18/03/2010

JAN POTOCKI ECRIVAIN FANTASTIQUE ATYPIQUE

Jan  POTOCKI, 

personnage atypique, et

écrivain fantastique précurseur du gothique

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Jan Potocki, (1761-1815)

Comte et illustre descendant d'une  famille polonaise de haute noblesse,

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blason de la famille potocki

auteur du célèbre roman atypique,

"Manuscrit trouvé à Saragosse"

une oeuvre inséparable des paysages 

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Martinez  del Mazo       Vue de Zaragoza

 

et des personnages rencontrés par l'auteur

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au cours de ses pérégrinations en terre d'Espagne

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Découvrons cet écrivain atypique dans la préface d'une des nombreuses rééditions de son roman,

écrite par Roger Caillois.  (extrait)

"Issu d'une illustre famille polonaise, contemporain

et parfois acteur des plus graves événements,

le comte Jan (Jean) Potocki (1761-1815) acquit de son vivant

 une bizarre réputation d'excentrique et d'érudit.

Il monte en ballon avec l'aéronaute Blanchard,

exploit de moins de conséquence mais de plus de

retentissement que de noter, le premier, le langage

secret des princes tcherkesses lors de réunions

liturgiques. Il fréquente les salons parisiens les plus

avancés et se lie, plus tard, avec les Jacobins.

Il fonde une imprimerie libre et se prononce contre

la monarchie héréditaire, en même temps

qu'il ridiculise les démocrates dans une saynète

bouffonne. Il voyage depuis le Maroc jusqu'aux

confins de la Mongolie. Il combat contre les Russes

et devient conseiller privé du tsar Alexandre I".

Il est l'un des fondateurs de l'archéologie slave

et termine, avant de se suicider d'une manière affreuse,

un long roman de la plus grande fantaisie

qu'il laisse presque entièrement inédit.

Il l'a écrit en français, comme toutes ses œuvres

d'ailleurs. L'ouvrage demeure pratiquement inconnu.

Il en est d'autant plus pillé. Il fait l'objet d'un procès

retentissant à Paris. Le manuscrit original est perdu,

mais la traduction polonaise, parue en 1847

et plusieurs fois rééditée, devient une sorte de classique

dans cette littérature. Elle est alors peu lue,

d'ailleurs comme beaucoup de classiques.

Plus d'un siècle après, en 1958, à la suite du plus fortuit

 des hasards, l'œuvre, qui est intitulée

Manuscrit trouvé à Saragosse, est publiée, (la première,

partie du moins), dans sa langue originale.

On s'aperçoit qu'il s'agit pour le style

et pour le contenu d'un véritable chef-d'œuvre."  

……..

 

Son protégé Klaproth écrira après sa mort :

Né en Pologne, le comte Potocki devait

dans sa jeunesse, être sectateur de cette liberté,

qui est toujours en péril quand on en parle trop.

 C'était un sentiment honorable chez lui,

 comme il est chez tous ceux qui ne cherchent pas

 dans des déclamations libérales un moyen de parvenir.

Un voyage qu'il fit en Hollande, en 1787,

pendant la révolution contre le Stathouder,

et le spectacle des fureurs populaires paraissent avoir

singulièrement diminué son enthousiasme

pour la liberté des peuples et le bonheur qu'elle verse

sur le genre humain."

 

Généalogie de Jan Potocki

Le Comte Jan Nepomuck Potocki(1761-1815) nacquit le 08 mars 1761 à Lezajsk, Pikow, Ukraine. (ou Vladowska, Podolie, région historique européenne située au centre-ouest de l’Ukraine)

Il était l'enfant de Josef et Teresa Potocki.  

Jan Potocki fut un écrivain célèbre, entre autres, pour son fameux roman  "Manuscrit trouvé à Saragosse", écrit (et non entièrement achevé) entre 1804 et 1815, ce dernier est calqué sur sa propre existence, toute entière faite de voyages et d'une extraordinaire érudition. (il préparait une grande Histoire du peuple slave)   Jan partagea son éducation entre Genève et Lausanne. Il fut un scientifique compétent, un artiste et un politicien engagé. Il établit les études des langues et civilisations slaves, et publia  quantité d'ouvrages relatifs aux  recherches ethnologiques, historiques, et linguistiques.  Il composa également des pièces musicales et une opérette. A trente-cinq ans, il écrivit des récits et descriptions de ses voyages au Maroc, au pays des Scythes, Sarmates, Slaves, Turcs, et Egyptiens.  On le surnomma le "Cervantes français". Il parlait couramment  le russe, l'italien, le grec, l'espagnol, et le français, langue dans laquelle il écrivit son célèbre roman.

Il épousa la Princesse Julia Lubomirska, (née en 1760 à Lancut, et décédée à Cracow en 1799) fille de la haute noblesse polonaise Lubomirski-Czartoryska en 1783.

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blason de la famille Lubomirska

Jan Potocki mourut le 02 September 1815 dans sa propriété de Uladowa en Podolie, en se suicidant macabrement au terme d'une longue maladie mentale.                                             (d'après Wikipedia)

 

affiche du film réalisé par Wojciech J. HAS,

auteur du célèbre film  "La Clepsydre"

ci-dessous, quelques extraits du "Manuscrit trouvé à Saragosse"

"Je vis entrer dans la cabane une figure plus effrayante que tout ce que j’avais vu jusqu’alors. C’était un homme qui paraissait jeune, mais d’une maigreur hideuse. Ses cheveux étaient hérissés ; un de ses yeux était crevé et il en sortait du sang ; sa langue pendait hors de sa bouche et laissait couler une écume baveuse. Il avait sur le corps un assez bon habit noir, mais c’était son seul vêtement ; il n’avait même ni bas, ni chemise."      ……..

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Francisco Goya       Le Songe de la Raison produit des monstres, gravure

"Enfin je me réveillai réellement ; le soleil brûlait mes paupières, je les ouvris à peine, je vis le ciel, je vis que j’étais en plein air, mais le sommeil appesantissait encore mes yeux. Je ne dormais plus, mais je n’étais pas encore éveillé. Des images de supplices se succédèrent les unes aux autres, j’en fus épouvanté. Je me soulevai en sursaut."      ……….

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francisco goya      homme garoté

"Je crus encore n’être pas bien éveillé et faire un rêve pénible. Je refermai les yeux et je cherchai dans ma mémoire où j’avais été la veille… Alors je sentis que des griffes s’enfonçaient dans mes flancs. Je vis qu’un vautour s’était perché sur moi et dévorait un des compagnons de ma couche. La douleur que me causait l’impression de ses serres acheva de me réveiller."      ………

 

 "Alors je sentis qu’un des pendus me saisissait par la cheville du pied gauche. Je voulus m’en débarrasser mais l’autre pendu me coupa le chemin. Il se présenta devant moi, faisant des yeux épouvantables et tirant une langue rouge comme du fer que l’on sortirait du feu. Je demandai grâce, ce fut en vain. D’une main, il me saisit la gorge et de l’autre il m’arracha l’œil qui me manque. A la place de mon œil, il entra sa langue brûlante. Il m’en lécha le cerveau et me fit rugir de douleur."      ……..

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des aventures picaresques

au coeur des paysages désertiques de

la Sierra Morena (Espagne)

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 "Le voyageur qui se hasarderait dans cette sauvage contrée s'y trouvait, disait-on, assailli par mille terreurs capables de glacer les plus hardis courages.  Il entendait des voix lamentables se mêler au bruit des torrents et aux sifflements de la tempête, des lueurs trompeuses l'égaraient et des mains invisibles le poussaient vers des abîmes sans fond."      ........

 

 "Comme j'avais beaucoup entendu parler de tout cela à Cordoue, j'eus la curiosité de m'approcher de la potence.  Le spectacle en était d'autant plus dégoûtant que les hideux cadavres, agités par le vent, faisaient des balancements extraordinaires, tandis que d'affreux vautours les tiraillaient pour arracher des lambeaux de leur chair."      .........

 

 la Sierra Morena,

tout juste peuplée de brigands

et de créatures gothiques

 

 "Je les contemplai quelque temps avec une sorte de sang-froid, enfin leurs mouvements pressés par une cadence plus vive, le bruit étourdissant de la musique mauresque, mes esprits soulevés par une nourriture soudaine, en moi, hors de moi, tout se réunissait pour troubler ma raison.  Je ne savais plus si j'étais avec des femmes ou bien d'insidieux succubes.  Je n'osais voir  -et je ne voulais pas regarder.  Je mis ma main sur mes yeux et je me sentis défaillir."      ........

 

"Zibeddé me demanda ce que c'était qu'un médaillon qu'elle voyait dans mon sein et si c'était le portrait d'une maîtresse.

-  Cest, lui répondis-je, un joyau que ma mère m'a donné et que j'ai promis de porter toujours ; il contient un morceau de la vraie croix.

A ces mots, je vis Zibeddé reculer et pâlir.

-  Vous vous troublez, lui dis-je, cependant la croix ne peut épouvanter que l'esprit des ténèbres.

 

 "Puis elle posa son bougeoir sur ma table de nuit, s'assit sur mon lit, prit une de mes mains et me parla en ces termes :

-  Mon cher Pascheco, voici le moment où je puis vous donner les plaisirs que je vous ai promis.  Il y a une heure que nous sommes arrivés à ce cabaret.  Votre père est aller coucher à la ferme, mais, comme j'ai su que vous étiez ici, j'ai obtenu la permission d'y passer la nuit avec ma soeur Inésille.  Elle vous attend et se dispose à ne rien vous refuser ; mais il faut vous informer des conditions que j'ai mises à votre bonheur.  Vous aimez Inésille, et je vous aime.  Il ne faut pas que de nous trois, deux soient heureux aux dépens du troisième.  Je prétends qu'un seul lit nous serve cette nuit.  Venez."

 

"Enfin minuit sonna.  Alors la porte de la sacristie s'ouvrit, et Trivulce vit entrer le sacristain, tenant sa lanterne dans une main et un balai dans l'autre.  Mais ce sacristain n'était qu'un squelette.  Il avait un peu de peau sur le visage et, comme des yeux fort creux, mais son surplis qui collait sur ses os faisait assez voir qu'il n'avait pas de chair du tout.  

L'affreux sacristain posa sa lanterne sur le maître-autel et alluma les cierges comme pour vêpres.  Ensuite il se mit à balayer l'église et épousseter les bancs.  Il passa même plusieurs fois près de Trivulce, mais il ne parut point l'apercevoir.

Enfin il alla à la porte de la sacristie et sonna la petite cloche qui y est toujours.  Alors les tombeaux s'ouvrirent, les morts y parurent enveloppés de leurs linceuls et entonnèrent des litanies sur un ton fort mélancolique."

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"Le chef des bandits eut  un soin  tout particulier de nous pendant notre détention et, même, il en abrégea le terme.  Ma mère, au sortir de la prison, fut très bien reçue par le voisines et tout le quartier, car, dans le midi de l'Italie, les bandits sont les héros du peuple, comme les contrebandiers le sont en Espagne.  Nous avions notre part dans l'estime universelle et moi en particulier, j'étais regardé comme le prince des polissons de notre rue."

 

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Francisco Goya         la guerre, gravure

 

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à  suivre... 

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