06/08/2010

La MUSIQUE a la COUR du Graf Wolfgisbert von Dürkeim

"A l'assaut !..."

Alors commença un tumulte incandescent

là-bas dans les rochers, qui éclairait tout.

Ils nous ont laissé cuirasse, arbalète, heaume,

ce qui nous a fait fort réjoui...

Ils voulaient nous piéger, mais nous leur avons échappé.

complainte d'un chevalier errant extraite de la chanson "Nu huss"

voir références plus loin en bas de notice

450px-Ruine_Greifenstein.jpg

Perchée tout en haut sur les rochers,

la silhouette en ruines du château de Greifenstein

(sud Tyrol)

 

Avec mes 2 frères, je me suis échappé de cette forteresse !

Un véritable exploit !!!

Burg Hauenstein.jpg

que je n'ai pas manqué de célébrer dans mes chansons

- au même titre que mes exploits sentimentaux -

et dont je tire d'ailleurs une certaine fièreté...!

 

"Toi, mon beau coeur élu,

ton merveilleux amour

m'a ôté toute ma tristesse et ma peine ;

ah, délicieux faucon,

comme est charmant ton petit bec rouge !

Jamais homme ne vit plus belle fille,

comment pourrais-je vanter ses grâces ?

des seins blancs, fermes comme des poires,

lui servent à si adorable cour.

son corps fier m'ôte toute ma peine.

et si je ne devais plus jamais voir

ma tendre bien-aimée,

je penserais encore à sa sagesse,

à sa vertu et son honneur de femme,

partout où j'irais dans le monde.

La langueur de la séparation est une

amère douceur.

j'ai des pensées consolantes à propos de la bonne dame

qui jamais ne m'abandonnera.

inoublié comme son serviteur,

j'attends plein d'espoir."

extrait de la chanson "Du ausser Weltes schöns mein Herz"

voir références plus loin en bas de notice

"Joyeuse, tendre, charmante, sereine,

passionnée, silencieuse, douce,

calme, suave, pure, nonchalante :

réveille-toi, belle femme adorée !

Etire-toi, pare ton corps splendide !

entrouvre ton oeil rayonnant !

Regarde seulement

comme les étoiles s'éteignent

dans l'éclat du beau, joyeux, clair soleil !

Allons danser,

tressons une belle couronne

de jolies fleurs brunes, bleues, grises,

jaunes, rouges, blanches et violettes !"

extrait de la chanson "Frölich, zärtlich, lieplich"

(voir références plus loin, en bas de notice)

Le poète et musicien incontournable en cette fin du XVè siècle sur les terres de Franconie, d'Alsace et dans les seigneureries allemandes ? C'est moi, Oswald von Wolkenstein, natürlich !!!

Même si je suis décédé en 1445, ma renommée, elle, me survit et me survivra encore longtemps ! Certes, ma vie aventureuse, et mes nombreuses tribulations auprès des femmes y sont pour quelque chose, mais c'est mon talent de poète qui m'a valu d'être unanimement apprécié! 

Mes chansons sont tour à tour enjouées, plaintives, mélancoliques, amères, drôles, ou pleine de verve !  Quand vous saurez que j'ai été injustement condamné, emprisonné,  et même ignominieusement torturé   -tout à la fois par mes juges,mais aussi par ma chère maîtresse- vous saurez tout, ou presque, de moi !   Il ne vous restera plus qu'à m'écouter, religieusement, cela va de soi !

oswald.jpg

portrait d'Oswald von Wolkenstein par un peintre italien contemporain

 Un chantre des beautés de la Nature...

 

"Le mois de Mai couvre d'un riche tapis la terre entière,

collines, plaines, montagnes, vallées.

De doux chants d'oiseaux résonnent

et retentissent haut dans le ciel,

alouettes, grives, rossignols chantent.

Le coucou vole à leurs trousses

et presse les joyeux oiselets.

Ecoute ce qu'il dit :

"Coucou, coucou,

paye-moi l'impôt,

tu dois me le payer.

la faim creuse de plus en plus mon estomac."

"Hélas, où irions-nous ?"

répondent les animaux.

"Roitelet, tarin, mésange et alouette,

venez, nous allons chanter..."

 extrait du Lied "der Mai mit lieber Zal"

références voir plus loin en bas de notice

 

Parfois, l'un ou l'autre Minnesanger venait se produire au château du Trifels, jouant et chantant ces Lieder d'Oswald von Wolkenstein qui avaient assurément la préférence dans le coeur de ces dames...

 

Oswald von Wolkenstein    cloître de la cathédrale de Bressanone.jpg

La pierre gravée en témoignage du pélerinage que fit le poète en Terre sainte,

et qui se trouve encastrée dans un mur du cloître de la cathédrale de Bressanone.

Un extrait de la chanson "Durch Barbarei, Arabia"

 

"Tant d'honneurs reçus

de tant de princes et de reines,

tant de joies éprouvées,

il me faut les expier tous sous un même toit.

Ma torture s'éternise.

Il m'a fallu toute ma présence d'esprit

depuis que je dois me soucier de mon pain quotidien.

En plus, on me menace souvent,

et nulle bouche rouge pour me consoler.

Ceux qui m'obéissaient m'ignorent.

Où que je tourne mon regard, je ne vois

que les restes de délices passés.

A la place de mes anciens amis,

ce ne sont que veaux, chèvres, boucs, boeufs,

gens grossiers, noirs, laids

et tout morveux en hiver.

Ils me plaisent comme la piquette et les bêtes.

L'angoisse me fait frapper mes enfants souvent.

Lors leur mère arrive en grondant

et commence à m'injurier vertement ;

si elle usait de ses poings,

pour sûr je m'en souviendrais.

"Qu'est-ce qu'il te prend," dit-elle,

"d'aplatir les enfants comme une crêpe !"

J'ai horreur de sa colère,

mais je dois presque toujours la subir,

coupante et acérée."

 (références au bas de la note suivante)

 

Quelques couplets extraits de la chanson "Ach senliches Leiden" :

"Ma tête est pleine d'élans douloureux,

de lassitude et de plaintes contre la nature,

de sorte qu'une heure m'oppresse plus que mille autrement.

Quand je pense la nuit à ma douleur

et que je m'éveille dans ma grande faiblesse

et je dois chasser toute joie.

Nul ne me console,

ma misère est vraiment grande.

Mon coeur se consume

en profonds soupirs.

Ah, quand serai-jee délivré de mon chagrin ?

L'attente me ronge et me détruit,

j'en perdrai la raison."

(traduction roland Smithers, pour la firme Decca, extrait du cd

Knightly Passions, the songs of Oswald von Wolkenstein

avec le New London Consort, dirigé par Philip Pickett,

avec Catherine Bott, soprano

Paul Agnew, tenor,

Michael George, bariton,

Simon Grant, basse

un album paru aux éditions L'Oiseau - Lyre

 

 

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