15/03/2012

CAUCHEMARS FANTASTIQUES

CAUCHEMARS  FANTASTIQUES

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John Martin     Pandemonium

"Je ne puis appeler cela un cauchemar, car j'avais pleinement conscience d'être endormie.  Mais j'avais également conscience de me trouver dans ma chambre, couchée dans mon lit, comme je m'y trouvais en réalité.  Je voyais, ou croyais voir, la pièce et ses meubles tels que je les avais vus avant de fermer les yeux, à cette exception près qu'il faisait très sombre.  dans cette obscurité j'aperçus une forme vague qui contournait le pied du lit.  tout d'abord je ne pus la distinguer nettement, mais je finis par me rendre compte que c'était un animal noir comme la suie, semblable à un chat monstrueux.  il me parut avoir quatre ou cinq pieds de long, car, lorsqu'il passa sur le devant du foyer, il en couvrit toute la longueur.  il ne cessait pas d'aller et de venir avec l'agitation sinistre et souple d'un fauve en cage.  Malgré la terreur que j'éprouvais, (comme vous pouvez l'imaginer) j'étais incapable de crier.  L'horrible bête précipita son allure tandis que les ténèbres croissaient dans la chambre.  Finalement, il fit si noir que je ne distinguai plus que les yeux de l'animal.  Je le sentis bondir légèrement sur mon lit.  Les deux yeux énormes vinrent tout près de mon visage, et, soudain, j'éprouvai une très vive douleur, comme si deux aiguilles, à quelques centimètres l'une de l'autre, s'enfonçaient profondément dans ma gorge.  Je m'éveillai en hurlant.  La chambre était éclairée par la bougie qui brûlait toute la nuit, et je vis une forme féminine, debout au pied du lit, un peu sur la droite.  Elle portait une ample robe de couleur sombre, et ses cheveux dénoués recouvraient ses épaules.  Un bloc de pierre n'eût pas été plus immobile.  Je ne pouvais déceler le moindre mouvement de respiration.  Tandis que je la regardais fixement, la silhouette me parut avoir changé de place : elle se trouvait maintenant plus près de la porte.  Bientôt, elle fut tout contre ; la porte s'ouvrit, l'apparition disparut."

Sheridan Le Fanu      Carmilla

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La Chasse sauvage       F.W. Heine

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"On eût dit que l'âme avait quitté ce corps sans combattre pour y demeurer."

Sheridan Le Fanu       Le Destin de Sir Robert Ardagh

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La succube Ostärdtenschtein                                      figurine créée par l'auteur dans le cadre 

de sa mise en scène fantastique  

"L'Antre du Vampire"

"Ce soir-là, cependant, on eût dit que, du fond des ténèbres, la comtesse Véra s'efforçait adorablement de revenir dans cette chambre tout embaumée d'elle !  Elle y avait laissé tant de sa personne !  Tout ce qui avait constitué son existence l'y attirait.  Son charme y flottait ; les longues violences faites par la volonté passionnée de son époux y devaient avoir desserré les vagues liens de l'Invisible autour d'elle !...

Elle y était nécessitée.   Tout ce qu'elle aimait, c'était là.

Elle devait avoir envie de venir se sourire encore en cette glace mystérieuse où elle avait tant de fois admiré son lilial visage !  La douce morte, là-bas, avait tressailli, certes, dans ses violettes, sous les lampes éteintes ; la divine morte avait frémi, dans le caveau, toute seule, en regardant la clé d'argent jetée sur les dalles.  Elle voulait s'en venir vers lui, aussi !  Et sa volonté se perdait dans l'idée de l'encens et de l'isolement.  La Mort n'est une circonstance définitive que pour ceux qui espèrent des cieux ; mais la Mort, et les Cieux, et la Vie, pour elle, n'était-ce pas leur embrassement ?  Et le baiser solitaire de son époux attirait ses lèvres, dans l'ombre.  Et le son passé des mélodies, les paroles enivrées de jadis, les étoffes qui couvraient son corps et en gardaient le parfum, ces pierreries magiques qui la voulaient, dans leur obscure sympathie,  -et surtout l'immense et absolue impression de sa présence, opinion partagée à la fin par les choses elles-mêmes, tout l'appelait là, l'attirait là depuis si longtemps, et si insensiblement, que, guérie enfin de la dormante Mort, il ne manquait plus qu' Elle seule !"

Auguste de Villiers de l'Isle-Adam       Véra

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 "Tout à coup je crus apercevoir une figure qui sortait du mur à l'une des extrémités du couloir puis s'approchait d'un pas lent et mal assuré. Sous les vêtements aux plis lâches devait se cacher une forme humaine, mais l'obscurité ne permettait pas d'en rien distinguer."

Charles-Robert Maturin

"Il me semble que je rêve, et je cherche vainement à donner une forme

et une réalité aux ombres qui planent autour de moi."

Charles-Robert Maturin         Fatale vengeance

 

"Le soleil ne pénétrait jamais dans notre demeure ; nous avions besoin d'être éclairés continuellement par la lumière d'une bougie (...)  Ce lieu ténébreux est appelé Rummey Hole par les habitants du pays ; les environs sont déserts ; on en trouve l'ouverture dans le fonds d'une vallée si étroite qu'elle est remplie presque entièrement par un ruisseau qui sort du pied de la montagne à côté de l'entrée de la caverne. (...)  Le roc qui sert de voûte naturelle s'abaisse quelques fois si près de la terre, et les bords du ruisseau sont si escarpés dans ces endroits, qu'on ne saurait pénétrer plus avant sans s'exposer à un péril manifeste.  Mais le souterrain est si vaste et si exhaussé à droite et à gauche qu'on ne cesse point d'admirer la nature qui a formé, l'on ne sait pour quel usage, des salles immenses qu'on se lasse de parcourir.  La caverne se rétrécit néanmoins en certains lieux.  On y trouve des espèces de salons et de cabinets, les uns servent de communication à d'autres salles de la grandeur des premières, d'autres n'ont point de deuxième ouverture après leur entrée."

abbé_prévost     le_philosophe_anglais_ou-histoire_de_monsieur_cleveland

 

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