mettaient à s’accuser entre eux, se battaient et s’égorgeaient. Des incendies s’allumèrent, la famine apparut. Le fléau croissait en intensité et s’étendait de plus en plus. Tout et tous périrent. Seuls, de toute l’humanité, quelques hommes purent se sauver, c’étaient les purs, les élus, destinés à engendrer une nouvelle humanité et une nouvelle vie, à renouveler et à purifier la terre : mais personne n’avait jamais vu ces hommes, personne n’avait même entendu leur parole ni leur voix." 

                                       Fiodor Dostoïevski        Crime et châtiment

 

 

 

 

à suivre...

18/12/2011

GOTHIQUE FLAMBOYANT

GOTHIQUE  FLAMBOYANT

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"Mit dem Feuer,

von Leben zum Tod gericht"

(formule médiévale usuelle  de condamnation au bûcher)

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enflammé

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"... liée sur l'échelle, elle sera pincée deux fois avec une tenaille incandescente, puis par le feu brûlée de vie à trépas jusqu'à cendre et poudre.

A la demande de l'accusateur, ses biens seront remis

à l'autorité et selon la coutûme confisqués. 

Après la proclamation de cette sentence, l'accusateur lui a accordé la faveur d'être d'abord étranglée

puis pincée et brûlée."

jugement de Catherine Heydler , Tribunal des maléfices, Bergheim, 17.05.1627

(document cité dans l'exposition permanente de la

Maison des Sorcières de Bergheim, Alsace)

 sans trêve,

durant le jour,

durant la nuit...

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"La douleur a ses feux

et l'amour a ses flammes."

alfred-de-vigny :    "satan"

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"Lass dich den Teufel bei einem Haare fassen,

und du bist auf ewig sein."

proverbe allemand

"Laisse le diable te saisir par un cheveu,

et tu es à lui pour toujours."

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"Le plaisir des sens ne vaut pas celui d'une union intime avec une belle âme.  Cet empire qu'on prend sur elle quand on la subjugue et qu'on s'en empare, voilà principalement ce qui m'attire, ce qui me fera rôder désormais sans trêve autour de vous."

 baron-lamothe-langon  :  "Le diable"

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"La source de la vie et du mouvement, c'est la flamme, et que suis-je sinon le roi des flammes ?   C'est donc moi qui règne sur la vie.  Vois les êtres qu'on appelle les hommes : leur amour extrême, ils le sentent par le feu, leurs grandes douleurs, c'est encore par le feu, tout leur être ne peut sortir du cercle enflammé que j'ai tracé."

Alfred de Vigny  :  "Satan"

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 "Les fenêtres du donjon et celles des tours paraissaient éclairées de lumières bleues, et tant brillantes qu'effaçaient l'éclat de la lune ; en plus, les meurtrières pratiquées dans l'épaisseur des murs reflétaient feux rougeâtres si vifs et éblouissants, qu'on eût dit les crevasses d'une forge à couler le fer."

Ferdinand Langlé

La Dame sans merci

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"je me suis trop enflé, j'ai heurté trop violemment les barrières éternelles de ce monde, et après le désir inaccompli d'aller jusqu'en haut, il ne m'en reste qu'un c'est d'aller jusqu'au fond."

Gérard de Nerval        Fragments de Nicolas Flamel

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"Tibi dabo potestatem 

hanc universam et gloriam illorum"

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"Approche-toi, ne réfléchis pas, étreins moi jusqu'à mourir, tandis que l'obscurité nous favorise ; ta femme te demande cette dernière preuve de ton amour.  Aucun gémissement ne sortira de ce coeur, s'il peut rentrer innocent dans la poussière dont il est sorti."

sophia-lee        le-souterrain

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"Prends garde, jeune homme !  Prends garde, jeune fille !  

C'est pour vous instruire que je dérobe cette histoire aux vers qui la rongeaient depuis longtemps.  

Il est facile de s'écarter du droit chemin, il est difficile de le reprendre."

Christian Heinrich Spiess       Le petit Pierre

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"Le coeur demande le plaisir d'abord,

Et puis une dispense de la douleur,

Et puis ces petits apaisements

Qui calment la souffrance,

Et puis il demande de dormir,

Et puis, si c'est la volonté de son tourmenteur,

Le privilèger de mourir.

émily-dickinson

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"Le souffle chlorotique de la fin de la jeunesse

s'abattit sur moi et m'emporta."

joseph-conrad

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 "Je meurs contente, puisque je t'ai revu ! ... Oh !  Puisse mon image !... l'image de mon agonie ne jamais s'effacer de devant tes yeux !  Puisse-t-elle te rappeler sans cesse le pouvoir de la mort !  Puisses-tu aussi te repentir des péchés que tu as commis en ce monde... afin qu'un jour... un jour, nous nous retrouvions encore !  

Donne-moi ta main !  Adieu Rodolphe !  Pense à ta mort !  Réconcilie-toi avec Dieu.  Rends quelques honneurs à mes restes... et souviens-toi topujours de ma dernière heure !"

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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"Mais un parjure déshonore, mais un parjure est un horrible péché !  Il entraîne avec soi sa punition dans ce monde et peut-être la damnation éternelle dans l'autre ! "

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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"Un seul pas hors du droit sentier le conduisit d'égarement en égarement, de précipice en précipice, jusqu'aux bords de l'abîme qui finit par l'engloutir."

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"Demeure !  Oh !  Demeure !  Je te pardonne tout... Je voudrais te voir plus coupable encore pour pouvoir te pardonner davantage.  Le pardon est un aliment du véritable amour.  Je ne te quitte pas, je ne me détache point de toi."

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

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 M U S  P E L L H E I M,

le royaume du  feu

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torrent  de  feu,

fleuve de révolte

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 "Les cieux sont-ils en colère qu'ils nous châtient ainsi ?"

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 à  suivre...

 

01/12/2011

le FANTASTIQUE ET LA DESTINEE HUMAINE

"In culpa est animus,

qui se non effugit unquam"

"Nostre mal nous tient en l'âme :

or elle ne se peut eschapper à elle mesme" 

Michel de Montaigne

"L'esprit seul est en faute, 

qui ne peut jamais échapper à lui-même"

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Et à présent, que tournent les ailes du moulin des illusions !!!

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Façonné à son image        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens 

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Ses meules jamais ne cesseront de broyer, de broyer encore,

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 de toujours broyer, inlassablement...

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"Souviens-toi que tu es poussière,

et que tu retourneras à la poussière"

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Broyer, encore et toujours, pour réduire en poussière...

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La fragilité de l'être         encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Ainsi s'écoulent les grains de sable dans le sablier de la Vie...

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Autant de grains de sable, autant d'âmes humaines...

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tilman-riemenschneider par lui-même, le visage du désenchantement

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Sainte Barbara, par Tilman Riemenschneider

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"noli me tangere"  

une oeuvre de Tilman Riemenschneider

ne me touche pas...!!! " 

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Toute la lumière        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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daniel-hopfer        illustration des Proverbes

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"Misérable railleur, tu veux être artiste et jamais la foi et l'amour n'ont brûlé dans ton coeur.  Aussi tes oeuvres seront-elles froides et sans vie, comme toi-même.  Comme un réprouvé, tu désespéreras dans le vide de ton âme et tu succomberas sous le poids de ton impuissance."

E.T.A.  Hoffmann        Les Elixirs du diable

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L'Horloge  

poème de Charles Baudelaire 

Horloge !  dieu sinistre, effrayant, impassible

Dont le doigt nous menace et nous dit :  Souviens-toi !

Les vibrantes douleurs dans ton coeur plein d'effroi

Se planteront bientôt comme dans une cible.

 

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon

Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;

Chaque instant te dévore un morceau du délice

A chaque homme accordé pour toute sa saison.

 

Trois mille six cents fois par heure, la seconde

Chuchote : Souviens-toi !  Rapide avec sa voix

D'insecte, maintenant dit : Je suis autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

 

Remember !  Souviens-toi !  Prodigue !  Esto memor !

(mon gosier de métal parle toutes les langues)

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues

Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

 

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, à tout coup !  C'est la loi.

Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

 

Tantôt sonnera l'heure où le divin hasard,

Où l'auguste vertu, ton épouse encore vierge,

Où le repentir même, (oh ! la dernière auberge !)

Où tout te dira : Meurs, vieux lâche !  Il est trop tard !

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 "Lorsque l'amour, parvenu à un certain degré, dépasse toutes les bornes et touche à l'infini, il se manifeste soudain à l'objet aimé.  Bravant les obstacles, il rompt les chaînes de la bienséance, ces chaînes qui trop souvent attachent l'amant timoré aux tortures de l'incertitude pour des années entières."

Christian Heinrich Spiess       Le petit Pierre             

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Le fardeau de la vie        encre de l'auteur, Dominique Mertens

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"Délivre-nous, saigneur !" 

 

"Les  voies  du  saigneur  sont  impénétrables..." 

paroles prononcées par Don Sculi, moine de la Congrégation des  Passionistes

ayant reçu l'inestimable don d'ubiquité

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"... Eh bien, je vous l'ai dit une fois, et je vous l'ai dit deux fois

que quelqu'un devra en payer le prix.

Mais voici une chance de changer d'avis,

parce que je ne serai plus là pendant très très longtemps.

Eh bien, ce pourrait être la dernière fois..."

(extrait de "The last time", chanson mémorable des Rolling Stones

composée par M.Jagger et K.Richard)

 

avec de tels yeux,

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VOIR

au-delà

des

apparences

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Divination        encre de Chine de l'auteur , Dominique Mertens

 

Le Miroir de la Vie et de la Mort

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"Mondains qui faites cas des beautés d'un visage,

Sachez que les aimer ce n'est pas être sage,

Puisque le temps enfin les doit faire périr.  

Nous n'avons ici-bas chose aucune assurée.

Tout change et notre vie a si peu de durée,

Qu'en commençant à vivre, on commence à mourir."

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tombeau d'Elizabeth Nightingale à Westminster Abbey,

oeuvre du sculpteur Louis-François Roubillac

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"Bientôt le jour va tirer le verrou.

L'ombre du soir s'avance à pas de loup ;

Il traîne au ciel un rayon de lumière,

Qui maintenant vit son heure dernière.

 

Il m'a guidé, hors des voies du salut,

Sur un chemin que je n'ai pas voulu.

Mais quand mourra la clarté inféconde

S'achèvera ma course vagabonde.

.....  .....  ....."

Maturin     Fatale vengeance

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Salve Regina, virgo immaculata      encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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"Dorian, Dorian, s'écria-t-elle, avant de vous connaître, jouer était toute ma vie.  Je ne respirais que pour la scène.  Tout m'y semblait réel.  J'étais un soir Rosalinde ; le soir suivant, Portia.  La joie de Béatrice était ma joie ; les douleurs de Cordelia, mes douleurs.  Ma foi était sans bornes.  Les gens vulgaires qui jouaient avec moi me semblaient des dieux.  Les décors étaient mon univers.  Je ne connaissais que des ombres et je les prenais pour la réalité.  Mais vous êtes venu, ô mon bel amour, et vous avez tiré mon âmes de sa prison.  Vous m'avez révélé la réalité vivante.  Ce soir, pour la première fois, j'ai vu nettement le vide, le contenu et le grotesque de la vaine parade où depuis si longtemps je jouais mon rôle.  Ce soir, pour la première fois, j'ai découvert que Roméo était hideux, vieux et fardé, que le clair de lune dans le jardin était truqué, que la mise en scène était vulgaire, que les paroles mises sur mes lèvres étaient mensongères, qu'elles n'étaient pas mes paroles à moi, qu'elles n'exprimaient pas ce que j'avais à dire. C'est que vous m'aviez apporté une rélité plus haute, une réalité dont l'art n'est qu'un reflet.  Vous m'aviez fait comprendre ce qu'est l'amour, le réel amour.  Mon bien-aimé, mon bien-aimé !  Prince charmant !  Prince de la Vie !  Je n'ai plus que dégoût pour les ombres.  Quel art approchera jamais de ce que vous êtes pour moi ?  Qu'ai-je à faire à présent de ces jeux de marionnettes ?

Oscar Wilde      Le Portrait de Dorian Gray

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Tapisserie du triomphe-de-la-mort ou des trois-destinées

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giorgio-ghisi         allégorie-de-la-vie

destin,destinée humaine,mort,thanatos,la vie après la mort,michel de montaigne,occultisme

 une profonde réflexion sur le sujet...

à suivre...

20/11/2011

La FIN DU MONDE

une vision fantastique de

la fin du monde

 

 MONSU-DESIDERIO

peintre-du-fantastique

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monsu-desiderio        assassinat-et-architectures-imaginaires

...

"Le Fantastique est une nébuleuse dont le centre est partout et la circonférence nulle part."

louis-vax

les-séductions-de-l'-étrange

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Monsu Desiderio, ce peintre de la grandeur, de la démesure et de la violence, auquel l'écrivain-poète Pierre Seghers a consacré une admirable étude intitulée "Monsu Desiderio ou le Théâtre de la fin du monde". (2ditions Robert Laffont, collection L'Atelier du Merveilleux, 1981)   

Assurément cet artiste fantastique méritait de figurer ici.

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Monsu Desiderio       Martyre d'une sainte 

"Par le feu de l'imaginaire, et ses inventions d'artisan, les peintures de desiderio projetent tout à coup une effervescence de fureur, une exaspération aussi grandiose que silencieuse."

Monsu Desiderio, deux peintres, pour un seul masque !

Didier Barra, originaire de Metz, (né vers 1590) et François Nomé, de Metz également.  Venus de leur Lotharingie natale, ces deux peintres se sont finalement installés à Naples.  

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"Au début de leur collaboration, les deux artistes se distinguent malaisément.  Bientôt, par ses yeux qui sont de flamme ardente et l'irréalisme de ses peintures, François Nomé va devenir le vrai Monsu Desiderio, celui qui passera à la postérité sous une appelation d'enseigne."

"Les décors d'une solitude, d'un retranchement total.  Les dômes qui éclatent, les architectures qui s'écroulent, les rotondes éventrées, les idoles livides, les frontons qui s'ébrèchent et les temples marqués d'une énorme croix noire révèlent une hantise, celle de la dévastation et de l'Apocalypse."

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monsu-desiderio        la-fuite-en-égypte (détail)

"Feux de théâtre où les clairs-obscurs et les embrasements, si irrationnels qu'ils soient, donnent des effets saisissants."

"Lequel, du catholique ou du protestant écrase d'une croix gigantesque, d'une voix sans égale, les temples profanes ?  Lequel, dans sa complexion de poète ou de peintre dramatique, vit en lui-même, persécuteur, persécuté ?  On croirait entendre parfois dans les tableaux de Desiderio, ô sacrilège, le post tenebras lux de la Réforme, ou le lux lucet in tenebris des Vaudois.  Il est probable qu'à ses yeux, les ornements, les parures, les ors et les trésors, le luxe enfin, ne sont qu'un étalage, un scandale de somptuosités."

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Monsu Desiderio        La Fuite en Egypte

"Eclairs et murmures, simulacres et symboles, les idoles jetées à bas de leurs entablements et de leurs socles, les sarcophages tombant du ciel, les tombeaux qui se soulèvent et surgissent dans les péristyles, les dégradations innombrables, les apparitions, tout n'est pour Desiderio que composants destinés à figurer une immense vanité."

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Desiderio Monsu         Ruines imaginaires, colonne et pyramide (détail)

"Les triomphes éphémères des pouvoirs, le triomphe ricanant du temps et de la mort, sont abolis.  Les fulgurations, le ciel zébré d'horreur et qui va s'effondrer, les tours, les campaniles et les minarets, les donjons qui s'écroulent dans l'écume des vagues, les ténèbres épaisses à pouvoir les palper, les vapeurs d'incendies, les convulsions cosmiques secouant les bâtisses, les flots d'olive noire, quelles images, quelles mises en scène susciteraient plus de frissons ?"

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Desiderio Monsu       Jéroboam  dans un temple païen  (détail)

"Géants ou pas, les hommes ne sont rien, qui palabrent, farfouillent ou assassinent au ras du sol et les colonnes de Desiderio éclatent, s'éparpillent parce que le temple, l'église, ont appelé sur eux l'explosion."

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Desiderio Monsu        Martyre d'une sainte (détail)

"Heu mihi quia in inferno nulla est redemptio !"

"Malheur à moi, dans cet enfer il n'y a pas de rédemption !"

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horace--vernet     la-ballade-de-léonore

"Son front qui paraissait chargé d'un sombre nuage semblait avoir été formé de l'immortalité pour porter la couronne ; ses yeux à fleur de tête brûlaient d'un feu infernal !  Son regard était aussi perçant que celui de l'aigle !  Sûrement, pensait Marie, ce regard étincelant a été créé pour admirer les choses éternelles !  Cette taille si noble ! Si imposante, cette haute stature !  ... ah !  ... C'est bien l'ange tombé*." 

(* déchu)

claire-destay

la-fille-de-dieu  (ou)  l'-héroïne-des-pyrénées

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"Aussi lorsque réapparurent les rayons meurtriers du soleil, leur ouvrant à nouveau toutes grandes les embûches de la forêt, il éprouva au fond de son coeur le sentiment énergique que les jours de la fin étaient maintenant proches."

Julien Gracq       Au château d'Argol

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"Toutes les nuits, un incendie est allumé dans mon coeur, un poignard est mis dans ma main.  Les maîtres du Destin émergent des ténèbres : ils m'exhortent, me pressent, me poussent en avant... Autour de moi c'est le silence, un silence qui abrite de noirs préparatifs... Je m'approche secrètement, mon coup ne peut être paré; ma victime est réduite à l'impuissance ; mes complices ne me trahiront pas... Et néanmoins je balance... je voudrais me dérober... mais comment pourrais-je écarter la fatalité ?... Hélas !  Hélas !  Il me faut la subir."

Charles-Robert Maturin     Fatale vengeance 

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Monsu Desiderio       L'Incendie de Troie

"De cette chapelle, il passe dans la nef de la grande église.  Une des fenêtres, mieux conservée que les autres, donnait sur une longue perspective de la forêt.  On voyait au travers les riches couleurs du soir, fondues par d'imperceptibles gradations avec l'azur solennel du haut des cieux.  de sombres collines, dont les contours se dessinaient sur la vive clarté de l'horizon, terminaient le tableau.  Plusieurs de ces pilliers qui avaient autrefois soutenu la voûte étaient encore debout, orgueilleuses images de la grandeur périssable de l'homme et de ses ouvrages, ils semblaient s'ébranler au moindre murmure du vent  qui soufflait sur les ruines des colonnes déjà tombées.  La Motte soupira.  La troublante comparaison entre l'état de délabrement de ces colonnes et sa propre existence n'était que trop évidente : " Encore quelques années, dit-il, je deviendrai comme les mortels dont je contemple aujourd'hui les restes et, comme eux aussi, je serai peut-être un sujet de méditation pour les générations à venir qui chancelleront quelques moments sur les objets de leur curiosité avant de tomber à leur tour dans la poussière."

ann-radcliffe     les-mystères-de-la-forêt

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Desiderio Monsu     Explosion dans une église

 

En vérité, moi,

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Tiel Wetzweiler,

je vous le dis :

 

"Patience, patience,

la fin du Monde est proche..."

 

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hamburg après son bombardement en 1943 (opération gomorrah) 

 "De la destruction comme élément de l’histoire naturelle"

« Selon une méthode éprouvée, ce sont d’abord toutes les fenêtres et les portes qui furent défoncées et arrachées de leur cadres à l’aide de deux tonnes de bombes explosives, puis de petites charges incendiaires mirent le feu aux greniers tandis que dans le même temps des bombes pesant jusqu’à trente livres pénétraient jusqu’aux étages inférieurs. En quelques minutes, sur quelque vingt kilomètres carrés, des incendies s’étaient déclarés partout qui se rejoignirent si vite qu’un quart d’heure après le largage des premières bombes tout l’espace aérien, aussi loin qu’on pouvait voir, n’était plus qu’une immense mer de flammes. Et cinq minutes plus tard, à une heure vingt, un brasier s’éleva, d’une intensité que personne jusqu’alors n’aurait cru possible. Le feu qui montait maintenant à deux mille mètres dans le ciel aspirait l’oxygène avec une telle puissance que l’air déplacé avait la force d’un ouragan et bruissait comme de gigantesques orgues dont on aurait simultanément actionné tous les registres. L’incendie fit rage pendant trois heures. Au maximum de sa force, la tempête arracha les toits et les pignons des façades, fit tournoyer dans les airs et emporta poutres et panneaux d’affichages entiers, déracina les arbres et balaya les gens transformés en torches vivantes. Les flammes hautes comme des maisons jaillissaient des façades qui s’effondraient, se répandaient dans les rues comme un raz-de-marée à une vitesse de cent cinquante kilomètres-heure, tourbillonnaient en rythmes étranges sur les places et esplanades. Dans certains canaux, l’eau brûlait. Les vitres des wagons de tramways fondaient, les réserves de sucre bouillaient dans les caves des boulangeries. Ceux qui avaient fui leurs refuges s’enfonçaient, avec des contorsions grotesques, dans l’asphalte fondu qui éclatait en grosses bulles. »

 W.G.Sebald

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dresden après son bombardement en 1945

Tiel Wetzweiler bis.jpg 

 

"Adieu donc, pauvres fous !"

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 L'Enfer (détail)  tel qu'il apparaît dans le hortus-deliciarum

de herrade-de-landsberg (dit aussi herrade-de-hohenbourg)

 

et pourtant, 

sans commune mesure avec l'enfer

que certains hommes ont construit...

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un enfer qui a pour nom : auschwitz

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un enfer qui a pour nom : treblinka

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puissions-nous nous souvenir chaque jour

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des innombrables victimes de ces innommables atrocités

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et toujours, 

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continuer à exiger réparation 

 

 

à suivre...

08/11/2011

La COUR D'AMOUR

La COUR d'AMOUR

...

De l'amour du Fantastique,

au fantastique de l'Amour

...

Où sont donc passés les temps heureux de l'Amour courtois ???

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La Cour d'amour       encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Le puits d'amour        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Amour sous le regard de Dame-la-lune        

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Rencontre entre Amour et Alchimie        

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Les trois visages de  l'amour, ou 

comment l'Amour peut aussi se nourrir du mensonge      

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Tendre vers le mystique amour        

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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L'amour est un feu follet        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

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La Source d'amour        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Clarté d'amour        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Amour jusqu'en sa limite         encre de chine de l'auteur,

Dominique Mertens

...

 

 

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Amour en coup-de-foudre         encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Le  Messager d'amour        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

Aria sopra la ciaconna

du compositeur Tarquino Merula

Je ne pensais plus jamais

Chanter sur la lyre d'Amour,

Gaiement et doucement,

Car mon âme tourmentée

Ne devait plus jamais pleurer et soupirer

D'un air triste et douloureux.

Pourtant, l'Amour me donne de nouvelles raisons

De jouer et de chanter.

Il y a peu, j'étais un amant dépité.

Sur le bûcher de l'Amour à peine refroidi,

Je chantais encore l'Amour malheureux.

Aujourd'hui, il n'est plus de mise 

De chanter d'une voix rauque et lasse 

La flamme éteinte et les ardeurs passées.

Maintenant, un soleil nouveau enflamme mon coeur.

Il veut que je chante pour lui seul.

Pauvre dépouille déchirée,

Au coeur transpercé et brûlé.

Misérables restes du supplice amoureux.

Plutôt que de m'accueillir dans une tombe modeste,

L'Amour tyran veut encore me blesser.

Il fait de moi sa cible,

Prêt à porter son coup impitoyable et mortel.

Je n'ai jamais entendu

Que l'on sortait de sa tombe un Amour défunt

Pour le faire souffrir encore.

Pourtant l'Amour qui vient

Sonne la trompette guerrière.

Il sonne la trompette guerrière

Contre celui qui est déjà mort d'Amour .

L'Amour ferait mieux de me laisser

Enseveli au pied des cyprès

Où dans le rocher élyséen dur et froid

Il connaitrait une plus grande gloire 

En levant les armes contre les coeurs

Qui lui sont habituellement rebelles.

Il ferait mieux de me laisser en paix

Et me laisser me reposer des souffrances de la mort.

Impitoyable archer, ne t'avise pas

De blesser mon coeur encore une fois.

Ne me décoche pas une de tes flèches.

Mes chants mélodieux finiront par te vaincre.

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Amour est un air joué à la harpe        

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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La quête d'amour        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 Les Préceptes d’Amour

 1. Fuis l’avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux. 

2. Evite toujours le mensonge.

3. Ne sois pas médisant.

4. Ne divulgue pas les secrets des amants.

5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.

6. Conserve-toi pur pour ton amante.

7. N’essaie pas sciemment de détourner l’amie d’un autre.

8. Ne recherche pas l’amour d’une femme que tu aurais quelque honte à épouser.

9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.

10. Tâche toujours d’être digne d’appartenir à la chevalerie d’amour. 

11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois. 

12. En t’adonnant aux plaisirs de l’amour, n’outrepasse pas le désir de ton amante. 

13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l’amour, observe toujours une certaine pudeur.

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christine-de-pisan

Voici la pathétique plainte qu'elle a composée

et qui résume magnifiquement son destin de poétesse au Moyen Age :

Je ne sais comment je dure...

Je ne sais comment je dure,

Car mon dolent (1) coeur fond d'ire (2)

Et plaindre n'ose, ni dire

Ma doleureuse (3) aventure,

 

Ma dolente vie obscure (4)

Rien, hors la Mort ne désire ;

Je ne sais comment je dure.

 

Et me faut, par couverture, (5)

Chanter que (6) mon coeur soupire

Et faire semblant de rire ;

Mais Dieu sait ce que j'endure.

Je ne sais comment je dure.

notes 

(1)  souffrant

(2) chagrin

(3) douloureuse

(4) triste

(5) par dissimulation

(6) ce que

...

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Do frayg amorss

Service d'amour en 7 langues

une chanson du poète Oswald von Wolkenstein traduite par Sieglinde Hartmann

Ah ! mon vrai amour,

Aide-moi !

Mon cheval, mon coursier,

En plus mon coeur,

N'ont qu'une seule pensée :

Courir te voir, ma Dame.

Où je cours, où je dors

Où je me dirige,

Vraiment, mon ancre 

Ne tient pas.

Esclave de moi jadis libre,

Je vous crie merci.

refrain :

Allemand, italien, vas-y!

Réveille-toi en français !

Ris en hongrois !

Fais ton pain en slave !

Fais craquer en flamand !

La septième langue : le latin !

 

Ma bien-aimée,

Voici mon coeur !

Partout, 

De tout mon corps,

Sans plaisanterie,

Avec dignité, 

Je serai entièrement 

A ton service,

Tout comme tu le voudras.

Je ne connais vraiment 

Pas de mauvais tours.

Dieu sait bien comment

Je t'aime.

 

Seulement ce que tu veux,

Ma belle Margareta,

C'est mon profond désir

De le faire aussitôt.

Crois-le, ma chère,

Sous ton obéissance,

Margareta, sur ma foi,

Jours et nuits 

Je m'y soumets.

Où j'irai, je serai

Seulement tien

En toute fidélité !

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Por una caza chica  

(chanson séfarade interprêtée par Esther Lamandier 

sur son cd "Romances" paru au label Alienor)

Dans une petite maison, un jour vis une jeune fille,

à la fleur des ans.  Mon amour lui déclarai.

 

J'allai au devant d'elle, comme l'étoile était belle,

brûlai comme une torche, sans pitié de sa part.

 

Oiseau de toute beauté au visage de clarté,

viens donc à mon côté, ta voix écouterai.

 

L'oiseau de s'approcher, l'oiseau à mon côté. 

Deux minutes passées, l'oiseau s'est envolé.

 

L'oiseau de s'envoler et mon coeur de pleurer, 

me laissant dans l'attente, sans pitié pour autant.

 

 

"Outre qu'il est extrêmement flatteur de se sentir appelé à consoler un être magnifié par la malédiction divine, il y a, dans cette préférence affirmée à la face du monde pour un être que le monde et Dieu même rejettent, une sorte de cachet d'héroïsme en même temps que l'affirmation d'un amour plus fort que les convenances sociales, que l'aspiration au bonheur terrestre, que l'attachement à la vie, que l'espérance même du salut éternel."

Max Milner

Le diable dans la littérature française

 

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 Sc. Huyot   illustration  pour  "quentin-durward" de walter-scott

"Je suis écartelée entre des volontés contraires.  Si je me résolvais à faire ce que je désire et redoute  - le revoir -  il y aurait crime, mais crime d'un instant.  Et ne serait-ce pas préférable à cette existence qui s'épuise en cruelles incertitudes d'où sont proscrits tout autant les plaisirs du péché que les joies pures de l'innocence.  Pourquoi renoncerais-je à le revoir quand toutes mes pensées sont tournées vers lui ?  Au reste, il se pourrait qu'il fût plus séduisant, plus fatalement beau dans mon imagination que sous mes regards.  oui, je le verrai, j'arrêterai mes yeux sur lui, je constaterai combien il diffère de la figure de mes rêves.  et je me détournerai de lui."

 Charles-Robert maturin       Fatale vengeance

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Lasse  *

(complainte médiévale)

Hélas, pourquoi repoussai-je  celui qui m'a tant aimée ?
Longtemps à moi il a pensé et n'y a trouvé pitié.
Hélas, si très dur coeur ai ! Qu'en dirai
Egarée je fus, plus que cruelle quand le repoussai.

J'en ferai droit à son plaisir
S'il m'en daigne ouïr.

Certes, bien me dois clamer et épuisée et malheureuse
Quand s'il n'a pas d'amour, mais grande douceur et rosée
Tant doucement me pria et n’y a recouvré merci.

Egaré fuit quand ne l’aimais.

J'en ferai droit à son plaisir
S'il m'en daigne ouïr.

Chanson va sans délai à celui qui tant m’agrée,
Car Dieu je prie et demande qu'il vienne à moi sans retard.
En sa merci  je me mettrais toute, c’est vrai.
Puisse trouver celui qui m’agrée, que j’ai trop mal trahi.

 

J'en ferai droit à son plaisir
S'il m'en daigne ouïr.

 

*hélas, en "français médiéval"

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Entre moi et mon ami

(complainte médiévale)

Ensemble mon ami et moi,
En un bois près de Béthune,
Nous allâmes jouant mardi
Toute la nuit sous la lune
Si bien que le jour se leva
Et que l’alouette chanta
Disant : « Ami, allons-nous en ! »
Et il répondit doucement :

« Il n’est point encore jour,
Savoureuse au corps gentil,
Que m’assiste l’Amour ;
L’alouette nous a menti ! »

Alors il se rapprocha de moi
Et je ne fus pas rebelle.
Bien trois fois il m’embrassa.
Je le fis moi aussi plus d’une
Et cela ne m’ennuya pas.
Comme nous aurions voulu
Que cette nuit durât cent nuits
Et que plus jamais il n’eût à dire

 « Il n’est point encore jour ! »

 

 

 

à suivre...

 

05/11/2011

SANG POUR SANG

SANG  POUR  SANG

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"Souvent le meurtre ensanglanta ses mains, 

souvent il se porta aux plus affreuses barbaries.  

Il ne se passa plus de jour qu'il ne pût se dire : J'ai fait bien du mal !"

Christian Heinrich Spiess      Le Petit Pierre

 

"Jeanne, qui n'aimait que Rodolphe, qui ne trouvait de bonheur que dans ses bras, jetait souvent les regards de la compassion sur ces scènes d'horreur, soulageait souvent les souffrances des malheureux et versait du baume sur leurs blessures.  Mais elle n'avait pas assez de courage pour donner des conseils salutaires à son bien-aimé et pour le ramener dans le bon chemin.  Lorsque après plusieurs jours d'absence, Rodolphe rentrait chez lui, quelques fois tout souillé de sang, il n'avait qu'à lui adresser un regard tendre, lui faire une simple caresse, pour étouffer tout sujet de mécontentement dans le coeur de son amante." 

Christian Heinrich Spiess                 Le Petit Pierre

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"Qu'il meure et que son sang retombe sur toi !  Il y a là-haut un Etre qui protège l'innocent : c'est lui que j'appelle du fond de l'abîme ; c'est à lui que je m'abandonne."

Christian Heinrich Spiess        Le Petit Pierre

  "Tout crime exige sa punition, tout péché sa pénitence.  Fais ton examen, tu verras qu'il est utile pour toi, qu'il est indispensable  de t'imposer un châtiment volontaire.  Le sang, le sang de l'innocence crie vengeance sur toi, il demande expiation !  Le crime souille ta conscience, il faut qu'elle soit purifiée."

Christian Heinrich Spiess         Le Petit Pierre

 

"-  As-tu été près de mourir ?

-  Oui, très près...  à cause d'un cruel amour, d'un bien étrange amour qui aurait voulu m'ôter la vie.  L'amour exige des sacrifices, et il n'est pas de sacrifice sans effusion de sang..."

sheridan-le-fanu     carmilla

 

"Ma chérie, ton petit coeur est blessé.  ne me juge pas cruelle parce que j'obéis à l'irrésistible loi qui fait ma force et ma faiblesse.  Si ton coeur adorable est blessé, mon coeur farouche saigne en même temps que lui.  Dans le ravissement de mon humiliation sans bornes, je vis de ta vie ardente, et tu mourras, oui, tu mourras avec délices, pour te fondre en la mienne.  Je n'y puis rien : de même que je vais vers toi, de même, à ton tour, tu iras vers d'autres, et tu apprendras l'extase de cette cruauté qui est pourtant de l'amour." 

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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étreinte         encre de chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

"C'est alors que mon attention fut attirée par un détail singulier du plancher.

- Est-ce que ces mouillures sont dues à l'humidité ?

(Michelo garda le silence)  Voyez ces longues taches brunes qui s'étendent presque jusqu'à la porte.

- C'est du sang, me dit le vieillard en frissonnant.

- Du sang !  C'est impossible !  La moitié de la pièce en est couverte.  Pour un tel résultat, il aurait fallu non pas un assassinat mais un véritable massacre.

- C'est du sang, insista Michelo, qui se leva et me suivit d'une démarche hésitante tandis que j'examinais les traces.  C'est ici qu'il a coulé : il a dû jaillir avec force pour éclabousser ainsi le mur.  Les traces finissent un peu avant la porte.

Je m'arrêtai.  des circonstances, des particularités, qui venant à ma connaissance en ordre dispersé n'avaient éveillé en moi que des soupçons ou des interrogations, firent irruption pour m'asséner la plus effroyable conviction.

- Un meurtre a été commis ici, Michelo, et vous qui savez de quel corps le sang s'est épanché, vous qui peut-être avez été témoin du crime, vous gardez un silence obstiné.  Oui, vous vous taisez, bien que peut-être vos étranges souffrances soient dues aux visites que vous rend la victime, bien que peut-êre celle-ci hante les parages, l'âme en peine, bien que peut-être son spectre ait été entrevu cette nuit même dans les passages qui conduisent à cette chambre !"

Charles-Robert Maturin     Fatale vengeance

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antoine-héraut     le-massacre-de-la-saint-barthélémy

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...rouge sang...

 

 

 

12:26 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charles-robert maturin, gothique, sang, occultisme |  Facebook |

03/11/2011

COMMUNIQUER AVEC LES MORTS

La Mort,

thème majeur du gothique

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désespoir        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

...

 

Catherine RIBEIRO

...

"Un jour... la Mort"

extrait d'une chanson essentielle 

(paroles et musique de Catherine Ribeiro+Alpes)

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 Un jour, la Mort,

Cette grande femme démoniaque,

M'invita dans sa fantastique demeure.

Depuis longtemps elle me guettait, m'épiait,

Usant de ses dons,

De ses charmes magiques,

Elle cambrait sa croupe féline,

Fermait à demi ses paupières lourdes de sommeil,

Au-delà desquelles brillaient deux yeux de guet-apens.

Le souffle court, les lèvres entrouvertes,

Elle murmurait :

"Viens chez moi, viens, viens encore !

Viens t'enrouler dans mon repos, repos, repos,

L'éternel repos..." 

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"Aimer la Vie autant que je l'ai haïe..."

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éros-et-thanatos        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Le Feu, symbole de la Vie, symbole de l'énergie sexuelle... 

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damnatio-et-condamnatio        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Arabella chantant une complainte du Klagebüchlein de Hartmann von Aue

       encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Hartmann von Aue

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Ywein      complainte de Hartmann von Aue

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Arabella  r.i.p.        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Torhild gisant sur son tombeau        encre de Chine de l'auteur, 

Dominique Mertens

...

"E s p r i t,  e s - t u   l à  ???"

C O M M U N I Q U E R     A V E C     L E S     M O R T S   ?

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RECEVOIR DES MESSAGES DE  L'AU-DELA ?

... --- ...

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... --- ...

C'est d'abord notre respect

qu'implorent de nous les morts...

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Le Sacrilège        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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"Il tenait toujours ma main ; je l'entraînai, en courant à travers les herbes et les pierres, jusqu'au pied du tombeau.  Mais l'étonnement dont nous avions été saisies en l'apercevant, ne fut pas comparable au sien, lorsqu'il vit quelle était l'entrée de notre demeure.  le temps ne nous permettait pas d'explications ; il nous aida à entrer, et nous suivit ; après avoir remis la barre, nous laissâmes ma soeur, pour observer, au travers de la porte, l'approche de ceux que nous avions entendus, et je conduisis notre hôte dans la grande salle du Souterrain.  

sophia-lee        le-souterrain

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De Profundis        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

"La mort est un dialogue entre 

L'esprit et la cendre.

"Dissous-toi ", dit la mort.

L'esprit : "Madame,

j'ai une autre espérance "

La mort hésite, reprend sa plaidoirie.

L'esprit lui tourne le dos,

Ne laissant pour témoin

Qu'un manteau d'argile."

emily-dickinson

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 "A cette  même heure, heure de minuit, était réunie en quelque antre souterrain une assemblée d'êtres dont l'aspect était en parfaite et monstrueuse harmonie avec le lieu.  D'ù venaient-ils 8  à quel mystérieux appel avaient-ils répondu ?  rien ne le laissait entrevoir.  Beaucoup arboraient ces protubérances, gibbosités, difformités, dont les cauchemars et les terreurs nocturnes sont prodigues.  D'autres, non moins nombreux, étaient drapés dans une sorte de brume qui dissimulait à demi ces figures hideuses que seules les ténèbres peuvent engendrer. Tous étaient silencieux et affairés, mais à quoi s'occupaient-ils ?"

Charles-robert Maturin      Fatale vengeance

 

"Il voyait le château plein de fantômes et de revenants.  S'ils en rencontraient un seulement, le moindre risque qu'ils couraient tous deux, était d'en être étranglés.  Il était inutile de vouloir communiquer avec les gens de l'autre monde et il n'y avait que des coups à y gagner."

anne-radcliffe       julia,- ou_les_souterrains_du_château_de-mazzini 

(a_sicilian_romance)

 

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"Man soll die Toten ruhen lassen...

... Man soll Sie aber auch nicht vergessen !" 

 ("On doit laisser les morts en paix...

... Mais on doit cependant aussi ne pas les oublier !")

(extrait du film  muet "der Turm des Schweigens",  "La Tour du silence", de Johannes Guter, 1925)

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01/11/2011

AUX SOURCES DU GOTHIQUE

Ann RADCLIFFE

aux sources du gothique

Ann WARD naquit à londres en 1764 dans une famille de commerçants estimés.  Elle y reçut une éducation anglicane stricte.  Toute jeune encore, elle aurait connu l'écrivaine Sophia Lee, auteure du roman pré-gothique "Le Souterrain, ou Mathilde", (1785) laquelle dirigeait une école pour jeunes filles de bonnes familles, et sa soeur, Harriet Lee, elle aussi écrivaine.  Ce serait ce roman dont tout le monde parlait alors, qui l'aurait influencée dans l'écriture de ses trois principaux romans que sont La Romance de la forêt, (1791) Les Mystères d'Udolphe, (1794) et L'Italien, ou le Confessionnal des Pénitents Noirs. 1797)

C'est dans le respect de la tradition bourgeoise et conservatrice que grandit Ann.  A l'âge de 23 ans, elle épousa William Radcliffe, un juriste propriétaire de la gazette The English Chronicle.  Ensemble, ils voyagèrent en Allemagne où ils sillonnèrent la vallée du Rhin, admirant au passage les anciennes forteresses qui émaillent son cours.

Restée sans enfants, Ann consacra son temps libre à l'écriture de ses cinq romans, de 1789 à 1797, après quoi elle mit un terme définitif à sa carrière littéraire.  A l'époque où elle les écrivit, Horace Walpole connaissait la célébrité pour son roman Le Château d'Otrante, (1764) et la vogue du gothique était en plein essor. Hélas, d'insistantes rumeurs ne tardèrent pas à circuler au sujet de l'état mental de la romancière, rumeurs qui finirent par provoquer l'exaspération de son mari au point pour celui-ci de se voir dans l'obligation d'exhiber un certificat médical attestant du parfait équilibre mental de son épouse.  

Ann Radcliffe décédera en 1823 à l'âge de 59 ans.  Son succès littéraire fut tel qu'il suscita un engouement sans précédent, engouement qui se traduisit par un florilège d'imitations souvent plus insignifiantes les unes que les autres.  

...

Reportons-nous à présent à l'érudite approche du roman Les Mystères d'Udolphe, telle que nous la livre Maurice Lévy dans sa préface du dit roman, non sans rappeler au préalable que ce dernier en a revu et corrigé la traduction originellement établie par la comtesse Louise Marie Victorine de Chastenay de Lanty en 1797.

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Hans Burgmaier        Amants surpris par la mort

"Il faut retenir de ces premiers romans l'essentiel de ce qu'ils ont en commun : une intrigue plus complexe à mesure que l'art de la romancière se confirme, mais toujours centrée sur des aventures qui ne font sens que lorsqu'elles sont vécues dans le cadre d'architectures médiévales : des châteaux ou des abbayes sui, en Ecosse, en Sicile ou en France sont un même décor et illustrent un symptomatique rêve labyrinthique.  Poursuites effénées, rencontres terrifiantes, découvertes macabres et autres aventures au sens propre déroutantes disent la perte d'une difficile orientation dans des sites nocturnes, toujours tragiquement traversés."

...

"L'espace narratif a toujours des murailles pour limites, comme pour enfermer ensemble héroïne et lecteur dans un univers où n'ont plus cours les codes de la vie ordinaire."

...

"Toutes les héroïnes d'ann Radcliffe font à un moment ou un autre l'expérience de l'angoisse du seuil : Emilie n'échappe pas à la règle.  Quand elle franchit le portail de la forteresse, son coeur se serre et lui viennent à l'esprit des pensées de longues souffrances et de meurtres.  Pressentiment qui se vérifie sans tarder : il y a dans une salle d'Udolphe un fauteuil de fer fixé au sol, dont les pieds et les bras sont garnis de barres et de chaînes, et au-dessus duquel pend un effrayant collier d'acier.  A toutes fins utiles et pour qu'on ne croie pas que ces instruments sont purement décoratifs, un corps ensanglanté gît dans un recoin de la pièce.  Les souffrances infligées par Montoni à sa femme, sa séquestration dans une tour du château et sa mort sont une autre preuve, s'il en était besoin, des tourments associés à l'image du château.  tout se passe comme si l'effrayante demeure était la matérialisation dans l'espace de la volonté de puissance de son infâme propriétaire... et bien sûr pèse sur des centaines de pages l'horreur incertaine de la scène initiale (ou faut-il dire primitive ?) tue par la romancière, orientant l'imaginaire vers d'innombrables supplices : qu'a bien pu voir Emilie derrière le sinistre voile noir ?  Udolphe, aperçu de l'extérieur, paraît suspendu entre deux abîmes : ses remparts prolongent la paroi abrupte du roc et ses tours donnent sur le vide qui s'ouvre à son pied. La verticalité du château continue celle de la montagne.  Des dangers analogues y guettent l'explorateur, liés à la nature du site : danger du vertige, crainte de la chute.  Chute physique et déchéance morale : l'une est souvent dans l'écriture gothique une représentation figurée de l'autre."

...

"Lourde d'un sens pudiquement tu est cette porte sans verrou intérieur qui donne sur les noirs abysses du château, sur l'en dessous des choses, du monde et de la ceinture.  Lieu de tous les dangers, c'est une chambre à coucher, où l'intimité risque à chaque instant l'outrage."

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Charles-marie Bouton        Moine en prières dans une église gothique en ruines

"Il y a beaucoup de non-dit dans le discours d'Ann radcliffe, des opacités, une violence le plus souvent contenue mais qui parfois éclate en descriptions sanglantes, en corps mutilés, en duels meurtriers, en séquestrations et tortures.  Troubles, textuellement parlant, sont les imaginations d'une romancière réputée pour sa pudibonderie : le texte est plein d'appétits inassouvis.  Il s'écrit simultanément sur deux faces : à l'endroit, il y a beaucoup de dignité, de decorum, de décence et d'honnêtes sentiments : rien que de très avouable.  Un côté vertu, dont on pourrait même dire que la romancière l'exhibe avec quelque ostentation.  A l'envers, il y a du désir.  Il y aurait certes quelque ridicule à faire d'Ann Radcliffe une émule ou une rivale du marquis embastillé  -elle qui, lorsqu'elle prévoit une intrusion masculine dans la chambre de son héroïne, la fait providentiellement aller au lit toute habillée... Mais il y a aussi en elle des zones d'ombre, du ténébreux, des choses tues ou qu'il faut lire entre les lignes : de l'inter-dit.  Le XVIIIè siècle voulait que le gothique empruntât à la forêt sa pénombre, en même temps que l'ogive de ses voûtes naturelles et la verticalité de ses troncs."

...

"Métaphorique obscurité : le château cache aussi bien les desseins du maître des lieux.  On ne sait jamais très exactement ce qui se passe à Udolphe : décisions floues et contradictoires concernant Emilie, allées et venues de soldats à figure patibulaire, arrivée de femmes dont le comportement dit avec une tacite véhémence la profession.  Mais que veut donc Montoni ?  Qu'attend-il exactement de celle qui est, depuis qu'il a épousé sa tante, sous sa tutelle légale ?"

...

"En fait, le seigneur d'Udolphe se comporte plus en geôlier jaloux qu'en tuteur légal.  Ou plus exactement, il se dresse, au seuil de son redoutable repaire, tel l'un de ces pères des origines écartant, l'arme à la main, la horde primitive des fils conquérants."

...

"On a souvent désigné le mystère de la chambre close imaginé par Ann Radcliffe comme étant à l'origine de maintes situations analogues du roman policier contemporain : mais a-t-on suffisamment fait remarquer que ces lieux clos sont surtout des appartements interdits ?  Mieux : des chambres à coucher qui ont un passé et une histoire, avec un lit pour principal mobilier ?"

...

"Les déambulations nocturnes de la jeune fille à la recherche de sa tante (image d'une mère de substitution, si peu digne que Mme Montoni soit de l'être) dans les entrailles d'Udolphe peuvent s'interpréter classiquement comme l'exploration du corps maternel, en quête d'une problématique origine.  N'est-il pas significatif que les demeures dont Emilie ne se lasse pas de parcourir nuitamment les couloirs et les appartements, soient toutes deux encore très fortement habitées, hantées par le souvenir des femmes à qui elles ont jadis appartenu ?"

...

"Le message est clair : toute tentative d'affranchissement ou d'émancipation conduit au crime, à la folie et au désespoir."

...

"Mais la romancière ne se contente pas de donner de ses toiles favorites des reproductions sans relief ou des chromos de mauvais goût : son art se situe bien plus haut.  Tout se passe comme si les scènes qu'elle transpose, loin d'être passivement incorporées à l'intrigue, agissaient sur le discours narratif, l'activaient, et d'une certaine manière, l'orientaient.  Les images, devenues texte, colorent et contrôlent l'écriture.  Chaque nouvelle vignette crée l'événement, impose au récit un nouveau régime.  A mesure que l'intrigue se noue et se développe, le texte se plie aux exigences de nouvelles images qui se pressent, s'enchaînent ou se superposent."

...

"Le gothique, de par sa nature, exclut la lumière."

...

"Tout l'art d'Ann Radcliffe tient dans cette écriture nocturne et dissimulatrice, qu'éclairent seules de l'intérieur, des compositions picturales qui sont des pauses, des intervalles, de brefs instants de répit."

Maurice Lévy

(extraits de la préface des Mystères d'Udolphe, éditions Gallimard)

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Les Mystères d'Udolphe

roman gothique de Ann Radcliffe

 

Quelle oeuvre colossale !  Pensez donc : en édition de poche, (Gallimard, collection Folio classique) ce roman ne totalise pas moins de 800 pages d'une rare densité !  Pour une oeuvre qui fut écrite en 1794, cela représente quand même un certain exploit compte tenu de l'indéniable qualité littéraire de celle-ci.  Ann Radcliffe s'y montre sous le jour d'une écrivaine scrupuleuse, soucieuse de vraisemblance, minutieuse dans ses descriptions, fidèle dans l'étude psychologique de ses personnages, sensible, novatrice et, ce qui ne gâte rien, passionnante à lire, même si son écriture élégante date évidemment d'un autre âge et peut donc nous  sembler parfois quelque peu désuète.

Féréol de bonnemaison  Jeune femme surprise par un orage (détail)  couverture de l'édition Gallimard des Mystères d'Udolphe.jpg

Féréol de Bonnemaison     jeune femme surprise par un orage

En guiser d'introduction à ce grand roman gothique, voici un échantillon typique du style de son auteur. Vous remarquerez au passage l'usage particulier qu'elle fait de la ponctuation...

"Sa femme était retirée dans son appartement ; la langueur et l'abattement qui l'avaient accablée, et que l'arrivée des étrangers avait comme suspendue, la saisirent de nouveau, mais avec des symptômes plus fâcheux.  Le lendemain, la fièvre se déclara ; le médecin y reconnut les mêmes caractères qu'à celle dont Saint-Aubert venait d'échapper ; elle en avait reçu le poison en soignant son époux ; sa complexion trop faible n'avait pu y résister ; le mal s'était répandu dans ses veines, et l'avait jetée dans la langueur."

...

Dès le début du roman  -dont le déroulement s'avère extrêmement lent- nos esprits cartésiens sont quelque peu étonnés par la caractérisation souvent fantaisiste des paysages que traversent les héros : la Garonne y sert de liaison expresse entre la Guyenne et le Languedoc-Roussillon, la notion des distances semblant réduite à son minimum pour les besoins de l'action.  Qu'il suffise de se reporter à la description du Voyage en Espagne de Théophile Gautier pour se représenter les incroyables difficultés que comportait ce genre d'entreprise...

Mais poursuivons nos observations au fil du récit qui s'ouvre sous nos yeux : Ann Radcliffe ne craint pas de s'engager au devant de sa propre part de ténèbres, fascinée qu'elle est sans doute par l'insondable mystère du masochisme féminin.  Dans sa quête, elle apportera sa sensibilité et ses hautes exigences morales, qualités qu'elle ne manquera pas de répandre dans toute son oeuvre comme un parfum quelque peu entêtant. En voici un témoignage tout à fait exemplaire :

"Le monde, disait-il en suivant sa pensée, le monde ridiculise une passion qu'il connaît à peine ; ses mouvements, ses intérêts distraient l'esprit, dépravent les goûts, corrompent le coeur ; et l'amour ne peut exister dans un coeur quand il n'a plus la douce dignité de l'innocence.  La vertu et le goût sont presque la même chose ; la vertu, c'est le goût mis en action, et les plus délicates affections de deux coeurs forment ensemble le véritable amour.  Comment pourrait-on chercher l'amour au sein des grandes villes ?  La frivolité, l'intérêt, la dissipation, la fausseté y remplacent continuellement la simplicité, la tendresse et la franchise."

...

"Ma soeur, ajouta-t-elle gravement ; et prenant de sa main froide et humide une des mains d'Emilie, que cet attouchement fit frémir : ma soeur, prenez bien garde au premier mouvement des passions !  prenez garde au premier !  si l'on n'arrête leur course, elle est rapide ; leur force ne connaît aucun frein ; elles nous entraînent aveuglément ; elles nous mènent à des crimes que des années de prières et de pénitence n'effacent pas.  Tel est l'empire d'une passion !  Elle domine toutes les autres, elle s'empare de tous les chemins du coeur ; c'est une furie qui nous possède, et qui nous fait agir en furie, qui nous rend insensible à la pitié, à la conscience ; et quand son but est rempli, furie toujours plus impitoyable, elle nous livre, pour notre tourment, à tous ces sentiments qu'elle avait suspendus, qu'elle n'avait point étouffés, aux supplices de la compassion, du remords, du désespoir.  Nous nous éveillons comme dans un songe : un nouveau monde nous entoure, nous sommes étonnés, épouvantés, mais le forfait est commis.  les pouvoirs réunis du ciel et de la terre ne sauraient plus l'anéantir, les fantômes nous poursuivent.  Que sont les richesses, la grandeur, la santé même, auprès de l'inestimable avantage d'une conscience pure, auprès de la santé de l'âme ?  Que sont les chagrins de la pauvreté, du mépris, de la misère, près des angoisses d'une conscience affligée ?  Oh ! quel temps s'est écoulé depuis que j'ai perdu cette richesse de l'innocence !  je croyais avoir épuisé l'excès des maux, l'amour, la jalousie, le désespoir : ces peines étaient des jouissances, auprès des tourments de ma conscience.  J'ai goûté ce qu'on appelait les douceurs de la vengeance : mais qu'elles sont passagères !  Elles expirent avec leur objet.  Souvenez-vous-en, ma soeur : les passions sont le germe du vice aussi bien que de la vertu !  Tous deux en peuvent sortir, selon qu'on les gouverne.  Malheur à ceux qui n'ont jamais appris l'art si nécessaire de les régler."

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Singulier roman que celui-là, disséminant au fil des pages des principes moraux bien arrêtés, et considérant par ailleurs d'un oeil critique les choses de la religion :

"Qui donc a pu inventer les couvents ? se disait-elle.  Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent ?  L'hommage d'un coeur reconnaissant est celui que Dieu nous demande ; et quand on voit sa gloire, n'est-on pas bien reconnaissant ?  je n'ai jamais senti tant de dévotion pendant les heures d'ennui que j'ai passées au couvent, que pendant le peu de minutes que j'ai passées ici : je regarde autour de moi, et j'adore Dieu du fond de mon coeur."

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Terminons ce  bref hommage à Ann Radcliffe par ces quelques mots de Joseph Méry écrits en 1840 :

"Chaque page semble tourner avec accompagnement de ferailles ; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe ; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur.  un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux ; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."

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 La   Cloche   de   minuit  

(the midnight bell) 

                                           roman gothique (extraits)

                                                   de

                                          Francis LATHOM   

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 "A peine avait-il fait quelques pas, que le son  éloigné d’une cloche frappa son oreille.  Il regretta beaucoup d’avoir été obligé de partir plus tard qu’il ne l’avait projeté, mais toujours résolu de poursuivre son entreprise, il accéléra le pas.

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Albrecht Dürer     château de Trient (aquarelle)

 Arrivé sous les murs du château, et favorisé par la lumière de la lune, il en fit le tour en cherchant des yeux la poterne.  Un instant, il crut apercevoir une lumière dans une des croisées du second étage.  Il s’arrêta, mais la lumière n’ayant pas reparu, il passa outre, persuadé que son imagination l’avait trompé.

 Il arriva enfin à la poterne ; elle était fermée !  Il la poussa d’un bras vigoureux.  Elle céda  sous ses efforts.  Il entra, fit quelques pas, tendit l’oreille et regarda tout  autour de lui ; il n’entendit que le silence, et ne vit que les ténèbres.

Il retourna alors sur ses pas, et franchit à nouveau la porte.  Là, ayant allumé sa lanterne qu’il a soin de tenir de manière à pouvoir la cacher promptement sous son large manteau, il rentra dans le château, et ferma sur lui la porte, juste comme il l’avait trouvée. 

 Il s’avança le long d’un passage voûté à l’extrémité duquel, en tournant à gauche, il trouva une porte ; il la franchit, et entra dans la grande cour du château.  Il fit encore quelques pas, puis leva sa lanterne afin de mieux voir les objets qui l’environnaient.  Tout autour de la cour, il aperçut de nombreuses colonnes de marbre, et à l’extrémité, une grande porte de fer.  En face se trouvaient quelques marches  bordées d’une rampe aux côtés de laquelle il y avait deux portes hautes et étroites.  C’est par l’une de ces portes que le comte était entré dans la cour.

 Il monta les marches.  Une longue galerie s’étendait sur la droite et sur la gauche.   Levant à nouveau sa lanterne, il porta d’abord son regard vers l’extrémité de la galerie, à droite.  Il aperçut des portes de chacun des côtés.  Cette galerie se terminait par un mur blanc.  Il obliqua à gauche.  Cette seconde galerie était plus étendue que la première.  Pendant qu’il l’examinait, il crut voir passer rapidement une silhouette cernée d’ombre.

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Il avança lentement.  Au bout de la galerie de droite se trouvait un corridor  qui conduisait en descendant à une autre galerie fort semblable à celle qu’il venait de quitter.  Au fond de cette galerie, il découvrit soudain une porte entrouverte.  Cachant sa lanterne, il regarda au travers de cette porte.  Tout était enténébré.  Il tira sa lanterne de dessous son manteau, et entra dans une chambre magnifiquement meublée.  Rien n’indiquait qu’elle eût été récemment habitée.  Ne trouvant pas d’autre issue, il retourna dans la galerie.  Le bruit d’une porte à peu de distance attira son attention.  Il ne put pas déterminer de façon précise de quelle partie du château provenait le bruit, mais il conjectura qu’il était parti de la galerie située à droite des escaliers qui l’avaient conduit de la cour au château.  Il suivit le son.  Cette galerie se terminait elle aussi par quelques escaliers donnant sur un corridor de même longueur.

 Après avoir réfléchi un instant sur la marche à suivre, il descendit les escaliers.  Au bas de ceux-ci se trouvait une porte, comme de l’autre côté.  Il remit sa lanterne sous son manteau, et il se disposait déjà à tenter de forcer la porte, quand il entendit un long gémissement qui lui parut poussé par une personne proche de lui.  Il tourna la tête, mais n’aperçut rien.  Il commençait à croire que ses sens l’avaient trompé, et il était sur le point de poser la main sur la porte, quand il en fut empêché par un cri étouffé en provenance de l’appartement auquel menait cette porte.  Il écouta.  Par deux fois encore le même bruit se fit entendre.  Il ne douta plus qu’il ne vint de l’appartement fermé par la porte devant laquelle il se trouvait.  Le silence se fit à nouveau.  Pour la troisième fois, il se disposait à entrer quand plusieurs voix parlant ensemble et d’un ton suppliant, se firent entendre.  Son étonnement fut à son comble.  Tout à coup, les voix se modifièrent et entonnèrent un chant solennel.  Le comte reconnut un chant religieux.  Toujours inébranlable dans son dessein, il cacha à nouveau sa lanterne, ouvrit la porte, et entra.

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En face de la porte par laquelle il était entré, il y avait une autre porte, plus petite, et voûtée, d’où s’échappait une faible lumière.  En regardant autour de lui, il remarqua qu’il se trouvait dans une petite sacristie située juste derrière l’autel d’une chapelle à laquelle aboutissait la porte voûtée.  Il marcha avec précaution vers un endroit à partir duquel il put découvrir tout l’intérieur de la chapelle.  A faible distance des marches de l’autel, une figure pâle et décharnée était agenouillée auprès d’un cercueil, une croix dans la main gauche, et une discipline dans la main droite.

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Albrecht Dürer      le pénitent 

Trois moines étaient agenouillés de l’autre côté du cercueil.  C’étaient leurs voix qu’avait entendues le comte.  Ils poursuivaient leur chant.  Lorsqu’ils en eurent fini, tout trois se signèrent du signe de la croix, et commencèrent une prière dans laquelle 

ils  imploraient la miséricorde divine en faveur du pénitent.  En même temps, la figure dont l’ample vêtement noir ne permettait pas de distinguer le sexe, se leva et se fustigea les épaules avec la discipline qu’elle tenait dans la main droite.  La douleur lui arracha bientôt de sourds gémissements, comme ceux que le comte avait entendus.  Bientôt les moines firent une autre prière à laquelle se joignit le pénitent.  Après cela, ils quittèrent ensemble la chapelle par la porte faisant face à l’autel.  L’un des moines portait une lampe qui, durant leurs dévotions, était placée sur le cercueil devant lequel ils s’étaient agenouillés. 

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Francisco Zurbaran    Saint Sérapion (détail)

 A la vue de cette scène, la ferme résolution du comte Byroff de débrouiller enfin le mystère qui enveloppait ce château, s’était évanouie.  La psalmodie résolument religieuse des moines, la douleur de la personne pour le salut de laquelle ceux-ci imploraient le ciel, ne l’autorisèrent pas à troubler l’impressionnante et terrible cérémonie, et quand celle-ci fut terminée, il sentit une répugnance insurmontable à se présenter devant des hommes qui auraient le droit de lui reprocher son intrusion furtive dans le château, et qui refuseraient probablement ses excuses. 

 Il perdit quelques instants à réfléchir sur le parti à prendre. Il entendit des pas dans la galerie, mais le bruit expira sur le  champs. Il ne douta pas, d’après ce que Jacques lui avait dit, que ce bruit ne fût fait par les moines en se retirant.  Le bruit d’une porte qui retentit dans tout le château le confirma dans son opinion.

 

Il se détermina à entrer dans la chapelle, et chercha à découvrir ce qu’était devenue l’apparition qu’il avait entrevue, car il croyait fermement, sans trop cependant savoir pourquoi, que celle-ci n’avait pas quitté le château.  Il ne doutait plus que cette personne ne fût, ou le comte Frédéric, ou la comtesse Anna.  Naturellement, il inclinait à croire que c’était le premier.  Cependant, les propos d’Alphonse semblaient indiquer que c’était cette dernière. 

Arrivé au fond de la chapelle, il trouva que la porte par laquelle étaient passés les moines, était fermée.  Il voulut l’ouvrir, mais elle résista à ses efforts.  A ce moment-là, une lumière frappa ses yeux.  Il cacha aussitôt sa lanterne.  La lumière s’avança, et lui permit d’apercevoir une autre porte de fer, laquelle menait à un long et étroit passage à l’extrémité duquel parut presque simultanément, portant une lampe, la silhouette qu’il avait vue dans la chapelle.  Elle ouvrit une porte en face de celle où était le comte, et la referma sur elle.  L’obscurité revint. 

Il reprit sa lanterne à la main, mais la porte par laquelle la personne était entrée, était trop éloignée  pour qu’il put en discerner  les traits à la faible lueur que procurait sa lanterne.  Il résolut néanmoins de la poursuivre, et s’il parvenait jamais à la rattraper, de s’adresser à elle. 

Après avoir traversé successivement plusieurs passages, une suite d’appartements le conduisit à une chambre et à un petit cabinet attenant.  Au fond de ce cabinet, il aperçut un escalier dérobé du pied duquel  partait la galerie à l’extrémité de laquelle s’ouvrait la porte de la chapelle.  Il se précipita de ce côté dans l’espoir d’y retrouver la porte par laquelle avait disparu l’obscure silhouette.  La muraille était de forme semi-circulaire.  Il en conclut qu’il se trouvait à présent dans une des tours qui enserrait les quatre coins du château ; mais toutes ses recherches ne purent lui faire découvrir la moindre porte en cet endroit du château.

Posant sa lanterne à même le sol, il passa et repassa la main sur toutes les parties de la muraille.  Finalement, il crut sentir une légère proéminence qui, au toucher, lui parut être un gond.  Il reprit sa lanterne afin de s’en assurer.  A son grand désespoir, il vit que la mèche de sa lampe était sur le point de se consumer.  Il se hâta donc de retourner à la galerie tant qu’il lui restait quelque lumière.  Il craignait, si elle venait à s’éteindre, qu’en cherchant son chemin dans l’obscurité, son absence ne se prolongeât jusqu’au moment où il fût impossible de la dissimuler à Lauretta dont le courage n’arriverait certes pas à surmonter cette nouvelle épreuve.  A pas précipités, il suivit le couloir qui l’avait mené à la chapelle, mais à peine arrivé dans la galerie, sa lampe expira. 

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Heureusement, le jour commençait à poindre.  Il descendit sans peine jusqu’à la cour.  Il se remémora bien le chemin qu’il avait suivi, et gagna la poterne.  Mais quelle fut sa surprise en la trouvant fermée !

Il se reprocha de n’être pas sorti du château avant les moines, d’autant plus qu’il savait par le récit de Jacques que ceux-ci fermaient la porte lorsqu’ils quittaient les lieux.  Il retourna dans la cour, et essaya d’ouvrir la grande porte.  Ses efforts furent vains ! 

« Mais comment, se disait-il à lui-même, Alphonse a-t-il pu sortir d’ici après le départ des moines ? »

Cette idée lui redonna espoir de trouver une autre issue.  Après de longues et pénibles recherches, force lui fut de renoncer.  Il s’inquiétait que Lauretta ne découvrît son absence et n’en soupçonnât le motif.

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 Après avoir passé ainsi deux heures en recherches stériles et en vaines lamentations, il crut entendre le bruit d’une clef tourner dans la serrure de la poterne.  Il s’arrêta pour mieux écouter et n’entendit plus rien.  Il s’imagina alors qu’il s’était trompé.  Néanmoins, il voulut s’assurer de la vérité, et courut à la porte.  Elle était ouverte !!!  Il tressaillit de joie et, franchissant le seuil de la poterne, il s’éloigna rapidement du château sans plus chercher à savoir par qui et pour quelle cause la porte avait été ouverte."

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à suivre... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

22/10/2011

RENCONTRES GOTHIQUES

Une rencontre incontournable...? 

ENTREZ

dans mon univers gothique

et faites-y

de singulières rencontres....

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La grille          encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

et donnez-vous la peine

de l'explorer de long en large

 en consultant mes archives

(ci-contre, à gauche)

 car  ici-bas

TOUT  N'EST  QUE

S O U F F R A N C E

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Triomphe gothique         encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

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Vierge sage         Niklaus Manuel Deutsch        

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Rencontre gothique        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

(interprétation libre d'un dessin de M.Dereau)

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Engagement        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

"Je ne savais de quelle manière interpréter les propos menaçants de cet individu, car au travers du délire sous-jacent qui l'habitait pointait l'ombre inquiétante d'une sorte de sagesse.

Ainsi donc, comme le prétendait souvent mon cher ami Seward, il n'y avait finalement que peu ou pas de différence entre le fou et le sage, car tous deux, insouciants de plaire ou de déplaire, disent exactement ce qu'ils pensent, sans prêter attention aux conséquences de leurs paroles."

Françoise-Sylvie Pauly

L'invité de Dracula

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"On prit place au repas de noces.  Après le festin, Rodolphe conduisit sa bien aimée à un appartement qu'il avait fait disposer à la hâte.  Comme ils traversaient la galerie voûtée dont les longues fenêtres gothiques recevaient les rayons de la lune, Régine, désirant contempler l'astre des amants, fut conduite par Westerbourg sur un balcon.  Là, le couple amoureux jouissait du plus charmant aspect.  C'était une nuit des plus claires et des plus ravissantes ; pas un souffle dans l'air, pas un nuage sous les cieux étincelants d'étoiles.  La nature semblait ensevelie dans un doux sommeil.  Le hibou de la tour avertissait seul nos amants que d'autres créatures veillaient encore."

Christian heinrich Spiess      Le petit Pierre

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Là-bas, perdu dans une forêt de mélèzes,

demeure cet homme avec lequel je veux m'entretenir...  

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Le bois de mélèzes        encre de Chine de l'auteur

" J'ai   à   vous   parler..."

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Ma rencontre avec un moine de Weisemburg 

     encre de Chine de l'auteur 

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L' ermite de la forêt, surnommé l'admirable        

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

  

 Quelques menus propos échangés avec l'ermite 

au sujet de Wolfram Manteufel :

"Illum oportet crescere, me autem minui..." 

"Il faut qu'il croisse, et que je m'efface..."

 (paroles prononcées lors de la Passion du Christ au pied de la croix par Saint-Jean,

et retranscrites sur le Retable d'Isenheim  par Mathias Grünwald)

 

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en ce lieu vide et creux résonne encore cette plainte horrible

qu'on dirait tout droit sortie du néant le plus affreux...

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la Main de gloire        encre de chine de l'auteur

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 "Dans la tombe, l'oeil de Dieu regardait  Caïen..."

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19/06/2011

UNIVERS GOTHIQUE

RIEN

de   si   certain   que

la MORT...

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la Mort nous dépouille de toutes choses

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NIHIL

NEANT

RIEN

L'Envie cède à la Mort seulement...

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La Mort nous égale tous...

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La Mort, le Néant, la négation de tout...

 

la PASSION, antichambre de la MORT

"Si la COMPASSION n'est pas un sentiment voluptueux,

comment se fait-il que

RIEN ne nous bouleverse autant que

la BEAUTE souffrante ?"

Christophe Martin WIELAND

 NIHIL

NEANT

RIEN

OISEAU  DE  MALHEUR !!!!!

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"Hie muost du yn..."

"C'est là qu'il te faut aller"

(inscription sur une peinture de

Hans Baldung Grien)

"Wohin denn ich ?

"Es leben die Sterblichen von Lohn und Arbeit ; wechselnd in Müh und Ruh.

Ist alles freudig, warum schläft denn nimmer nur mir in der Brust der Stachel ?"

"Où suis-je alors ?  Les mortels vivent de salaire et de travail, alternant entre fatigue et repos. 

Si tout est joie, pourquoi n'y a-il que moi à ne jamais pouvoir dormir que dans le giron de la souffrance ?"

Friedrich Hölderlin

 

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Oiseaux de mauvaise augure         encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

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Hommage à un

maître du Fantastique,

Edgar Allan Poe,

auteur du poème

The Raven / Le Corbeau

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Le Corbeau        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

La Complainte de la Blanche Biche         

Celles qui vont au bois, c'est la mère et la fille

La mère va chantant et la fille soupire.

Qu'a vous à soupirer ma blanche Marguerite ? 

j'ai bien trop d'ire en moi et n'ose vous le dire !

Je suis fille le jour et la nuit blanche biche.

La chasse est après moi, les barons et les princes.

Et mon frère Renaud qui est encore le pire.

Allez ma mère, allez bien promptement lui dire;

Qu'il arrête ses chiens jusqu'à demain midi.

Où sont tes chiens Renaud, et la chasse gentille ?

Ils sont dedans le bois, à courre blanche biche.

Arrête les Renaud, arrête je t'en prie !

Trois fois les a cornés, de son cornet de cuivre.

A la troisième fois, la blanche biche est prise.

Mandons le dépouilleur qu'il dépouille la biche;

Celui qui la dépouille dit :"je ne sais que dire ; 

Elle a le cheveu blond et le sein d'une fille !"

A tiré son couteau en quartiers il l'a mise.

En ont fait un dîner aux barons et aux princes.

Nous voici tous siets, hors ma soeur Marguerite.

Vous n'avez qu'à manger ; suis la première assise.

Ma tête est dans le plat, mon coeur aux chevilles.

Mon sang est répandu par toute la cuisine, 

Et sur ces noirs charbons mes pauvres os s'y grillent.

Celles qui vont au bois c'est la mère et la fille.

La mère va chantant et la fille soupire.

Qu'a vous à soupirer ma blanche Marguerite ?

J'ai bien trop d'ire en moi, et n'ose vous le dire !

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Blanche Biche          encre de Chine de l'auteur

 illustration pour la chanson "Blanche biche" du groupe folk-rock Malicorne

 

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 Hausbuchmeister      Hochwildjagd

 "Seigneur, éloigne cette coupe de mes lèvres..."

(la Bible, paroles prononcées par le Christ au cours de sa Passion)

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Mathias Grunewald        détail du rétable d'Issenheim

"L'amour me fait désirer

Et aimer si follement 

Que je ne puis espérer ou penser

Ou même imaginer 

Que le délicat et doux visage

Qui m'a fait succomber 

Pourrait me remplir de joie."

L'amour me fait désirer (extrait)  complainte de Guillaume de Machaut

 

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 "Ego te absolvo"

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"Ego te absolvo"        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

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 ...TENTATION GOTHIQUE... 

 

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Zurbaran       moine 

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 Albrecht Dürer      

les cavaliers de l'Apocalypse déferlent sur le monde où s'est répandue

la coupe de la colère divine

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 Craignez, craignez Sa colère !!!

 

repentez-vous, car

la fin des Temps est proche !!!

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L'exhortation de l'ermite      encre de Chine de l'auteur

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Médiéval ?       Gothique ?  

Que de vies précieuses séparent ces deux époques,

et pourtant...

Le pas est vite franchi sur l'horloge du Temps...

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L'Heure  

Si j'avais dans ma vie une heure, une seule heure,

Où ce coeur, gémissant d'un souffle qui l'effleure,

Eût joui d'un plaisir   - si fugace fût-il -,

Pour ce furtif instant, pour cette brève joie,

Je reprendrais, moins triste et plus vaillant, ma voie,

Et, puisant de l'espoir dans ce bon souvenir,

Je dirais à mon coeur :  "Sois fort, tout va finir !"

Mais j'interroge en vain l'horreur de ma mémoire,

A chaque page, au livre amer de mon histoire,

Un mot s'épanouit comme une rouge fleur :

Malheur  - et puis Malheur !  - et puis encore Malheur !

(poème de Louis Duchosal dédié au peintre Ferdinand Hodler)

 

 

rien que les armes de WM.jpg

 

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 Wolfram Manteufel tête.jpg

Wolfram Manteufel buste début lanterne.jpg

Wolfram Manteufel dans la nuit la lanterne et plus.jpg

 Wolfram Manteufel dans la nuit avant dernier.jpg

Wolfram Manteufel dans la nuit.jpg

 

Wolfram Manteufel,

me voici...

 

tel que je me suis moi-même représenté

(encres de chine de l'auteur)

 Suivez-moi dans mes innommables pérégrinations 

 

SANG 

POUR 

SANG

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Jan Sanders Hemessen        Tarquin et Lucretia

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Le sacrifice        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

...............

Certains groupes gothiques on un sens particulier du rituel sacrificiel

 

 

 

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Médiéval ?       Gothique ?  

Que de vies précieuses séparent ces deux époques,

et pourtant...

Le pas est vite franchi sur l'horloge du Temps...

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L'Heure  

Si j'avais dans ma vie une heure, une seule heure,

Où ce coeur, gémissant d'un souffle qui l'effleure,

Eût joui d'un plaisir   - si fugace fût-il -,

Pour ce furtif instant, pour cette brève joie,

Je reprendrais, moins triste et plus vaillant, ma voie,

Et, puisant de l'espoir dans ce bon souvenir,

Je dirais à mon coeur :  "Sois fort, tout va finir !"

Mais j'interroge en vain l'horreur de ma mémoire,

A chaque page, au livre amer de mon histoire,

Un mot s'épanouit comme une rouge fleur :

Malheur  - et puis Malheur !  - et puis encore Malheur !

(poème de Louis Duchosal dédié au peintre Ferdinand Hodler)

 

merci Henri Lievens d'avoir illustré aussi admirablement les

Histoires maléfiques de Claude Seignolle (éd. Marabout)

 

rien que les armes de WM.jpg

 

blason aigle WM.jpg

 

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 Wolfram Manteufel tête.jpg

Wolfram Manteufel buste début lanterne.jpg

Wolfram Manteufel dans la nuit la lanterne et plus.jpg

 Wolfram Manteufel dans la nuit avant dernier.jpg

Wolfram Manteufel dans la nuit.jpg

 

Wolfram Manteufel,

me voici...

 

tel que je me suis moi-même représenté

(encres de chine de l'auteur, Dominique Mertens)

 Suivez-moi dans mes innommables pérégrinations 

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Dans ses yeux je voyais ma mort       encre de Chine de l'auteur ,

Dominique Mertens

"Mortem meam in oculis suis videbam"

"In seinen Augen sah ich meinen Tod"

créature rampante aux pieds de son maître.jpg

Amours histrioniques ?  Amours vampiriques ?   

encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

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 L'initiation de la succube        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

Requeim for a vampire 077 forteressse.jpg

 ici, en ce  lieu ténébreux, siègea  le

Tribunal du Sang 

 

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Portrait de femme portant une croix gothique        encre de l'auteur,

Dominique Mertens

"L'ayant trouvé inébranlable, elle le conjura

de porter sur lui une petite croix.

Cette croix, lui dit-il, a appartenu à ma défunte femme,

et comme elle a été baisée par le pape,

elle vous protégera contre le diable et les esprits."

Francis Lathom       La Cloche de minuit

à genoux, mécréants !!!

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Le prêche de l'ermite      encre de Chine de l'auteur,
dominique Mertens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16/06/2011

Mon ROMAN GOTHIQUE

   Wolfram  Manteufel

       Wolf  ram      Mann         Teufel

                   Loup                 Homme            Diable

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Mi-homme, mi-bête       encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

 

 Un petit aperçu

de ce qui vous attend dans mon nouveau  roman...

toujours en cours d'écriture !!!

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Délivrance          encre de Chine de l'auteur, Domiique Mertens

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gisant fracassé à même la peau de ce bas monde

" Tu enfanteras dans la douleur..."

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l'accouchement     dessin à l'encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

Concevoir la Vie : un processus alchimique...

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"Celui qui acquiert la Sagesse sera maître de l'Univers"

in utero    dessin à l'encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

l'Amour est un feu...

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l'amour est un feu      encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

 

...qui ravage tout sur son passage

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 le mystère de l'amour        encre de Chine de l'auteur,

Dominique Mertens

 

MAIS...

cette citation

étonnemment

sulfureuse  :

" ...En particulier, je parvins à mépriser,

sinon à exécrer la beauté des femmes,

et à la considérer comme le plus grand piège

auquel est sujette l'humanité."

James HOGG      

Confession du pécheur justifié

...

"Pense à tout ce qui s'est passé aujourd'hui et dis-moi s'il n'y a pas d'autres infortunes que celles de l'amour !"

Horace Walpole     Le Château d'Otrante

...

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Lucas Cranach         Vénus et Amour  gravure

 "Pour les amants, aucun plaisir n'égale celui de parler de leur maîtresse !"

Horace Walpole     Le Château d'Otrante

"...et je me consolai par la certitude que la vie du croyant, à mesure qu'elle avance, est marquée par le combat et par la souffrance."

James Hogg     Confession du pécheur justifié

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Tilman Riemenschneider     Femmes éplorées

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la Main de Gloire

"J'y reconnus de sinistres mains brunâtres, desséchées et refermées sur elles-mêmes, l'index sentencieusement pointé..."

(Dans ses yeux je voyais ma mort, chap.11, p.435)

 dessins à l'encre de Chine de l'auteur

entrer des mots clefs

la crypte éclairée par les  Mains de Gloire

 

 

 

 

 

 

06/05/2011

SORCIERES JETEUSES DE SORTS

disee

        behis

                artares

                           arbora

                                     bergonote

                                                      etenobre

                                                                     briegrase

                                                                                    irtrasi

                                                                                              hebeesid

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 les Lavandières de la Nuit 

crayonné de l'auteur

...et ce que j'en fis...!!!

 

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les Lavandières de la Nuit     

encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens

 

 

 

05/02/2011

ROMANS GOTHIQUES

 

 

 

"Le gothique en tant qu'ombre de la culture occidentale..."

cette formulation percutante est de Maurice Lévy dans son livre

"Le roman gothique anglais, 1764-1824"

 livre qu'il peut être intéressant de mettre en relation avec les 2 références sociologiques(pour la hardiesse de leurs analyses)

que sont:

"Asphyxiante culture" de Jean Dubuffet (éd. Jean-Jacques Pauvert, 1968)    et

"La société du spectacle" de Guy Debord (éd. Champ Libre, 1971)

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Un ouvrage-clé de la littérature gothique :

 

Ernst-Theodor Hoffmann

Les Elixirs du Diable

Histoire posthume du capucin Médard

 

Alors qu'il travaillait à la première partie de cette oeuvre, Hoffmann en confia les traits essentiels à son éditeur :

"Oneiros, le dieu des rêves, m'a inspiré un roman qui jaillit de moi, paré des plus vives couleurs.  Le dessein en est fort ambitieux : il s'agit de montrer en pleine lumière, dans la vie bizarre et tortueuse d'un homme soumis dès sa naissance à l'action des forces célestes et infernales, les liens mystérieux de l'esprit humain avec tous les principes supérieurs qui, dissimulés dans la Nature, ne se manifestent que par des éclairs, brefs scintillements que nous appelons hasards" (24 mars 1814)

Voici ce qu'en dit, pour sa part, Marcel Schneider dans la préface de l'édition parue chez Stock (Nouveau Cabinet Cosmopolite) en 1987 :

"Tout est vrai dans Les Elixirs, mais d'une autre vérité, celle du fantasme, de l'angoisse psychique et du mythe.  Nés de la nuit, ces Elixirs sont des philtres funestes et funèbres, "Todestrank" d'amour et de mort comme le vin herbé de Tristan et Iseult.  Le roman de Hoffmann se déroule tel un songe tumultueux, un cauchemar presque.

"...Les Elixirs du Diable restent le grand livre de Hoffmann, car il y a combiné les deux thèmes qui le hantent, celui de la folie et celui de la puissance du mal.  Le premier ressortit à la connaissance de l'esprit et du corps, le second à la métaphysique et à la religion." 

"... Dès qu'il a avalé le breuvage diabolique, Médard (le héros du livre) se divise et, hanté par la vision de son double, il commet dans l'inconscience une suite de crimes, de sacrilèges et d'assassinats."

"...Ce n'est qu'après bien des épreuves et des tribulations, après un châtiment sincèrement accepté et dans la contrition parfaite, qu'il sera libéré de la présence immonde, exorcisé vraiment.  Ainsi peut-il, au soir de sa vie, faire figure de saint homme.  Le sujet des Elixirs, c'est la lutte contre la folie, contre les puissances du mal, contre le destin.  Pour chacun de nous existent un destin personnel où interviennent l'hérédité, les dons, la culture, et un destin commun qui nous dépasse, contre lequel nous ne pouvons rien, qui est le lot de l'humanité.  La rencontre de ces deux puissances qui nous gouvernent produit des instants décisifs, sortes d'étincelles qui déterminent notre existence : nous nommons ces instants hasards alors que ce sont en réalité les heurts des deux formes de la fatalité- fatalité intérieure et fatalité extérieure.  Le hasard n'existe pas.  Il suffit de connaître l'enchaînement des choses pour prévoir ce qui arrive.  Mais se mettre au-dessus du destin et être pareil à Dieu a toujours été le désir le plus lancinant, le plus insensé, le plus exorbitant de l'homme."

"...Ce que redoute le moine Médard, en plus de la damnation éternelle, c'est la dissociation de son moi et la chute dans la folie.  Perdre la raison a toujours été la hantise de Hoffmann.  A vivre constamment dans la dualité où nous contraignent les exigences du gagne-pain et les impératifs de la vie sociale, (Hoffmann avait fait carrière dans la Magistrature) et le moi se brouille avec lui-même, la personnalité se fissure, se fragmente, tombe en éclats et les caractères faiblement organisés se laissent aspirer par le vertige de la démence.  Ce qui a sauvé Hoffmann, c'est la croyance en sa vocation artistique et c'est aussi le noyau infrangible de son génie."(Hoffmann fut un musicien renommé)

"...Hoffmann a parié pour Dieu comme l'a fait Blaise Pascal.   (écrivain, mathématicien, physicien, moraliste, théologienet philosophe, auteur, entre autres, des "Pensées")    Seulement, pour arriver à ce but, il est obligé de faire alliance avec la folie... folie qui apparaît sur la Terre comme la véritable reine des esprits."

"...Le dérèglement de l'esprit, autant que celui des sens, nous livre à une servitude aussi morne que celle de la raison.  Il faut surmonter le jeu stérile des contraires et se libérer en unissant folie et raison. Nous profitons alors des intuitions géniales que procure la folie et de la liberté que seule assure la raison. On aura reconnu là la vertu salvatrice de la création artistique : l'art comme religion, l'art comme salut." 

 

Car, au cours de l'existence, les tentations sont nombreuses, et impérieuse se fait la nécessité de sortir vainqueur du combat qui nous est proposé.  Laissons Euphémie, une des héroïnes du roman, le soin de nous éclairer davantage :

"Avoue que j'ai su conquérir une rare domination morale sur tous les gens de mon entourage ; je crois, d'ailleurs, que c'est plus facile à la femme qu'à l'homme.  Et cela pour une raison bien simple. Outre le charme indiciblement irrésistible dont la nature a paré extérieurement la femme, en elle réside ce principe supérieur qui unit son charme et sa puissance morale, en fait un seul et même élément, grâce auquel elle peut imposer sa volonté.  C'est en sortant de soi-même qu'on peut contempler d'un autre point de vue son propre moi, qui apparaît alors comme un instrument cédant à la volonté supérieure qu'on a de poursuivre le but qu'on s'est assigné comme le plus haut dans la vie.  Et sais-tu quelque chose de plus élevé que d'imposer sa volonté, que de dominer la vie dans la vie, que de retenir arbitrairement, à son gré, comme sous le charme d'une force magique, tous ces phénomènes et ses joies multiples."

 

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 "Je t'aime bien, Médard,

mais tu ne m'as pas comprise,

mon amour est la mort !"

murmurait et chuchotait autour de moi la voix d'Aurélie, et ferme était ma résolution de confesser librement au juge l'histoire étonnante de mes crimes et puis de me donner la mort."

 

E.T.A.HOFFMANN

Les Elixirs du Diable

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 Un ouvrage-clé de la littérature gothique :

  Charles-Robert Maturin

 

Fatale vengeance

ou

La Famille de Montorio

 

Né en 1782, Charles Robert Maturin descendait d'une famille française de réfugiés protestants.  C'est au collège de la Trinité à Dublin, sa ville natale, qu'il se distingua par ses compositions dans le domaine des belles-lettres qui lui valurent plusieurs prix.  Sitôt qu'il le put, il épousa son amie d'enfance de laquelle il eut plusieurs enfants.  Mais il ne tarda pas à éprouver les privations les plus cruelles lorsque son père, perdit sa place de suppléant du curé desservant la paroisse de Dublin.  Sans fortune, Maturin accueillit des écoliers chez lui, et créa une sorte de pension. Cet établissement réussit, mais il eut l'imprudente générosité de répondre pour un ami qui prit la fuite et laissa à ses cautions le soin de payer ses dettes. Par suite de cette affaire, Maturin fut obligé de céder sa pension et se trouva sans autre ressource que sa plume.  Ce fut alors qu'il publia successivement La Famille Montorio, Le Jeune Irlandais, et Le Chef Milésien.  Il avait déjà composé Bertram lorsqu'il était instituteur.  Maturin se rendit à Londres, où Walter Scott était alors, et lui soumit son manuscrit.  Sur quoi, Walter Scott le recommanda à Lord Byron, qui jouissait d'un important crédit, et Bertram fut joué en 1816.  L'acteur Kean produisit un effet prodigieux dans le rôle principak, et la pièce, louée ou critiquée avec une égale chaleur, eut un succès comparable à celui du Pizarre de Shéridan.  

Sur la demande particulière de Kean, Maturin composa la tragédie de Manuel, qui ne répondit pas à l'attente générale.  Fredolpho n'eut pas un sort plus heureux.  Le roman de Pour ou Contre, Melmoth et Les Albigeois, ont prouvé que, malgré le succès de Bertram, un peu oublié aujourd'hui, malgré le poème de L'Univers  riche  de pensées graves et souvent sublimes, Maturin était plutôt destiné à être le rival de Godwin et de Mrs Rque poète et écrivain dramatique.  On trouve cependant dans ses sermons les élans d'une éloquence remarquable et la morale la plus sévère, exprimée dans le sens le plus noble et le plus éléguant, lorsque l'auteur consent à s'affanchir de ses irlandismes. "

"...Il existait un contraste singulier entre le style général de ses compositions  et ses goûts particuliers."

"...Comme Lewis, Maturin s'est évidemment inspiré des drames de Schiller et des romans de Mrs Radcliffe.  Les Mystères d'udolphe ont produit Melmoth, nouveau Faust, d'une conception infernale.

(extraits de la Revue d'Edimbourg)

Laissons maintenant à Maurice Lévy, le soin de nous en dire davantage sur l'auteur et son oeuvre :  

"il faut s'accommoder, comme on peut, du paradoxe : l'auteur des romans probablement les plus noirs du siècle fut aussi pasteur (protestant, donc) et dandy. "

"On ferait un volume des singularités de Maturin, lit-on dans la Revue des Deux Mondes. Beau danseur et romancier funèbre ; écrivant à traits de plume ses imaginations extraordinaires ; mourant de faim et fréquentant les bals ; homme du monde et homme de coulisses ; fat, fier, amoureux du quadrille, de la table de jeu et de la pêche."

"S'il parle tant du Diable, au point d'en faire le personnage principal de certains de ses romans, c'est parce qu'il le tira toute sa vie par la queue.  Pauvre, il le fut, comme on l'est quand il faut faire vivre une famille nombreuse sur un salaire de pasteur."

"Nommer M.Maturin, écrit Amédée Pichot en 1825, c'est évoquer toutes les apparitions de la littérature frénétique ; c'est s'entourer de sibylles, de démoniaques, de parricides, de bourreaux, de victimes, de juifs vivants parmi les squelettes de leurs enfants, de familles entières mourant de faim. M.Maturin semble chercher à prouver, par son style, qu'il écrit sous l'inspiration d'une démence à peu près continuelle."

L'ouvrage "Fatale vengeance" paru en 1807 sous le pseudonyme de Denis Jasper Murphy.  

"Le thème central est celui de l'usurpation... L'intrigue s'installe dans des espaces somnabulesques, où les personnages poursuivent avec un acharnement dément leurs extravagants desseins.  Annibal et Ippolito (deux héros du roman) ont franchi tous les seuils et les risques auxquels ils s'exposent, au cours de leurs frénétiques errances, sont bien plus graves que la mort."

"Drame de la jalousie, de l'ambition, du châtiment, du remord : Shakespaere est lointainement présent derrière chaque motif."

"L'intrigue de Montorio, on l'aura compris, n'est pas simple.  Maturin enténèbre comme à dessein son histoire, occultaant le sens, ne révélant qu'à demi et comme à regret son propos.  Mais les obscurités du texte, qui parfois font hésiter la lecture, ne relèvent pas d'une maladresse d'écriture.  Les mille et une péripétie auxquelles se trouvent mêlés les deux frères sont au contraire, dans leur extraordinaire richesse, habilement agencées : Annibal et ippolito passent par d'analogues épreuves, dans le cadre d'aventures parallèles qui se répondent d'un chapitre à l'autre.  L'apparent désordre dissimule en fait une structure alternée, qui conduit très efficacement à l'ultime révélation du but poursuivi par leur commun tourmenteur.

"L'unité du récit procède d'Orazio, qui dicte à ses victimes les régles d'un jeu sanglant et veille avec une satanique vigilance à ce qu'elles soient jusqu'au bout tenues."

"Ce qui compte, c'est la violence des forces oniriques qu'il  (l'auteur) libère, c'est la véhémence  du discours, c'est l'impétueuse éloquence, c'est la fièvre qui préside à l'invention des scènes même les plus conformes aux modèles qu'il copie." (ceux de la tradition du genre gothique)

"Ce qui reste en mémoire, c'est l'intensité maléfique de la scène, et la formidable fascination qui s'exerce sur l'esprit du lecteur.  Par delà le bric-à-brac des procédés importés d'Outre-Rhin, se dessinent les dantesques perspectives d'un lieu d'où est banni l'espoir, grouillant d'esprits impurs et où trône le Maître des Ténèbres, qui n'a ni forme, ni substance.  Maturin, en pareilles circonstances, n'est plus romancier mais pasteur : l'éloquence de la chaire vient sublimer l'intrigue et fait oublier l'artifice.  Ippolito n'est plus la victime d'illusions magiques, mais un aventurier de l'esprit qui explore dangereusement les voies d'une fragile liberté.  Orazio lui-même, à mesure qu'il donne forme par le verbe à son fabuleux rêve de vengeance, prend une stature mythique, titanesque.

"Ce que je suis !  qui saurait le dire ?  Parfois je l'ignore moi-même.  Pourtant je me comporte comme les autres hommes et j'accomplis les mêmes actes de la vie quotidienne.  Mais quand vient l'heure, quand la puissance est sur moi, je vais de région en région tel une ombre et seul je foule aux pieds les confins de l'être."

"...Cette totale solitude vécue aux marges de la vie est celle de tous les grands réprouvés de la terre, de ceux qui ont voulu, au risque de se perdre, déchirer le voile pour regarder en face leur destin.  Les mille et une invraissemblances du récit ne comptent pas, au regard de cette formidable construction verbale qui englobe toute l'intrigue, et nimbe le personnage central d'une incandescente lumière."

 

"Chez moi, dit Maturin, le temps en est toujours à son commencement, la souffrance toujours à venir."

"...De lui on pourrait dire comme Ippolito, qu'il se prit à haïr la vie, sans savoir comment mourir."

 

 

Un ouvrage-clé de la littérature gothique :

 

Matthew Gregory Lewis

 

Le Moine

 

L'auteur de ce singulier roman est né en 1773 d'une famille anglaise riche, ce qui lui permit de fréquenter tôt les études de diplomatie à Westminster et  Oxford. Il eut le rare privilège pour l'époque de pouvoir voyager, étant tout jeune encore, à Paris et en Allemagne dont il ramena le goût pour le fantastique.  C'est à l'âge de vingt ans qu'il publia son premier roman, Le Moine.  Le succès en fut à ce point foudroyant que longtemps l'auteur fut assimilé à son personnage, ce qui lui valut d'être affublé du sobriquet "Monk Lewis".  Mais des démêlées avec la censure ne tardèrent pas à empoisonner la vie de l'auteur dont ce fut le seul roman fantastique à rencontrer le succès,  la suite de sa courte carrière littéraire étant vouée à des relations de voyages, pièces de théatre, essais... Lewis décèdera en 1818 au retour d'un voyage en mer, alors qu'il revenait d'une tournée d'inspection de ses domaines.

"Le Moine est resté aux premiers rangs de l'école satanique, grâce à la terreur grandiose de l'ensemble, à la peinture énergique des passions, et en particulier à la conception du rôle habilement gradué de Mathilde, ce démon séduisant dont la mission est de corrompre le prieur."  commente Léon de Wailly, son traducteur.

"Chez lewis, c'est différent, ajoute Hubert juin dans sa postface à l'édition publiée chez Marabout dans les années soixanteLe Moine -vous le constaterez- commence à la façon d'une idylle.  On jurerait du Rousseau.  Puis, le mouvement s'enclenche, (comme chez Rousseau, d'ailleurs)  monte d'un cran.  Alors, nous autres, les lecteurs, nous sommes soudainement livrés aux puissances démoniaques."

  "... Mathilde, c'est d'abord un moinillon.  Derrière cette robe, il y a la nudité de la Femme.  Derrière la Femme, il y a le démon.  Il y a Satan.  La tentation.  La vraie.  Celle du Christ au sommet de la montagne beaucoup plus que celle de saint Antoine au creux du désert.  André Breton avait dit de l'héroîne de Lewis, Mathilde, qu'elle était non pas un personnage mais une tentation continue.  Il est vrai que ce livre avait et a de quoi tenter les modernes.  Il faudrait écrire dessous : danger ! tentations !

Et les modernes aimant, lorsqu'ils sont vrais, l'odeur du roussi, ont fait du Moine l'un des maîtres livres de la bibliothèque idéale.  je n'en veux pour témoin que le dernier, sans doute, des poètes maudits.  Il se nommait antonin Artaud..."  (Hubert Juin, Apparition de l'épouvante, texte de la postface)

 

 "Il  sème,  en  regardant,

du  soufre  dans  les  âmes" 

extrait des "Dialogues"

Abbé Mathurin Régnier

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Un ouvrage fondamental de la littérature gothique

 

charles Robert Maturin

 

Melmoth

l'homme errant

 

"ll y a dans Melmoth un damné plus effrayant que Satan lui-même ; une héroïne qu'un ermite mort marie, avec le fantôme d'un domestique assassiné pour témoin ; le lecteur vit parmi des sybilles et des monstres d'avarice, des maniaques et des inquisiteurs, des juifs apostats, des amants frappés du tonnerre ou se dévorant dans des caveaux plus affreux que la tour d'Ugolin.  Au milieu de cette fantasmagorie, on est forcé d'applaudir à des traits de la plus grande énergie et de la plus pathétique réalité ; malgré un déplorable système d'exagération dans le style, cet ouvrage contient des passages du plus grand effet dans le genre gracieux ou terrible.  Le sujet de Melmoth échappe à l'analyse ; il est du genre que Charles Nodier a spirituellement défini par la dénomination de genre frénétique. Le roman tel que le concevait Maturin est au roman moderne anglais ce que l'anomalie dramatique appelée mélodrame est au drame proprement dit.  Ce genre, plus populaire que relevé, produit un très grand effet, en excitant le sentiment de la crainte, soit par des dangers naturels, soit à l'aide de la superstition.  L'état de la société fait très bien comprendre l'accueil qu'elle accorde aux exagérations passionnées, à ce goût pervers en littérature, qui n'est acceptable toutefois qu'à la condition que les  plus romantiques conceptions soient écrites en style classique.  Les peuples vieillis ont quelque fois besoin d'être stimulés par des nouveautés violentes, il faut des commotions électriques à la paralysie, des horreurs telles que dans Melmoth les progrès de la séduction infernale par le désespoir, à la sensibilité blasée comme il faut des exécutions à la populace."

(extrait de la Revue d'Edimbourg)

"Qui est Melmoth ?  Qui est ce petit irlandais sans âge dont seul le regard est remarquable  : deux yeux flamboyants, vrillants, pétrifiants comme ceux de la Gorgone ?  Qu'il passe, à peine aperçu, dans la plus pure des histoires d'amour, et l'enfer même se déchaîne, le monde transformé devient géhenne...  L'ennemi imprime sa marque, indélébile, sur deux existences qui semblaient destinées au bonheur.  Soudain les amants vivent des heures atroces, les innocents se retrouvent parmi les fous, tout espoir banni, l'Inquisition dans ses plus cruels excès se fait l'auxiliaire des démons.  Soudain lynchages et bûchers remplacent  la tendresse et Melmoth triomphe..."

(extrait de la présentation de l'édition Marabout)

 

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11:55 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/08/2010

TRANSMUTATIONS FANTASTIQUES

v    i    t    r    i    o    l

Visita    Interiora    Terrae    Rectificando Invenies   

Occultum    Lapidem

Visite l'intérieur de la Terre, et par la purification

tu trouveras la pierre secrète

Johann Thölde  dit Basile Valentin

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Dans les profondeurs  1       encre de Chine de l'auteur

"Le mineur et le métallurgiste interviennent dans le déroulement de l'embryologie souterraine : ils précipitent le rythme de croissance des minerais, ils collaborent à l'oeuvre de la Nature, l'aident à accoucher plus vite.  Bref, par ses techniques, l'homme se substitue peu à peu au Temps, son travail remplace l'oeuvre du Temps"

Mircea Eliade      Forgerons et alchimistes

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"...du charbon !" encre de Chine de l'auteur

"Ce n'est pas seulement parmi les palmiers qu'il existe des mâles et des femelles, il en existe aussi parmi toutes les espèces végétales, de même qu'on trouve aussi parmi les minéraux la division naturelle entre mâle et femelle"

Bahya ben Asher

"L'amour romantique n'est pas particulier à l'espèce humaine, il pénètre toutes les choses existant au niveau céleste, élémental, végétal et minéral, et son sens n'est pas perçu ni connu, et il est rendu encore plus obscur par les explications qu'on lui donne"

Ibn Sina

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dans les profondeurs 5     encre de chine de l'auteur

"il est à remarquer que, pour la croissance ou génération d'un minerai métallique, il faut un géniteur et une chose soumise ou matière qui soit capable de percevoir l'action génératrice"

extrait du Bergbüchlein  attribué à Colbus Fribergius

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Chroniques de Nürnberg       Le Jugement dernier

"Le rubis, en particulier, prend naissance peu à peu dans la minière ; premièrement il est blanc, et, en mûrissant, il contracte graduellement sa rougeur ; d'où vient qu'il s'en trouve d'aucuns qui sont tout à fait blancs, d'autres moitié blancs et moitié rouges... Comme l'enfant se nourrit du sang dans le ventre de sa mère, ainsi le rubis se forme et se nourrit."

De Rosnel    Le Mercure indien

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Dans les profondeurs 2       encre de Chine de l'auteur

"Les matières métalliques sont aux montagnes, non autrement que les arbres, avec racines, tronc, rameaux et plusieurs feuilles... Qu'est-ce autre chose qu'une mine, sinon une plante couverte de terre ?"

Hierome Cardanus

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Dans les profondeurs 3      encre de Chine de l'auteur

"Les chamans cherokis, par exemple, détiennent un cristal qui demande à être nourri, deux fois l'an, avec le sang d'un animal.  Faute de quoi, le cristal vole à travers les airs et attaque les êtres humains.  zprès avoir bu du sang, le cristal s'endort paisiblement"

Mircea Eliade   Forgerons et alchimistes

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Dans les profondeurs 4     encre de Chine de l'auteur

"Dieu ne créa pas toutes ces choses pour les laisser oisives... Les astres et les planètes ne sont pas oisifs : la mer se pourmène d'un côté et d'autre... la terre semblablement n'est jamais oisive... ce qui se consomme naturellement en elle, elle le renouvelle et le reforme derechef ; si ce n'est en une sorte, elle le refait en une autre... Tout, ainsi que l'extérieur de la terre, se travaille à enfanter quelque chose ; pareillement, le dedans et matrice de la terre se travaille aussi à produire."

Bernard Palissy

Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France

pourraient apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors

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06/08/2010

La MUSIQUE a la COUR du Graf Wolfgisbert von Dürkeim

"A l'assaut !..."

Alors commença un tumulte incandescent

là-bas dans les rochers, qui éclairait tout.

Ils nous ont laissé cuirasse, arbalète, heaume,

ce qui nous a fait fort réjoui...

Ils voulaient nous piéger, mais nous leur avons échappé.

complainte d'un chevalier errant extraite de la chanson "Nu huss"

voir références plus loin en bas de notice

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Perchée tout en haut sur les rochers,

la silhouette en ruines du château de Greifenstein

(sud Tyrol)

 

Avec mes 2 frères, je me suis échappé de cette forteresse !

Un véritable exploit !!!

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que je n'ai pas manqué de célébrer dans mes chansons

- au même titre que mes exploits sentimentaux -

et dont je tire d'ailleurs une certaine fièreté...!

 

"Toi, mon beau coeur élu,

ton merveilleux amour

m'a ôté toute ma tristesse et ma peine ;

ah, délicieux faucon,

comme est charmant ton petit bec rouge !

Jamais homme ne vit plus belle fille,

comment pourrais-je vanter ses grâces ?

des seins blancs, fermes comme des poires,

lui servent à si adorable cour.

son corps fier m'ôte toute ma peine.

et si je ne devais plus jamais voir

ma tendre bien-aimée,

je penserais encore à sa sagesse,

à sa vertu et son honneur de femme,

partout où j'irais dans le monde.

La langueur de la séparation est une

amère douceur.

j'ai des pensées consolantes à propos de la bonne dame

qui jamais ne m'abandonnera.

inoublié comme son serviteur,

j'attends plein d'espoir."

extrait de la chanson "Du ausser Weltes schöns mein Herz"

voir références plus loin en bas de notice

"Joyeuse, tendre, charmante, sereine,

passionnée, silencieuse, douce,

calme, suave, pure, nonchalante :

réveille-toi, belle femme adorée !

Etire-toi, pare ton corps splendide !

entrouvre ton oeil rayonnant !

Regarde seulement

comme les étoiles s'éteignent

dans l'éclat du beau, joyeux, clair soleil !

Allons danser,

tressons une belle couronne

de jolies fleurs brunes, bleues, grises,

jaunes, rouges, blanches et violettes !"

extrait de la chanson "Frölich, zärtlich, lieplich"

(voir références plus loin, en bas de notice)

Le poète et musicien incontournable en cette fin du XVè siècle sur les terres de Franconie, d'Alsace et dans les seigneureries allemandes ? C'est moi, Oswald von Wolkenstein, natürlich !!!

Même si je suis décédé en 1445, ma renommée, elle, me survit et me survivra encore longtemps ! Certes, ma vie aventureuse, et mes nombreuses tribulations auprès des femmes y sont pour quelque chose, mais c'est mon talent de poète qui m'a valu d'être unanimement apprécié! 

Mes chansons sont tour à tour enjouées, plaintives, mélancoliques, amères, drôles, ou pleine de verve !  Quand vous saurez que j'ai été injustement condamné, emprisonné,  et même ignominieusement torturé   -tout à la fois par mes juges,mais aussi par ma chère maîtresse- vous saurez tout, ou presque, de moi !   Il ne vous restera plus qu'à m'écouter, religieusement, cela va de soi !

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portrait d'Oswald von Wolkenstein par un peintre italien contemporain

 Un chantre des beautés de la Nature...

 

"Le mois de Mai couvre d'un riche tapis la terre entière,

collines, plaines, montagnes, vallées.

De doux chants d'oiseaux résonnent

et retentissent haut dans le ciel,

alouettes, grives, rossignols chantent.

Le coucou vole à leurs trousses

et presse les joyeux oiselets.

Ecoute ce qu'il dit :

"Coucou, coucou,

paye-moi l'impôt,

tu dois me le payer.

la faim creuse de plus en plus mon estomac."

"Hélas, où irions-nous ?"

répondent les animaux.

"Roitelet, tarin, mésange et alouette,

venez, nous allons chanter..."

 extrait du Lied "der Mai mit lieber Zal"

références voir plus loin en bas de notice

 

Parfois, l'un ou l'autre Minnesanger venait se produire au château du Trifels, jouant et chantant ces Lieder d'Oswald von Wolkenstein qui avaient assurément la préférence dans le coeur de ces dames...

 

Oswald von Wolkenstein    cloître de la cathédrale de Bressanone.jpg

La pierre gravée en témoignage du pélerinage que fit le poète en Terre sainte,

et qui se trouve encastrée dans un mur du cloître de la cathédrale de Bressanone.

Un extrait de la chanson "Durch Barbarei, Arabia"

 

"Tant d'honneurs reçus

de tant de princes et de reines,

tant de joies éprouvées,

il me faut les expier tous sous un même toit.

Ma torture s'éternise.

Il m'a fallu toute ma présence d'esprit

depuis que je dois me soucier de mon pain quotidien.

En plus, on me menace souvent,

et nulle bouche rouge pour me consoler.

Ceux qui m'obéissaient m'ignorent.

Où que je tourne mon regard, je ne vois

que les restes de délices passés.

A la place de mes anciens amis,

ce ne sont que veaux, chèvres, boucs, boeufs,

gens grossiers, noirs, laids

et tout morveux en hiver.

Ils me plaisent comme la piquette et les bêtes.

L'angoisse me fait frapper mes enfants souvent.

Lors leur mère arrive en grondant

et commence à m'injurier vertement ;

si elle usait de ses poings,

pour sûr je m'en souviendrais.

"Qu'est-ce qu'il te prend," dit-elle,

"d'aplatir les enfants comme une crêpe !"

J'ai horreur de sa colère,

mais je dois presque toujours la subir,

coupante et acérée."

 (références au bas de la note suivante)

 

Quelques couplets extraits de la chanson "Ach senliches Leiden" :

"Ma tête est pleine d'élans douloureux,

de lassitude et de plaintes contre la nature,

de sorte qu'une heure m'oppresse plus que mille autrement.

Quand je pense la nuit à ma douleur

et que je m'éveille dans ma grande faiblesse

et je dois chasser toute joie.

Nul ne me console,

ma misère est vraiment grande.

Mon coeur se consume

en profonds soupirs.

Ah, quand serai-jee délivré de mon chagrin ?

L'attente me ronge et me détruit,

j'en perdrai la raison."

(traduction roland Smithers, pour la firme Decca, extrait du cd

Knightly Passions, the songs of Oswald von Wolkenstein

avec le New London Consort, dirigé par Philip Pickett,

avec Catherine Bott, soprano

Paul Agnew, tenor,

Michael George, bariton,

Simon Grant, basse

un album paru aux éditions L'Oiseau - Lyre

 

 

26/07/2010

La FORET FANTASTIQUE

Cette forêt fantastique au coeur de laquelle,

par un certain jour de l'hiver 1493,

se perdirent mes pas...

 

J'étais alors à mille lieues de soupçonner

que ce serait là le point de départ

de cette terrifiante odyssée

dont j'ai fait le récit

intitulé :

"Dans ses yeux je voyais ma mort"

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La Forêt de Lutzehardt

peinture originale de l'auteur, 2010

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étude (encre) préparatoire à La Forêt de Lutzelhardt

étude 1 pour La Forêt de Lutzelhardt.jpg

étude (encre) préparatoire à La forêt de Lutzelhardt

Mais déjà les nuages s'annoncellent,

 et la forêt va incessamment changer de visage...

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La Nature  entière chante un hymne de louange à la Vie...

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Chercher à voir bien au-delà des apparences... 

Dans ce fouilli inextricable,

il me faut impérativement rechercher quelque bribe de sens...

Les quelques ébauches de mots que je parviens à grand peine à distinguer semblent être là pour m'y aider...

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Mais qu'y a-t-il donc qui se dissimule derrière tout cela ?100_1601.jpg

Quelle fantastique féerie de feuilles, de tiges, de rameaux et de branches! Tout s'épanouit et se déploie ici sous mes yeux émerveillés...

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Mais... !!!  Quelque chose ne vient-il pas de se produire...?  

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Contempler cette merveille de la création, cela suffit-il ?

Assurément non !

Chercher à décrypter le langage unique de la Nature, interprêter ses signes, et répondre à ses muettes invites...

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Les feuillages affolés sous la caresse du vent semblent vouloir me parler...

Mais qu'ont-ils donc à me révéler ?

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Dans cette clairière perdue au beau milieu de l'immensité de la forêt,je ressentis puissamment monter en moi l'appel à la Vie que me lançait la multitude des arbres qui, pourtant, m'apparaissaient comme tristement cloués  dans un sol,  immuable à jamais...

Indubitablement, leurs feuillages aux couleurs éclatantes m'embrasaient d'une ferveur nouvelle, comme s'ils tentaient de communiquer avec moi dans un même élan vers l'absolu...

"Tout est tellement éphémère, me dis-je, et pourtant se perpétue sans cesse comme une sorte d'irrésistible tension vers l'éternité..."

Mais dans quel dessein, tout cela...? 

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  Dans son ouvrage incontournable pour tout amateur de Fantastique, 

(L'Art Fantastique, réédité aux éditions Albin Michel en 1989) 

Marcel Brion évoque la forêt fantastique en ces termes:

"La selva oscura, pleine de dangers extérieurs, représente également la forêt intérieure à l'homme, le labyrinthe des passions et des vices, dans lequel il s'égare et dont il faut qu'il sorte pour atteindre la lumière.  car la lumière ne pénètre pas plus dans la forêt que dans le labyrinthe.  ...   La forêt est l'endroit où l'on se perd, matériellement, moralement.  La région qu'il faut traverser, selon les romans de chevalerie, pour atteindre le château.  Château et forêt s'opposent ainsi, l'un signifiant sécurité, ordre humain, protection ; le formel contre l'informe, l'immuable contre le perpétuel mouvant.  Le chevalier qui s'aventure dans la fprêt  -la forêt obscure des mystiques-  afin d'arriver au château  -les châteaux de l'âme, de sainte Thérèse-  est un nouveau Thésée : il affronte les minotaures et les dragons, qu'il tuera, afin que vices et passions bestiales ne fassent plus obstacle à la marche vers la lumière"

 

"Comme l'écrivait Mircea Eliade : Il y a là déjà un symbole de la mort : la forêt, la jungle, les ténèbres, symbolisent l'au-delà, les enfers.

La forêt est un monde inhumain, d'où l'homme est exclu, où il n'est admis qu'à regret.  Les êtres et les choses, les plantes et les animaux y confondent leurs formes, leurs couleurs, leurs propriétés.  C'est un monde irrationnel, où se rassemblent, féroces et tranquilles, les éléments hostiles, un monde autre, qui ne devient accueillant que dans les clairières, aux endroits où la cognée du bûcheron a ouvert un passage pour la lumière."

 

"Inchangée depuis les origines du monde, dressant dans un colossal pullulement la foule des jeunes arbres sur les débris des troncs antiques qui se décomposent en humus aux fortes odeurs, la forêt incarne les forces élémentaires et primordiales, ce qui était à l'origine, ce qui demeure des temps disparus et ce qui survivra lorsque l'humanité aura disparu de la surface de la terre.  Elle est un être, aussi, multiforme, capable de passions, habité par une âme que l'on sent palpiter dans le frisson des branches et le craquement des troncs, et dont le souffle vient au-devant du voyageur, redoutable à l'égaré."

 

"Seuls poussent jusqu'au creux de la forêt l'ermite c'est à dire l'homme qui va se combattre lui-même, vaincre son minotaure, son dragon intérieur, et le chevalier dont la vocation est de détruire les monstres..."

 

"Il y a aussi le saint-chasseur, dont la forêt triomphe par sa propre conversion au christianisme, et qui fait apparaître aux yeux émerveillés de saint-Hubert un cerf portant une croix entre ses bois ; c'est parce qu'il s'est dompté lui-même que, contrairement à ce qui se passe d'ordinaire, le cerf triomphe du chasseur : non pas en fuyant, mais en atteignant avant lui le havre du salut, la Croix."

 

Et, enfin, ce bref passage où l'auteur évoque les liens qu'entretiennent la Mort et le Fantastique :

"L'idée de la mort ajoute, à la souffrance de la séparation du corps et de l'âme, le pressentiment du châtiment qui attend l'homme dans l'au-delà s'il a manqué aux préceptes de la religion.  Le thème fantastique de la mort est ainsi lié aux deux autres grands thèmes fantastiques, celui de la Tentation, c'est à dire de l'incidieux assaut du péché, et de la damnation qui menace le pécheur, de l'enfer."

 

Une bien étrange présence...

perdu au coeur de la forêt,

vit

un humble ermite.

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La forêt, toute entière emplie du bruissement des arbres

et des conversasions des corbeaux...

Soudain,

dans l'intimité d'une chambre obscure,

jaillissent les imprécations de quelque un pauvre humain

à l'encontre de l'un de ceux-ci...

 "Que cette parole soit le signal de notre séparation,

oiseau ou démon !  -hurlai-je en me redressant.-

Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ;

ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que

ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ;

quitte ce buste au-dessus de ma porte ;

arrache ton bec de mon coeur,

et précipite ton spectre loin de ma porte.

Le corbeau dit :  "Jamais plus ! "

(extrait du poème   Le Corbeau  d'Edgar Allan Poe)

Mais que serait la forêt sans l'intrusion bouleversante

du fracas d'une puissante locomotive ?

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Dans la forêt sans heure

On abat un grand arbre.

Un vide vertical

Tremble en forme de fût

près du tronc étendu.

Cherchez, cherchez, oiseaux,

La place de vos nids

dans ce haut souvenir

Tant qu'il murmure encore.

(poème extrait du Forçat innocent

de Jules Supervielle)

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La Rivière de sang           gouache de l'auteur  

  A chacun de nos pas, alors que nous empruntions les sentes effacées qui nous rapprochaient, Adelheide et moi, du sinistre repaire de Loewenstein, je pensais en moi-même à l'insurmontable difficulté qu'il y avait à rendre témoignage de l'émouvante -autant qu'angoissante-  beauté de la Nature : l'incroyable foisonnement des ramures, l'inextricable chaos des rochers, le fugitif moutonnement  des halliers, tout ce paysage sublîme livré à la tyrannie des vents...!

Je ne pouvais m'empêcher de songer à cette peinture admirable d'Albrecht Altdorfer que j'avais découvert un beau jour à Munich  -Coin de forêt avec saint-Georges terrassant le dragon- et à la réflexion que je m'étais faite alors : ce peintre seul avait bel et bien réussi à capter l'essence même de la forêt et de la Vie jaillissante qu'elle recellait.

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Coin de forêt à Falkenstein   encre de Chine de l'auteur 

 

Comment rendre les visages infiniment changeants de la Nature, et plus particulièrement ceux de la forêt ?

 

Chaque peintre, chaque écrivain, chaque artiste apporte sa propre réponse.

 

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Toute forêt ne renferme-t-elle pas en elle le désir inavoué d'égarer et de perdre le visiteur, cet intrus ?!

 

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Le recours au noir et blanc 

-et donc le plus souvent à la gravure- 

assure un rendu et une efficacité sans pareils :

le regard, enfin libéré de toute distraction indue par le chatoiement des couleurs, acquiert cette concentration rare et pourtant tellement indispensable à la juste appréciation d'une oeuvre.

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                                   Albrecht Altdorfer           Paysage avec pin double   (gravure)

                                                           Art Institute of Chicago

 

La forêt, lieu de toutes les malédictions !

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Coin de forêt à Berwartstein          encre de Chine de l'auteur

La forêt, lieu de tous les sortilèges !

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Coin de forêt à Hohenburg

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 Coin de forêt à Windstein         encre de Chine de l'auteur 

 

"Voyez donc !    Voyez ce qui reste des rêves de ces hommes.

Les obsessions dont ils étaient prisonniers résonnent encore en ce lieu.

Hantés par les passions les plus folles,

ces hommes sont tombés dans la voie du sang.

Hommes d'hier, hommes d'aujourd'hui, rien n'a changé."

dialogue extrait du film "Le Château de l'arraignée"

d'Akira Kurosawa, 1957

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monogramme de Niklaus Manuel  dit Deutsch

La forêt, terre de toutes les convergences,

espace de toutes les fécondations,

enclos sacré où se célèbrent toutes les unions,

creuset alchimique dans lequel fusionnent tous les principes.

La forêt, haut lieu du grand oeuvre...

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Albrecht Dürer   Adam et Eve, gravure

La silhouette d'un arbre ne suffit-elle pas déjà à en deviner le tempérament, l'âme, le coeur, et même l'esprit ?

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Albrecht Altdorfer    Paysage avec un pin et un bucheron

Sonder l'âme de la forêt, et explorer ses plus intimes arcanes...

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Coin de forêt à Bingen         encre de Chine de l'auteur 

 

Le ruissellement de l'eau sous les feuilles,

 

puis son écoulement joyeux parmi les pierres.

 

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Coin de forêt à Rheinfels    encre de Chine de l'auteur

Retrouver aussi le même regard,

et s'immerger alors  totalement

au sein de

LEUR

forêt.

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Coin de forêt à Bacharach    encre de Chine de l'auteur

 Emprunter les mêmes gestes

qu'Albrecht Dürer et qu'Albrecht Altdorfer,

lorsqu'ils gravaient leurs plaques de cuivre

voici plus de 500 ans maintenant,

c'est comme inciser une écorce, 

et revivre les tourments même de l'arbre, et du graveur,

unis dans leur création

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Coin de forêt au Trifels        encre de Chine de l'auteur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25/07/2010

La NEF DES FOUS

  " Le fou est l'homme

qui a tout perdu

sauf la raison "

 G.K.CHESTERTON

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La Nef des fous

 

(dass Narrenschiff)

 

 

 

 extraits du livre de

 Sébastien Brant

 publié à Bâle en 1494

et illustré par Albrecht Dürer et ses élèves

........

 

Des voeux inopportuns...

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"on voit rarement la beauté

Avec vertu aller de pair.

...

car l'avidité nous aveugle

Nous désirons ce qui nous nuit.

...

Ce que fou veut est désastreux :

Il veut sa ruine et n'en sait rien."

 

Le Navire de Cocagne

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De flatter le cheval aubère...

(qui était considéré comme un animal non fiable)

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"Tout cela n'arriverait pas

Si l'on voulait prendre sagesse

Si l'on était tel qu'on feint d'être :

Le coeur sincère et pieux, honnête,

Ou bien si l'on ne feignait pas

moins de fous seraient ici-bas."

 

Du mépris de la pauvreté

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Ici-bas il n'arrive à rien

Qui n'a que vertu pour tout bien :

Sagesse n'est plus honorée

L'honnête est le dernier servi

Est mis à la portion congrue,

Il ne faut plus parler de lui ;

Et qui n'aspire qu'aux richesses

Habile à s'enrichir bien tôt,

Fait l'usurier, nuit, tue, se damne,

Est félon contre son pays.

Il en va ainsi par le monde :

L'argent fait de mauvaises gens."

 

De vouloir découvrir tous les pays...

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"Mauvaises moeurs ont longue vie

Le mal prend toujours le dessus

Car le diable nous poussue au vice

Nous veut garder à son service.

...

Et quel besoin l'homme a-t-il donc

De rechercher plus haut que lui

Et sans savoir en quoi lui sert

Ce qu'il trouverait d'éminent

Ignorant l'heure de sa mort

Qui le suit, pareille à son ombre

...

On connait de lontains pays

et nul ne se connaît soi-même."

 

D'observer les astres...

 "Le monde adore être trompé..."

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 Laisser dire...

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"Sans son battan, cloche ne tinte

Y mettrait-on queue de renard :

Entends tacite les vains bruits.

Qui ne voudrait fâcher personne

Doit supporter bien des tracas

Et sur son seuil ouïr bien des bruits

Voir bien des choses malgré lui ;

Pour ce, louons bien haut ceux-là

Qui se sont retirés du monde,

Pour vivre par monts et par vaux,

Car le monde incite à la chute,

Les pousserait à se damner.

...

Il n'est pas né, l'homme capable

De plaire ensemble à tous les fous

...

Le monde agit tel qu'il est fait."

...

Des fous aussi fous que devant...

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Folie est d'ouïr de bons avis

Sans s'en trouver guère plus sage,

Est fou qui veut voir du pays

Mais au retour n'a rien appris,

Ce qu'il a vu, il veut l'avoir,

Aux yeux de tous, reste un coquard.

 

 

                                     De tout remettre au lendemain...

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Fou qui chante avec les corbeaux : "Cras, cras ! " demain il fera jour !

 

Plus fou sera dans son tombeau.

tarot, tarot de marseille, narrenschiff, sébastien brant, albrecht dürer,

  Combien de fous ont trépassé en chantant "demain, dès demain !"

On court aux plaisirs, aux péchés, jour et nuit d'un pas empressé ;

 Mais pour s'accorder avec Dieu on y va en traînant les pieds

 On y sursoit, on a le temps.

 

  

 

03/07/2010

Une HISTOIRE DE SORCELLERIE FANTASTIQUE

                                                                                                                                 

la basilique d'Avioth  par Viollet- Le-Duc

 

J'étais bien loin de me douter où allait me mener

une banale conversation 

 100_1203

au départ d'une singulière pierre taillée

recueillie par un cultivateur du hameau

de Buzin, et dont la récente découverte

m'avait été rapportée par un de ses

proches voisins, je me lançai sur la piste d'une église

aujourd'hui totalement disparue...

   pierre 2 

pierre 1

 Un soupirail pour s'échapper ?

                                                                                                                                        soupirail

Cette cave d'une très ancienne demeure du hameau de Buzin (Condroz, Wallonie, Belgique) livrera-t-elle un jour ses terribles secrets ?   la cave 

cave de Buzin 00011

Cet âtre va-t-il enfin nous révéler tout ce dont il a été témoin ?

                      âtre Buzin 11

 

A force de sonder le passé, de fouiller les archives, d'explorer les lieux dits, j'ai été amené à m'intéresser au procès de Marie Orban, cette femme de 60 ans qui fut accusée de sorcellerie,  et exécutée en 1652 à Buzin, hameau de l'ancienne commune de Failon.  (région du Condroz, en terre wallonne, Belgique)

 

La lecture du compte-rendu de son procès (Annales de la Société archéologique de Namur, tome 11, 1870-1871, pages 393 à 462)  est à cet égard tout à fait édifiante ! 

 

Marie Orban, fille de Lambert Pirsoul (natif de Libois) et de Marie Damode (originaire du ban de Foirsé) était la veuve de Freson Orban, (dont la mère était déjà réputée sorcière) et habitait le lieu dit de La Foulerie, petit hameau retiré au cœur de la forêt en bordure du ruisseau de  la Somme, situé en contrebas et à environ 1 km du village de Failon.  La transcription de son procès nous apprend aussi incidemment que ses parents étaient réputés avoir été bannis et exilés du pays de Liège et du comté de Looz.  Les faits rapportés  s'inscrivent dans un contexte d'instabilité, puisqu'il est fait mention du passage de soldats dans des endroits tout proches : le village de Somal et le château de Chantraine. (étymologiquement : le lieu où chante le corbeau)

 

Marie Orban fut accusée de sorcellerie par la Haute Cour de Justice de Buzin-Failon, présidée par Lambert d'Anthisnes, officier représentant Messire Gérard de Luxembourg, Seigneur de Hollogne, Buzin et Failon.  L'accusation visait également Jeanne, la sœur de Marie Orban, et épouse de Jean Lowys, ainsi que Marie, épouse d'Ambroise Delvaux.

 

L'acte d'accusation entendait « obvier aux maux et châtier les délinquants, signament toutes personnes s'abusant de la loi divine et humaine, exerçant journalièrement exhanterie, sortilège, morts de personnes, bêtes, ravagement et gastement des fruits de la terre, s'adonnant au diable, et par tels enchantements travaillent à la ruine entière des bonnes personnes... »

 

Cet acte est énoncé en 30 articles au nombre desquels on relève des questions relatives à des allées et venues nocturnes et suspectes, des participations répétées à des danses avec le diable, la disparition inexplicable de l'hostie consacrée lors de la communion au cours de la messe dominicale, le fait d'avoir inexplicablement devancé d'autres paroissiennes en se rendant à la messe à Buzin, le prononcement de paroles-sortilèges à l'encontre d'une femme qui barattait son beurre, le fait d'avoir jeté des sorts et d'avoir rendus ainsi soudainement malades de tierces personnes, le fait d'avoir renversé une charrée de fumier, le fait d'avoir prononcé des maléfices et exercé tous autres sortilèges afin de faire mourir en plusieurs occasions quelque bétail, le fait d'être réputées sorcières, d'être réputées voleuses...

 

Attardons-nous un instant sur cette singulière anecdote de la sainte hostie perdue, et référons-nous au témoignage écrit qui nous en est donné :

 

« une fois estante présentée au banc de la sainte communion, Marie Orban, et lui étant présentée la sainte hostie consacrée  par le curé, et venue jusqu'à ses lèvres, fut perdue et évanouie, et étant regardé par le dit curé si elle était en sa bouche ou alentour d'elle, ne la sut voir ni apercevoir en sa dite bouche ni aux environs, et la dite sainte hostie perdue au grand étonnement du révérend prêtre et des personnes présentes au banc de communion... »

 

Le procès commence le 1er février 1652 par l'audition des 12 témoins suivants, dont l'identification se fait tantôt par leurs patronymes, tantôt par leur lieu d'habitation, voire même leur lieu de naissance  :  Marie de Sausoy, Toussaint de Ramezée, Pierre Wathelet, Wathieux Delvaux, Lambert de Pesesse, Hubert Donis, (de Maffe) Elisabeth Sienguin, François Jalet, Catherine Dosogne, (de Failon)  Marie Donis, (de Maffe) Pierre Sienguin, le curé de Buzin et de Failon, et Jean Thomas.

 

Il est à noter que c'est Elisabeth Sienguin, nièce du curé Pierre Sienguin, âgée de 17/18 ans, qui chargera le plus l'accusée Marie Orban, puisqu'elle l'accusera de pacte avec le diable et rapportera même avoir entendu la fille de Marie Orban, Catherine, déclarer qu'elle était fille de sorcière.

 

L'audition des témoins terminée en présence du mayeur (bourgmestre) de Failon, le rapport est envoyé aux échevins de Liège, lesquels ordonnent à la Cour de Justice de Buzin de « s'assurer des personnes » incriminées et de les soumettre à examen.  S'en suit une visite au domicile d'Ambroise et de Marie Delvaux, avec établissement de l'inventaire des « meubles, bestiaux et hardes »  de ceux-ci.  Puis, « par le son de la cloche, des manants de Failon sont convoqués pour saisir Marie Delvaux et Marie Orban. » 

 

Vingt deux manants répondent à l'appel.  De longs et pénibles interrogatoires peuvent à présent commencer.  Nous sommes le 11 février 1652.

 

Marie Delvaux s'en tire à bon compte en déclarant succinctement qu'elle « n'a

 

voulu rien dire ni déclarer, sinon qu'elle dit ne pas être telle que ce qu'on lui impose. »  De toute évidence, les charges qui pesaient sur elle étaient bien faibles... Quant à Marie Orban, retenue prisonnière dans les caves de la maison du Seigneur de Buzin, Messire Gérard de Luxembourg, elle confia ingénument avoir rencontré un homme  -le diable, confirme-t-elle-  qui lui fit des propositions et affirma pouvoir lui ôter toute tristesse qu'elle avait accumulé en son cœur.  La malheureuse aggrava son cas en ajoutant avoir participé aux danses (le sabbat) nocturnes à Verlée, et à Maffe, avoir été transportée dans les airs par le diable, s'être ointe d'un onguent fourni par celui-ci, et vu Marie Delvaux en compagnie de nombreux sorciers et sorcières. 

 

Mal lui en prit : après lecture de sa déposition, Marie Orban persista inexplicablement dans ses déclarations. Les interrogatoires se poursuivirent donc les 12 et 14 février 1652.

 

Marie Orban évoque alors sa mésentente avec son gendre, lequel la traitait mal, et la profonde tristesse qu'elle en éprouve.  Elle parle de la visite de cet homme vêtu de rouge, alors qu'elle filait sa quenouille au coin du feu. 

 

« Si elle voulait et croire et s'adonner à lui, qu'elle ne serait plus triste et qu'il lui donnerait de l'argent.  A quoi elle dit qu'elle ne voulut consentir et qu'elle fit le signe de la croix, et que le dit homme s'évanouit par une fenêtre. »

 

En outre, Marie Orban reconnut qu'elle consentit à son coulant (son amant)  d'aller le soir aux danses par crainte d'être battue.  Elle rapporta « que sur le soir, étant couchée à son lit, il entra comme elle croit en forme d'un chat par une fenêtre et se changea en un homme vêtu de rouge » un diable aux pieds fendus. 

 

Elle aggrava définitivement son cas en confirmant que son amant lui avait conseillé à plusieurs reprises de faire mourir des personnes. (son beau-fils, la femme de celui-ci et leurs enfants) Enfin, elle avoua qu'après les danses, elle faisait « des fosses en terre desquelles sortaient des souris en quantité... afin de gâter les grains. »

 

Manifestement éprouvée par sa détention, et par le régime qui lui était infligé, l'infortunée Marie Orban confirmera puis infirmera tour à tour ses aveux.

 

Il fut alors décidé que l'accusée serait examinée  par un docteur en médecine.  Devant les résultats de l'expertise de ce dernier, (« icelle est ven bon sens et jugement, reconnaissant y avoir en icelle plus de malice que de sotise ») la Cour décida de lui appliquer la « torture modérée », laquelle consistait en une « gêne », l'accusée étant placée durant un certain temps debout devant un feu, sans avoir ni mangé ni bu.

 

La torture produisit son effet, puisque l'accusée se rétracta sur plusieurs points, en donnant des « réponses incohérentes et ses divagations attestent de l'influence de la peur sur un cerveau déjà malade. »

 

La Cour fut dès lors confrontée au problème de la charge financière que représentait le recours au maître des œuvres, et « autre forte nécessaire pour l'extirpation des personnes sy pernicieuse que j'ai fait saisir... »

 

La torture modérée fut une nouvelle fois requise à l'encontre de la malheureuse.  Ceci se passait le 26 mars 1652. 

 

Une fois encore, hélas, « après lecture, Marie Orban persiste. »  Elle confirme en outre que le diable l'appelait Droumguine, et qu'elle appelait son amant Pruser.  Tant de familiarités ne pouvaient plus que lui être fatales...

 

Marie Orban devait perdre définitivement pied en avouant ce qui suit : 

 

« interrogée si elle n'a eu copulation charnelle avec le diable, et combien de fois et en quels lieux, elle dit que la première fois qu'elle eut trouvé le diable étant retournée à son logis et étant dans son étable, le diable s'approcha d'elle sur le soir, avec lequel elle eut copulation et recepti semen eius frigidum sicut glacies... »  Gageons que les cheveux des membres de la Haute Cour durent s'hérisser de stupeur et d'effroi, ce qu'atteste ces derniers mots de la citation, expressément énoncés en latin ! 

 

Finalement, Marie Orban capitula totalement en reconnaissant qu'à la fin, « elle renonça à Dieu, la glorieuse Vierge, sa foi, et son baptême... »  ce qui acheva de la condamner irrémédiablement à mourir étranglée puis brûlée et réduite en cendres.  L'exécuteur des hautes œuvres était un dénommé Jacques. 

 

Le curé de Buzin attesta avoir confessé la condamnée et « avoir en elle reconnu une vraie contrition et repentance. »

 

L'exécution eut lieu entre Buzin et Failon, au lieu où il existait un ancien tilleul, (Tillou, en wallon) lieu qui fut à jamais maudit.

 

Quels enseignements tirer de cette sinistre affaire ? 

 

Affirmer que tout ceci n'appartient plus qu'à un passé définitivement révolu, revient à commettre une grossière erreur.  L'histoire de l'humanité ne nous démontre-t-elle pas que l'être humain demeure ce qu'il a toujours été : une créature prompte à s'aveugler au gré de ses intérêts du moment... ! 

 

Voilà qui devait être rappelé !

 

Pour ceux qui veulent approfondir la question, je leur conseille de se référer aux chroniques du procès des sorcières de Sugny, telles que les a rapportées le docteur Delogne de Bouillon. 

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la prisonnière        encre de Chine de l'auteur, Dominique Mertens   

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 les abords de la chapelle de Verlée

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le tillou de Buzin

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la chapelle de verlée

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la campagne de Failon

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la campagne de Chantraine

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la campagne de Buzin

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la Foulerie, Failon

 

23/06/2010

SOURCES FANTASTIQUES

 

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Gethsémani ou La mort de Julia  (extrait)

 Je fus dès la mamelle un homme de douleur ;

Mon cœur, au lieu de sang, ne roule que des larmes ;

ou plutôt de ces pleurs Dieu m’a ravi les charmes,

Il a pétrifié les larmes dans mon cœur.

L’amertume est mon miel, la tristesse est ma joie ;

Un instinct fraternel m’attache à tout cercueil ;

Nul chemin ne m’arrête, à moins que je n’y voie

           Quelque ruine ou quelque deuil !

 

Si je vois des champs verts qu’un ciel pur entretienne,

De doux vallons s’ouvrant pour embrasser la mer,

Je passe, et je me dis avec un rire amer :

Place pour le bonheur, hélas ! Et non la mienne !

Mon esprit n’a d’écho qu’où l’on entend gémir ;

Partout où l’on pleura mon âme a sa patrie :

Une terre de cendre et de larmes pétrie

           Est le lit où j’aime à dormir.

 

Demandez-vous pourquoi ? Je ne pourrais le dire :

De cet abîme amer je remuais les flots,

Ma bouche pour parler n’aurait que des sanglots.

Mais déchirez ce cœur, si vous voulez y lire !

La mort dans chaque fibre a plongé le couteau ;

Ses battements ne sont que lentes agonies,

Il n’est plein que de morts comme des gémonies ;

           Toute mon âme est un tombeau !

                                                                                                                                                                    Alphonse de Lamartine

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Hippolyte Sebron      Intérieur d'une abbaye en ruine

Enfant, je fus longtemps impressionné par cette aquarelle peinte par mon père, (une oeuvre de jeunesse ?) et qui était accrochée dans la chambre à coucher de mes parents.

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10/06/2010

FRESQUE FANTASTIQUE

fresque a 

Peinte à la gouache sans le moindre plan ni dessin préalables, la Fresque de la Vie fait appel à la simple juxtaposition des éléments, des formes, et des couleurs, dans la spontanéité la plus totale.

Sous l'oeil d'une humanité qui va à sa perte, se déroule, indifférent au sort des êtres humains, le spectacle du Monde et de la Vie.

La fresque de la Vie, (3m80 long x 2m10 ht) je l'ai patiemment peinte de 1992 à 1996 durant mes rares heures "perdues".

fresque a

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Cette oeuvre reprend, en les revisitant de mémoire, les principaux éléments de ma fresque L'Alchimie de la Vie, (exécutée vers 1966 et aujourd'hui perdue) qui se caractérisait par son foisonnement de personnages et de symboles ésotériques.

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Dans ses filatures fantastiques,

la  Vie tisse la trame de nos destinées...

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 Pratiquer le Fantastique,

c'est suivre désespérément

le fil qui nous mène jusqu'à la mort..img194.jpg     

Un rendez-vous sur la toile ?

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Suivez le fil...............................................................................

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 Comment, dans la toile de la Vie, démêler le vrai du faux ?

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ARCHITECTURES FANTASTIQUES

Tout enfant déjà, je bâtissais des châteaux féériques habités de princesses inaccessibles, et protégés de sortilèges inviolables.  L'esprit des chevaliers avait forgé en moi son imagerie fascinante qu'alimentaient mes lectures inspirées. Ainsi je me constituai un bréviaire dans lequel il ne me restait plus qu'à puiser. Adolescent, je rêvais d'architectures et d'ambiances fantastiques, comme on en trouve par exemple dans la peinture de Desiderio Monsu, dans les gravures de Piranèse, dans le Palais idéal du facteur Cheval ou dans la tour d'Eben-Ezer à Eben-Emael, conçue et réalisée par Robert Garcet. (1912-2001)

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Avec le temps, mes rêves ont peu à peu pris corps et, de simples décors pour théatre de marionnettes, au départ, se sont matérialisés en une crêche de Noël (collection  Michel Vincent) reprenant simultanément divers épisodes de la Nativité.  Puis, ce fut  la réalisation d'une mise en scène grandiose pour la fête de Pâques (collection Krippana, Manderfeld - Büllingen) qui déployait les tableaux de la Passion et de la Mort du Christ dans diverses architectures fantastiques, et recelait déjà en germes l'oeuvre qui allait lui succéder immédiatement : l'Antre du Vampire...

 

« L’Antre du Vampire » est la mise en scène de tout un décor fantastique conçu au début des années 2000 pour un public de pré-adolescents à l’occasion des premières fêtes d’Halloween qui furent célébrées en Belgique. 

 

L’Aventure débuta par un simple empilement de cageots solidarisés à l’aide de colle et de plâtre, et qui ébaucha petit à petit la silhouette massive d’un château fantastique au fur et à mesure de son agrandissement.  J’y perçai des ouvertures que je dissimulai par des tentures.  J’en garnis les murailles de hautes fenêtres murées, construisis des tours inaccessibles que je cernai de plateformes crénelées, forgeai des barreaux, et aménageai des salles.

 Il ne me restait plus qu’à peupler cette citadelle que je résolus d’entourer d’un vaste cimetière encombré de chapelles, de tombes et de croix. Lorsque je les eu façonnées dans l’argile, quelques succubes parmi les plus dévouées rejoignirent aussitôt la crypte où repose  pour l’éternité leur maître vampire, tandis que leurs compagnes se disséminèrent au coeur du cimetière, au service de leur seigneur, prêtes à séduire quiconque aurait l’imprudence de s’aventurer là…    

 La représentation pouvait commencer… !

 

02/06/2010

l' ANTRE du VAMPIRE

 

 

« L’Antre du Vampire » est la mise en scène de tout un décor fantastique conçu au début des années 2000 pour un public de pré-adolescents à l’occasion des premières fêtes d’Halloween qui furent célébrées en Belgique. 

 L’Aventure débuta par un simple empilement de cageots solidarisés à l’aide de colle et de plâtre, et qui ébaucha petit à petit la silhouette massive d’un château fantastique au fur et à mesure de son agrandissement.  J’y perçai des ouvertures que je dissimulai par des tentures.  J’en garnis les murailles de hautes fenêtres murées, construisis des tours inaccessibles que je cernai de plateformes crénelées, forgeai des barreaux, et aménageai des salles.

 Il ne me restait plus qu’à peupler cette citadelle que je résolus d’entourer d’un vaste cimetière encombré de chapelles, de tombes et de croix. Lorsque je les eu façonnées dans l’argile, quelques succubes parmi les plus dévouées rejoignirent aussitôt la crypte où repose  pour l’éternité leur maître vampire, tandis que leurs compagnes se disséminèrent au coeur du cimetière, au service de leur seigneur, prêtes à séduire quiconque aurait l’imprudence de s’aventurer là…    

 La représentation pouvait commencer… !

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...un cimetière rongé de solitude et hérissé à perte de vue de chapelles et de croix...

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...des ténèbres immobiles, mais tout infestées d'immondes succubes !
 
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... et dans leurs yeux je voyais ma mort
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

18/03/2010

JAN POTOCKI ECRIVAIN FANTASTIQUE ATYPIQUE

Jan  POTOCKI, 

personnage atypique, et

écrivain fantastique précurseur du gothique

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Jan Potocki, (1761-1815)

Comte et illustre descendant d'une  famille polonaise de haute noblesse,

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blason de la famille potocki

auteur du célèbre roman atypique,

"Manuscrit trouvé à Saragosse"

une oeuvre inséparable des paysages 

jean potocki,jan potocki,littérature fantastique,roman fantastique,saragosse,zaragoza,espagne,francisco goya,pologne,noblesse polonaise

Martinez  del Mazo       Vue de Zaragoza

 

et des personnages rencontrés par l'auteur

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au cours de ses pérégrinations en terre d'Espagne

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Découvrons cet écrivain atypique dans la préface d'une des nombreuses rééditions de son roman,

écrite par Roger Caillois.  (extrait)

"Issu d'une illustre famille polonaise, contemporain

et parfois acteur des plus graves événements,

le comte Jan (Jean) Potocki (1761-1815) acquit de son vivant

 une bizarre réputation d'excentrique et d'érudit.

Il monte en ballon avec l'aéronaute Blanchard,

exploit de moins de conséquence mais de plus de

retentissement que de noter, le premier, le langage

secret des princes tcherkesses lors de réunions

liturgiques. Il fréquente les salons parisiens les plus

avancés et se lie, plus tard, avec les Jacobins.

Il fonde une imprimerie libre et se prononce contre

la monarchie héréditaire, en même temps

qu'il ridiculise les démocrates dans une saynète

bouffonne. Il voyage depuis le Maroc jusqu'aux

confins de la Mongolie. Il combat contre les Russes

et devient conseiller privé du tsar Alexandre I".

Il est l'un des fondateurs de l'archéologie slave

et termine, avant de se suicider d'une manière affreuse,

un long roman de la plus grande fantaisie

qu'il laisse presque entièrement inédit.

Il l'a écrit en français, comme toutes ses œuvres

d'ailleurs. L'ouvrage demeure pratiquement inconnu.

Il en est d'autant plus pillé. Il fait l'objet d'un procès

retentissant à Paris. Le manuscrit original est perdu,

mais la traduction polonaise, parue en 1847

et plusieurs fois rééditée, devient une sorte de classique

dans cette littérature. Elle est alors peu lue,

d'ailleurs comme beaucoup de classiques.

Plus d'un siècle après, en 1958, à la suite du plus fortuit

 des hasards, l'œuvre, qui est intitulée

Manuscrit trouvé à Saragosse, est publiée, (la première,

partie du moins), dans sa langue originale.

On s'aperçoit qu'il s'agit pour le style

et pour le contenu d'un véritable chef-d'œuvre."  

……..

 

Son protégé Klaproth écrira après sa mort :

Né en Pologne, le comte Potocki devait

dans sa jeunesse, être sectateur de cette liberté,

qui est toujours en péril quand on en parle trop.

 C'était un sentiment honorable chez lui,

 comme il est chez tous ceux qui ne cherchent pas

 dans des déclamations libérales un moyen de parvenir.

Un voyage qu'il fit en Hollande, en 1787,

pendant la révolution contre le Stathouder,

et le spectacle des fureurs populaires paraissent avoir

singulièrement diminué son enthousiasme

pour la liberté des peuples et le bonheur qu'elle verse

sur le genre humain."

 

Généalogie de Jan Potocki

Le Comte Jan Nepomuck Potocki(1761-1815) nacquit le 08 mars 1761 à Lezajsk, Pikow, Ukraine. (ou Vladowska, Podolie, région historique européenne située au centre-ouest de l’Ukraine)

Il était l'enfant de Josef et Teresa Potocki.  

Jan Potocki fut un écrivain célèbre, entre autres, pour son fameux roman  "Manuscrit trouvé à Saragosse", écrit (et non entièrement achevé) entre 1804 et 1815, ce dernier est calqué sur sa propre existence, toute entière faite de voyages et d'une extraordinaire érudition. (il préparait une grande Histoire du peuple slave)   Jan partagea son éducation entre Genève et Lausanne. Il fut un scientifique compétent, un artiste et un politicien engagé. Il établit les études des langues et civilisations slaves, et publia  quantité d'ouvrages relatifs aux  recherches ethnologiques, historiques, et linguistiques.  Il composa également des pièces musicales et une opérette. A trente-cinq ans, il écrivit des récits et descriptions de ses voyages au Maroc, au pays des Scythes, Sarmates, Slaves, Turcs, et Egyptiens.  On le surnomma le "Cervantes français". Il parlait couramment  le russe, l'italien, le grec, l'espagnol, et le français, langue dans laquelle il écrivit son célèbre roman.

Il épousa la Princesse Julia Lubomirska, (née en 1760 à Lancut, et décédée à Cracow en 1799) fille de la haute noblesse polonaise Lubomirski-Czartoryska en 1783.

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blason de la famille Lubomirska

Jan Potocki mourut le 02 September 1815 dans sa propriété de Uladowa en Podolie, en se suicidant macabrement au terme d'une longue maladie mentale.                                             (d'après Wikipedia)

 

affiche du film réalisé par Wojciech J. HAS,

auteur du célèbre film  "La Clepsydre"

ci-dessous, quelques extraits du "Manuscrit trouvé à Saragosse"

"Je vis entrer dans la cabane une figure plus effrayante que tout ce que j’avais vu jusqu’alors. C’était un homme qui paraissait jeune, mais d’une maigreur hideuse. Ses cheveux étaient hérissés ; un de ses yeux était crevé et il en sortait du sang ; sa langue pendait hors de sa bouche et laissait couler une écume baveuse. Il avait sur le corps un assez bon habit noir, mais c’était son seul vêtement ; il n’avait même ni bas, ni chemise."      ……..

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Francisco Goya       Le Songe de la Raison produit des monstres, gravure

"Enfin je me réveillai réellement ; le soleil brûlait mes paupières, je les ouvris à peine, je vis le ciel, je vis que j’étais en plein air, mais le sommeil appesantissait encore mes yeux. Je ne dormais plus, mais je n’étais pas encore éveillé. Des images de supplices se succédèrent les unes aux autres, j’en fus épouvanté. Je me soulevai en sursaut."      ……….

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francisco goya      homme garoté

"Je crus encore n’être pas bien éveillé et faire un rêve pénible. Je refermai les yeux et je cherchai dans ma mémoire où j’avais été la veille… Alors je sentis que des griffes s’enfonçaient dans mes flancs. Je vis qu’un vautour s’était perché sur moi et dévorait un des compagnons de ma couche. La douleur que me causait l’impression de ses serres acheva de me réveiller."      ………

 

 "Alors je sentis qu’un des pendus me saisissait par la cheville du pied gauche. Je voulus m’en débarrasser mais l’autre pendu me coupa le chemin. Il se présenta devant moi, faisant des yeux épouvantables et tirant une langue rouge comme du fer que l’on sortirait du feu. Je demandai grâce, ce fut en vain. D’une main, il me saisit la gorge et de l’autre il m’arracha l’œil qui me manque. A la place de mon œil, il entra sa langue brûlante. Il m’en lécha le cerveau et me fit rugir de douleur."      ……..

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des aventures picaresques

au coeur des paysages désertiques de

la Sierra Morena (Espagne)

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 "Le voyageur qui se hasarderait dans cette sauvage contrée s'y trouvait, disait-on, assailli par mille terreurs capables de glacer les plus hardis courages.  Il entendait des voix lamentables se mêler au bruit des torrents et aux sifflements de la tempête, des lueurs trompeuses l'égaraient et des mains invisibles le poussaient vers des abîmes sans fond."      ........

 

 "Comme j'avais beaucoup entendu parler de tout cela à Cordoue, j'eus la curiosité de m'approcher de la potence.  Le spectacle en était d'autant plus dégoûtant que les hideux cadavres, agités par le vent, faisaient des balancements extraordinaires, tandis que d'affreux vautours les tiraillaient pour arracher des lambeaux de leur chair."      .........

 

 la Sierra Morena,

tout juste peuplée de brigands

et de créatures gothiques

 

 "Je les contemplai quelque temps avec une sorte de sang-froid, enfin leurs mouvements pressés par une cadence plus vive, le bruit étourdissant de la musique mauresque, mes esprits soulevés par une nourriture soudaine, en moi, hors de moi, tout se réunissait pour troubler ma raison.  Je ne savais plus si j'étais avec des femmes ou bien d'insidieux succubes.  Je n'osais voir  -et je ne voulais pas regarder.  Je mis ma main sur mes yeux et je me sentis défaillir."      ........

 

"Zibeddé me demanda ce que c'était qu'un médaillon qu'elle voyait dans mon sein et si c'était le portrait d'une maîtresse.

-  Cest, lui répondis-je, un joyau que ma mère m'a donné et que j'ai promis de porter toujours ; il contient un morceau de la vraie croix.

A ces mots, je vis Zibeddé reculer et pâlir.

-  Vous vous troublez, lui dis-je, cependant la croix ne peut épouvanter que l'esprit des ténèbres.

 

 "Puis elle posa son bougeoir sur ma table de nuit, s'assit sur mon lit, prit une de mes mains et me parla en ces termes :

-  Mon cher Pascheco, voici le moment où je puis vous donner les plaisirs que je vous ai promis.  Il y a une heure que nous sommes arrivés à ce cabaret.  Votre père est aller coucher à la ferme, mais, comme j'ai su que vous étiez ici, j'ai obtenu la permission d'y passer la nuit avec ma soeur Inésille.  Elle vous attend et se dispose à ne rien vous refuser ; mais il faut vous informer des conditions que j'ai mises à votre bonheur.  Vous aimez Inésille, et je vous aime.  Il ne faut pas que de nous trois, deux soient heureux aux dépens du troisième.  Je prétends qu'un seul lit nous serve cette nuit.  Venez."

 

"Enfin minuit sonna.  Alors la porte de la sacristie s'ouvrit, et Trivulce vit entrer le sacristain, tenant sa lanterne dans une main et un balai dans l'autre.  Mais ce sacristain n'était qu'un squelette.  Il avait un peu de peau sur le visage et, comme des yeux fort creux, mais son surplis qui collait sur ses os faisait assez voir qu'il n'avait pas de chair du tout.  

L'affreux sacristain posa sa lanterne sur le maître-autel et alluma les cierges comme pour vêpres.  Ensuite il se mit à balayer l'église et épousseter les bancs.  Il passa même plusieurs fois près de Trivulce, mais il ne parut point l'apercevoir.

Enfin il alla à la porte de la sacristie et sonna la petite cloche qui y est toujours.  Alors les tombeaux s'ouvrirent, les morts y parurent enveloppés de leurs linceuls et entonnèrent des litanies sur un ton fort mélancolique."

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"Le chef des bandits eut  un soin  tout particulier de nous pendant notre détention et, même, il en abrégea le terme.  Ma mère, au sortir de la prison, fut très bien reçue par le voisines et tout le quartier, car, dans le midi de l'Italie, les bandits sont les héros du peuple, comme les contrebandiers le sont en Espagne.  Nous avions notre part dans l'estime universelle et moi en particulier, j'étais regardé comme le prince des polissons de notre rue."

 

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Francisco Goya         la guerre, gravure

 

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à  suivre... 

18/02/2010

GEORGE SAND ET LE GOTHIQUE

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"George Sand n’est pas un penseur, mais elle est de ces sibylles qui ont discerné dans le futur une humanité plus heureuse. Et si, toute sa vie, elle proclame la possibilité, pour l’humanité, d’atteindre à l’Idéal, c’est qu’elle-même était armée pour y atteindre."

Fiodor Dostoïevski       Journal d'un écrivain (1876)

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ci-dessous, quelques extraits du roman de Geoge Sand, "Spiridion" (1842) qui ne sont pas sans rappeler ce chef-d'oeuvre du Gothique qu'est  le roman de Matthew Gregory Lewis, "Le Moine", (1796)  

rares parties aux accents gothiques dans une oeuvre davantage tournée vers la spéculation spirituelle.

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"Spiridion a été écrit en grande partie, et terminé dans la Chartreuse de Valdemosa, aux gémissements de la bise dans les cloîtres en ruines. Certes, ce lieu romantique eût mieux inspiré un plus grand poète. Heureusement le plaisir d'écrire ne se mesure pas au mérite de l'œuvre, mais à l'émotion de l'artiste; sans des préoccupations souvent douloureuses, j'aurais été bien satisfaite de cette cellule de moine dans un site sublime, où le hasard, ou plutôt la nécessité résultant de l'absence de tout autre asile, m'avait conduite et mise précisément dans le milieu qui convenait au sujet de ce livre commencé à Nohant." GEORGE SAND. Nohant, 25 août 1855.

- «Misérable pécheur ! Ame basse et perverse !

Vous savez bien que vous me cachez un secret formidable,

et que votre conscience est  un abîme d'iniquité.

Mais vous ne tromperez pas l'oeil de Dieu,

vous  n'échapperez point à sa justice. Allez, retirez-vous de moi ;

je ne  veux plus entendre vos plaintes hypocrites.

Jusqu'à ce que la contrition ait touché votre coeur,

et que vous ayez lavé par une pénitence sincère

les souillures de votre esprit,

je vous défends d'approcher du tribunal de la pénitence.

— Ô mon père! mon père! m'écriai-je,

ne me repoussez pas ainsi, ne me réduisez pas au désespoir,

ne me faites pas douter de la bonté de Dieu

et de la sagesse de vos jugements.

Je suis innocent devant le Seigneur ; ayez pitié de mes souffrances....

— Reptile audacieux ! s'écria-t-il d'une voix tonnante,

glorifie-toi de ton parjure et invoque le nom du Seigneur

pour appuyer tes faux serments ;

mais laisse-moi, ôte-toi de devant mes yeux,

ton endurcissement me fait horreur ! »     ........

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Albrecht Altdorfer    Vierge Marie

"Cependant je ne pouvais m'y décider encore,

car j'éprouvais un bien-être inouï, et j'écoutais

dans une sorte d'aberration paisible les bruits de ce souffle d'été

qui se glissait furtivement par la fente d'une persienne.

Alors il me sembla entendre une voix qui partait du fond

de la sacristie, et qui parlait si bas que je ne distinguais pas

les paroles. Je restai immobile et prêtai toute mon attention.

La voix paraissait faire une de ces prières entrecoupées

que nous appelons oraisons jaculatoires.

Enfin je saisis distinctement ces mots :

Esprit de vérité, relève les victimes de l'ignorance

et de l'imposture."          ……….

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"C'était  peut-être au nom du malin esprit

qu'il m'avait imposé les mains.

Peut-être avais-je fait alliance avec les esprits de ténèbres

en recevant les caresses et les consolations

de ce moine suspect. Je fus troublé, agité ;

je ne pus fermer l'oeil de la nuit."       ..........

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              alessandro magnasco     la prière des moines pénitents

"Quand un homme a entendu l'esprit l'appeler,

ne fût-ce qu'une fois et faiblement, il doit tout quitter

pour le suivre, et rester là où il l'a conduit,

quelque mal qu'il s'y trouve.

Retourner en arrière n'est plus en son pouvoir,

et quiconque a méprisé une seule fois la chair pour l'esprit,

ne peut plus revenir aux plaisirs de la chair ;

car la chair révoltée se venge et veut chasser l'esprit à son tour.

Alors le coeur de l'homme est le théâtre d'une lutte terrible

où la chair et l'esprit se dévorent l'un l'autre ;

l'homme succombe et meurt sans avoir vécu.

Je m'avançai pour m'agenouiller devant cette image sacrée ;

mais il me sembla encore qu'on me suivait pas à pas,

et je me retournai encore sans voir personne.

En ce moment mes yeux se portèrent sur le tableau

qui faisait face à celui de saint Benoît ;

et quelle fut ma surprise en retrouvant les mêmes traits

avec une expression douce et grave, et la belle chevelure

ondoyante que j'avais cru voir en réalité !

Ce personnage était bien plus identique que l'autre

avec ma vision. Il était debout et dans l'attitude où

il m'était apparu. Il portait exactement le même costume,

le même manteau, la même ceinture, les mêmes bottines.

Ses grands yeux bleus, un peu enfoncés

sous l'arcade régulière de ses sourcils,

s'abaissaient doucement avec une expression méditative

et pénétrante."        ..........

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                                      alessandro magnasco      évêque

 «Il est facile de bien vivre, dit-il ; plus facile que de bien mourir !

Il n'est pas bon de tant cultiver la science dans le cloître.

L'esprit s'exalte, l'orgueil s'empare souvent des meilleures têtes,

et l'ennui fait aussi qu'on se lasse de croire toujours aux mêmes  

vérités. On veut en découvrir de nouvelles ; on s'égare.

Le démon fait son profit de cela et vous suscite parfois,

sous les formes d'une belle philosophie

et sous les apparences d'une céleste inspiration,

de monstrueuses erreurs, bien malaisées à abjurer

quand l'heure de rendre compte vous surprend.

J'ai ouï dire tout bas, par des gens bien informés,

que l'abbé Spiridion, sur la fin de sa carrière,

quoique menant une

vie austère et sainte, ayant lu beaucoup de mauvais livres,

sous prétexte de les réfuter à loisir,

s'était laissé infecter peu à peu, et à son insu,

par le poison de l'erreur. Il conserva toujours l'extérieur

d'un bon religieux ; mais il paraît que secrètement il était tombé

dans des hérésies plus monstrueuses encore

que celles de sa jeunesse."      .........

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  "Le soir, comme il s'assoupissait doucement

et que j'achevais ma prière à côté de son lit,

la porte s'ouvrit brusquement, et une figure épouvantable

vint se placer en face de moi. Je demeurai terrifié

au point de ne pouvoir articuler un son ni faire un mouvement.

Mes cheveux se dressaient sur ma tête

et mes yeux restaient attachés sur cette horrible apparition

comme ceux de l'oiseau fasciné par un serpent.

Mon maître ne s'éveillait point, et l'odieuse chose était immobile

au pied de son lit. Je fermai les yeux pour ne plus la voir

et pour chercher ma raison et ma force au fond de moi-même.

Je rouvris les yeux, elle était toujours là.

Alors je fis un grand effort pour crier et,

un râlement sourd sortant de ma poitrine,

mon maître s'éveilla. Il vit cela devant lui et ,

au lieu de témoigner de l'horreur ou de l'effroi,

il dit seulement du ton d'un homme un peu étonné :

«Ah ! ah !

— Me voici, car tu m'as appelé, dit le fantôme.

— Mon maître haussa les épaules, et se tournant vers moi :

— Tu as peur ? me dit-il ; tu prends cela pour un esprit, pour le

diable, n'est-ce pas ? Non, non ; les esprits ne revêtent pas cette

forme, et, s'il en était d'aussi sottement laids,

ils n'auraient pas le pouvoir de se montrer aux hommes.

La raison humaine est sous la garde de l'esprit de sagesse.

Ceci n'est point une vision, ajouta-t-il en se levant

et en s'approchant du fantôme ; ceci est un homme de chair

et d'os. Allons, ôtez ce masque, dit-il en saisissant le spectre à

la gorge, et ne pensez pas que cette crapuleuse mascarade puisse

m'épouvanter."

Alors, secouant ce fantôme avec une main de fer, il le fit tomber

sur les genoux et, Alexis lui arrachant son masque,

je reconnus le frère convers qui m'avait chassé de l'église,

et qui avait nom  Dominique."       .........

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 "Alexis marchait toujours à grands pas, traînant son prisonnier.

De temps en temps celui-ci faisait des efforts pour se dégager

de sa main formidable ; mais le père, s'arrêtant, lui imprimait un

mouvement de strangulation, et le faisait rouler sur les degrés.

Les ongles d'Alexis étaient imprégnés de sang, et les yeux du

Dominique sortaient de leurs orbites. Je les suivais toujours, et

ainsi nous arrivâmesau bas du grand escalier

qui donnait sur le cloître. Là était suspendue la grosse cloche

que l'on ne sonnait qu'à l'agonie des religieux,

et que l'on appelait l'articulo mortis.

Tenant toujours d'une main son démon terrassé,

Alexis se mit à sonner de l'autre avec une telle vigueur

que tout le monastère en fut ébranlé.

Bientôt nous entendîmes ouvrir précipitamment les portes

des cellules, et tous les escaliers se remplirent de bruit.

Les moines, les novices, les serviteurs,

toute la maison accourait, et bientôt le cloître fut plein de

monde. Toutes ces figures effarées et en désordre,

éclairées seulement par la lueur tremblante de ma lampe,

offraient l'aspect des habitants de la vallée de Josaphat

s'éveillant du sommeil de la mort au son de la trompette du

jugement. Le père sonnait toujours, et en vain on l'accablait de

questions, en vain on voulait arracher de ses mains

le malheureux Dominique : il était animé d'une force surnaturelle ;

il faisait face à cette foule, et la dominant du bruit de son tocsin

et de sa voix de tonnerre :

«Il me manque quelqu'un, disait-il ; quand il sera ici,

je parlerai, je me soumettrai, mais je ne cesserai de sonner

qu'il ne soit descendu comme les autres. »

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 alessandro magnasco    scène d'intérieur aux moines

 « Fulgence tourna ses yeux humides vers le sablier.

Il ne restait plus que quelques grains dans le récipient.

Emporté par un mouvement de douleur inexprimable,

il serra convulsivement les deux mains de son maître,

qui étaient enlacées aux siennes, et qu'il sentait se refroidir rapidement. L'abbé lui rendit son étreinte avec force,

et sourit en lui disant : «Voici l'heure! »

En cet instant, Fulgence sentit une main pleine de chaleur

se poser sur sa tête. Il se retourna brusquement, et vit debout derrière lui un homme en tout semblable à l'abbé,

qui le regardait d'un air grave et paternel.

Il reporta ses regards sur le mourant ;

ses mains s'étaient étendues, ses yeux étaient fermés.

Il avait cessé de vivre de la vie des hommes.

Fulgence n'osa se retourner. Partagé entre la terreur

et le désespoir, il colla son visage au bord du lit,

et perdit connaissance pendant quelques instants.

Mais bientôt, se rappelant le devoir qu'il avait à remplir,

il reprit courage, et acheva d'ensevelir son maître bien-aimé

dans le linceul. Il arrangea le manuscrit avec le plus grand

soin, mit le crucifix dessus, suivant l'usage,

et croisa les bras du cadavre sur la poitrine. À peine y furent-ils

placés, qu'ils se roidirent comme l'acier, et il sembla à Fulgence

que nul pouvoir humain n'eût pu arracher le livre

à ce corps privé de vie.

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«Le jour des obsèques de Fulgence, cette dalle fut levée,

et nous descendîmes l'escalier du caveau,

car une place avait été conservée pour l'ami de Spiridion

à côté de celle même où il reposait.

Telle avait été la dernière volonté du maître.

Le cercueil de chêne que nous portions était fort lourd ;

l'escalier roide et glissant ; les frères qui m'aidaient,

des adolescents débiles, troublés peut-être par la lugubre

solennité qu'ils accomplissaient.

La torche tremblait dans la main du moine

qui marchait en avant. Le pied manqua à un des porteurs ;

il roula en laissant échapper un cri,

auquel les cris de ses compagnons répondirent.

La torche tomba des mains du guide et, à demi éteinte,

ne répandit plus sur les objets qu'une lumière incertaine,

de plus en plus sinistre. L'horreur de cet instant fut extrême

pour des jeunes gens timides, élevés dans les superstitions

d'une foi grossière, et prévenus contre la mémoire de l'abbé

par les imputations absurdes qui circulaient encore

contre lui dans le cloître.

Ils croyaient sans doute que le spectre de Spiridion

allait se dresser devant eux, ou que l'esprit malin,

réveillé par ces saintes ablutions,

allait s'exhaler en flammes livides de la fosse ténébreuse."

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                         Alessandro Magnasco     Intérieur de synagogue

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                                                    George Sand âgée                  peinture 

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ci-dessous, quelques extraits du roman de George Sand, "Consuelo"

et de sa suite dans le roman "La Comtesse de Rudolstadt". 

 "Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains, pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son œuvre savante. Mais la lectrice esprit fort que nous avons charge de divertir ne prendrait peut-être pas aussi bien, au temps où nous sommes, l’innocent stratagème du romancier."

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"Ces bizarres propos ramenèrent Consuelo au sentiment de terreur superstitieuse qu’elle avait éprouvé en entrant dans la demeure des Rudolstadt. La subite pâleur d’Amélie, le silence solennel de ces vieux valets à culottes rouges, à figures cramoisies, toutes semblables, toutes larges et carrées, avec ces yeux sans regards et sans vie que donnent l’amour et l’éternité de la servitude ; la profondeur de cette salle, boisée de chêne noir, où la clarté d’un lustre chargé de bougies ne suffisait pas à dissiper l’obscurité ; les cris de l’effraie qui recommençait sa chasse après l’orage autour du château ; les grands portraits de famille, les énormes têtes de cerf et de sanglier sculptées en relief sur la boiserie, tout, jusqu’aux moindres circonstances, réveillait en elle les sinistres émotions qui venaient à peine de se dissiper. Les réflexions de la jeune baronne n’étaient pas de nature à la rassurer beaucoup."

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 "Après bien des détours et des retours dans les inextricables sentiers de cette forêt jetée sur un terrain montueux et tourmenté, Consuelo se trouva sur une élévation semée de roches et de ruines qu’il était assez difficile de distinguer les unes des autres, tant la main de l’homme, jalouse de celle du temps, y avait été destructive. Ce n’était plus qu’une montagne de débris, où jadis un village avait été brûlé par l’ordre du redoutable aveugle, le célèbre chef calixtin Jean Ziska, dont Albert croyait descendre, et dont il descendait peut-être en effet."         ..........

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"Cette pièce avait dans ses ornements

 et dans sa disposition tout le caractère

 d’un lieu destiné aux opérations magiques.

 Mais je n’eus pas le loisir de l’examiner beaucoup ;

mon attention était absorbée par un personnage

assis devant une table. Il était seul et cachait

 sa figure dans ses mains, comme s’il eût été plongé

dans une profonde méditation.

 Je ne pouvais donc voir ses traits,

 et sa taille était déguisée par un costume

que je n’ai encore vu à personne.

 Autant que je pus le remarquer, c’était une robe,

ou un manteau de satin blanc doublé de pourpre,

et agrafé sur la poitrine par des bijoux hiéroglyphiques

 en or où je distinguai une rose,

une croix, un triangle, une

tête de mort, et plusieurs riches cordons

de diverses couleurs. "      ...........

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à suivre.....

18/01/2010

Un ECRIVAIN AMERICAIN PRECURSEUR DU GOTHIQUE Charles BROCKDEN BROWN

Charles Brockden Brown (1771-1810)

un auteur  américain  précurseur  du  gothique

 

"Qu'on ne nous objecte pas que les exemples d'une pareille hallucination  (voir son roman : "Wieland ou la voix mystérieuse")

sont rares ; c'est précisément le devoir d'un peintre de retracer les scènes qui, en frappant plus vivement l'imagination, gravent aussi plus profondément dans la mémoire les leçons de la morale."

                                                                            Charles Brockden Brown

Charles Brockden Brown, (1771-1810), est un romancier, journaliste, historien et éditeur américain. Il est considéré comme le premier romancier professionnel des États-Unis, et comme le premier auteur gothique américain.  Sa curiosité, la richesse de son imagination et son intérêt pour sa propre société en font une figure majeure de la littérature et de la culture américaine des XVIIIe et XIXe siècles.  Brown rédigea les quatre romans pour lesquels il est resté célèbre en l'espace de deux ans. S'il abandonna rapidement l'écriture fictionnelle au profit d'écrits historiques et politiques, il demeure un précurseur par son choix audacieux de devenir romancier à une époque où publier était pratiquement impossible en Amérique.  

Brown était le quatrième enfant d’une grande famille marchande quaker de Philadelphie. Il débuta sa vie professionnelle dans le commerce avec ses frères. Ce contexte familial, ses expériences du libre-échange, les conflits commerciaux à l'époque révolutionnaire sont capitaux pour comprendre les écrits journalistiques de Brown. Même si sa famille avait décidé pour lui qu’il serait avocat, Brown abandonna le droit en 1793 après un très court apprentissage. Ses pas le dirigèrent ensuite vers un cercle de jeunes intellectuels basés à New York, qui l’aidèrent à lancer sa carrière littéraire. Ce groupe était composé de jeunes hommes intellectuels et progressistes issus de profession libérale, qui se faisaient appeler le « Friendly Club ». 

Durant les années 1790, Brown développa ses ambitions littéraires, utilisant fréquemment sa correspondance avec des amis comme laboratoire pour des expériences narratives. Ses premières publications commencèrent à la fin des années 1780, avec The  Rhapsodist. En 1798, ses années de réflexion le menèrent à une période intense d’écriture de romans. Son roman gothique, Wieland, ou La Voix mystérieuse, date de 1798.

En 1804, il épousa Elisabeth Linn dont il eut plusieurs enfants.  

Il décéda des suites d'une longue maladie en 1810 à Philadelphie.

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Ses principaux romans sont :

- Wieland, ou La Voix mystérieuse

- Ormond, ou Le Témoin invisible

- Huntly, ou Le Somnalbule

- Arthur Mervyn

- Clara Howard

- Jane Talbot

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WIELAND, ou La Voix mystérieuse

"A mesure que la soirée avança, les inquiétudes de mon père grandirent ; il vint s'asseoir selon sa coutume au milieu de la famille, mais ne prit aucune par à la conversation.  Il semblait absorbé dans ses pensées.  On lisait parfois sur son visage des marques de terreur, il regardait fixement devant lui, ses yeux étaient hagards, et les efforts de ses amis l'arrachaient à peine à ses préoccupations.  En revenant à lui-même, il ne montrait aucune surprise, mais passant la main sur son front, il se plaignait, d'une voix émue et tremblante, d'avoir la tête en feu."          ........

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 "Une demi-heure s'était écoulée dans cette attente, lorsque ma mère jeta les yeux sur le rocher.  Tout à coup il parut éblouissant de lumière.  Une clarté partant de l'édifice illumina tout le paysage ; un rayon plus vif traversa les airs, et aussitôt on entendit un bruit violent semblable à l'explosion d'une mine.  Ma mère poussa un cri involontaire, mais les sons qui vinrent frapper ses oreilles la surprirent encore davantage : c'étaient des clameurs aigûes poussées sans interruption.  Les rayons qui se répandaient au loin s'éteignirent peu à peu, mais l'intérieur du pavillon resta éclairé.

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"Un phénomène semblable, dans un lieu consacré à la prière, pouvait intimider le coeur le plus brave."

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 "Une chose est vraie, dit-il avec gravité : ou j'ai entendu la voix de ma femme au bas de la montagne, ou je n'entends pas votre voix à présent."

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"J'étais arrivé au milieu de la montagne, lorsqu'une voix  m'appela de quelque distance ; les sons en étaient clairs, distincts et puissants  Ils étaient articulés, j'ai dû le croire au  moins, par ma femme.  Sa voix n'est pas ordinairement  aussi forte ; mais je l'ai entendue quelques fois s'élever à une grande puissance.  Si mon oreille ne m'a pas été trompée, c'est bien Catherine qui m'a dit : arrête-toi, ne va pas plus loin !  Il y a du danger là-haut !"

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"Elle éprouva une grande inquiétude en voyant le rôle inexplicable que sa voix pouvait ainsi jouer."

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 "Avant que votre frère pût me répondre, un non ! bien articulé se fit entendre ; il ne venait ni de droite, ni de gauche, ni de devant, ni de derrière nous, mais d'en haut.  De quelque part qu'il vint, quelle bouche l'avait prononcé ?"

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"Le bruit du timbre m'inspira une suite de réflexions douloureuses sur la mort de mon père.  Mais je ne pus les continuer longtemps, car la vibration avait à peine cessé, que j'entendis un chuchotement qui d'abord sembla partir de lèvres placées à côté de mon oreille."

.....

"Avais-je bien entendu des voix sinistres comploter ma mort, au milieu des ténèbres et à quelque pas de mon lit ?"

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 "Quelque chose me disait que le bonheur dont nous jouissions était assis sur des bases fragiles.  La mort pouvait nous frapper.  Il n'était donné à personne de savoir si notre félicité serait bientôt anéantie, ou si nous porterions nos têtes chargées d'ans et d'honneur.  Ces idées me préoccupaient rarement ; j'évitais de réfléchir sur la destinée qui attend tous les hommes.  Mais, dans le cours de cette nuit, la vie humaine m'apparut dépouillée du prestige qui en dissimule parfois les misères ; elle m'apparut avec toutes ses incertitudes.  Je me dis alors : il faut mourir !  Tôt ou tard, nous disparaîtrons pour jamais de la surface de la terre.  Quels que soient les liens qui nous attachent à la vie, ils seront brisés.  Cette existence passagère est douloureuse pour la plupart, et ceux même que la fortune a pris sous ses ailes doivent bien peu se réjouir, puisqu'ils savent comment tout finit."

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 à  suivre..... 

 

 

 

18/12/2009

ART FANTASTIQUE GOTHIQUE

Art  Fantastique  Gothique

"Misérable railleur, tu veux être artiste et jamais la foi et l'amour n'ont brûlé dans ton coeur.  Aussi tes oeuvres seront-elles froides et sans vie, comme toi-même.

Comme un réprouvé, tu désespéreras dans le vide de ton âme et tu succomberas sous le poids de ton impuissance."

E.T.A. Hoffmann      Les Elixirs du diable

 

"Abdiquant  toute originalité, l'artiste se satisfait de copier ou imiter le crayon de celui-ci, la palette de celui-là, de travailler dans la manière que lui ont enseignée ses professeurs, qui eux-mêmes se bornaient à transmettre sans rien y changer un savoir acquis.  Je l'encouragerais à regarder désormais autour de lui, à peindre d'après nature, à traduire par le dessin, par la couleur, l'incessant mouvement des moeurs et des sentiments dans nos sociétés tellement plus bigarrées et diversifiées que celles où vivaient les vieux maîtres, à insuffler la vie à ses paysages, ses figures, ses portraits."

charles-robert-maturin      fatale-vengeance

 450px-Self-portrait_as_the_Allegory_of_Painting_by_Artemisia_Gentileschi.jpg

artemisia-gentileschi      autoportrait

Edgar Allan POE   

Une descente dans le Maelström   (extrait)

 ……..

"Je regardai vertigineusement,

et je vis une vaste étendue de mer,

dont la couleur d’encre me rappela tout d’abord

le tableau du géographe Nubien et sa Mer des Ténèbres.

C’était un panorama plus effroyablement désolé

qu’il n’est donné à une imagination humaine

de le concevoir. À droite et à gauche, aussi loin

que l’œil pouvait atteindre, s’allongeaient,

comme les remparts du monde,

les lignes d’une falaise horriblement noire

et surplombante, dont le caractère sombre

était puissamment renforcé par le ressac

qui montait jusque sur sa crête blanche

et lugubre, hurlant et mugissant éternellement.

 

Là, le vaste lit des eaux, sillonné et couturé

par mille courants contraires, éclatait soudainement

en convulsions frénétiques,  haletant, bouillonnant,

sifflant, pirouettant en gigantesques et innombrables

 tourbillons, et tournoyant et se ruant

tout entier vers l’est avec une rapidité qui ne se manifeste

que dans des chutes d’eau précipitées.

Au bout de quelques minutes, le tableau subit

un autre changement radical.

La surface générale devint un peu plus unie,

et les tourbillons disparurent un à un,

pendant que de prodigieuses bandes d’écume

apparurent là où je n’en avais vu aucune jusqu’alors.

Ces bandes, à la longue, s’étendirent

à une grande distance, et, se combinant entre elles,

elles adoptèrent le mouvement giratoire

des tourbillons apaisés et semblèrent former le germe

d’un vortex plus vaste.

Soudainement, celui-ci apparut

et prit une existence distincte et définie,

dans un cercle de plus d’un mille de diamètre.

Le bord du tourbillon était marqué

par une large ceinture d’écume lumineuse ;

mais pas une parcelle ne glissait

dans la gueule du terrible entonnoir,

dont l’intérieur, aussi loin que l’œil pouvait y

plonger, était fait d’un mur liquide,

poli, brillant et d’un noir de jais,

faisant avec l’horizon un angle de 45 degrés environ,

tournant sur lui-même sous l’influence d’un mouvement

étourdissant, et projetant dans les airs

une voix effrayante, moitié cri, moitié rugissement,

telle que la puissante cataracte du Niagara elle-même,

dans ses convulsions, n’en a jamais envoyé

de pareille vers le ciel.

 

Un changement singulier avait eu lieu aussi dans le ciel.

Autour de nous, dans toutes les directions,

il était toujours noir comme de la poix,

mais presque au-dessus de nous il s’était fait

une ouverture circulaire, un ciel clair,

clair comme je ne l’ai jamais vu,  d’un bleu brillant

et foncé,  et à travers ce trou resplendissait

la pleine lune avec un éclat que je ne lui avais

jamais connu. Elle éclairait toutes choses

autour de nous avec la plus grande netteté, mais,

grand Dieu ! quelle scène à éclairer !

Cela peut paraître étrange ; mais alors,

quand nous fûmes dans la gueule même de l’abîme,

je me sentis plus de sang-froid

que quand nous en approchions.

Ayant fait mon deuil de toute espérance,

 je fus délivré d’une grande partie de cette terreur

qui m’avait d’abord écrasé.

Je suppose que c’était le désespoir qui raidissait

mes nerfs."

……..

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Edgar Allan Poe, daguerreotype

 

"Ou bien parais tel que tu es,

ou bien sois tel que tu parais"

djalâl ad dîn rûmi

mystique persan  (1207-1273)

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Dominique Mertens         La Chute

 

 

 

 

09:57 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art fantastique, gothique, artistes gothiques |  Facebook |

11/11/2009

le Prédicant Gothique

le Prédicant Gothique

En français, le substantif apparaît au plus tard en 1523, dans une sottie : Sottie des Béguins, parue à Genève. Il serait dérivé de predikant, terme originaire du sud de l’Allemagne et de la Suisse alémanique, dès la deuxième moitié du XVe siècle, soit avant la Réforme. Il connaît alors un certain succès en Suisse romande et en particulier sous la plume de Calvin : il qualifie le prédicateur protestant. À partir de la fin des années 1550, il s'impose presque brutalement, tant dans les actes royaux que dans le langage des catholiques, avec une dépréciation du terme. Du latin praedicare.

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Claudio Coello      Saint_Dominique

"Vivre, seulement vivre, vivre n'importe comment, mais vivre...

Que c'est donc vrai, Seigneur, que c'est donc vrai !  

L'homme est un lâche... et lâche est celui qui lu reproche cette lâcheté."

                                                                                                  Fiodor Dostoïevski       Crime et châtiment

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Le roman (Crime et châtiment, de Fiodor Dostoïevski) s’achève par la vague prédiction d’une renaissance du héros. Raskolnikov
aime Sonia, « tous deux étaient maigres et pâles, mais, sur ces deux pauvres visages
ravagés, brillaient l’aube d’une vie nouvelle, celle d’une résurrection. C’était l’amour qui les
ressuscitait ». Mais comme nous le dit l’auteur, « ici commence une autre histoire, celle de
la lente rénovation d’un homme, de son passage graduel d’un monde à un autre, de sa
connaissance progressive d’une réalité totalement ignorée jusque-là. On pourrait y trouver
la matière d’un nouveau récit mais le nôtre est terminé ».

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en fonction de son auditoire, le prédicant tantôt recourt à un langage imagé,

mais tantôt il s'en réfère à une langue codée...

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Albrecht Dürer       Melencholia 

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 (détail)

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15:12 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/10/2009

Au-delà du Gothique et du Fantastique

Au-delà  du  Gothique

 

“Il y a dans le coeur d'une femme qui commence à aimer

un immense besoin de souffrir."

                                                                                Charles Nodier        Smarra

la voie de la moindre résistance…

 

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"La souffrance est l'unique cause

 de la conscience" 

                                                                                    Fiodor Dostoïevski

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"Il fait nuit ! ... et l'enfer va se rouvrir !"

                                                      Charles Nodier       Smarra

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"Tous avaient écouté en silence le récit d'Anne Savichena, surtout les dames.  Beaucoup d'entre elles en secret voulaient du bien à Doubrovski, (un brigand notoire) voyant en lui un type de héros romanesque, principalement Marie Kirilovna, à cause de son imagination ardente nourrie des horreurs mystérieuses de (Anne) Radcliffe." 

                                                               Alexandre Pouchkine       Doubrovski

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"Sa souffrance faisait peine à voir.  C'était le tourment d'un esprit consciencieux, indicible, torturé par une responsabilité incompréhensible concernant des vies humaines."

                                                                        Charles Dickens       Le signaleur

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« Hé ! Vous, là-bas ! Attention ! Attention ! Pour l'amour du ciel, écartez-vous ! »

                                          Charles Dickens       Le signaleur

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"Je repris ma descente et parvins au niveau de la ligne de chemin de fer ; je m'avançai alors vers lui et, en m'approchant, je constatai que c'était un homme au teint jaunâtre et qu'il avait une barbe noire et des sourcils épais. Son poste était situé dans l'un des endroits les plus solitaires et les plus lugubres que j'eusse jamais vus. De chaque côté une paroi ruisselante de pierre tailladée qui, pour tout paysage, ne laissait voir qu'une étroite bande de ciel ; la perspective à une extrémité n'était qu'une prolongation tortueuse de ce vaste cachot ; dans l'autre direction la perspective était moins étendue ; elle se terminait par un morne signal rouge et par l'entrée, plus morne encore, d'un tunnel noir dont l'architecture massive avait un aspect primitif, rébarbatif et accablant. Le soleil avait tant de peine à se glisser jusqu'à ce lieu qu'il y flottait une odeur mortelle de terre humide ; d'autre part un vent froid y soufflait si vigoureusement que je me sentis glacé tout à coup, comme si je venais de quitter le monde des vivants."

                                            Charles Dickens              Le signaleur

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"Et alors s'écroulera la puissance factice de ceux qui ne sont forts que de leur avidité, la terre se dérobera sous leurs pas, ils ne sauront plus sur quoi s'appuyer."

                                                                                                                     Maxime Gorki       La Mère

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 "Pour être heureux jusqu'à un certain point, il faut que nous ayons souffert  jusqu'au même point"

                                                                                                             Edgar Allan Poe

Friedrich Nietsche a dit :

"Vivre, c'est souffrir,

 et survivre, c'est trouver un sens

 à la souffrance"

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Lovis Corinth     la déposition du corps du Christ

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"Depuis longtemps réprouvé, il  (un ange déchu) errait dans les solitudes du monde sans trouver un asile. Et cependant les siècles succédaient aux siècles, les instants aux instants. Lui, dominant le misérable genre humain, semait le mal sans plaisir et nulle part ne rencontrait de résistance à ses habiles séductions. Aussi le mal l’ennuyait…"

                                                   Lermontov       Le Démon (extrait)

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"Et le démon la vit !… Et à l’instant même il ressentit dans tout son être une agitation étrange. Une bienfaisante harmonie vibra dans la solitude de son âme muette, et de nouveau il put comprendre cette divine merveille d’amour de douceur et d’incomparable beauté. Longtemps il admira cette tendre image et les rêves d’un bonheur évanoui se déroulèrent encore devant lui, comme une longue chaîne ou comme les groupes d’étoiles au firmament. Cloué par une force invisible, il fit connaissance avec une nouvelle tristesse et soudain le sentiment fit résonner en lui sa puissante voix d’autrefois. Était-ce un symptôme de régénération ? au fond de son âme, il ne pouvait trouver des paroles de perfide séduction. Devait-il oublier ? Mais Dieu lui refusa l’oubli et du reste, il ne l’eût point accepté !"

                                                                    Lermontov       Le Démon (extrait)

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"La pauvre Tamara s’est jetée sur sa couche en sanglotant, ses larmes coulent avec abondance, et son sein gonflé se soulève péniblement !… tout à coup au-dessus d’elle une voix surnaturelle se fait entendre : « Ne pleure pas enfant, ne pleure pas en vain ; tes larmes ne peuvent tomber sur ce cadavre muet comme une rosée vivifiante ; les larmes ne peuvent que ternir le regard limpide des jeunes filles et creuser leurs joues. Il est bien loin déjà ; il ne connaîtra point ta douleur et ne pourra l’apprécier ; la lumière céleste réjouit maintenant ses yeux qui n’ont plus rien de ce monde et il n’entend plus que les concerts du paradis. Que sont les rêves insignifiants de la vie, et les gémissements et les larmes d’une pauvre fille, pour un hôte des cieux ? Rien. Non ! le sort d’une créature mortelle, crois-moi, mon ange terrestre, ne vaut pas un seul instant de ta chère tristesse. À travers les océans éthérés sans gouvernail et sans voiles, les chœurs des astres brillants voguent doucement au milieu des vapeurs ; dans les espaces infinis des cieux, les groupes floconneux des nuages impalpables passent sans laisser de trace ; l’heure de la séparation, l’heure du retour, n’ont pour eux ni joie ni tristesse ; pour eux l’avenir est vide de désirs et le passé sans regret. En ce jour d’affreux malheurs souviens-toi d’eux, bannis toute pensée terrestre, et comme eux, écarte de toi tout souci : dès que la nuit enveloppera de son ombre les sommets du Caucase ; dès que sous la puissance d’une voix magique, le monde charmé se taira ; dès que la brise du soir agitera sur les rochers l’herbe fanée, que les petits oiseaux cachés sous elle sautilleront plus gaiement dans l’ombre, et que sous les branches de la vigne la fleur des nuits s’épanouira pour boire avide- -ment la rosée céleste ; dès que la lune argentée montera lentement derrière la montagne et jettera sur toi ses regards indiscrets, je volerai aussitôt vers toi, je serai ton hôte jusqu’au jour et sur tes paupières aux cils soyeux je ferai éclore des songes d’or. » 

                                                                             Lermontov       Le démon (extrait)

     

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« O Père ! O Père ! cesse tes reproches ; ne gronde pas ta Tamara. Tu vois ses larmes ? Hélas ! ce ne sont pas les premières ! Je ne serai la femme de personne !... Dis à ceux qui demandent ma main, que mon époux repose dans la terre humide et que je ne puis donner mon cœur ! Depuis le jour où nous ensevelîmes son cadavre sanglant dans la montagne, un esprit perfide me poursuit avec une vision que je ne puis écarter et au milieu du calme des nuits, des songes tristes et étranges viennent jeter le trouble en moi. Mes pensées et mes paroles s’égarent confusément ; une flamme emplit tout mon sang ; je me dessèche et me flétris de jour en jour. O mon père ! Mon âme souffre ! Aie pitié de moi ! Livre au saint lieu ta fille déraisonnable ; là, je serai sous la protection du Sauveur et à ses pieds j’épancherai ma douleur. Ici-bas, il n’y a déjà plus de joie pour moi..... Que bientôt à l’ombre paisible des autels, une sombre cellule se referme sur moi, comme une tombe. »

                                                                        Lermontov       Le démon (extrait)

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Giuseppe Molteni       La Signora di Monza

"Le brouillard du soir a déjà couvert de ses vapeurs légères les collines de la Géorgie, et fidèle à sa douce habitude, le démon a dirigé son vol vers le couvent. Mais bien longtemps il n’osa violer ce paisible asile de la vertu. Il y eut même un moment où il parut prêt à abandonner ses affreux projets. Il errait mélancoliquement autour des murs élevés et ses pas, plus légers que le vent, faisaient doucement frissonner les feuilles dans l’ombre. Puis il levait les yeux vers cette fenêtre, qu’illuminait l’éclat de la lampe. C’est là qu’elle attendait depuis si longtemps. Soudain, au milieu de ce silence universel, une harpe harmonieuse vibra et des chants sonores résonnèrent ; ces sons semblaient se suivre avec mesure comme coulent des pleurs. C’était une mélodie si tendre, qu’elle paraissait avoir été composée au ciel pour la terre. On aurait dit un ange descendu ici-bas mystérieusement, qui venait en visiter un autre oublié et qui lui parlait du passé, afin d’adoucir sa souffrance ! Et le démon comprit alors pour la première fois les douleurs et les agitations de l’amour. Effrayé, il veut s’éloigner ; mais ses ailes restent immobiles ! et ô prodige ! une larme roule lentement de ses yeux obscurcis !… On voit encore près de cette cellule une pierre que cette larme brûlante a traversée comme une flamme et ce n’était point une larme humaine !"

                                                                  Lermontov       Le démon (extrait)

 

 « Disparais, esprit de doute et de ténèbres ; répondit le messager des cieux : tu as assez longtemps triomphé ; mais l’heure du jugement est venue, et que la sentence divine soit bénie ! Les jours de la tentation sont passés ; en quittant son enveloppe terrestre et périssable elle a secoué à jamais les chaînes du mal. Sache-le ! Depuis longtemps nous l’attendions ! Son âme était de celles dont la vie se compose d’un court instant  de souffrances intolérables et de délices qu’on ne peut comprendre. Le Créateur les a tissées avec les cordes vivantes d’un meilleur monde ; elles ne sont point créées pour la terre et la terre n’est pas faite pour elles ; elle a expié ses doutes par d’atroces douleurs ; elle a souffert et aimé et le paradis lui est ouvert pour cet amour !"

                                                  Lermontov       Le Démon

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