01/05/2016

Les ILLUSTRATIONS GOTHIQUES DE MON ROMAN

Vous pouvez découvrir la totalité des illustrations de mon roman

"Dans ses yeux je voyais ma mort"

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tome I

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tome II

 

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... et bien d'autres illustrations encore sur l'album

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27/04/2016

DOMINIQUE MERTENS

D O M I N I Q U E  

M E R T E N S

C'EST MOI

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ET ENCORE MOI

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ET TOUJOURS MOI

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ET ENCORE TOUJOURS MOI

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WOLFRAM

MANTEUFEL

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l'-ermite-de-la-forêt        encre de Chine de l'auteur

"Je me rapprochai donc peu à peu de cette vérité, dont la découverte partielle a entraîné pour moi un si terrible naufrage : à savoir, que l’homme n’est en réalité pas un, mais bien deux. Je dis deux, parce que l’état de mes connaissances propres ne s’étend pas au-delà. D’autres viendront après moi, qui me dépasseront dans cette voie ; et j’ose avancer l’hypothèse que l’on découvrira finalement que l’homme est formé d’une véritable confédération de citoyens multiformes, hétérogènes et indépendants."

robert-louis-stevenson       le-cas-étrange-du-dr.-jekyll-et-de- M.-hyde

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"Mais, lorsque j'eus délibéré ainsi en moi-même, il me sembla que les pensées les plus secrères sortaient de mon âme et se métamorphosaient en un être corporel qui, bien qu'étant affreux, était mon moi."

E.T.A. Hoffmann     Les Elixirs du Diable

 

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"Et ils s'aperçurent, alors,

qu'ils n'étaient, réellement,

qu'un seul être."

auguste-villiers-de-l-'isle-adam        véra

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 WOLFRAM  

WOLFMAN

WOLF  MAN

M A N T E U F E L

MAN  TEUFEL

WOLFRAM  MANTEUFEL

 

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"Notre passage sur la Terre n'est jamais qu'une parcelle infime du Temps.  Et soyez assuré que nous emporterons avec nous les moments de plénitude, comme celui-ci, que nous aurons soustraits à l'agitation maladive du monde.  Les plus belles heures de sa vie ne sont pas perdues pour l'homme, et ces heures sont, je crois, celles que nous passons dans le repos de la Nature et dans le silence de la méditation."

Charles-Robert Maturin      Fatale vengeance

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25/04/2016

TRESORS MECONNUS DU GOTHIQUE

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Charlotte Dacre, dite Rosa Matilda

(1771?-1825)

Charlotte Dacre (1771 ou 1772 – 7 novembre 1825) est une femme de lettres anglaise, auteur de romans gothiques.

La plupart des référence que l'on fait aujourd'hui à elle le sont sous le nom de Charlotte Dacre, mais elle écrit tout d'abord sous le pseudonyme de Rosa Matilda, pour adopter ensuite ensuite un second pseudonyme afin de  désorienter ses critiques. Charlotte Dacre reçoit à sa naissance le nom de Charlotte King, et devient plus tard Mrs Byrne, après son mariage avec Nicholas Byrne.

Ses principales oeuvres sont :

  • Hours of Solitude (poèmes, 1805)
  • Confessions of the Nun of St. Omer (1805)
  • Zofloya (1806)
  • The Libertine (1807)
  • The Passions (1811)
  • George the Fourth, a Poem (1822)                  (d'après Wikipedia)

 

 

 

Charlotte Dacre réunit dans son roman tous les ingrédients du genre gothique : jalousie, vengeance, désir, corruption, perversion, cachot, visions nocturnes, victimes innocentes, meurtre, poison, bandits...

Si Zofloya dérange la critique de 1806, c’est en partie parce que son auteure y présente une femme nouvelle, en opposition avec les codes rigides de l’époque. Elle y renverse ou inverse les règles et modèles du genre (elle les dépasse peut-être même) et met pour la toute première fois en scène un personnage féminin fort et mauvais, qui exprime et assume ses désirs sexuels.

                                                                      (d'après Wikipedia)

 

 "Les plans d'Adolphe, toujours bien combinés, manquaient rarement de réussir.  Enivrée par ses séductions, Laurina cherchait à bannir tout souvenir chagrinant, et, telle qu'un misérable attaqué d'une maladie néphrétique, court en désespéré après le secours de l'opium, elle se sauvait des remords de sa conscience , en regardant sans cesse celui qui l'avait souillée.  Autrement eut-elle pu endurer l'idée horrible de son crime ?!  Eut-elle oublié qu'elle s'était élancée du lit de mort de son époux où le sang coulait encore, pour se jeter dans  les bras de son assassin ?!  Qu'elle avait trahi son voeu solemnet, que l'âme du comte s'était arrêtée dans son vol pour l'entendre ?!  Pouvait-elle, même à l'aide des sophismes, trouver la moindre palliation à sa conduite ?"

                                                                                      (extrait 1 du roman "Zofloya...")

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charles desains         femme asphyxiée 

- "Comment, vous hésitez, traître ?  c'est donc  Thérèse que vous aimez ?  Allez, fuyez pour jamais ma présence.

-   Eh ! quoi, Mathilde, rien ne peut-il vous appaiser ?

-  C'en est assez ... Il l'aime, je le vois, dit d'une voix sombre la Strozzi.

-  Oh !  Non, non par le ciel, je ne l'aime pas, je vous jure.

- prouvez-le moi donc, en plongeant ce poignard dans son indigne coeur, car rien autre chose ne m'appaisera, ni ne me persuadera de votre amour."      ........

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Eugène Delacroix      Roméo et Juliette devant le tombeau des Capulets 

 "Stimulé de nouveau par ses caresses, et le poignard en main, le malheureux, perdu de sens, courut plonger l'arme dans le coeur d'un homme qui ne lui avait jamais fait demal... qu'il n'avait jamais vu !...

Telle  était l'influence qu'une femme avait obtenue, par ses artifices, sur les sens embrasés d'un jeune adolescent sans expérience ! et l'événement prouva que si l'amour peut conduire aux grandes actions, elle entraîne aussi quelque fois dans les crimes les plus aveugles."   ........

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"Les idées les plus affreuses prirent alors possession de son esprit : les extrémités de l'horreur du crime ne lui étaient rien en comparaison de n'être point aimée d'Henriquez.  Le voir prodiguer à Lilla les marques du plus tendre attachement, lui donnait une fureur qu'elle pouvait à peine contenir ; c'était alors qu'elle sentait bien n'avoir jamais aimé le comte de Bérenza, et que le circonstances seules et la situation du moment l'avaient portée à fuir pour l'aller trouver, comme l'unique protecteur qu'elle eut à espérer."      ........

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Johannes Sadeler      illustration pour  l'Ecclésiaste  (détail) 

"Ce soir-là Victoria alla se coucher, pleine de sensations délicieuses, et toutes ayant trait au malheur des autres.  Bien loin d'éprouver ce désir permis de partager le bonheur de ses semblables, elle n'en voulait voir à personne.  En nuisant à autrui, elle goûtait le plaisir féroce d'un tyran, qui, condamnant ses sujets à la torture, rit de leur agonie.  C'était la lueur brillante d'un volcan, terrible dans sa beauté, et ne menaçant que ruine."      .......

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 "La nature, madame, étend ses droits sur tout ce qui est destiné à ses jouissances ; et ce sont nos intentions qu'elle nous ordonne de suivre.  Eh ! que deviendrait ce privilège tant vanté de l'homme sur le reste de la création, s'il cédait constamment son bonheur aux chétives représentations des pédants d'école ?  Que deviendrait-il  s'il écoutait leurs définitions verbeuses sur ce qui est bien ou mal ?  Plus des trois-quarts du genre humain a décidé la question : tout est bien, lorsqu'il s'agit de nous rendre heureux, et le mal ne consiste que dans ce qui s'y oppose.  Il faut donc détruire l'un pour jouir de l'autre ; autrement la vie n'est qu'un supplice."      ........

 

 "Elle porta ses pas vers le plus épais de la forêt, où le sombre cyprès, le plus haut pin et le peuplier élancé mêlaient leur ombrage.  au-delà, des rochers amoncelés les uns sur les autres, des montagnes inaccessibles, perçaient à travers les clairières que laissait le feuillage.  Sur le sommet de ces montagnes,  on voyait encore par-ci par-là de vieux chênes que le temps avait noircis, et qui, examinés de loin, ressemblaient à des arbrisseaux manqués par la nature.  il y avait au-dessous de ces masses colossales, des précipices dans lesquels tombaient des torrents qui gémissant continuellement dans un abîme qu'on ne pouvait voir, remplissaient la solitude environnante d'un murmure aussi triste que mystérieux.

Victoria s'arrêta un moment pour regarder autour d'elle.  L'horreur sauvage du lieu lui sembla en conformité avec son âme.  Elle se laissa aller à un enchaînement de pensées qui lui causèrent une oppression violente.  Son coeur, livré à l'anarchie, ne respirait que crime.  Elle souffrait d'avoir laissé jusqu'à ce jour une barrière entre elle et ses désirs.   _ Avec le secours du poignard, s'écriait-elle, j'aurais déjà tout fini.  Je déteste ma folle d'avoir écouté si longtemps les craintes misérables qui ont retenu ma main.-  S'excitant ainsi dans la frénésie de ses passions, elle ne réfléchissait pas que le danger menace quiconque commet ouvertement le crime.  La raison ni la prudence ne pouvaient plus se faire entendre, et l'ardeur des des pratiques du mal conduisait seule cette créature féroce."      .......

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-  "Eh bien soit !  Oh ! la plus admirable des femme,  dit quelqu'un dont l'organe valait les meilleurs chants, car c'était celui du maure, qui se trouva tout à côté de Victoria. 

- Etre étonnant !  Je ne vous ai point entendu ; d'où venez-vous donc ?

-  Me voici, Signora, cela ne vous suffit-il pas ?

-  Comment avez-vous deviné que j'avais besoin de vous ?

_  Par sympathie, aimable dame.  Toutes vos pensées ont le pouvoir de m'attirer.  Celles qui vous occupaient en ce moment m'auraient amené du bout de l'univers.

-  Elles sont vives et hardies ; elles me prouvent que votre génie a du rapport avec le mien, et que vous méritez véritablement mes services. cette assurance est faite pour me plaire.

-  Mais, qui vous donne ce pouvoir de lire dans mes pensées ?

Zofloya se mit à rire, en la regardant d'un oeil perçant.  

-  Je les lis toutes, belle Victoria ; et ces joues colorées, ce regard errant, font preuve de ce que je dis."     ........

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 -  " O maure !  Combien je te remercie ! dit Victoria en prenant sa main d'ébène et la pressant contre son coeur.

Le maure la regarda avec encore plus de feu  : ses yeux brillaient d'un éclat surnaturel.  

-  Ce coeur n'est-il pas à moi, dit-il comme transporté.  

-  il vous est attaché par la reconnaissance, bon Zofloya, lui répondit-elle, d'un air décontenancé.

-  Je dis, à moi, Victoria : puis il ajouta en riant, ne craignez rien, car je ne suis pas jaloux de votre passion pour un autre."

 Victoria était interdite ; elle leva les yeux sur le maure, mais pour les rabaisser aussitôt d'après la fierté des siens... elle voulait parler, et ne pouvait concevoir ce conflit d'émotions qui paralysaient sa langue.  La hardiesse de  Zofloya l'étonnait, mais ayant besoin de lui, elle n'osait la réprimer : victoria s'était mise en son pouvoir, et son âme abjecte et criminelle tremblait devant... un esclave !"       ........

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 "il n'était pas plutôt parti , que le calme apparent dont elle avait joui, laissait renaître mille horreurs qui la rendaient folle.  Une passion emportée à l'excès, une haine des plus fortes, et la soif ardente du sang, envers ceux qui s'opposaient à ses desseins, voilà ce qui remplissait le coeur de Victoria. "      ........

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 "Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

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"Maîtresse incomparable et adorable, dit-il en posant un genou en terre, et la main sur le coeur, veuillez informer le plus soumis de vos esclaves, de ce que vous désirez de lui ; et croyez que son bonheur sera d'accomplir vos souhaits, avec toute la promptitude d'un être qui vous est entièrement dévoué."

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Ary Scheffer     Faust et Marguerite au jardin

-  "Eh bien, eh bien, la petite Lilla ne mourra point ; mais elle sera à votre disposition, et vous pourrez lui infliger telle punition qu'il vous plaira.

-  Une punition !  dites des tourments..., les tourments les plus horribles, pour tout ce qu'elle m'a fait souffrir, prononça Victoria, l'oeil en furie, et le geste menaçant.  Mais quand, et comment me la livrerez-vous, Zofloya ?"       ........

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 Jan Gossaert         Adam et Eve

"Les étoiles avaient toutes disparu.  On eut dit qu'elles avaient honte de briller devant une femme si criminelle : à leur place s'élevaient des nuages qui couvraient la face du ciel.  Le vent soufflait avec violence à travers les arbres de la forêt, et un murmure sourd partant des cavités du rocher , se répétait d'échos en échos.  Si ce spectacle était fait pour inspirer une sorte de crainte religieuse à l'âme qui se serait trouvée en contemplation pieuse de la nature, il devait, par un effet contraire, agiter et frapper d'un sombre désespoir celle qui ne cherchant que le crime, s'enfonçait dans toutes ses horreurs."      .......

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"Victoria regarda le maure en face, pour voir si ce qu'il disait ne tenait pas de la plaisanterie, et elle fut contente de reconnaître dans ses yeux étincelants la cruauté et l'ardeur du mal dont elle-même était remplie."      ........

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Gustave Doré       illustration (détail) pour Le Roland furieux, roman de l'Arioste  

"Un grand coup de tonnerre coupa cette phrase, et les échos des rochers répétèrent ce bruit terrible.  La foudre étincelait en flammes longues et tremblantes.  Victoria, tout esprit fort qu'elle était, ne put s'empêcher de frémir, car jamais elle n'avait été témoin des phénomènes de la nature, dans un orage au milieu des Alpes.  Elle se serra plus près du maure, qui, passant ses bras autour de son corps, la pressa contre son coeur."

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"Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

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"Victoria, dit l'esprit d'une voix ferme et douce, je suis ton bon génie.  Je viens t'avertir de ton danger en ce moment, parce que c'est le premier où ton âme criminelle éprouve une étincelle de repentir.  Dieu tout puissant, qui ne veut que le salut de ses créatures, me permet d'apparaître devant toi.  Ecoute-moi bien... si tu consens, dans l'abîme horrible où tu t'es plongée ; si tu consens, dis-je, à changer de conduite, en faisant une sévère pénitence de tes crimes, tu peux encore espérer miséricorde ! mais surtout, fuis Zofloya, car il te trompe... il n'est pas ce qu'il paraît."      ........

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"M'as-tu bien examiné, femme orgueilleuse ? demanda-t-il de sa voix de tonnerre ; sais-tu maintenant qui je suis ?  Je suis, non l'homme charmant, divin, qui avait captivé ton imagination, allumé le feu de tes sens, mais l'ennemi de toute la création..."

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"Oui, c'est bien moi, Charlotte Dacre,

dite Rosa Matilda,

qui écrivit tout cela...!"

 "Lecteur, ne regarde pas ceci comme un simple et futile roman ; les hommes ne sauraient trop  se défier de leurs passions et de leurs faiblesses ; les progrès du vice sont graduels, imperceptibles, et l'ennemi rusé du genre humain est toujours prêt à profiter des fautes de l'espèce humaine, dont la destruction est sa gloire.  Il n'y a pas de doute que ses séductions ne l'emportent souvent ; autrement, comment rendre compte de ces crimes auxquels les hommes se laissent entraîner, et qui sont la honte de la nature ?  Ou nous devons supposer que le mal est né avec nous, (ce qui serait une insulte à la divinité) ou nous devons l'attribuer, (comme plus d'accord avec la raison) aux suggestions de l'influence infernale."

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à suivre.....

 

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Eliza  Parsons  

(1739-1811)

Eliza Parsons est une écrivaine anglaise auteure de romans gothiques dont :

- Le Château de Wolfenbach (1793)

    - Le Mystérieux avertissement (1795)

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ci-dessous, quelques extraits 

traduction : Dominique Mertens

"Cela, la bonne femme le lui promit et, lui souhaitant un doux sommeil, elle retourna à la cuisine. 

-  Que Dieu bénisse la pauvre dame, dit-elle.  Mais pourquoi est-elle aussi faible qu'un enfant ?  Je suis sûre que vous devez provenir d'une excellente maison. 

-  Oui, répondit Albert. (c'était le nom du domestique) C'est cela, en effet, et ma pauvre Dame est usée par le chagrin et la fatigue ; j'ai bien peur qu'elle ne doive se reposer quelque temps avant qu'elle ne puisse poursuivre son voyage.

-  Bien, dit Berthe.  Elle peut rester ici aussi longtemps qu'elle le désire ; personne ne viendra la déranger durant la journée, j'en suis sûre."  .......

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-  "Et qu'est-ce qui pourrait la perturber durant la nuit ? demanda Albert.

-  O mon bon ami, répondit-elle, personne ne dormira dans les chambres du haut.  Les personnes convenables qui y séjournèrent dernièrement ne purent se reposer tant elles entendirent d'étranger bruits, de gémissements, de cris, et de choses terribles.  Ensuite, à l'autre bout de la maison, les chambres ne sont jamais ouvertes ; on dit qu'une oeuvre sanglante y a été exécutée.  

-  Mais alors, comment se fait-il que vous et votre mari ayez le courage de vivre ici ? "   .......

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-  "Mon cher, répliqua-t-elle, c'est pourquoi les fantômes ne descendant jamais les escaliers, et je prends bien garde de ne jamais y monter la nuit, de sorte que si Madame  reste ici, je crains fort qu'elle ne doive dormir durant la journée, ou bien avoir une chambre au rez-de-chaussée afin qu'ils ne puissent jamais y aller.  Certains d'entre eux provenaient de votre haut lignage, je vous le garantis, du genre à ne jamais mettre les pieds en cuisine.  

Albert sourit à cette idée mais, reprenant son entretien, il demanda à la femme à qui appartenait le château ? 

-  Au grand Baron, dit-elle, mais j'ai oublié son nom."     .........

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 -  "Elle s'extirpa du lit et, revêtant une robe légère, prit sa chandelle et, ouvrant la porte de l'a pièce suivante, alla jusqu'au lit.  Elle vit qu'il était enseveli sous le couchage.

-  Albert, dit-elle, n'aies pas peur, c'est ta maîtresse avec une lumière .

Il se risqua alors à se lever, et songea, mais avec tristesse, qu'elle ne pouvait s'empêcher de sourire de l'effroi dans lequel il était plongé : des gouttes de sueur coulaient de son visage.  Ses yeux vacillaient,  et il fut un moment incapable de parler. 

-  Je vous prie, Albert, dit la dame, n'avez-vous entendu aucun bruit particulier ?  

-  Des bruits ? répéta-t-il.  O mon Dieu !  Tous les fantômes se sont rassemblés ici pour me terroriser !  

-  Ici ?  Où ?  demanda-t-elle.

-  Dans cette pièce, je le crois bien, répondit-elle."       .........

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-  "Je suis sûr qu'ils étaient dans cette salle ou dans la suivante.  il y eut une succession de  bruits de chaînes, puis vinrent des gémissements et des cris.  Mais je vous en prie, Madame,  laissez la chandelle un instant à la porte ; je vais retirer mes vêtements et descendre à la cuisine, et ne jamais plus revenir dans ces escaliers.  

-  Bien, mais, Albert, ajouta-t-elle, il me faut rester dans ma chambre.  Avez-vous plus de raisons que moi d'avoir peur ?  

-  Non, Madame, Dieu merci, jamais je n'ai fait de mal ni à un homme, ni à une femme, ni à un enfant !

-  Alors, prenez courage, Albert.  J'ai allumé la bougie et je serai  dans la pièce voisine, et laisserai ma porte ouverte.  Vous pouvez m'appeler ou descendre les escaliers si vous êtes une seconde fois alarmé.  

C'est avec quelque réticence qu'il obéit, et insista à plusieurs reprises pour que les portes restassent ouvertes."      .........

 

 à suivre .....

 

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Karl Friedrich Kahlert

(ca 1775 - ?)  

dit aussi 

Ludwig Flammenberg   (pseudonyme)

et

Peter Teuthold (  pseudonyme connu en tant que traducteur)

auteur du roman     "Le Nécromancien, conte de la Forêt Noire"

 (à ce jour, aucun renseignement biographique n'est disponible)

 

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ci-dessous, quelques extraits du "Nécromancien, conte de la forêt Noire" :

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"L'ouragan qui hurlait, les grêlons qui frappaient des fenêtres, le croassement rauque du corbeau aui faisait ses adieux à l'automne, et le grincement lugubre de la girouette, se joignaient au chant funèbre du hibou solitaire."      ........

"Au cours de son voyage de retour chez lui, il discourut sans suite des endroits les plus charmants de l'Allemagne ; pourtant, il recherchait en vain le plaisir, coupé comme il l'était ducher compagnon de ses jeunes années.  A la longue, il trouva dans le cercle familial ce qu'il cherchait vainement à l'étranger.  Le plaisir que ses vieux parents ressentaient à contempler à nouveau la descendance de leur mutuel amour calmait l'inquiétude de son esprit.  La joie qui pétillait dans leurs yeux à la vue de celui qui  soutenait leurs années de déclin, teintait ses joues du rose du contentement, et remplissait son âme d'un intime.  Après dix années d'un délicieux bonheur, son vieux père mourut au cours de sa soixante deuxième année, clôturant une vie bien dépensée.  L'ange gardien de la vertu porta son âme intacte  à l'heureux foyer de la paix éternelle.  Le doux sourire d'une bonne conscience se posa encore sur ses lèvres lorsque son esprit sanctifié arriva au ciel, salué par des millions de saints anges."

                                                                                traduction : Dominique Mertens 

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 "La vie de Wolfe sera épargnée en raison de sa loyale confession et de l'importante aide qu'il a apportée à ses juges en mettant un terme définitif aux déprédations commises durant bon nombre d'années aux environs de la Forêt Noire.  Il fut confié à vie à la maison de correction où il aura eu toute liberté de réfléchir à sa conduite passée, et de se préparer à rencontrer ce Juge éternel qui, tôt ou tard, rattrape les méchants dans leurs viles occupations.  J'ai dès lors exécuté ma tâche aussi bien qu'il était en mon pouvoir, et je crois avec confiance que vous daignerez négliger avec bienveillance les défauts de mon récit, et garderez toujours foi en ma plus grande sincérité."

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Ivan TOURGUENIEV  (1818-1883)

 auteur de plusieurs nouvelles fantastiques ou gothiques,

dont  "Clara Militch"  (voir extrait ci-dessous)

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 Le Gothique  est l'héritier  du

Siècle des Lumières  ;

il est né dans les soubresauts de la 

Révolution  Française  

et dans les affres de 

la Terreur...

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Petrus BOREL   (1809-1859)      

                           Gottfried Wolfgang  (extrait de la nouvelle)

 "Je me trouvais depuis quelque temps à Boulogne, et comme le jour de mon départ approchait, un matin, mon hôte m’aborde gracieusement et me présentant un rouleau de paperasses assez volumineux :

— Tenez, me dit-il, permettez-moi. Monsieur, vous offrir ceci, vous en pourrez sans doute tirer un meilleur parti que moi. Un jeune Anglais fort taciturne et fort bizarre logeait ici : il y a bien de cela deux ans… Un soir, il sortit ; on le vit se diriger vers la jetée, et depuis je n’ai plus eu de lui ni trace ni nouvelles. Ces papiers sont restés en ma possession, ainsi que tout son bagage, assez mince du reste, fort mince même… Hélas ! il passait toutes ses journées et toutes ses nuits à penser ou à écrire, le pauvre jeune homme !…

La fin si cruelle de ce jeune étranger qui comme tant d’autres avait rêvé sans doute une mort bien douce après une carrière pleine de gloire et de félicité… cette douleur si isolée, si obscure, que les flots de la mer où elle était allée s’éteindre en connaissaient seuls le secret, m’avaient touché vivement ; j’étais dans une émotion pénible ; je m’enfermai dans ma chambre, et je me pris à parcourir avec avidité, l’âme remplie de découragement, les papiers qui venaient de m’être confiés, tristes et derniers vestiges d’une intelligence qui avait succombé dans la lutter ! — perdue sans retour, anéantie !… Je me disais : au moins, s’il était possible de sauver de l’oubli quelqu’une de ces pages, ce serait une consolation pour l’ombre de cet infortuné jeune homme, qui sans doute est là errante autour de moi, me trouvant bien hardi de porter la main sur ses dépouilles !…

Au milieu d’un monceau de poésies à peine ébauchées, parmi des fragments de toute sorte, sans liaison et sans suite, mais toujours empreints d’un certain caractère de grandeur et de superstition, je ne tardai pas à découvrir un petit cahier sans date ni titre, sur lequel était écrit d’une façon presque illisible l’étrange récit qui va suivre.

Cette bizarre composition fut-elle l’ouvrage de ce pauvre inconnu ? N’était-ce simplement qu’une imitation ou une traduction qu’il avait faite de quelque morceau fantasmagorique éclos dans le cerveau vaporeux d’un Allemand, ou venu de France, et qui avait séduit son esprit malade ? Je ne sais… le hasard me l’a mis entre les mains ; comme le hasard me l’a donné, je le donne. — Que l’insensé à qui cela pourrait appartenir, le déclare ! — Et sur le champ il lui sera fait réparation.

C’était au temps de la Révolution française. Par une nuit d’orage, à cette heure qu’on est convenu communément d’appeler indue, un jeune Allemand traversait le vieux Paris et regagnait silencieusement sa demeure. Les éclairs éblouissaient ses yeux, le bruit du tonnerre, les éclats de la foudre retentissaient et trouvaient de l’écho dans les rues tortueuses de la cité décrépite… Mais souffrez, avant tout, que je vous dise quelque chose de mon jeune Saxon.

 

Gottfried Wolfgang était un jeune homme de bonne famille. Il avait étudié quelques temps à Gœttingue ; mais visionnaire et enthousiaste, il s’était livré à ces doctrines spéculatives qui ont égaré si souvent la jeunesse d’Allemagne. La vie retirée qu’il menait, son application constante et la singulière nature de ses études avaient affecté peu à peu toutes ses facultés morales et physiques. Sa santé était altérée, son imagination malade. Il avait poussé si loin ses rêveries abstraites sur les essences spirituelles, qu’il avait fini par se former, comme Svedenborg, un monde idéal gravitant autour de lui ; et il s’était persuadé, dans son égarement, qu’une influence maligne, un esprit malfaisant, planait sans cesse au-dessus de sa tête, cherchant l’occasion de le perdre. Une idée si extravagante, agissant sur son idiosyncrasie déjà très mélancolique, avait produit les plus déplorables effets. Devenu farouche et tombé dans le plus morne découragement, la maladie mentale à laquelle il était en proie, n’avait pas tardé à se trahir ; et comme le changement de lieu avait pu devoir être le remède le plus efficace dans sa cruelle situation, il avait été envoyé pour finir ses études, au milieu des splendeurs et du tourbillon de Paris.

Au moment où Wolfgang arrivait dans la capitale, les premiers troubles révolutionnaires éclataient. D’abord son esprit exalté, captivé par les théories politiques et philosophiques du temps, avait payé son tribut au délire populaire. Mais les scènes sanglantes qui avaient suivi, ayant blessé sa nature sensible, dégoûté de la société et du monde, et rendu bientôt à ses habitudes monastiques, il s’était retiré dans un petit logement solitaire, choisi dans une rue obscure, non loin de la vieille Sorbonne, au centre du quartier des étudiants. Là Wolfgang avait donné de nouveau libre cours à ses spéculations favorites. S’il quittait quelquefois sa chère cellule, c’était seulement pour aller s’enfermer pendant des journées entières, dans les grands dépôts de livres de Paris, ces catacombes des auteurs en deliquium, ces Rome souterraines de la pensée, où il fouillait avec ardeur, en quête de nourriture pour satisfaire son esprit maladif, les bouquins les plus poudreux, les grimoires les plus surannés. Notre étudiant était en quelque sorte (passez-moi cette légère absence de goût) une manière de vampire littéraire s’engraissant au charnier de la science morte et de la littérature en dissolution.

Malgré son penchant pour la retraite, Gottfried était d’un tempérament ardent et voluptueux, qui d’ordinaire n’agissait guère que sur son esprit. Il était trop réservé et trop neuf pour s’avancer avec le sexe ; mais en même temps il s’avouait admirateur passionné de la beauté. Souvent il se perdait dans des rêves infinis sur des figures ou des formes qu’il avait vues, et son imagination lui créait des idoles qu’elle ornait de perfections surpassant de beaucoup toute réalité.

Dans le temps que son esprit se trouvait dans cet état de surexcitation, il eut un songe qui l’affecta d’une manière extraordinaire. La vision lui avait représenté une femme d’une beauté transcendante, et l’impression que cette image avait faite sur lui avait été si forte, qu’il la voyait sans cesse, à toute heure, en tout lieu ; le jour, la nuit, son cerveau en était plein. Enfin il s’était passionné tellement pour cette vapeur, et cette extravagance avait duré si longtemps, qu’elle s’était changée en une de ces idées fixes que l’on confond quelquefois, chez les hommes mélancoliques, avec la folie.

Reprenons le récit que nous avons interrompu plus haut, et suivons notre jeune Allemand dans sa course nocturne. Comme il traversait la place de Grève, soudain il se trouva près de la g… Non, jamais ma plume ne saura écrire ce mot hideux… Il recula avec effroi… C’était au fort de la Terreur. Alors cet horrible instrument était en permanence et le sang le plus pur et le plus innocent ruisselait continuellement sur l’échafaud. Il avait été ce jour même employé à l’œuvre de carnage et présentait encore, dans l’attente de nouvelles victimes, à la cité endormie, son appareil lugubre et menaçant.

Wolfgang se sentait défaillir, et il se détournait en frémissant, quand il aperçut tout à coup un personnage mystérieux accroupi, pour ainsi dire, au pied de l’échafaud. Une suite de vifs éclairs rendit bientôt sa forme plus distincte aux yeux de l’étudiant : c’était une femme habillée tout de noir, paraissant appartenir à la classe supérieure. Plus d’une belle tête habituée aux douceurs de l’oreiller de duvet se posait sur la pierre dans ces temps d’affreuses vicissitudes. Elle était assise sur le plus bas degré, le corps penché en avant et la figure cachée dans son giron. Ses longues tresses épaisses pendaient jusques à terre, égouttant comme un toit de chaume, la pluie qui tombait par torrents. Devant ce monument solitaire du malheur, Wolfgang s’arrêta court : — Peut-être, se dit-il, que du rivage de l’existence où cette infortunée gît le cœur brisé, l’effroyable couteau a lancé dans l’éternité tout ce qui lui était cher au monde !… Poussé par une puissance irrésistible, il s’avance alors dans un timide embarras, et adresse à celle qui lui inspirait à la fois tant de pitié et d’intérêt quelques paroles de sympathie. Elle lève la tête et le fixe du regard d’un air égaré. Mais quel est l’étonnement de Wolfgang en reconnaissant à la lueur brillante des éclairs, la réalité dont l’ombre subjuguait depuis longtemps toutes ses facultés. La figure de l’inconnue, quoique couverte en ce moment d’une pâleur mortelle, et portant l’empreinte profonde du désespoir, était d’une ravissante beauté.

Les émotions les plus violentes et les plus diverses agitaient le cœur passionné de Wolfgang. Tremblant, il lui adresse de nouveau la parole. Il s’étonne de la voir ainsi exposée seule à une pareille heure, dans un tel lieu, en butte à la furie de l’orage, et finit par lui offrir gracieusement de la conduire en sûreté à sa famille ou à ses amis. Mais elle, avec un geste épouvantablement significatif, et d’une voix qui impressionna singulièrement son interlocuteur, répondit

— Je n’ai point d’amis sur la terre.

— Mais vous avez peut-être un asile ?

— Oui, dans la tombe !

L’âme de l’étudiant était déchirée.

— Si un simple bachelier, reprit-il avec une modeste hésitation, pouvait, sans crainte d’être mal compris, offrir son humble demeure pour abri et son bras pour protection… Je suis étranger au sol de la France et aussi bien que vous sans amis dans cette ville ; mais si ma vie peut vous être de quelque service, elle est à votre disposition et serait sacrifiée avant qu’aucun mal ou que le plus léger affront vous atteignit !

Il y avait dans la manière du jeune homme un honnête empressement qui produisit son effet. Le véritable enthousiasme possède une élégance particulière à laquelle on ne peut se méprendre. La femme de l’échafaud se confia implicitement à la protection de Gottfried.

L’orage avait perdu de son intensité, le tonnerre ne grondait plus que dans l’éloignement. Tout Paris était encore dans le repos, le grand volcan des passions humaines sommeillait pour quelques instants, afin de rassembler de nouvelles forces pour l’éruption du lendemain.

 

Nos deux héros marchèrent ensemble pendant plus d’une heure : Gottfried soutenait les pas chancelants de sa compagne, et tous deux gardaient un religieux silence. Enfin, après avoir longé les murs sombres de la Sorbonne, ils arrivèrent au bout de leur course à l’étroite et antique masure, demeure de l’étudiant. — Wolfgang l’anachorète, dans la compagnie d’une femme ! À ce spectacle extraordinaire, le vieux concierge qui s’était levé pour ouvrir resta dans un étonnement indicible.

Comme il entrait dans son logement, notre jeune Allemand rougit pour la première fois à la pensée de sa misérable apparence. Il n’avait qu’une seule chambre, assez grande à la vérité, mais encombrée de l’arsenal ordinaire de l’étudiant ; le lit occupait un réduit profond à l’une des extrémités de la pièce.

Gottfried pouvait alors contempler à loisir sa compagne. Il se sentit plus que jamais enivré de sa beauté. Son teint, d’une blancheur éblouissante, était comme relevé par une profusion de cheveux noirs comme du jais, qui flottaient négligemment sur l’ivoire de ses épaules. Ses yeux étaient grands et pleins d’éclat ; mais on remarquait dans leur expression quelque chose de hagard. Sa taille, autant que son vêtement noir permettait d’en juger, était d’une forme parfaite. L’ensemble de son extérieur était extrêmement noble et distingué, en dépit de la simplicité de sa mise. La seule chose qu’elle portât, ayant quelque apparence de luxe ou de parure, était une large bande de velours noir, une sorte de cravate, agrafée avec des diamants.

Cependant l’étudiant se trouvait quelque peu embarrassé sur le moyen d’exercer convenablement l’hospitalité avec l’être infortuné qu’il avait pris sous sa protection. Il avait bien pensé à lui abandonner sa chambre et à aller chercher pour lui-même un autre abri ; mais il était tellement fasciné ; mais son esprit et ses sens étaient sous l’empire d’un charme si puissant, qu’il ne pouvait s’arracher à sa présence. D’un autre côté, la conduite de l’inconnue contribuait à le retenir. Elle paraissait avoir oublié sa douleur et les effroyables circonstances auxquelles Wolfgang devait sa rencontre. Les attentions du jeune homme, après avoir gagné sa confiance, avaient apparemment aussi gagné son cœur.

Dans l’ivresse du moment, Wolfgang lui déclara sa passion. Il lui raconta ses rêves mystérieux ; il lui dit comment elle avait possédé son cœur avant qu’il l’eût jamais vue. Étrangement agitée à mesure qu’il parlait, elle avoua à son tour qu’elle s’était sentie portée vers lui par une impulsion tout aussi surnaturelle.

— Alors, pourquoi nous séparerions-nous ? s’écria Wolfgang au comble du délire, nos cœurs sont unis par une puissance sympathique ; aux yeux de la raison et de l’honneur ; nous ne faisons plus qu’un… Est-il besoin de formules vulgaires pour lier deux grandes âmes !…

La femme au collier noir écoutait attentivement et avec une attention toujours croissante.

— Vous n’avez ni toit ni famille, continua Wolfgang, eh bien que je sois tout pour vous, ou plutôt soyons tout l’un pour l’autre ! Voici ma main, je m’engage à vous pour toujours.

— Pour toujours ? dit-elle solennellement.

— Pour toujours, affirma Wolfgang.

L’étrangère saisit la main qu’il lui présentait.

— Donc, je suis à vous, à jamais, murmura-t-elle.

En prononçant ces derniers mots, elle laissait tomber sur son amant un long regard, plein de mélancolie et de tendresse.

 

Le lendemain matin, Gottfried sortit de bonne heure pour chercher un appartement plus spacieux et plus convenable après le changement qui venait de s’opérer dans sa condition. Il avait laissé sa fiancée paisiblement endormie. À son retour, il la trouva encore plongée dans un profond sommeil, mais sa tête pendait hors du vaste fauteuil sur lequel elle avait voulu passer la nuit, enveloppée pudiquement dans son manteau. Un de ses bras était jeté sur son front d’une façon étrange. Il lui parle, mais ne reçoit point de réponse. Il s’avance pour l’éveiller et lui faire quitter cette position incommode et dangereuse ; mais sa main était froide ; mais son pouls était nul, mais son visage était livide et contracté…   Elle était morte !!!

Éperdu, épouvanté, Gottfried pousse des cris aigus. Tout le voisinage accourt ; — la scène était déchirante…

Requis par le concierge, enfin un officier de police se présente ; mais en pénétrant dans la chambre, à la vue du cadavre il recule d’effroi…

- Grand Dieu, s’écrie-t-il, comment cette femme est-elle ici ?

— La connaissez-vous donc ? demande vivement le pauvre Gottfried.

— Si je la connaissais !… reprend l’officier. Moi !… cette femme !… Hier elle est morte sur l’échafaud !

À ces mots, plus prompt que la foudre, Wolfgang s’avance et détache la bande noire qui entourait le col si beau de son amie.

Et aussitôt se découvre à son regard la trace horrible et sanglante du fatal couteau !!!

— Horreur ! Horreur !… s’écrie-t-il, dans un accès enrayant de délire. Oh, je le vois bien, le mauvais génie a pris possession de moi, je suis perdu pour toujours. Mon ennemi a ranimé ce cadavre pour me tendre le piège cruel dans lequel je suis tombé. Affreuse déception…"

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 Camille Bodin  (1792-1851)

(pseudonyme : Jenny BASTIDE) 

"Le Monstre"

des extraits paraîtront prochainement ici même...

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 Théophile Dinocourt  (Pierre Théophile, 1791-1862)

"L'Homme des ruines"   

 

 "Les Fantômes nocturnes, ou les Terreurs des coupables, théâtre de forfaits offrant, par nouvelles historiques, des visions infernales de monstres fantastiques, d’images funestes, de lutins homicides, de spectres et d’échafauds sanglants, supplices précurseurs des scélérats"

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William Henry Ireland (1775-1835)

"L'Abbesse"

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"Les yeux du  Comte demeurèrent rivés sur elle ; elle s'en aperçut, rougit et baissa les yeux.  Il désirait beaucoup connaître son nom et sa famille.  Pour y parvenir, il résolut de le demander à l'un des religieux qui était près de lui . Son empressement fut bientôt repoussé : à ses côtés, un moine à la figure pâle et décharnée, enveloppée d'un capuchon,  fixait les yeux  sur lui avec attention.  Ce  visage hideux lui fit horreur.  Il détourna les yeux et contempla à nouveau Maddalena Rosa.   Leurs regards se rencontrèrent à nouveau ; elle baissa aussitôt les yeux, confuse."

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Diego Velasquez        Abbesse Jeronima de la Fuente

 "Je meurs, victime de la trahison ; une main cruelle et sanguinaire a tranché le fil de mes jours.  Mon meurtrier se croit en sécurité, mais le Temps qui progresse à pas lents, emporte avec lui la vengeance."

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 John Joseph Barker        Churchyard scene in the moonlight

 

FIODOR  DOSTOIEVSKI  (1821-1881)

 

 

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à suivre.....