20/09/2017

DANS SES YEUX JE VOYAIS MA VIE

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"Il aimait ce moment où les dernières clartés s'éteignent, où les étoiles, l'une après l'autre, viennent briller dans l'espace et se réfléchir sur le miroir des eaux ; moment touchant et doux, où l'âme dilatée s'ouvre aux plus tendres sentiments, aux contemplations les plus sublimes."

Ann Radcliffe          Les Mystères d'Udolphe 

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Juste avant l'exil 

chanson de Gérard Manset


Juste avant l'exil,
On pose un dernier regard sur sa ville,
Les colliers de fleurs que les hommes enfilent
Et plus loin, sur le bord du quai,
Le secret que personne ne sait,
C'est qu'on est né ici
Et qu'on sait ce qu'on va laisser,
Alors on reste assis
Juste avant l'exil.
Ça semblait facile
De tout quitter.
On était le loup sans son collier,
L'arbre sans son espalier

Mais quand le sable a quitté le sablier,
Que le marbre et la pierre se sont brisés,
Que le chêne a fini quand même par retomber,

On se retrouve comme on est né
A nouveau dans un monde damnés,
A nouveau dans un monde damnés,
Sans rien ni personne pour nous aider.

Juste avant l'exil,
Juste avant l'exil,
Avant le dernier regard sur la ville,
Dans le bruit des trains qui défilent
Et là-bas, sur le bord du quai,
Comme la flamme d'un briquet,
Dans une main qui tremble,
Ce visage, on le connaît :
Il nous ressemble.
Juste avant l'exil,
Que cherche-t-il vers l'horizon ?
Le dessein dans la forme d'une maison
Ou peut-être la guérison 

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           Dominique Mertens          Ma rencontre avec Adelheide           

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"Oh ! combien il serait doux de parler longtemps du bonheur de Valancourt et d'Emilie !  de dire avec quelle joie, après avoir souffert l'oppression des méchants et le mépris des faibles, ils furent enfin rendus l'un à l'autre ; avec quel plaisir ils retrouvèrent les paysages chéris de leur patrie !  Combien il serait doux de raconter comment, rentrés dans la route qui conduit  le plus sûrement   au bonheur, tendant sans cesse à la perfection de leur intelligence, ils jouirent  des douceurs d'une société éclairée, des plaisirs d'une bienfaisance active, et comment les bosquets de La Vallée redevinrent le séjour de la sagesse et le temple de la félicité domestique ! ......"

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"..... Puisse-t-il du moins avoir été utile de démontrer que le vice peut quelquefois affliger la vertu ; mais que son pouvoir est passager, et son châtiment certain !  Tandis que la vertu froissée par l'injustice, mais appuyée sur la patience, triomphe enfin de l'infortune.

Et si la faible main qui a tracé cette histoire a pu, par ses tableaux, soulager un moment la tristesse de l'affligé, par sa morale consolante si elle a pu lui apprendre à en supporter le fardeau, ses humbles efforts n'auront pas été vains, et l'auteur aura reçu sa récompense."

(extrait de la conclusion du roman d'Ann Radcliffe, "Les Mystères d'Udolphe")

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 "Leur vie passée offrit un exemple d'épreuves bien dures et leur vie présente un modèle de vertus grandement récompensées; et ils continuèrent de mériter cette récompense.  Car leur bonheur ne se bornait pas à eux seuls, mais ils le faisaient sentir à tous les individus  qui vivaient dans la sphère de leur influence.  L'indigent et l'infortuné avaient à se louer de leur bienveillance, l'homme vertueux et éclairé, de leur amitié, et leurs enfants, d'aavoir des parents dont l'exemple imprimait dans leurs coeurs les préceptes qu'ils offraient à leur esprit."

(extrait de la conclusion du roman d'Ann Radcliffe, "Les Mystères de la forêt")

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 Lovis Corinth        Adam et Eve 

"Le comte et la comtesse Masérini, lord et lady Milverne, jouirent longtemps d'une félicité parfaite.  Ils eurent chacun plusieurs enfants qui devinrent l'ornement et le modèle de leur siècle.  Le temps semblait ajouter chaque jour quelque chose à leur bonheur, et le déclin de leur vie fut comme la fin d'un beau jour, où le soleil en se couchant, brille des rayons les plus purs, jusqu'à ce qu'il ait entièrement disparu de dessous l'horizon."

                                          Geoge Moore     L'Abbaye de Grasville

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"Ah ! jamais la solitude n'a plu à des êtres trop dissipés et frivoles ; elle ne convient qu'à des coeurs purs, seuls capables d'en goûter les charmes."

                                                             Charlotte Dacre        Zofloya, ou la Maure 

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"Ainsi, après divers incidents autant étranges que déprimants, Matilda reçut la récompense de sa persévérance, de sa force d'âme, et de sa vertueuse abnégation.  Une conscience de remplir ses nombreux devoirs assura son bonheur , aussi,  lorqu'elle écrivit la conclusion de ses aventures à sa Mère Sainte-Madeleine bien-aimée, ne dit-elle pas :  de vous, j'ai appris la résignation, et une certaine dépendance vis à vis d'un Etre qui n'abandonne jamais celui qui est vertueux.  De vous, j'ai appris à ne jamais désespérer.  De vos préceptes et de vos mises en garde, je vous suis redevable de n'avoir pris le voile, et je crois fermement que, appelée à un état supérieur, je me souviendrai toujours que les infortunés ont des suppliques à adresser aux coeurs de ceux que Dieu a bénis avec générosité, et que, grâce à vos ressources, vouées à expérimenter toutes les bénédictions de la vie, je vais ressentir comme un devoir d'étendre par des vertus vivaces, et au mieux de mes capacités, ces bénédictions à d'autres, moins chanceux que moi."

                                                                    Eliza Parsons          Le Château de Wolfenbach

                                                                                            (traduction Dominique Mertens)

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 ქრისტე აღსდგა მკვდრეთით,
სიკვდილითა სიკვდილისა დამთრგუნველი
და საფლავების შინათა
ცხოვრების მიმნიჭებელი !

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"Tu voudrais être aimée ?

Puisse donc ton cœur ne pas s’écarter

de son actuel cheminement !

Étant en tous points ce que tu es maintenant,

ne sois rien de ce que tu n’es pas.

Ainsi, pour le monde, tes nobles façons,

ta grâce, bien plus que de la beauté,

seront un thème sans fin de louange,

un simple devoir rendu à l'amour."

                                                                 Edgar Allan Poe

                                                                        poème            à  F.-S. O.

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John Simmons       Hermia et Lysander

(Songe d'une nuit d'été)

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Dominique Mertens       Adelheide, l'héroïne de mon roman

"Ils me montraient leurs arbres, et j'étais incapable de comprendre le degré d'amour avec lequel ils les regardaient : comme s'ils parlaient avec des êtres qui leur étaient semblables.  Et vous savez, je ne me tromperai pas, peut-être, si je dis qu'ils conversaient !  Oui, ils avaient trouvé leur langue, et je suis convaincu que les arbres les comprenaient.  Ainsi  regardaient-ils toute la nature  -les animaux, qui vivaient avec eux dans la concorde, ne les attaquaient pas et les aimaient, vaincus par leur amour.  Ils me montraient les étoiles et ils me parlaient d'elles à propos de quelque chose que je n'arrivais pas à comprendre, mais je suis convaincu que, d'une façon ou d'une autre, ils communiquaient avec les étoiles du ciel, et pas seulement par la pensée, non, par je ne sais quel moyen vivant.  Oh, ces gens, ils ne s'acharnaient pas à ce que je les comprenne, ils m'aimaient même sans cela, et pourtant je savais qu'eux non plus, ils ne me comprenaient jamais, et c'est pourquoi je ne leur parlais presque pas de notre terre,.  Je me contentais d'embrasser devant eux la terre sur laquelle ils vivaient et, sans paroles, je les adorais tous, et eux, ils voyaient cela et me laissaient les adorer, sans avoir honte de mon adoration, parce qu'ils étaient eux-mêmes pleins d'amour."

                        Fiodor Dostoïevski         Le Rêve d'un homme ridicule

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 John Simmons        Le Songe d'une nuit d'été

 

An die Freunde

             Ode à la Joie        

poème de Friedrich Schiller  (extrait)

 version française :

Ô amis, pas de ces accents !

Laissez-nous en entonner de plus agréables,

Et de plus joyeux !

Joie, belle étincelle divine,

Fille de l'assemblée des dieux,

Nous pénétrons, ivres de feu,

Ton sanctuaire céleste !

Tes charmes assemblent

Ce que, sévèrement, les coutumes divisent ;

Tous les humains deviennent frères,

lorsque se déploie ton aile douce.

Celui qui, d'un coup de maître,

a réussi

D'un ami d'être l'ami ;

Qui a fait sienne une femme accorte,

Qu'il mêle son allégresse à la nôtre !

Oui, et même celui qui ne peut appeler sienne

Qu'une seule âme sur la Terre !

Mais celui qui jamais ne l'a su,

Qu'en larmes il se retire, de cette union !

Tous les êtres boivent la joie

Aux seins de la nature ;

Tous les bons, tous les méchants,

Suivent sa trace parsemée de roses.

Elle nous a donné des baisers et la vigne ;

Un ami, éprouvé par la mort ;

La volupté fut donnée au vermisseau,

Et le Chérubin se tient devant Dieu.

Joyeux, comme ses soleils volant

À travers le somptueux dessein du ciel,

Hâtez-vous, frères, sur votre route,

Joyeux comme un héros vers la victoire.

Soyez enlacés, millions.

Ce baiser au monde entier !

Frères ! Au-dessus de la voûte étoilée

Doit habiter un père bien-aimé.

Vous vous effondrez, millions ?

Monde, as-tu pressenti le Créateur ?

Cherche-le par-delà le firmament !

C'est au-dessus des étoiles qu'il doit habiter.

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John simmons      Le Songe d'une nuit d'été

version allemande :

Freude, schöner Götterfunken

Tochter aus Elysium,

Wir betreten feuertrunken,

Himmlische, dein Heiligtum !

Deine Zauber binden wieder

Was die Mode streng geteilt ;

Alle Menschen werden Brüder

Wo dein sanfter Flügel weilt.

Wem der große Wurf gelungen,

Eines Freundes Freund zu sein ;

Wer ein holdes Weib errungen,

Mische seinen Jubel ein !

Ja, wer auch nur eine Seele

Sein nennt auf dem Erdenrund!

Und wer's nie gekonnt, der stehle

Weinend sich aus diesem Bund !

Freude trinken alle Wesen

An den Brüsten der Natur ;

Alle Guten, alle Bösen

Folgen ihrer Rosenspur.

Küsse gab sie uns und Reben,

Einen Freund, geprüft im Tod ;

Wollust ward dem Wurm gegeben,

und der Cherub steht vor Gott.

Froh, wie seine Sonnen fliegen

Durch des Himmels prächt'gen Plan,

Laufet, Brüder, eure Bahn,

Freudig, wie ein Held zum Siegen.

Seid umschlungen, Millionen !

Diesen Kuß der ganzen Welt !

Brüder, über'm Sternenzelt

Muß ein lieber Vater wohnen.

Ihr stürzt nieder, Millionen ?

Ahnest du den Schöpfer, Welt ?

Such' ihn über'm Sternenzelt !

Über Sternen muß er wohnen.

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John Simmons        There lies Titania

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John Simmons        Titania lying on a leaf

 

ADELHEIDE

(mélodie de Ludwig von Beethoven,

paroles de Friedrich Mathisson, 1795)

Ton ami erre seul dans le jardin nimbé de lumière

par le tamis tremblant de ses branches fleuries, Adelaide !

 

Dans le jet d'eau étincelant sur la neige des Alpes,

Dans les nuages d'or du crépuscule,

Dans le champ des étoiles,

Ton image brille, Adelheide !

 

Les feuilles tendres chuchotent dans la brise du soir,

Les cloches argentées du muguet sont le carillon de Mai,

Les vagues murmurent et les rossignols sifflent, Adelheide !

 

Un jour, ô merveille, sur ma tombe poussera 

Une fleur des cendres de mon coeur,

Et de chaque fleur pourpre brillera ton nom, Adelheide !

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John Simmons       Titania

"Il ne sut pas comment cela se passa, mais il se sentit soulevé par une force inconnue et jeté aux pieds de Sonia. Il pleurait et il étreignait ses genoux. Au premier moment, elle s’effraya terriblement et son visage devint mortellement pâle. Elle bondit et, toute tremblante, elle se mit à le regarder. Mais – 774 – immédiatement, à l’instant même, elle comprit tout. Un bonheur infini brilla dans ses yeux ; elle avait compris, elle n’avait plus de doute maintenant, il l’aimait, il l’aimait d’un amour sans limite et son heure était enfin venue… Ils voulaient parler, mais ils ne le pouvaient pas. Les larmes inondaient leurs yeux. Ils étaient hâves tous les deux ; mais ces visages maladifs et pâles s’auréolaient déjà du renouveau futur, de la résurrection totale à une vie nouvelle. L’amour les avait ressuscités ; le cœur de l’un contenait des sources intarissables de vie pour l’autre."

                                                                           Fiodor Dostoïevski        Crime et châtiment

"Fiodor Dostoïevski, un talent cruel"

                                                                                                           Mikhailovski, critique

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 Andrea Mantegna       étude pour un Christ ressucité

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 Mathias Grünewald         le rétable d'Issenheim

 "Ce que je sais, c'est que nous vivons, nous souffrons et nous mourons bêtes, sans savoir ni pourquoi ni comment.  Je sais encore que notre plus grande erreur est de trop désirer le bonheur, tandis que la vie reste indifférente à nos désirs : si nous sommes heureux, c'est par hasard ; et si nous sommes malheureux, c'est encore par hasard.  Dans cette mer pleine d'écueils qu'est la vie, notre barque est à la merci des vents, et notre adresse  ne peut éviter  que peu de choses.  Et c'est inutile d'accuser quelqu'un, ou d'accrocher son espoir à quelque chose : on est destiné au bonheur ou au malheur avant de sortir du ventre de sa mère.  Heureux est celui qui sent le moins ou qui ne sent rien, et malheureux est celui qui sent et qui veut : il n'a jamais assez."

                                               Panaït Istrati       oncle Anghel - les récits d'Adrien Zograffi

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Dominique Mertens       La source de la Vie (encre) 

Hymne à la Vie

un poème de Mère Térésa

 

La vie est beauté, admire-la.

La vie est félicité, profites-en.

La vie est un rêve, réalise-le.

La vie est un défi, relève-le.

La vie est un devoir, fais-le.

La vie est un jeu, joue-le.

La vie est précieuse, soigne-la bien.

La vie est richesse, conserve-la.

La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, pénètre-le.

La vie est une promesse, tiens-la.

La vie est tristesse, dépasse-la.

La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, accepte-le.

La vie est une tragédie, lutte avec elle.

La vie est une aventure, ose-la

La vie est bonheur, mérite-le.

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Mère Térésa 

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 à suivre.....

19/09/2017

PASSIONS GOTHIQUES

La Passion de Raskolnikov,

héros du roman de

Dostoïevski,

"Crime et châtiment"

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Marcel Delmotte        Christ en croix

Ci-dessous, quelques citations, dans leur ordre de parution, extraite du roman 

"Crime et châtiment" de Fiodor Dostoïevski, et illustrées de différents tableaux (qui ne suivent pas l'ordre chronologique de la Passion du Christ) peints par James Tissot

"Et soudain, une étrange, une inattendue sensation de haine pour Sonia traversa son coeur.  Il leva la tête" et la regarda, comme s'il était étonné et effrayé par cette impression, mais il rencontra son regard anxieux et plein d'une douloureuse sollicitude : il y avait là de l'amour ; sa haine s'évanouit comme un spectre.  Ce n'était pas cela, il avait pris un sentiment pour un autre.  Cela signifiait uniquement que la minute était arrivée." 

...........

"- Qu'avez-vous ? répéta-t-elle, avec un léger mouvement de recul.

-Ce n'est rien, Sonia, n'aie pas peur... Des bêtises !  C'est ainsi, si l'on y réfléchit, bredouillaitil avec l'air inconscient d'un homme en délire.  Pourquoi suis-je venu te torturer, toi ?  ajouta-t'il soudain en la regardant.  Vraiment... pourquoi ?  Je me pose sans cesse cette question... Sonia... "

..........

"- Alors, tu ne devines pas ?  demanda-t-il soudain, avec la sensation de se précipiter du haut d'un clocher.

-  Non, souffla Sonia, d'une voix à peine audible.

-  Cherche bien. 

Lorsqu'il eut dit cela, une sensation déjà connue lui glaça l'âme ; il la regarda et, dans ses traits, il vit les traits de Lisaveta.  Il se rappelait distinctement l'expression du visage de Lisaveta, au moment où il s'approchait d'elle, la hache à la main, et où elle se reculait vers le mur, la main avancée dans un geste de protection, un effroi enfantin peint sur ses traits."

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James Tissot       érection de la croix

(ces peintures de la Passion du Christ sont conservées au Brooklyn Museum de New-York)

-" Mon Dieu !   L'horrible cri avait jailli de sa poitrine.  Elle tomba sans forces sur le lit, la figure dans les oreillers.  Mais elle se releva un instant plus tard, se rapprocha de lui, lui saisit les deux mains, et, les serrant de toutes ses forces dans ses doigts minces, elle riva de nouveau son regard sur le visage de Raskolnikov.  Ce regard désespéré voulait découvrir un dernier espoir.  Mais il n'y avait pas d'espoir ; il ne restait aucun doute ;

tout était bien ainsi !" 

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 James Tissot      Jésus sur la croix

"Comme une insensée, elle se leva d'un bond et alla vers le milieu de la chambre en se tordant les mains ; mais elle revint rapidement et s'assit de nouveau à ses côtés, épaule contre épaule.  Soudain, elle frissonna comme si une idée horrible l'avait transpercée, elle poussa un cri et elle se précipita, ne sachant même pas pourquoi, à genoux devant lui.  

-  Qu'avez-vous fait là ?!  Qu'avez-vous fait contre vous-même ?!  prononça-t-elle avec désespoir et, se soulevant vivement, elle se jeta à son cou, l'entoura de ses bras et le serra de toutes ses forces." 

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James Tissot        un centurion tend à Jésus une éponge gorgée de vin

 "Raskolnikov approchait en retenant toujours davantage le pas, comme s'il hésitait à entrer ou non.  Mais il ne serait pour rien au monde retourné sur ses pas : sa décision était prise.  "Du reste, c'est indifférent ; elles ne savent encore rien, pensa-t-il, et elles sont habituées à me prendre pour un original..."  Son costume était dans un état lamentable ; tous ses vêtements étaient sales, déchirés, froissés d'avoir passé toute une nuit sous la pluie.  Son visage était tordu par la fatigue physique et la lutte qu'il s'était livrée à lui-même.  Il avait passé cette nuit seul.  Dieu sait où, mais du moins, il s'était décidé."

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James Tissot       Jésus est dépouillé de ses vêtements

"Ah ! te voilà enfin !  commença-t-elle d'une voix tremblante de joie.  Ne m'en veux pas, Rodia, que je te reçoive si sottement, avec des larmes aux yeux : je ris, je ne pleure pas.  Tu penses que je suis triste ?  Non, je me réjouis, et ce n'est qu'une de mes mauvaises habitudes, ces larmes qui coulent.  Depuis la mort de ton père, je pleure pour la moindre chose.  Assieds-toi, mon chéri,  tu es sans doute fatigué, comme je vois.  Oh, tu t'es sali !"

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James Tissot       Jésus rencontre sa mère 

"Je ne sais ce que tu as, Rodia, dit-elle enfin.  Je pensais tout ce temps que nous  t'ennuyions simplement, mais maintenant, je vois à tout ce qui se passe qu'un grand malheur t'attend et que c'est cela qui t'angoisse.  Je pressens cela depuis longtemps, Rodia.  Pardonne-moi d'en avoir parlé, j'y pense sans cesse et n'en dors pas la nuit.  Cette nuit ta soeur a déliré sans arrêt et elle a parlé tout le temps de toi.  J'ai entendu quelque chose, mais je n'ai rien compris.  J'ai erré toute la matinée dans la chambre comme une condamnée à mort ; j'attendais, je pressentais quelque chose, et voilà que cela arrive !  Rodia, Rodia, que vas-tu faire ?  Tu t'en vas, peut-être ?"

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James Tissot       Mon âme est triste à en mourir

"Oui, il était content, très content qu'il n'y eût là personne d'autre, qu'il fût seul avec sa mère.  Depuis le début de ces terribles événements, c'était la première fois qu'il sentait son coeur s'attendrir.  Il tomba à genoux devant elle, il lui embrassa les pieds, et tous deux pleurèrent enlacés.  Elle ne s'étonna pas cette fois-ci et ne l'interrogea pas.  Elle avait compris déjà depuis longtemps que quelque chose de terrible se passait et qu'une effrayante minute était proche pour son fils."

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James Tissot       Marie-Madeleine et les saintes femmes au tombeau

 "Rodia, mon petit, mon premier-né, disait-elle en sanglotant, tu es maintenant comme quand tu étais petit et que tu venais m'embrasser ; quand ton père vivait encore -et que nous avions du chagrin, tu nous consolais par ta seule présene ; et quand il est mort, combien de fois ne sommes-nous pas restés, comme maintenant, serrés l'un contre l'autre, à pleurer sur sa tombe ! Et si je pleure depuis si longtemps, c'est que mon coeur de mère a pressenti le malheur."

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James Tissot       Une sainte femme essuie le visage de Jésus

"- Tu es allé chez notre mère ?  Tu lui as dit ?  s'écria Dounia épouvantée.  Est-il possible que tu te sois décidé à lui dire cela ?

- Non, je ne lui ai pas dit... explicitement ; mais elle a compris bien des choses.  Elle (t'avait entendu délirer cette nuit.  Je suis sûr qu'elle  comprend déjà à moitié.  J'ai peut-être mal fait d'y aller ?  Je ne sais même pas pourquoi j'y suis allé.  Je suis un homme bas, Dounia.

-  Tu es un homme bas, mais tu es prêt à marcher à l'expiation !  Car tu y vas !

-  Oui.  Tout de suite.  C'est pour éviter cette honte que j'ai voulu me noyer, Dounia, mais j'ai pensé, au dernier moment, que je m'étais considéré comme fort jusqu'ici, et qu'il ne fallait pas avoir peur de la honte.  C'est de l'orgueil, Dounia.

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James Tissot       Jésus tombe sous la croix

"On me dit qu'il faut passer cette épreuve !  A quoi bon, à quoi bon, ces épreuves insensées !  A quoi bon ?  Vais-je mieux en concevoir la nécessité lorsque je serai écrasé par les souffrances, l'idiotie, lorsque je serai frappé d'impuissance sénile après vingt ans de bagne  -et à quoi me servira-t-il de vivre à ce moment ?  Pourquoi est-ce que je consens à présent à vivre ainsi ?  Oh, je savais que j'étais un lâche, lorsque j'étais près de la Neva ce matin à l'aube !"

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James Tissot       Jésus chargé de la croix

"Je suis méchant, je le vois bien, pensa-t-il, ayant honte de son geste agacé, une minute après l'avoir fait.  Mais pourquoi m'aiment-elles tant, si je n'en vaux pas la peine ?!  Oh, si j'étais seeul, si personne ne m'aimait et si je n'aimais personne !  Tout cela ne serait pas arrivé !  "

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James Tissot       Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix

 "Il devint profondément pensif.  "Par quel processus pourrais-je arriver finalement à m'humilier devant eux tous, à m'humilier en conscience ?  Eh bien, pourquoi pas ?  Cela doit être ainsi, de toute évidence.  Vingt ans de contrainte continuelle ne vont-ils pas m'écraser définitivement ?  L'eau ronge bien la pierre.  Et à quoi bon, à quoi bon vivre après cela, pourquoi vais-je maintenant me dénoncer lorsque je sais bien que tout se passera exactement comme il était écrit et pas autrement !"

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James Tissot        Les mauvais traitements chez Caïphe

 "Soudain, Sonia se trouva près de lui. Elle s’était approchée silencieusement et s’était assise à ses côtés. C’était tout au début de la journée : la fraîcheur du matin ne s’était pas encore adoucie. Elle était vêtue de sa pauvre vieille cape et du châle vert. Son visage portait encore les traces de la maladie : elle avait pâli et maigri. Elle lui sourit d’un sourire accueillant et heureux, mais, à son habitude, elle ne lui tendit la main que timidement. Elle faisait toujours ce geste avec timidité. Parfois, elle ne tendait même pas du tout la main, tant elle craignait de se voir repoussée. Il prenait toujours sa main avec une sorte de répugnance ; il montrait toujours du dépit de la rencontrer ; parfois, il se taisait obstinément pendant toute sa visite. Il arrivait qu’elle prenait peur et qu’elle s’en allait profondément chagrinée. Mais, à présent, leurs mains ne se séparèrent pas : il lui jeta un regard rapide, ne dit rien et baissa les yeux au sol. Ils étaient seuls ; personne ne les voyait. Le garde s’était détourné. Il ne sut pas comment cela se passa, mais il se sentit soulevé par une force inconnue et jeté aux pieds de Sonia. Il pleurait et il étreignait ses genoux. Au premier moment, elle s’effraya terriblement et son visage devint mortellement pâle. Elle bondit et, toute tremblante, elle se mit à le regarder. Mais – 774 – immédiatement, à l’instant même, elle comprit tout. Un bonheur infini brilla dans ses yeux ; elle avait compris, elle n’avait plus de doute maintenant, il l’aimait, il l’aimait d’un amour sans limite et son heure était enfin venue…"

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James Tissot       La Résurrection du Christ

 

 

10:12 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/09/2017

LUMIERES GOTHIQUES

Lumières  gothiques

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Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN

(1776-1822)

brillant fantastiqueur 

et grand admirateur du peintre  baroque

Salvator  ROSA

(1615-1673)

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dont nous pouvons déchiffrer la devise ci-dessus :

« aut tace aut loquere meliora silentio » 

« Tais-toi,

à moins que ce que tu as à dire

vaille mieux que le silence »

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Salvator Rosa        la tentation de Saint-Antoine

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Salvator Rosa       autoportrait

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Salvator Rosa       sorcière

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Salvator Rosa        bandits au détours d'une rivière

"Lorsque la réputation de Salvator  (Rosa) se fut répandue à Naples, à Rome, dans la Toscane et même par toute l’Italie, lorsque les peintres qui voulaient plaire devaient tâcher d’imiter le style étrange de son pinceau, à cette époque même de méchants envieux faisaient naître des bruits fâcheux qui devaient obscurcir la gloire divine de l’artiste. On prétendait qu’à une époque antérieure de sa vie Salvator avait fait partie d’une bande de brigands, et que c’était dans cette société maudite qu’il avait pris les originaux de 77 toutes ces figures féroces, fières, si fantastiquement costumées, qu’il plaça plus tard dans ses tableaux. On disait que les déserts sombres et affreux ! les selve selvage, comme les nomme le Dante, où il s’était tenu caché, étaient fidèlement reproduits dans ses paysages. Mais ce qu’il y avait de pire, c’est qu’on soutenait qu’il avait été entraîné dans la terrible et sanguinaire conspiration tramée à Naples par le fameux Mas’Aniello, et l’on en racontait les particularités avec les plus petits détails.

Aniello Falcone, le peintre de batailles – c’était ainsi qu’on racontait la chose, – s’enflamma de fureur et de vengeance, lorsque les soldats espagnols eurent tué, dans une mêlée, un de ses parents. Il rassembla aussitôt une bande de jeunes gens audacieux, artistes pour la plupart, leur donna des armes, et les appela la Compagnie de la Mort. En effet, cette troupe répondit parfaitement à sa fatale dénomination. Ces jeunes gens parcouraient par bandes la ville de Naples, et poignardaient sans pitié tout Espagnol qu’ils rencontraient. – Ils pénétraient dans les asiles sacrés, et là ils tuaient sans miséricorde le 78 malheureux qui s’était réfugié dans ces lieux. La nuit ils se rendaient auprès de leur chef, le sanguinaire et frénétique Mas’Aniello, qu’ils peignaient à la lueur de flambeaux allumés, de sorte que bientôt ces portraits se répandirent par milliers dans Naples et dans les environs. On disait donc que Salvator faisait partie de cette bande meurtrière ; le jour il égorgeait, et la nuit il peignait assidûment. Un critique célèbre, Taillasson, je crois, a remarqué avec justesse que ses tableaux portent le caractère d’une fierté féroce, d’une énergie bizarre et d’une exécution sauvage. La nature ne se révèle pas à lui dans les charmes riants des vertes prairies, des champs fleuris, des bois odorants, des sources murmurantes, mais dans la terreur des rochers gigantesquement entassés, des arides rivages de la mer, des forêts désertes et inhospitalières. Ce n’est point l’haleine des vents du soir, ni le doux frémissement des feuilles ; c’est le mugissement de l’ouragan, le fracas de la cataracte, qui seuls se sont fait entendre à son oreille. En contemplant dans ses tableaux ces déserts, et les hommes d’un extérieur étrange et sauvage qui se glissent çà et 79 là, tantôt seuls, tantôt en troupe, les pensées sinistres se présentent d’elles-mêmes. On se dit : Ici se commit un meurtre ; là le cadavre sanglant fut jeté dans le précipice."

                         Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann       extrait de la nouvelle intitulée Salvator Rosa"

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Salvator Rosa        autoportrait

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Salvator Rosa        Lucrèce en poétesse

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"L'événement le plus marquant de ces courses hardies de Salvator Rosa dans ces montagnes, (les Abbruzes) est sa captivité parmi les bandits qui en étaient les seuls habitants, et son association temporaire (et même, dit-on, volontaire) avec ces hommes terribles.  On ne peut douter qu'il n'ait vécu quelque temps avec les brigands pittoresques dont il a multiplié les portraits à l'infini."

                                                     Lady Morgan (pseudonyme pour Sydney Owenson)

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   "Astre brillant de mon amour, ne t'es-tu donc levé que pour disparaître aussitôt, et me laisser dans une nuit profonde !"

                                Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann        L'Homme au sable

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James Arthur o'Connor        Paysage au clair de lune

"La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu'une courtisane l'est dans ses dédains ; mais plus fidèle, elle n'a jamais trompé personne."

                                                   Honoré de Balzac       L'Elixir de longue vie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

... car le sang est un précieux adjuvant de la volupté... 

c'est le vin de l'amour."

                                       Octave Mirbeau       Le Jardin des supplices

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Salvator Rosa       Scène de sorcellerie

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Le thème du double, thème fantastique par excellence,  illustré par un maître  :

"Couché sur un lit de camp, j’entendais que les soldats s’entretenaient d’un inconnu arrêté comme moi et dont la voix avait retenti dans la même salle. Par un singulier effet de vibration, il me semblait que cette voix résonnait dans ma poitrine et que mon âme se dédoublait pour ainsi dire, — distinctement partagée entre la vision et la réalité. Un instant, j’eus l’idée de me retourner avec effort vers celui dont il était question, puis je frémis en me rappelant une tradition bien connue en Allemagne, qui dit que chaque homme a un double, et que, lorsqu’il le voit, la mort est proche. — Je fermai les yeux et j’entrai dans un état d’esprit confus où les figures fantasques ou réelles qui m’entouraient se brisaient en mille apparences fugitives. Un instant, je vis près de moi deux de mes amis qui me réclamaient, les soldats me désignèrent ; puis la porte s’ouvrit et quelqu’un de ma taille, dont je ne voyais pas la figure, sortit avec mes amis que je rappelais en vain. — Mais on se trompe ! m’écriais-je, c’est moi qu’ils sont venus chercher et c’est un autre qui sort ! Je fis tant de bruit que l’on me mit au cachot."

                                                              Gérard de Nerval       Aurelia (extrait)

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dante_gabriel_rosetti       double

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illustration de Gustave Doré mettant macabrement en scène le

suicide de Gérard de Nerval

 « Mais la vengeance céleste, poursuivit Estevan après une pause assez solennelle ; mais l’infaillible justice de Dieu n’avait pas perdu ses droits. À peine le sommeil eut commencé à dissiper les vapeurs qui obscurcissaient la raison de Ghismondo, qu’il vit Inès entrer dans sa chambre à pas mesurés, non pas belle, frémissant d’amour et de volupté, et vêtue comme autrefois d’un tissu léger qui allait tomber ; mais pâle, ensanglantée, traînant le long habit des morts, et déployant vers lui une main flamboyante qu’elle vint imposer lourdement sur son cœur, à l’endroit même qu’elle avait inutilement pressé quelques heures auparavant. Lié par une puissance irrésistible, Ghismondo tenta en vain de se soustraire à l’effroyable apparition. Ses efforts et sa douleur ne purent se manifester que par quelques gémissements sourds et confus. L’implacable main restait clouée à sa place, et le cœur de Ghismondo brûlait, et il brûla ainsi jusqu’au lever du soleil, où disparut le fantôme. Ses complices reçurent la même visite et subirent le même supplice."

                                                Charles Nodier       Inès de la sierras    (extrait)

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"Il n’est rien sur la terre qui élève plus

l’homme dans sa plus intime pensée que l’amour ; c’est

l’amour dont l’influence immense et mystérieuse éclaire

notre coeur et y porte à la fois le bonheur et la confusion.

Peut-on s’étonner que don Juan ait espéré d’apaiser par

l’amour les désirs qui déchirent son sein, et que là le

démon ait tendu son piège ? C’est lui qui inspira à don

Juan la pensée que par l’amour, par la jouissance des

femmes, on peut déjà accomplir sur la terre les promesses

célestes que nous portons écrites au fond de notre âme,

désir infini qui nous apparente, dès notre premier jour,

avec le ciel. Volant sans relâche de beauté en beauté,

jouissant de leurs charmes jusqu’à satiété, jusqu’à l’ivresse

la plus accablante ; se croyant sans cesse trompé dans

son choix, espérant atteindre l’idéal qu’il poursuivait, don

Juan se trouva enfin écrasé par les plaisirs de la vie réelle ;

et méprisant surtout les hommes, il dut surtout s’irriter

contre ces fantômes de volupté qu’il avait si longtemps

regardés comme le bien suprême, et qui l’avaient si

amèrement trompé. Chaque femme dont il abusait, n’était

plus pour lui une joie des sens, mais une insulte   

audacieuse à la nature humaine et à son créateur. Un

profond mépris pour la manière vulgaire d’envisager la vie,

au-dessus de laquelle il se sentait élevé ; la gaieté ironique

et intarissable qu’il éprouvait à la vue du bonheur, selon les

idées bourgeoises ; le dédain que lui inspiraient le calme

et la paix de ceux en qui le besoin de remplir les hautes

destinées de notre nature divine ne s’est pas fait sentir, le

portaient à se faire un jeu cruel de ces créatures douces,

humbles et plaintives, à les faire servir de but à son humeur

blasée. Chaque fois qu’il enlevait une fiancée chérie, qu’il

troublait le repos d’une famille unie, c’était un triomphe

remporté sur la nature et sur son Dieu. L’enlèvement

d’Anna, avec les circonstances qui l’accompagnent, est la

plus haute victoire de ce genre à laquelle il puisse

prétendre. Dona Anna est placée en opposition à don

Juan, par les hautes perfections qu’elle a également

reçues. Comme à don Juan, la beauté du corps et de l’âme

lui a été départie ; mais elle a conservé la pureté idéale, et

l’enfer ne peut la perdre que sur la terre. Dès que ce mal

est accompli, la vengeance doit arriver."

                                              Ernst Theodor Wilhelm HOFFMANN       don Juan (extrait)

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Comme à Ostende
chanson musique et paroles de Léo Ferré
On voyait les chevaux de la mer
Qui fonçaient, la tête la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert...
La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comme l'hiver
Au lieu d'me noyer dans un verre
Je me  suis baladé dans le printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comme partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on se demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut le coup
Si ça vaut le coup
De vivre sa vie !...
Je suis parti vers ma destinée
Mais voilà qu'une odeur de bière
De frites et de moules marinières
M'attire dans un estaminet...
Là y'avait des types qui buvaient
Des rigolos, des tout rougeauds
Qui s'esclaffaient, qui parlaient haut
Et la bière, on vous la servait
Bien avant

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Dominique Mertens       Phare dans le Maelstrom (encre)

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 "Tout d'abord, quand ils ont quittés les contrées habitées pour ne plus rencontrer que de rares paysans ou ermites hébétés, vivant déjà en-deçà du langage, n'est-ce pas la possibilité de communiquer qui s'est refermée derrière eux ? Puis le monde s'est progressivement clos : les tempêtes, les orages, les forêts ont été autant de murailles de feu, d'eau, de ténèbres conjuguant leurs pouvoirs pour les prendre au piège d'un mécanisme de plus en plus rapide. Une fois le seuil du château franchi rien ne change : la topographie intérieure est calquée sur celle de la forêt. L'enchevêtrement des souterrains égare comme l'enchevêtrement végétal, l'apparition du moindre flambeau déchire la nuit et inquiète avec la même fulgurance que les orages du dehors... Seulement, à l'intérieur, tout devient insupportablement concentré et ostentatoire."

                                                                Annie Lebrun       Les châteaux de la subversion

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LÉNORE   poème d' Edgar Allan Poe

Ah ! brisée est la coupe d’or ! l’esprit à jamais envolé ! Que sonne le glas ! — une âme sanctifiée flotte sur le fleuve Stygien ; et toi, Guy de Vere, n’as-tu de larmes ? pleure maintenant ou jamais plus ! Vois ! sur cette morne et rigide bière gît ton amour, Lénore ! Allons ! que l’office mortuaire se lise, le chant funèbre se chante ! Une antienne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune, — une psalmodie pour elle, morte deux fois parce qu’elle est morte si jeune !

« Misérables ! vous l’aimiez pour sa richesse et la haïssiez pour son orgueil, et quand sa santé chancela vous la bénissiez — parce qu’elle mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu ? — le Requiem, chanté — par vous, — par toi, l’œil mauvais, par toi, la langue infamante, qui avez causé la mort de l’innocence qui est morte si jeune ? »

« — Peccavimus ; mais ne délire pas de la sorte ! et qu’un chant du sabbat monte à Dieu si solennellement qua la morte ne sente de mal ! La suave Lénore a “pris les devants” avec l’espoir qui volait à côté, te laissant dans l’égarement à cause de cette chère enfant qui aurait été ton épousée, — elle la belle et de grand air qui maintenant gît si profondément, la vie sur la blonde chevelure, mais pas dans les yeux, — la vie là encore, sur la chevelure, — la mort aux yeux. »

« Arrière ! ce soir j’ai le cœur léger. Je n’entonnerai de chant mortuaire, mais soutiendrai, dans son vol, l’ange par un Péan des vieux jours ! Que ne tinte de glas ! — de peur que son âme suave, parmi sa religieuse allégresse, n’en saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite. Vers les amis d’en haut, aux démons d’en bas le fantôme indigné s’arrache — à l’Enfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux, — aux pleurs et aux plaintes, vers un trône d’or à côté du Roi des Cieux. »

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lodovico Carracci       Apparition de la Vierge à Saint-Hyacinth (détail)

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"Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.

Il y eut un homme envoyé de Dieu: son nom était Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu."                         

                                                                                                         Saint-Jean apôtre salvator rosa,peinture baroque,littératurre fantastique,gothique,gérard de nerval,octave mirbeau,charles nodier,ernst theodor hexperos,wilhelm hoffmann

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« Où ai-je donc lu, pensait Raskolnikoff en s’éloignant, 

ce propos qu’on prête à un condamné à mort une heure avant l’exécution ? 

S’il lui fallait vivre

 sur une cime escarpée, sur un rocher perdu au milieu de l’océan

 et où il n’aurait que juste la place pour poser ses pieds ; 

s’il devait passer ainsi toute  son existence, mille ans, 

l’éternité, debout sur un espace d’un pied carré,

 dans la solitude, dans les ténèbres, 

exposé à toutes les intempéries de l’air,

 il préférerait encore cette vie-là à la mort ! 

Vivre n’importe comment, mais vivre !"

                                             Fiodor Dostoïevski          Crime et châtiment

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 Fiodor Dostoïevski

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pages dessinées et calligraphiées par Fiodor Dostoïevski

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FRAGMENTS GOTHIQUES

Sur  les  traces  des  gothiques

TIARRA, un groupe gothique roumain doté d'une excellente chanteuse, Anda Pomponiu...

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ARTROSIS, un groupe gothique polonais doté, lui aussi, d'une excellente chanteuse, Magdalena "Medeah" Stupkiewicz

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TEARS  OF  MAGDALENA, un groupe qui a connu plusieurs changements de chanteuses, pour nous revenir toujours au plus haut sommet du gothique symphonique 

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Dominique Mertens        Sainte-Croix gothique (encre)

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AMOR E MORTE, un groupe de gothique symphonique bulgare à l'indéniable qualité, dont Vera Bathory est la chanteuse.

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AGGELOS, un groupe gothique symphonique colombien, aux sonorités sud-américaines, et aux paroles empreintes de ferveur religieuse étonnantes

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à  suivre.....

 

17:26 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |