19/09/2017

PASSIONS GOTHIQUES

La Passion de Raskolnikov,

héros du roman de

Dostoïevski,

"Crime et châtiment"

marcel_delmotte_christ_en_croix.jpg

Marcel Delmotte        Christ en croix

Ci-dessous, quelques citations, dans leur ordre de parution, extraite du roman 

"Crime et châtiment" de Fiodor Dostoïevski, et illustrées de différents tableaux (qui ne suivent pas l'ordre chronologique de la Passion du Christ) peints par James Tissot

"Et soudain, une étrange, une inattendue sensation de haine pour Sonia traversa son coeur.  Il leva la tête" et la regarda, comme s'il était étonné et effrayé par cette impression, mais il rencontra son regard anxieux et plein d'une douloureuse sollicitude : il y avait là de l'amour ; sa haine s'évanouit comme un spectre.  Ce n'était pas cela, il avait pris un sentiment pour un autre.  Cela signifiait uniquement que la minute était arrivée." 

...........

"- Qu'avez-vous ? répéta-t-elle, avec un léger mouvement de recul.

-Ce n'est rien, Sonia, n'aie pas peur... Des bêtises !  C'est ainsi, si l'on y réfléchit, bredouillaitil avec l'air inconscient d'un homme en délire.  Pourquoi suis-je venu te torturer, toi ?  ajouta-t'il soudain en la regardant.  Vraiment... pourquoi ?  Je me pose sans cesse cette question... Sonia... "

..........

"- Alors, tu ne devines pas ?  demanda-t-il soudain, avec la sensation de se précipiter du haut d'un clocher.

-  Non, souffla Sonia, d'une voix à peine audible.

-  Cherche bien. 

Lorsqu'il eut dit cela, une sensation déjà connue lui glaça l'âme ; il la regarda et, dans ses traits, il vit les traits de Lisaveta.  Il se rappelait distinctement l'expression du visage de Lisaveta, au moment où il s'approchait d'elle, la hache à la main, et où elle se reculait vers le mur, la main avancée dans un geste de protection, un effroi enfantin peint sur ses traits."

jt-loc-3.jpg

James Tissot       érection de la croix

(ces peintures de la Passion du Christ sont conservées au Brooklyn Museum de New-York)

-" Mon Dieu !   L'horrible cri avait jailli de sa poitrine.  Elle tomba sans forces sur le lit, la figure dans les oreillers.  Mais elle se releva un instant plus tard, se rapprocha de lui, lui saisit les deux mains, et, les serrant de toutes ses forces dans ses doigts minces, elle riva de nouveau son regard sur le visage de Raskolnikov.  Ce regard désespéré voulait découvrir un dernier espoir.  Mais il n'y avait pas d'espoir ; il ne restait aucun doute ;

tout était bien ainsi !" 

 Brooklyn_Museum_-_The_Death_of_Jesus_(La_mort_de_Jésus)_-_James_Tissot.jpg

 James Tissot      Jésus sur la croix

"Comme une insensée, elle se leva d'un bond et alla vers le milieu de la chambre en se tordant les mains ; mais elle revint rapidement et s'assit de nouveau à ses côtés, épaule contre épaule.  Soudain, elle frissonna comme si une idée horrible l'avait transpercée, elle poussa un cri et elle se précipita, ne sachant même pas pourquoi, à genoux devant lui.  

-  Qu'avez-vous fait là ?!  Qu'avez-vous fait contre vous-même ?!  prononça-t-elle avec désespoir et, se soulevant vivement, elle se jeta à son cou, l'entoura de ses bras et le serra de toutes ses forces." 

james_tissot_wine_given_to_jesus.jpg

James Tissot        un centurion tend à Jésus une éponge gorgée de vin

 "Raskolnikov approchait en retenant toujours davantage le pas, comme s'il hésitait à entrer ou non.  Mais il ne serait pour rien au monde retourné sur ses pas : sa décision était prise.  "Du reste, c'est indifférent ; elles ne savent encore rien, pensa-t-il, et elles sont habituées à me prendre pour un original..."  Son costume était dans un état lamentable ; tous ses vêtements étaient sales, déchirés, froissés d'avoir passé toute une nuit sous la pluie.  Son visage était tordu par la fatigue physique et la lutte qu'il s'était livrée à lui-même.  Il avait passé cette nuit seul.  Dieu sait où, mais du moins, il s'était décidé."

 james_tissot_jésus_dépouillé_des_ses_vêtements.jpg

James Tissot       Jésus est dépouillé de ses vêtements

"Ah ! te voilà enfin !  commença-t-elle d'une voix tremblante de joie.  Ne m'en veux pas, Rodia, que je te reçoive si sottement, avec des larmes aux yeux : je ris, je ne pleure pas.  Tu penses que je suis triste ?  Non, je me réjouis, et ce n'est qu'une de mes mauvaises habitudes, ces larmes qui coulent.  Depuis la mort de ton père, je pleure pour la moindre chose.  Assieds-toi, mon chéri,  tu es sans doute fatigué, comme je vois.  Oh, tu t'es sali !"

james_tissot_ésus_rencontre_sa_mère.jpg

James Tissot       Jésus rencontre sa mère 

"Je ne sais ce que tu as, Rodia, dit-elle enfin.  Je pensais tout ce temps que nous  t'ennuyions simplement, mais maintenant, je vois à tout ce qui se passe qu'un grand malheur t'attend et que c'est cela qui t'angoisse.  Je pressens cela depuis longtemps, Rodia.  Pardonne-moi d'en avoir parlé, j'y pense sans cesse et n'en dors pas la nuit.  Cette nuit ta soeur a déliré sans arrêt et elle a parlé tout le temps de toi.  J'ai entendu quelque chose, mais je n'ai rien compris.  J'ai erré toute la matinée dans la chambre comme une condamnée à mort ; j'attendais, je pressentais quelque chose, et voilà que cela arrive !  Rodia, Rodia, que vas-tu faire ?  Tu t'en vas, peut-être ?"

james_tissot_mon_âme_est_triste_à_en_mourir.jpg

James Tissot       Mon âme est triste à en mourir

"Oui, il était content, très content qu'il n'y eût là personne d'autre, qu'il fût seul avec sa mère.  Depuis le début de ces terribles événements, c'était la première fois qu'il sentait son coeur s'attendrir.  Il tomba à genoux devant elle, il lui embrassa les pieds, et tous deux pleurèrent enlacés.  Elle ne s'étonna pas cette fois-ci et ne l'interrogea pas.  Elle avait compris déjà depuis longtemps que quelque chose de terrible se passait et qu'une effrayante minute était proche pour son fils."

james_tissot_marie_madeleine_et_les_saintes_femmes_au_tombeau.jpg

James Tissot       Marie-Madeleine et les saintes femmes au tombeau

 "Rodia, mon petit, mon premier-né, disait-elle en sanglotant, tu es maintenant comme quand tu étais petit et que tu venais m'embrasser ; quand ton père vivait encore -et que nous avions du chagrin, tu nous consolais par ta seule présene ; et quand il est mort, combien de fois ne sommes-nous pas restés, comme maintenant, serrés l'un contre l'autre, à pleurer sur sa tombe ! Et si je pleure depuis si longtemps, c'est que mon coeur de mère a pressenti le malheur."

james_tissot_une_sainte_femme_essuie_le_visage_de_jésus.jpg

James Tissot       Une sainte femme essuie le visage de Jésus

"- Tu es allé chez notre mère ?  Tu lui as dit ?  s'écria Dounia épouvantée.  Est-il possible que tu te sois décidé à lui dire cela ?

- Non, je ne lui ai pas dit... explicitement ; mais elle a compris bien des choses.  Elle (t'avait entendu délirer cette nuit.  Je suis sûr qu'elle  comprend déjà à moitié.  J'ai peut-être mal fait d'y aller ?  Je ne sais même pas pourquoi j'y suis allé.  Je suis un homme bas, Dounia.

-  Tu es un homme bas, mais tu es prêt à marcher à l'expiation !  Car tu y vas !

-  Oui.  Tout de suite.  C'est pour éviter cette honte que j'ai voulu me noyer, Dounia, mais j'ai pensé, au dernier moment, que je m'étais considéré comme fort jusqu'ici, et qu'il ne fallait pas avoir peur de la honte.  C'est de l'orgueil, Dounia.

james_tissot_jésus_tombe_sous_la_croix.jpg

James Tissot       Jésus tombe sous la croix

"On me dit qu'il faut passer cette épreuve !  A quoi bon, à quoi bon, ces épreuves insensées !  A quoi bon ?  Vais-je mieux en concevoir la nécessité lorsque je serai écrasé par les souffrances, l'idiotie, lorsque je serai frappé d'impuissance sénile après vingt ans de bagne  -et à quoi me servira-t-il de vivre à ce moment ?  Pourquoi est-ce que je consens à présent à vivre ainsi ?  Oh, je savais que j'étais un lâche, lorsque j'étais près de la Neva ce matin à l'aube !"

james_tissot-jésus_chargé_de_la_croix.jpg

James Tissot       Jésus chargé de la croix

"Je suis méchant, je le vois bien, pensa-t-il, ayant honte de son geste agacé, une minute après l'avoir fait.  Mais pourquoi m'aiment-elles tant, si je n'en vaux pas la peine ?!  Oh, si j'étais seeul, si personne ne m'aimait et si je n'aimais personne !  Tout cela ne serait pas arrivé !  "

james_tissot_simon_de_cyrène_contraint_de_porter_la_croix_avec_jésus.jpg

James Tissot       Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix

 "Il devint profondément pensif.  "Par quel processus pourrais-je arriver finalement à m'humilier devant eux tous, à m'humilier en conscience ?  Eh bien, pourquoi pas ?  Cela doit être ainsi, de toute évidence.  Vingt ans de contrainte continuelle ne vont-ils pas m'écraser définitivement ?  L'eau ronge bien la pierre.  Et à quoi bon, à quoi bon vivre après cela, pourquoi vais-je maintenant me dénoncer lorsque je sais bien que tout se passera exactement comme il était écrit et pas autrement !"

james_tissot_les_mauvais_traitements_chez_caïphe.jpg

James Tissot        Les mauvais traitements chez Caïphe

 "Soudain, Sonia se trouva près de lui. Elle s’était approchée silencieusement et s’était assise à ses côtés. C’était tout au début de la journée : la fraîcheur du matin ne s’était pas encore adoucie. Elle était vêtue de sa pauvre vieille cape et du châle vert. Son visage portait encore les traces de la maladie : elle avait pâli et maigri. Elle lui sourit d’un sourire accueillant et heureux, mais, à son habitude, elle ne lui tendit la main que timidement. Elle faisait toujours ce geste avec timidité. Parfois, elle ne tendait même pas du tout la main, tant elle craignait de se voir repoussée. Il prenait toujours sa main avec une sorte de répugnance ; il montrait toujours du dépit de la rencontrer ; parfois, il se taisait obstinément pendant toute sa visite. Il arrivait qu’elle prenait peur et qu’elle s’en allait profondément chagrinée. Mais, à présent, leurs mains ne se séparèrent pas : il lui jeta un regard rapide, ne dit rien et baissa les yeux au sol. Ils étaient seuls ; personne ne les voyait. Le garde s’était détourné. Il ne sut pas comment cela se passa, mais il se sentit soulevé par une force inconnue et jeté aux pieds de Sonia. Il pleurait et il étreignait ses genoux. Au premier moment, elle s’effraya terriblement et son visage devint mortellement pâle. Elle bondit et, toute tremblante, elle se mit à le regarder. Mais – 774 – immédiatement, à l’instant même, elle comprit tout. Un bonheur infini brilla dans ses yeux ; elle avait compris, elle n’avait plus de doute maintenant, il l’aimait, il l’aimait d’un amour sans limite et son heure était enfin venue…"

james_tissot_la_résurrection_du_christ.jpg

James Tissot       La Résurrection du Christ

 

 

10:12 Écrit par Dominique Mertens dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Écrire un commentaire